LE BIENHEUREUX NICOLAS DE FLUE
31 mars.
Le bienheureux Nicolas, surnommé de Flue, vint au monde le 21 mars 1417 dans le bourg de Sasler, en Suisse. Sa mère le portait dans son sein quand elle eut un présage de la sainteté et des miracles par lesquels il devait briller dans le monde. Elle vit, au
milieu d'un ciel resplendissant, une étoile qui se* distinguait tellement parmi les autres, que ses rayons se répandirent sur tout l'univers. A peine cet enfant eut-il reçu le jour que déjà il fut capable de reconnaître sa mère, la sage-femme, ses parrains et les autres personnes qui assistèrent à son baptême. Jamais enfant ne devint plus tôt raisonnable ; il montra une sagesse si prématurée, qu'on le crut doué de la raison presque au sortir du berceau. Un si beau naturel produisit des prodiges sous l'influence de la grâce, et Nicolas fut un saint dès son enfance. Il passa tout son premier âge dans la plus grande innocence, et sans jamais se rendre coupable du plus léger mensonge. Parvenu à l'adolescence, il s'astreignit à jeûner trois jours par semaine, et fit ses délices de la solitude et de la prière. Sa grande joie était de voir venir une fête consacrée à Marie. Il ne manquait jamais, ce jour-là, d'offrir à la bonne Mère, un joli bouquet de fleurs qu'il cueillait dans la campagne.
Quoique le père et la mère de Nicolas fussent des plus riches et des plus notables du pays, ils se livraient à la garde de leurs nombreux troupeaux. Leur fils exerça lui-même quelque temps l'emploi de berger. — Malgré son amour pour le célibat, le jeune de Flue, par obéissance aux désirs de ses parents, se laissa engager dans les liens du mariage. Il épousa une fille fort vertueuse, appelée Dorothée, qui fut la digne enfant d'un saint. Jamais mariage ne fut mieux assorti. Dieu bénit cette union en lui donnant cinq garçons et cinq filles. Il leur donna une si belle éducation et par ses instructions et par
ses exemples, que les uns et les autres devinrent des modèles de vertu, chacun dans sa condition. Le cadet de ses fils fit ses études et devint un des plus saints prêtres de son temps.
C'était à l'époque où l'indépendance de la Suisse était menacée. On fut obligé de faire de nombreuses levées. Nicolas, qui venait d'accomplir sa vingttroisième année, prit les armes sur l'appel des magistrats. Il se battit comme il priait, avec une ardeur qui tenait de l'enthousiasme, d'une main portant son épée et de l'autre son chapelet.
Brave et excellent officier, jamais on ne put lui faire accepter aucun honneur, aucune dignité. Son humilité et sa modestie ne purent être vaincues. La guerre terminée, Nicolas rentra dans son pays, il quitta son épée, mais garda son chapelet qu'il continua de réciter chaque jour dévotement.
Devenu juge, Nicolas rendit de nombreuses sentences. Il était plutôt père que magistrat. Un jour, à la suite d'un avertissement du Ciel, Nicolas prit la résolution de quitter le monde et d'aller s'ensevelir dans la solitude ; il pria sa femme de permettre qu'il obéît à Dieu ; sa femme y consentit avec une pieuse résignation. Il s'enfonça dans un affreux désert où, pendant près de vingt ans, par l'austérité extraordinaire de sa vie, il renouvela les miracles et les vertus des anciens anachorètes. Là, il passait les nuits, les jours en prières, et des semaines entières sans boire et sans manger, vivant comme un ange, bien plus que comme un homme.
Il fut découvert dans ce lieu sauvage par des chasseurs, et la réputation de sa sainteté se répandit
avec la rapidité de l'éclair; les peuples accoururent à lui ; on lui bâtit forcément une cellule et une chapelle, et il lui fallut devenir l'oracle de tout le pays. Ses pieux entretiens réformèrent les mœurs, opérèrent des conversions étonnantes et furent suivis d'un grand nombre de merveilles. Il rendit paisiblement son âme au Seigneur, le 21 mars, fête de Saint- Benoît, le jour anniversaire de sa naissance, et dans la soixante-dixième année de son âge. A son tombeau fut guéri un boiteux qui n'avait pu l'être à Saint Jacques de Compostelle. Un enfant qui avait été étouffé par des personnes qui dormaient, recouvra la vie par les mérites du serviteur de Dieu.
Réflexions pratiques.
On demandait un jour à saint Nicolas de Flue: Quelle est la vertu par excellence du chrétien? Il répondit sans balancer : c'est l'obéissance. Il avait raison. L'obéissance est la voie certaine du salut, c'est le chemin royal que Jésus-Christ nous a tracé avec son sang. Hors de là, on ne peut que s'égarer et se perdre. Dans les autres vertus, l'homme se retrouve encore, il se retrouve parfois jusque dans l'humilité ; mais dans l'obéissance, le moi humain disparaît tout entier ; il faut qu'il s'anéantisse. On ne saurait se rechercher soi-même, quand on enchaîne sa volonté à celle des autres. Aussi, l'Écriture sainte nous dit : L'homme obéissant racontera ses victoires. Victoire sur la chair, sur le monde, sur le démon, sur lui-même. Mais s'il chante ses victoires sur la terre, il les chantera surtout dans les cieux ; là, dans la compagnie des Saints, qui ne sont devenus tels
que parce qu'ils ont obéi, il répétera sans fin dans l'ivresse du bonheur, l'éternel chant d'amour, le triomphant Alléluia. L'obéissance est-elle mon partage?...
Sujet de méditation.
Le bienheureux Nicolas de Flue, modèle : 1° du jeune homme chrétien ; 2° de l'époux chaste ; 3° du père vigilant; 4° du soldat fidèle; 5° de l'homme de bien.