‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'annéeChapitre 6 sur 65 · VIE DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

VIE DE LA SAINTE VIERGE

Le Fils unique de Dieu devant se faire homme et descendre sur la terre au milieu des temps, son Père lui choisit et prépara une mère digne de lui. Cette créature privilégiée fut Marie qu'il combla de grâces, de bénédictions et de privilèges extraordinaires. Il la fit naître de deux saints époux, déjà avancés en âge, appelés Joachin et Anne. Son père était de la tribu de Juda et de la race de David, et sa mère était de la tribu de Lévi. Marie vint au monde le 8 septembre, environ quinze ans avant l'ère chrétienne. Et l'Eglise célèbre sa naissance par une fête spéciale. Bien plus, elle a instituée la fête de l'Immaculée- Conception, comme pour se hâter de rendre honneur à Marie, dès qu'elle a commencé à être, ne pouvant marquer d'une manière plus expressive tout ce qu'on entend décerner d'éloges glorieux à l'illustre Mère d'un Dieu caché. — Dès sa première enfance, Marie fut élevée à l'ombre d'un sanctuaire de Jérusalem par des femmes pieuses qui se dévouaient au service de Dieu, aux bonnes œuvres et à la prière. A l'âge de trois ans, la jeune Vierge se consacre irrévocablement à Dieu. C'est ce souvenir que l'Église a voulu perpétuer en instituant la fête de la Présentation, fixée au vingt-unième jour de novembre. 11 y avait

neuf ans que Marie habitait auprès des saints tabernacles, lorsqu'elle perdit son vieux père, qui mourut en bénissant sa fille. Peu de temps après, Anne mourut aussi. Restée orpheline, n'ayant plus rien de tout ce qu'elle avait aimé sur la terre, Marie dirigea toutes ses pensées vers les choses divines. Elle choisit Dieu pour son unique héritage, et. elle se voua au service de son autel, avec l'intention de ne jamais sortir du lieu saint. Mais ses tuteurs ne partagèrent point ses sentiments, et bientôt ils songèrent à donner à leur pupille un époux digne d'elle. Marie avait alors de quinze à seize ans. Ce projet d'hymen consterna la jeune Vierge. Elle se défendit, toutefois elle dut obéir. Les prétendants se présentèrent et, parmi tous, le sort désigna un pauvre charpentier, homme avancé en âge, pour être aux yeux des hommes" l'époux de Marie, mais aux yeux du ciel le protecteur et le gardien de sa virginité. Joseph était comme elle de la tribu de Juda et de la race de David ; on dit même qu'il était le chef et le principal héritier de cette dynastie tombée.

Les deux époux habitèrent la petite ville de Nazareth en Judée, sur les bords de la mer de Galilée. Joseph, malgré son origine illustre, était réduit à gagner sa vie par le travail de ses mains.

La Vierge Marie, plus pure et plus douce que les Anges, passait toutes ses journées à prier et à travailler, dans l'humble solitude de sa maison. Elle ignorait les grands desseins que le bon Dieu avait sur elle ; et, en demandant chaque jour, dans ses prières la grâce de voir, avant de mourir, le Dieu- Sauveur, le Christ promis et attendu dès le commen-

cément du monde, elle aspirait au bonheur d'être la servante de la Vierge, qui, selon les antiques prophéties, devait l'enfanter.

Il y avait deux ou trois mois que Joseph et Marie étaient à Nazareth, lorsque, le 25 mars, l'Archange Gabriel fut envoyé à Marie pour lui annoncer qu'elle était la créature choisie de toute éternité pour être la mère du Fils de Dieu, le libérateur du monde. L'Ange étant entré dans le lieu où était Marie, lui dit: «Je vous salue, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Marie, l'entendant, fut troublée par ces paroles, et elle songeait à ce que pouvait être cette salutation. Et Gabriel reprit avec un religieux respect : a Ne craignez point, ô Marie ! car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Vous allez concevoir et enfanter un Fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand et son nom sera le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera l'héritage royal de David son père, et il régnera éternellement sur la race de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Étonnée de si grandes choses, Marie demanda comment de telles merveilles auraient leur entier accomplissement, puisqu'elle s'était donnée à Dieu sans réserve et pour toujours. L'Ange lui répondit : « Le Saint- Esprit viendra en vous : la vertu du Très-Haut étendra sur vous son ombre ; c'est pourquoi celui qui naîtra de vous sera nommé le Fils de Dieu. » Et pour donner une preuve immédiate et sensible de la vérité de ses paroles, Gabriel ajouta : « Voilà que votre parente Elisabeth a elle-même conçu un fils dans sa vieillesse, car rien n'est impossible à Dieu. » Marie

