II. Moyens pour passer saintement les Quarante Heures
DU CAREME
Le Carême est un temps déjeune, d'abstinence et de prière ; il dure quarante jours, et voilà pourquoi on l'appelle encore le temps quadragésimal ou de la sainte quarantaine. Il commence le mercredi des Cendres et se prolonge jusqu'à la grande fête de Pâques. L'institution du Carême remonte à la plus haute antiquité et jusqu'aux temps apostoliques. « Nous jeûnons pendant la sainte quarantaine, selon la tradition des Apôtres, dit saint Jérôme. » Saint Léon appelle le Carême une institution apostolique. Il a été établi : 1° pour nous faire imiter le jeûne de Jésus-Christ dans le désert; 2° pour nous faire payer en quelque sorte à Dieu la dîme de toute notre vie. Dans l'ancienne loi, il était ordonné au peuple juif d'offrir au Seigneur la dixième partie des biens et des revenus qu'il possédait. Il est bien juste, que dans la loi de grâce, nous offrions aussi quelque chose au Seigneur. Or, ces quarante jours consécutifs, que nous donnons à la pénitence, forment la dixième partie de l'année ; 3° pour nous faire compatir à la passion et à la mort du Sauveur. En un temps où Jésus-Christ s'est sacrifié pour nous, ne devons-nous pas endurer quelque chose pour son
amour? Ce n'est qu'en prenant part à ses souffrances, que nous pourrons aussi avoir part à sa gloire ; 4° pour nous préparer à célébrer dignement la fête de Pâques qui est la plus solennelle- du christianisme; et il nous est enjoint de ne pas la laisser passer sans nous approcher du banquet sacré. Or, pour mériter d'être admis à la sainte Table, il faut nous purifier de nos souillures et expier nos fautes par le jeûne et la pénitence. La sainte quarantaine est donc, comme a dit un Père de l'Église, la grande vigile de la grande fête de l'année (1).
Depuis le jour des Gendres jusqu'au Samedi saint inclusivement, l'Église interdit à tous les chrétiens, qui ont atteint l'âge de raison, l'usage de la viande et de tout aliment gras ; et, en outre, elle ordonne à ceux qui ont vingt-un ans accomplis, de jeûner tous les jours de ce saint temps, excepté les six dimanches. Ce n'est point ici un simple conseil de plus grande perfection, ou qui ne regarde que les personnes spécialement consacrées à Dieu, c'est une loi formelle et positive ; une loi qui oblige, sous peine de péché mortel, tous les chrétiens qui sont en état de l'observer; une loi qui ne souffre d'exception qu'en faveur de ceux qui en seraient dispensés par quelque raison légitime, fondée sur une véritable nécessité : tels sont les malades, les convalescents, les vieillards caducs, et généralement ceux dont la santé, l'âge, l'état et les travaux seraient incompatibles avec le jeûne. Pour remplir rigoureusement l'obligation du jeûne, il faut se borner chaque jour
(1) Catéchisme de Rodez.
à un seul repas réel, auquel l'Église a permis d'ajouter une légère réfection à laquelle on donne le nom de collation.
Pendant le Carême, le chant de l'Église prend une plus grande teinte de tristesse, ses cérémonies sont plus lugubres, et la couleur des ornements, dont se revêtent ses ministres, invite à l'humilité et à la pénitence.
Les chrétiens de la primitive Église, moins coupables que nous, ne prenaient, pour nourriture, les jours de jeûne, que des herbes, des racines, des légumes, ou quelques fruits secs, avec un peu d'eau. Ils ne mangeaient qu'une fois le jour. Saint Fructueux, évêque de Tarragone, en Espagne, allant au martyre, refusa un breuvage qu'on lui offrit et dont il avait besoin, dans ce moment pour se fortifier : il le refusa en disant que ce n'était pas encore l'heure de rompre le jeûne. C'était un vendredi, à dis heures du matin. Celte abstinence, dans ces pieux fidèles, ne se bornait pas à la privation de certains aliments; elle s'étendait encore sur toutes les satisfactions des sens, sur toutes les douceurs et les commodités de la vie.
A leur exemple, prenons part à la pénitence générale de l'Église en nous soumettant à la loi du jeûne et de l'abstinence, si nous le pouvons. Mais, comme eux, n'oublions jamais que le jeûne est imparfait s'il est purement corporel : il doit encore affecter notre esprit et notre cœur en nous faisant éviter avec soin le péché et tout ce qui y porte; en nous
appliquant à détruire nos mauvaises inclinations qui nous portent au mal: l'orgueil, l'envie, la jalousie, la haine, l'impudicité et toutes ces habitudes criminelles dont Dieu exige le sacrifice. L'avons-nous fait jusqu'ici? Mon Dieu, c'est ce que nous ferons à l'avenir avec l'aide de votre sainte grâce.
Plan de méditation.