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MERCREDI DES CENDRES

D'après la discipline présente de l'Église, le Carême commence le mercredi de la Quinquagésime. Ce premier jour du grand jeûne public de la grande famille chrétienne est communément appelé le Mercredi des Cendres, à cause de la cérémonie de l'imposition des cendres, en signe de l'esprit de componction et de pénitence dont les chrétiens doivent être animés pendant la sainte quarantaine. — Dans tous

les temps, les cendres ont été regardées comme un signe de pénitence. Autrefois, un homme qui se montrait avec les cheveux et les habits couverts de poussière, annonçait par cet extérieur négligé le deuil et l'affliction. Les exemples en sont très fréquents dans les saintes Écritures. David, pour exprimer une douleur amère, dit qu'il mange la cendre avec le pain. Avant lui, Job fait pénitence en se roulant dans la poussière...

Pour entrer dans l'esprit de cette cérémonie, rappelons-nous l'ancienne discipline de l'Église relativement à la pénitence publique. Pendant les premiers siècles du christianisme, tous ceux qui avaient abjuré la foi dans les prisons et les tortures, ou qui avaient commis une faute grave et scandaleuse, par conséquent publique, étaient excommuniés, c'est-à-dire exclus de la communion des fidèles, à moins qu'ils ne se soumissent aux rigueurs d'une pénitence publique qui durait quelquefois jusqu'à la mort. Comme cette pénitence était réglée par les canons des conciles, on l'appelait aussi pénitence canonique, et les canons qui la réglaient canons pénitentiaux. — L'excommunication, si peu redoutée de nos jours, paraissait si effrayante aux premiers chrétiens, que, pour l'éviter, ils se soumettaient aux pénitences les plus sévères et les plus longues; car l'excommunié était privé des sacrements, privé de l'entrée de l'Église, privé de tout commerce avec les fidèles, fussent-ils ses parents ou ses amis. Il était regardé comme un pestiféré avec lequel on ne devait jamais ni manger, ni parler, mais qu'on devait toujours fuir. Les rois n'étaient pas plus épargnés que leurs

sujets. Dans la crainte d'être excommuniés, tous les chrétiens se soumettaient à la pénitence canonique, dont l'évêque fixait la durée, suivant la gravité des fautes et d'après les canons.

Les chrétiens soumis à la pénitence publique et qui devaient être absous à Pâques, se présentaient, couverts d'un sac et les pieds nus, à la porte de l'Église, le premier jour. Dès qu'on avait entendu leur confession, on les couvrait de cendres, et on leur imposait une pénitence proportionnée à leurs péchés. On les faisait ensuite entrer dans l'église où ils se tenaient le visage contre terre, tandis qu'on récitait sur eux les psaumes de la pénitence. Enfin l'évêque les chassait de la maison de Dieu, en punition de leurs crimes et ils n'y rentraient que le Jeudi saint pour y recevoir l'absolution. Ils y rentraient peu à peu, en passant par quatre degrés de pénitence, qui distinguaient les pénitents en quatre classes : 1° les pleurants, qui se tenaient en dehors de l'église pendant les offices, et qui se recommandaient, en pleurant, aux prières de ceux qui y entraient; — 2° les écoutants étaient ceux à qui l'on permettait d'entrer sous le vestibule de l'église pour écouter les instructions, mais qui devaient en sortir au commencement des prières; — 3° les prosternés pouvaient entrer jusqu'après l'Evangile, mais toujours à genoux et souvent prosternés jusqu'à terre. Le diacre les faisait sortir après l'Évangile avec les catéchumènes ; — 4° les consistants assistaient debout à tous les offices, et même à la sainte Messe, mais n'allaient pas à l'offrande et ne recevaient pas la communion, jusqu'à ce que le terme de leur péni-

tence fût arrivé. Ce terme était ordinairement fixé au Jeudi saint. Alors les pénitents de la quatrième classe se présentaient à la porte de l'église que l'évoque leur ouvrait lui-même ; le prélat leur donnait l'absolution solennelle, puis ils quittaient les insignes de la pénitence, recevaient la sainte communion et rentraient dans la société des fidèles.

L'imposition des cendres n'est plus, de nos jours, pour ainsi dire qu'un souvenir de ce qu'elle était dans les premiers siècles du christianisme. L'Église toutefois, pour inspirer à. ses enfants l'esprit de pénitence, a voulu que le premier jour de la sainte quarantaine ses ministres imposassent des cendres indistinctement à tous les fidèles, soit ecclésiastiques, soit laïques. Elle adresse à chacun d'eux ces paroles : « Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » En remettant devant leurs yeux la pensée de la mort, elle a voulu détacher leurs cœurs de tous les faux biens qu'il faudra bientôt quitter, pour les fixer vers les biens solides de l'éternité.

Réflexions pratiques.

Les cendres que l'Église nous met aujourd'hui sur la tête sont tout à la fois le signe de la mort et le symbole de la pénitence. Recevons-les avec une réflexion profonde sur la fragilité de la vie et avec un vif sentiment de douleur de nos péchés. La mort est inévitable, et elle décidera de notre sort éternel. Préparons-nous y en vivant comme si chacun de nos jours devait être le dernier. Détachons-nous dès à présent de tout ce que nous devons quitter à la

mort et expions nos péchés par une sincère pénitence. 0 mon Dieu ! faites-nous la grâce de mourir dans votre amour.

Plan de méditation.

La cérémonie des cendres nous rappelle : 1° la pensée de la mort; 2° la nécessité de la pénitence. Quels fruits devons-nous en retirer?

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