répondit par ce mot qui fit descendre le Verbe du ciel et qui retentit à travers les siècles : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Aussitôt l'Ange disparut... Et Dieu le Fils s'incarna en Marie. C'est ainsi que la Sainte Vierge devint miraculeusement mère. Mère du Fils unique de Dieu, vraie mère de Dieu, Épouse du Père céleste, Mère du Fils, temple et chef-d'œuvre du Saint- Esprit. Dès ce moment, la petite maison de Nazareth fut la première église catholique, et Marie en fut le premier ciboire, le premier tabernacle, le premier autel, mille fois plus saint que nos autels, nos tabernacles et nos ciboires d'or et de pierres précieuses.

Marie, pressée par la charité, traverse la Judée, et s'en va à Hébron, rendre visite à sa cousine Elisabeth. Celle-ci, voyant sa parente, connut prophétiquement le mystère de l'Incarnation et la félicita en lui disant qu'elle était bénie entre toutes les femmes et que le fruit de ses entrailles était béni. Ensuite elle lui déclara qu'elle était heureuse de recevoir la Mère de son Sauveur. C'est alors que Marie laissa échapper de ses lèvres le sublime cantique Magnificat qu'on a nommé la gloire des humbles et la confusion des superbes.

Marie, après avoir rendu avec autant de soin que de plaisir les devoirs de la charité à Elisabeth, revint à Nazareth où Dieu lui-même vint à son aide en dissipant les doutes de Joseph au sujet du mystère de l'Incarnation.

Lors du dénombrement général ordonné par César-Auguste, Joseph et Marie furent obligés d'aller à Bethléem, où ne trouvant pas de place dans les

hôtelleries, ils furent obligés de se réfugier dans une étable. C'est dans cette étable que la Vierge Marie enfanta Jésus sans assistance ni douleur, l'enveloppa elle-même de langes et le posa dans la crèche sur un peu de paille. — Non loin de là, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leur troupeau. Tout à coup un Ange se présenta devant eux et leur dit : « Je vous annonce une nouvelle qui remplira de joie tout le peuple. C'est qu'aujourd'hui dans la cité de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur. Et voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : « Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Les bergers se rendirent en toute hâte à Bethléem, et trouvèrent Marie et Joseph veillant sur l'enfant couché dans la crèche ; et, ayant reconnu la vérité de tout ce qui leur avait été dit, ils s'en retournèrent en louant et en bénissant Dieu. Lorsque le huitième jour fut arrivé, l'enfant fut circonscis et reçut son nom, ce nom apporté du Ciel par un Ange et sous lequel tout genou fléchit : il fut appelé Jésus, c'est-à-dire Sauveur. — C'est dans l'étable que le Dieu pauvre avait reçu l'adoration des humbles représentants d'Israël ; c'est aussi dans l'étable que le Dieu venant pour sauver tous les peuples reçut l'adoration des princes d'Orient, connus sous le nom de Mages.

Quarante jours après cette merveilleuse naissance du Sauveur des hommes, l'humble Vierge, plus pure que les Anges, voulut se soumettre à la loi de la purification. Elle y porta l'offrande, non des riches, mais des pauvres : les femmes riches donnaient un

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agneau, les femmes pauvres, deux tourterelles. Un homme juste et craignant Dieu, qui n'aurait pas voulu mourir sans avoir vu le consolateur d'Israël, se rendit au temple dans l'instant même où Marie et Joseph y présentaient Jésus. Cet homme appelé Siméon reçut le divin Enfant dans ses bras ; c'est alors qu'il laissa échapper de ses lèvres prophétiques ces paroles qui annoncent à Marie qu'un glaive de douleur transpercera son âme.

