‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'annéeChapitre 62 sur 65 · COURONNE D'ÉPINES DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

COURONNE D'ÉPINES DE NOTRE-SEIGNEUR

Vendredi après les Cendres.

Voici le récit que les écrivains sacrés font de la sainte couronne qui fut déposée sur la tête auguste de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

L'Homme-Dieu, a peine délivré du supplice de la flagellation, est amené dans la cour du Prétoire par les soldats du gouverneur de Jérusalem. Là il devient l'objet de nouveaux outrages. On l'accusait d'avoir voulu se faire roi, les soldats s'avisèrent d'en faire un roi de théâtre et de simuler la cérémonie de son couronnement. Ils le menèrent donc dans la cour intérieure du Prétoire où se tenaient les soldats ; ils en appelèrent à eux toute la cohorte, ils leur communiquèrent leur projet que tous accueillirent avec une joie bruyante. Dès lors, c'est à qui égaiera l'assemblée par des inventions nouvelles. Celui-ci va ramasser dans le corps de garde, un mauvais manteau de couleur rouge et le jette sur les épaules de

Jésus-Christ, par allusion à la pourpre des Césars; celui-là lui met à la main un roseau en guise de sceptre; d'autres prennent des épines et, les entrelaçant en forme de couronne, ils les placent sur sa tête et les enfoncent avec force. Chaque pointe forme une plaie, chaque plaie fait couler un ruisseau de sang, et ce sang précieux, inondant le visage du Sauveur, fait, du plus beau des enfants des hommes, un objet de compassion et d'horreur? Nous l'avons vu, disait Isaïe, se le représentant dans un avenir lointain, nous F avons vu, et il n'avait plus ni figure ni beauté; nous l'avons vu et nous n'avons pu le reconnaître.

Ce déplorable état, où les soldats ont réduit le Sauveur, au lieu d'exciter leur pitié, ne fait qu'exciter leur rage sauvage et provoquer de cruelles insultes. Ils fléchissent le genou devant lui, en le saluant roi des Juifs. — Ils lui crachent au visage, ils lui donnent des soufflets, et, lui arrachant le roseau des mains, ils lui en frappent la tête, enfonçant ainsi davantage les épines dont elle est couronnée. En se laissant mettre sur la tête ce diadème de douleurs, Jésus-Christ a voulu expier les soins idolâtres que prennent tant de personnes mondaines pour orner une tête pécheresse, la donner en spectacle et lui attirer des adorateurs. Sommes-nous exempts de tout reproche sous ce rapport?

La couronne d'épines a été précieusement conservée à Constantinople, d'abord par les Français, ensuite par les Vénitiens, acquéreurs de cette précieuse relique. En l'année 1238, l'empereur Baudoin II céda ses droits, sur ce précieux dépôt, à

saint Louis, roi de France, qui s'empressa de payer la somme engagée, et envoya aussitôt deux religieux pour chercher la sainte Relique. A la première nouvelle de son approche, le pieux roi vint à sa rencontre avec sa mère, les princes du sang et plusieurs prélats du royaume. Après qu'il l'eut vénérée avec émotion, il se mit en route pour Sens. A l'entrée de la ville, il la prit sur ses épaules, avec son frère Robert, tous deux nu-pieds et vêtus d'une robe de laine, et la porta à la cathédrale, où elle fut exposée à la piété des fidèles. Huit jours après, Louis IX recommença cette touchante cérémonie à Paris pour la déposer à Notre-Dame.

Depuis cette époque, l'Église de Paris qui conserve encore aujourd'hui cette précieuse relique, célèbre chaque année la mémoire de cette translation solennelle le onzième jour d'août.

Réflexions pratiques.

L'Église, en célébrant une fête particulière pour honorer la Sainte Couronne d'Épines qui a transpercé la tête de Jésus-Christ, veut nous faire entrer dans la contemplation de ce grand mystère d'amour. En nous montrant ce Roi de gloire travesti en roi de théâtre, couronné d'un cruel et dérisoire diadème, recouvert d'un vil lambeau de pourpre et armé d'un fragile roseau, elle nous dit avec Pilate, présentant le Sauveur au peuple : Ecce Homo : Voilà l'Homme par excellence, l'Homme-Dieu, le Fils unique de l'Éternel. Le voilà tel que la fait le péché. Le voilà chargé de notre orgueil, de nos vanités, de notre ambition, de nos colères, de notre amour déréglé pour

le plaisir! Voilà l'Homme réparateur, Rédempteur, Sauveur de tous les hommes. Fut-il jamais détresse, angoisse, misère, abandonuement comparables à ce que nous voyons ! Fut-il jamais une douleur plus piquante, un opprobre plus révoltant, une humiliation plus profonde 1 Voilà l'Homme. Ce qu'il endure pour nous, pécheurs, nous enseigne ce que méritent nos iniquités, quelle injure le péché fait à Dieu, quelle réparation Dieu exige. Prenons la résolution de le bannir à tout jamais de nos âmes et d'expier, parla pénitence, ceux que nous avons eu le malheur de commettre pendant notre vie.

Plan de méditation.

I. Récit historique de la flagellation et du couronnement d'épines.

IL Chaque chrétien a sa flagellation à endurer et sa couronne d'épines à porter.

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