DES FÊTES EN GÉNÉRAL
Le mot fête a deux significations : dans son sens étymologique il signifie un jour de joie, de réjouissance et d'allégresse; dans son sens strict, il signifie une solennité religieuse établie pour adorer et louer la divinité. Autrefois les jours de fête se terminaient ordinairement par un repas et plus joyeux et plus abondant ; de là notre mot festin.
Partout et toujours il y a eu des fêtes. On en a célébré sous la loi de nature. Ainsi Adam et Abel offraient à Dieu des sacrifices. Noé, après le déluge, de concert avec sa famille immola des victimes au Seigneur pour le remercier des faveurs dont il fut comblé. Abraham, Isaac et Jacob, à leur tour, érigent des autels au vrai Dieu.
Sous la loi mosaïque on célébrait un grand nombre de fêtes, et particulièrement les trois grandes fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles, pour rappeler le miraculeux passage de la mer Rouge, la promulgation de la loi sur le Sinaï et les quarante années passées dans le désert.
Les fêtes des païens n'étaient pas moins nom-
breuses que celles des juifs ; et les peuples les plus sauvages avaient eux-mêmes leurs jours de fête pour remercier la divinité de bienfaits exceptionnels, comme une victoire sur une tribu rivale ou quelque faveur insigne obtenue des dieux.
Dès les premiers jours du christianisme, l'Église, usant du pouvoir qu'elle avait reçu de Jésus-Christ, a aussi établi des fêtes spéciales pour conserver le souvenir des grands événements de la vie du divin Sauveur, comme Noël, Pâques, l'Ascension... Dans le cours des siècles, que de fêtes n'a-t-elle pas institué en l'honneur de Notre-Seigneur, de la très Sainte Vierge et des Saints !
La pensée de l'Église dans l'institution des fêtes fut : 1° d'adorer Dieu par la prière et le sacrifice; 2° de ranimer la piété des fidèles par la pompe des cérémonies; 3° de conserver et d'accroître leur science religieuse par les instructions qu'on fait en ce jour; 4° enfin, de donner au corps et à l'âme un repos salutaire. Les fêtes sont mobiles ou fixes.
Des fêtes mobiles. — Les fêtes mobiles comme le nom l'indique, sont celles dont l'époque varie chaque année, comme Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Fête-Dieu. Mais toutes ces fêtes dépendent de Pâques. C'est cette grande solennité qui donne le mouvement à toutes les autres fêtes mobiles, avant et après elle. C'est sa date qui fixe celle des autres.
Des fêtes fixes. — Les autres fêtes, qu'on appelle fixes, se célèbrent tous les ans le même jour : ainsi la Toussaint, la Noël, l'Epiphanie, l'Annonciation, la Présentation, l'Assomption, etc..
Parmi les fêtes, les unes regardent Dieu et son
divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ; les autres, la Sainte Vierge et les saints ; elles sont toutes établies pour la gloire de Dieu, l'instruction et le salut des fidèles. Les premières, d'après l'intention de l'Église, sont destinées à exciter dans nous les sentiments d'une piété particulière, en nous remettant sous les yeux les augustes mystères du christianisme, et les prodiges de miséricorde que le Seigneur a opérés pour notre salut. Ainsi, la fête de Noël nous montre un Dieu réduit aux proportions d'un petit enfant pour l'amour de nous ; à l'Epiphanie, nous admirons la bonté de ce Dieu Sauveur, qui appelle à sa crèche les grands et les petits, les bergers et les rois ; l'Ascension nous fait soupirer après cet heureux ciel, où Jésus-Christ est monté pour nous préparer une place ; la Pentecôte nous rappelle cette admirable effusion de l'Esprit-Saint, qui se fit autrefois sur les apôtres et qui se fait encore invisiblement dans nos âmes ; la Fête-Dieu nous retrace la charité immense, incompréhensible de notre divin Rédempteur qui, non content de s'être fait victime pour nos péchés, a voulu encore être notre aliment. Voilà comment ces saintes solennités nourrissent notre foi, animent notre espérance, et enflamment notre amour pour un Dieu si bon à notre égard.
Les secondes, c'est-à-dire les fêtes de la Sainte Vierge et des saints, l'Église les a instituées : 1° En action de grâces des bienfaits dont le Seigneur a daigné enrichir ces âmes d'élite, car c'est à Dieu, comme à l'auteur de toute sainteté, que doivent remonter nos hommages ; c'est lui qu'on glorifie, en
le remerciant des grâces signalées qu'il a répandues, dans sa miséricorde, sur ces heureuses créatures. 2° En l'honneur de la gloire suréminente à laquelle ils sont élevés. En traversant avec courage, avec piété, les épreuves de cette vie, ils ont acquis la palme immortelle; maintenant, au sein de la béatitude, ils brillent d'un éclat qui efface celui des étoiles du firmament ; et nous célébrons leurs fêtes, en mémoire de leurs mérites et de leurs triomphes. 3° Pour nous inviter à implorer leur secours. Ces fidèles amis de .Dieu sont, pour chacun de nous, de puissants intercesseurs auprès de Sa Majesté adorable. 4° Enfin pour nous exciter à les imiter. Ils étaient sur terre hommes comme nous, pétris du même limon que nous ; pourquoi donc ne marcherions-nous pas sur leurs traces et ne pratiquerions-nous pas les vertus qu'ils ont si généreusement pratiquées?
Réflexions pratiques.
Pour bien célébrer les fêtes, nous devons nous y préparer à l'avance, en purifiant notre conscience de toute souillure. L'état de grâce, voilà le vrai moyen de sanctifier les fêtes. Il faut ensuite entrer dans l'esprit de la solennité que l'Église nous propose en honorant les mystères qu'elle célèbre. Employons ces saints jours à prier, à lire, à écouter la parole de Dieu et à méditer les vérités éternelles. Est-ce ainsi qu'on célèbre les fêtes ? Pour combien de chrétiens, au lieu d'être des jours de sanctification, ne sont-elles pas tout au contraire, des jours de désordre, de licence, de débauche, d'ivrognerie?
Le matin, par un reste de religion, on entend la messe; mais dans l'après-midi, l'église est vide et les cabarets sont remplis; à la place des cantiques divins, on n'entend plus que les chants de la dissolution.
Réunions de libertinage, rendez-vous suspects, propos obscènes, danses coupables, jeux tumultueux, on se croiHout permis. En agissant ainsi on fait la fête du démon et non celle de Dieu ou de ses saints. Ne serions-nous pas de ce nombre ?
Plan de méditation.
I. Grande importance des fêtes ; leur antiquité et leur universalité.