Après que ces mystères furent accomplis, les deux époux reprirent le chemin de Nazareth ; mais à peine arrivés, un Ange du ciel ordonna à Joseph de prendre l'enfant et sa mère, et de fuir en Egypte ; car Hérode va chercher l'enfant pour le mettre à mort. Joseph obéit aussitôt, et se retira en Egypte avec la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus. Pendant ce temps-là, Hérode, croyant que les Mages s'étaient moqués de lui, entra en fureur et donna ordre de tuer tout ce qu'il y avait d'enfants dans Bethléem et aux environs, depuis l'âge de deux .ans et au-dessous. Il espérait envelopper dans ce massacre le Messie qui venait de naître. Mais sa cruauté fut trompée. — Environ sept années après, Hérode étant mort, Joseph, sur un autre avertissement de l'Ange, ramena de l'exil à Nazareth la mère et l'enfant. L'humble charpentier se remit à l'établi, la Vierge redevint l'active et douce ménagère et l'Enfant-Dieu partagea leurs modestes travaux.

Joseph et Marie allaient tous les ans de Nazareth à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâques. Lorsque Jésus eut atteint sa douzième année, ils l'y menèrent avec eux. La fête étant passée, ils revinrent à

Nazareth, et, sans qu'ils s'en aperçussent, Jésus demeura à Jérusalem. Quelle ne fut pas leur désolation, quand après une journée de marche, ils s'aperçurent que le divin Enfant n'était point, comme ils l'avaient cru, avec quelqu'un de leurs parents ou de leurs amis ! Ils retournèrent sur leurs pas, et, après de longues recherches, ils le trouvèrent enfin dans le temple, assis au milieu des docteurs et les ravissant d'admiration par sa sagesse et ses réponses. « Pourquoi, mon Fils, avez-vous ainsi agi avec nous? lui dit tendrement Marie ; voilà votre père et moi qui vous cherchions, étant tout affligés. » « D'où vient que vous me cherchiez? répondit le divin Maître ; ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe de ce qui regarde mon père? » Il revint avec eux à Nazareth et il leur était soumis, et il croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. L'Évangile ne dit pas autre chose de l'Enfant Jésus durant une période de dix-huit ans.

On croit que Jésus atteignit sa vingt-neuvième année lorsque mourut Joseph, de la mort la plus désirable, entre les regrets profonds de sa chaste épouse et les tendres embrassements de son Fils adoptif. Marie, éprouvée par cette perte, dut bientôt se préparer à d'autres douleurs. L'Homme-Dieu, devant commencer son divin apostolat, s'arrache aux tendresses de sa mère et va s'y préparer dans le désert par la prière, le jeûne et le baptême. Quelque temps après, il se fit des noces à Gana en Galilée. Les époux étaient parents de la Sainte Vierge. Ils la convièrent aux noces, avec Jésus et ses premiers disciples. Or, il arriva qu'au milieu du repas, le vin

manqua. Touchée de compassion pour ses hôtes, connaissant la charité et la puissance de son Fils, Marie lui dit : « Ils n'ont point de vin. » Jésus répondit : «Qu'y a-t-il en cela qui nous touche, vous et moi ! Mon heure n'est pas encore venue. » La mère du Sauveur s'adressant aux serviteurs leur dit : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Or, il y avait là six grandes urnes de pierre. Jésus commanda aux serviteurs de les remplir d'eau ; ensuite il leur dit : « Puisez maintenant et portez au maître d'hôtel. » Il le firent, et l'eau se trouva changée en un vin meilleur que celui qu'on avait bu jusqu'alors.

L'Évangile ne nous parle plus de Marie jusqu'au temps de la passion du Sauveur, si ce n'est en deux occasions : la première, lorsqu'une femme, ravie des discours de Jésus, s'écria au milieu de la foule : « Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et le sein qui vous a allaité. » La seconde occasion où il nous est parlé de Marie, c'est celle où,. Jésus instruisant le peuple, quelqu'un vint dire au Sauveur que sa mère désirait lui parler ; Jésus lui répondit en montrant de la main ses disciples : « Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. »

Nul doute que Marie n'ait suivi Jésus dans toutes ses prédications avec les saintes femmes dont l'Écriture nous parle comme s'étant attachées à la personne du divin Sauveur. Elle a certainement vu de ses yeux les mauvais traitements exercés par les habitants de Nazareth qui voulaient le précipiter du haut d'une montagne. Elle a été témoin des perse-

cutions suscitées contre ce Fils adorable par les scribes et les pharisiens cherchant constamment l'occasion de le perdre. Elle l'a suivi jusqu'au milieu des plus cruelles ignominies du Golgotha. Cette mère inconsolable a bien pu dire alors comme aux heures si désolantes du Jardin de Gethsémani, du prétoire et du Calvaire : « 0 vous tous qui passez, considérez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne. »

