III. Nos besoins et notre propre intérêt nous y engagent
SAINT BONAVENTURE, DocTrau de l'Église
14 juillet.
C'est sous le beau ciel de la Toscane, la fleur de l'Italie, que naquit saint Bonaventure, docteur de l'Église. Au baptême, il avait recule nom de Jean ; mais à quatre ans, il reçut en outre le nom de Bonaventure, et voici à quelle occasion. A cet âge, le petit Jean fut atteint d'une maladie si dangereuse que les médecins désespérèrent de le sauver. Sa pieuse mère, n'ayant plus de confiance qu'en Dieu, lui demanda la vie de son fils ; puis dans les transports d'une foi vive, elle alla se jeter aux genoux de saint François d'Assise, le conjurant avec larmes de prier pour son cher enfant. Le Saint, emu de corn-
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passion, se prosterna devant Dieu, et, h l'instant, le petit naoribond recouvra une santé si robuste qu'il n'éprouva plus de maladie, jusqu'au moment suprême oti le souverain Maître de toutes choses changea sa vie mortelle en celle qui ne doit jamais finir. En voyant son enfant instantanément guéri, rheureuse mère s'écria en italien : 0 buona ventura : ô l'heureux événement ! Et le nom de Jean Bonaventure resta au petit miraculé. La mère sema dans le cœur de son enfant les germes de la plus vive piété; et celui-ci goûta Dieu dès qu'il le connut. Les amusements puérils n'eurent aucun attrait pour son enfance; il se distingua par son amour de la pureté et par une tendresse extrême pour la Reine des Vierges, il conserva son innocence pendant tout le cours de ses études. Merveilleusement doué de la nature, d'une beauté extraordinaire, d'un esprit et d'un génie transcendants, il avait été béni, lejour môme de sa naissance, par saint François d'Assise qui plus tard obtint sa guérison ; et il entra dans son Ordre à l'âge de vingt et un ans. L'état religieux acheva de perfectionner cette grande âme. Ayant été, après son noviciat, envoyé à Paris pour y étudier la théologie, le fameux Alexandre de Halès dit de lui qu'il semblait n'avoir jamais été souillé du péché originel. Jamais homme ne porta plus loin l'humilité, la pauvreté, l'obéissance ; il faisait revivre le grand saint François. Son amour pour Jésus- Christ le retenait des heures entières au pied des autels, pleurant de joie et de tendresse! la communion était ses délices. Sa ferveur, quand il fut prêtre, ne connut plus de bornes ; son union intime ni. 5
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avec Dieu augmenta de jour en jour, el la pratique de l'oraison devint continuelle.
Bonaventure fut nommé, tout jeune encore, professeur de théologie à l'université de Paris; et, à côté de saint Thomas d'Aquin, son ami et son émule vénéré, il professa d'une manière admirable plus de dix années. Le chancelier de Tuniversité de Paris, rillustre Gerson, disait de lui : a Je ne sais si jamais l'université de Paris a eu un docteur semblable à Bonaventure. Il est solide, sûr et pieux en tout ce qu'il dit ; il n'embarrasse point ses leçons de questions inutiles. Pour de véritables théologiens, il n'y a point de doctrine plus élevée, plus divine, plus salutaire, ni plus charmante que la sienne. » Un jour saint Thomas d'Aquin, son angélique ami, vint le visiter, et plein d'admiration pour sa science. « Dans quels livres, lui demanda-t-il, avez-vous appris cette science sacrée? — Voilà, répondit Bonaventure, en lui montrant son crucifix, la source où je puise mes connaissances. J'étudie Jésus, et Jésus crucifié. »
L'an 1256, Bonaventure reçut le bonnet de docteur en môme temps que saint Thomas et, l'année suivante, il fut élu général de son ordre ; il accepta cet emploi avec peine, se croyant indigne d'une si haute dignité. 11 n'avait que trente-quatre ans. Malgré sa jeunesse il s'acquitta de ses fonctions avec autant de prudence que de sagesse. Il se mit sous la protection de la très Sainte Vierge, et s'appliqua à y corriger les abus de son Ordre et à y établir la paix et l'harmonie. — Le pape Clément IV nomma saint Bonaventure à Tarchevêché d'York, persuadé que son
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choix serait agréable et utile à toute l'Angleterre, mais rhumilité du religieux sut échapper à un si lourd fardeau. Prosterné aux pieds du Pape, par ses prières et ses larmes il fit révoquer sa nomination. Sa joie fut de courte durée. Grégoire X, moins flexible que Clément IV, résolut de l'élever aux premières dignités de TÉglise, et d'en faire Tornement du Sacré-Collège. Il le créa cardinal, et le nomma àrévêché d'Albano. Le Pape lui enjoignit d'accepter et de partir immédiatement pour Rome. En môme temps, il envoyait deux nonces lui remettre les marques de sa dignité. Les nonces le rencontrèrent dans un couvent de Franciscains situé à quatre lieues de Florence. A leur arrivée, le Saint était occupé à laver la vaisselle; il leur demanda tranquillement la permission d'achever : son ouvrage fini, il prit en soupirant le chapeau de cardinal qu'on lui avait apporté. Puis il fit ses adieux à ses frères, et se dirigea vers la Ville éternelle. Le Pape qui était à Orviette, vint le trouver à Florence, et voulut faire lui-même la cérémonie de son sacre. Il lui ordonna ensuite de se préparer à parler dans le Concile général qui avait été convoqué à Lyon pour la réunion des Grecs et des Latins, et principalement pour la délivrance de la Terre Sainte.