Enfin le grand mystère du Salut des hommes touche à son terme : l'auguste Victime est sur la croix. Jésus, abreuvé d'opprobres, et n'ayant plus de sang à verser, va rendre le dernier soupir; c'est alors qu'adressant une dernière parole à Marie, il lègue sa Mère à son disciple bien-aimé et le disciple bien-aimé à sa Mère : « Femme, voilà votre Fils; vous, Jean, voilà votre Mère. » Tel fut le dernier gage de l'immense amour de Jésus pour les hommes; il leur laissa Marie pour Mère en les déclarant ses enfants dans la personne de saint Jean.

Quelle dut être la douleur de Marie en recevant dans ses bras et sur ses genoux le corps sanglant et meurtri de son divin Fils! comme aussi, quelle dut être sa joie en le voyant triomphant du tombeau et montant au ciel le jour de l'Ascension ! Nulle langue ne saurait l'exprimer.

L'Écriture sainte ne nous dit rien des dernières années de la vie de Marie. On croit qu'elle alla passer quelques années à Éphèse, avec saint Jean, durant la première perséculion qui éclata contre les chrétiens et qu'elle revint ensuite à Jérusalem où elle mourut, entourée des apôtres et des disciples de Jésus, le 14 août de l'année 46, à l'âge de soixante-

six ans. Son corps virginal fut enseveli à Gethsémani, près de Jérusalem.

Le corps de Marie ne resta pas longtemps séparé de son âme. La bienheureuse Vierge ressuscita peu après sa mort et fut transportée en triomphe jusque dans le sein de Dieu même. Voici ce que rapporte à ce sujet la tradition :

Trois jours après les funérailles de Marie, saint Thomas qui n'avait pas pu se trouver au trépas de la douce Vierge et recevoir sa dernière bénédiction, supplia ses frères de lui permettre de contempler encore une fois les traits de la divine Mère de Jésus. Sur ses vives instances, les apôtres soulevèrent la pierre sépulcrale; mais, ô prodige admirable! Ils n'y trouvèrent plus que des Heurs Iraîches et odorantes, et une robe virginale, simple et modeste vêtement, dit Chateaubriand, de cette Reine de gloire que les anges avaient enlevée aux Cieux.

Réflexions pratiques.

La vie admirable de Marie a été une vie de prière, de sacriûces et d'union à Jésus-Christ.

I. Les premières années de cette Vierge incomparable, dans le temple, ne sont autre chose qu'une prière continuelle; lorsqu'elle habitait la pauvre demeure de Nazareth, lorsqu'elle suivait Jésus, cessa-telle de prier? Non, certainement; elle sut parfaitement unir le travail à la prière, la vie active à la vie contemplative. Sachons imiter Marie dans cette vie de prière en offrant à Dieu nos actions et nos travaux de chaque jour.

IL La vie de Marie fut une vie de sacrifices ; elle a

passé par de rudes épreuves; son cœur fut constamment abreuvé d'amères angoisses; aussi est-elle appelée la Reine des martyrs. La vie du chrétien n'est-elle pas un combat de chaque jour?... Semons ici-bas dans les larmes et la prière pour moissonner un jour comme Marie dans la joie et le bonheur.

III. Enfin la vie de Marie fut une vie d'union à Jésus-Christ. Qui pourrait dire combien Marie a aimé Jésus. Avec quel bonheur ses pensées le suivaient lorsqu'il était absent! Avec quel ravissement ses regards le. contemplaient lorsque ce divin Fils était près d'elle ! Avec quelle tendresse son cœur s'ouvrait à lui, lorsque après l'Ascension elle le recevait dans l'Eucharistie ! A son exemple cherchons sans cesse Jésus et aimons à nous unir à lui par la sainte communion. Cette union déjà si douce sur la terre recevra son sublime couronnement dans le Ciel.

La vie de Marie, si pleine de bonnes œuvres, n'estelle pas une accusatrice incessante de notre lâcheté et de notre indifférence.

Plan de méditation.

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