Aussitôt que les députés de TÉglise grecque furent arrivés, le Pape chargea Bonaventure de conférer avec eux. Sa douceur les charma, et la solidité de ses raisons les convainquit; ils acquiescèrent à tout, renoncèrent à leur schisme et à leurs erreurs dans la seconde session du Concile. En reconnaissance d'un si heureux succès, Grégoire chanta la messe le
jour de saint Pierre et de saint Paul et voulut qu'on y lût révangile en grec et en latin. Saint Bonaventure y prêcha sur l'unité de la foi ; après quoi on récita le symbole en grec et en latin pour marquer la réunion des deux Églises, et Ton répéta trois fois ces mots : Qui procède du Père et du Fils pour exprimer le dogme de la double procession du Saint-Esprit, que TÉglise grecque venait de reconnaître. C'est en mémoire de cet heureux événement qu'on plaça deux croix sur le grand autel de Téglise métropolitaine de Saint-Jean de Lyon.
Saint Bonaventure tomba malade après la troisième session du Concile; le Pape lui administra luimême le sacrement de Textrôme-onction. Durant sa maladie, il eut constamment les yeux fixés sur un crucifix. Sa bienheureuse mort arriva le 14 juillet 1274; il était dans la cinquante-troisième année de son âge. Dieu manifesta la sainteté de son serviteur par une foule de miracles. Cent soixante ans après sa sépulture, on trouva sa tête dans le même état que le jour de sa mort. Sa langue était aussi vermeille, et le coloris des lèvres et des joues aussi vif que s^il eût été vivant.
Réflexions pratiques.
Saint Bonaventure, appelé le docteur Séraphique, à cause de la chaleur et de l'onction que son esprit de piété communiqua à ses écrits, a été le disciple de Jésus crucifié : c'est dans ses plaies sacrées qu'il a puisé son admirable science; c'est là qu'il a appris à aimer le Seigneur, envoyant combien Dieu nous avait aimés. Son amour envers Jésus-Christ mourant
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sur la croix, ou caché dans l'Eucharistie, a été si grand que ses écrits inspirent encore aujourd'hui ce même amour à ceux qui les lisent. Quel amour avezvous pour Jésus-Christ, qui a tant fait et souffert pour vous? Comment le lui témoignez-vous à réglise? Est-ce par une tenue respectueuse au pied des autels? Est-ce par un grand empressement à le visiter dans son temple et à le recevoir dans le sacrement de l'Eucharistie? Oh ! que de chrétiens croient aimer le Dieu de toute charité et pourtant n'ont pour lui que froideur! Ne suis-je pas de ce nombre? Mon Dieu, pénétrez-moi de votre divine charité !
Plan de méditation.
Saint Bonaventure a su allier : 1^ à la sublimité de la science, l'humilité la plus profonde; 2"* aux subtilités de l'École, la piété la plus simple et |la plus tendre.
SAINT HENRI, Empereur 15 juillet.
Saint Henri, surnommé le Pieux, naquit Tan 972. Il eut pour père Henri, duc de Bavière, et pour mère Gisèle, fille de Conrad, roi de Bourgogne. Il fut tenu sur les fonts sacrés du baptême et élevé par un savant et vertueux prélat qui le forma, plus encore par ses exemples que par ses leçons à la pratique de la vraie piété et aux vertus qui font les grands rois. Les
progrès du jeune homme répondirent h l'éducation qu'il recevait. ATâge de vingt-trois ans Henri succéda à son père dans le duché de Bavière. Alors les seigneurs qui s'étaient attachés à lui, et le peuple qui Taimait profondément, firent les plus vives instances pour l'engager à prendre une épouse. Le jeune duc avait fait vœu de virginité. Il ne répondit d'abord que d'une manière évasive, espérant que le temps le débarrasserait de leurs importunités. Mais il n'en fut rien. Harcelé par ses vassaux, un jour il se hasarda de leur répondre : « Je ne m'oppose plus à votre volonté, mais je ne consentirai à prendre pour épouse qu'une personne digne du rang suprême auquel vous la convierez. Je vous laisse le soin de la choisir vous-mêmes dans ces conditions. »
Les princes de Bavière jetèrent les yeux sur Cunégonde, fille d'un riche palatin, retiré sur ses domaines, sur les bords du Rhin. Gunégonde était d'une beauté accomplie. La douceur de son caractère et la simplicité de ses mœurs lui conciliaient l'admiration de tous ceux qui l'approchaient. Ils la proposèrent donc au roi comme la seule épouse vraiment digne de lui. Il ne s'agissait plus que d'obtenir son consentement, mais ce n'était pas chose facile, car elle avait fait au Seigneur un vœu secret de perpétuelle virginité. La jeune princesse adressa au Ciel de ferventes prières, puis ayant le pressentiment qu'elle obtiendrait, dans le mariage projeté, la grâce de rester fidèle à son union avec le Christ, elle donna son consentement. Ses noces avec Henri furent célébrées au milieu d'universelles acclamations de triomphe. La joie des hommes n'eut rien que de terrestre, mais les Anges,
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témoins de cette union virginale, chantèrent au Ciel le cantique des plus pures allégresses.
Les évoques ayant béni les nobles époux, ceux-ci se retirèrent dans la solitude et Henri prenant le premier la parole : « Épouse très chérie, dit-il, je ne veux pas vous laisser ignorer que j'ai fait devant Dieu un serment de me dévouer corps et âme à son service et je veux garder par amour pour Jésus-Christ la continence parfaite. » A ces mots, le visage de la jeune fiancée parut rayonnant d'une céleste joie. « Seigneur, mon Roi, dit-elle, le vœu que vous avez fait, je Tai fait aussi. Je suis heureuse de pouvoir jurer avec vous aujourd'hui que nous serons fidèles à nos engagements. Telles furent les noces immaculées d'Henri et de Cunégonde.
Quelques années après, la couronne impériale d'Allemagne étant devenue vacante par la mort d'Othon III, plusieurs prétendants se présentèrent. Henri l'emporta sur ses compétiteurs, et fut sacré, à Mayence, roi de Germanie, le 8 juillet. La réputation de douceur, de modération, de piété et de justice dont il jouissait depuis son administration du duché de Bavière, avait déterminé les prélats et les grands à le choisir pour chef du corps germanique. Il justifia la haute idée qu'on avait conçue de lui, par la sagesse qui caractérisa tous les actes de son gouvernement et par l'assemblage des vertus chrétiennes, royales et militaires. Un des premiers actes de son règne fut de se démettre du duché de Bavière en faveur de son beau-frère Henri, surnommé l*Ancien.
Connaissant le danger auquel exposent les gran-
(leurs humaines, le nouvel empereur s'appliqua à bien connaître toute retendue de ses devoirs, pour les remplir fidèlement. Il priait, méditait la loi de Dieu et s'exerçait à la pratique de Thumilité, afin de se prémunir contre Torgueil et ne point se laisser éblouir par réclat des honneurs. Persuadé de l'influence merveilleuse de l'exemple et de son ascendant sur les masses, il se mit à prêcher à ses nombreux sujets par une conduite vraiment édifiante. Il se regardait, à juste titre, comme le mandataire du Ciel et cherchait avant tout à faire fleurir le royaume de Dieu et sa justice : de là son zèle extraordinaire à procurer la gloire du Seigneur, l'exaltation de l'Église, à entretenir dans ses Etats la paix et la piété, le règne de la foi et des bonnes mœurs, par de saints règlements, et surtout par la pratique de la religion et de la vertu. Il se fit un plaisir de bâtir et d'enrichir les églises, de soulager les pauvres, de remédier aux abus et aux désordres, un bonheur de vaquer à la prière, d'assister à la sainte messe, de s'asseoir souvent au banquet eucharistique, de témoigner une dévotion toute spéciale envers la Sainte Vierge et son Ange Gardien. Henri regarda toujours la guerre comme le principal fléau des États, et il chercha à l'éviter ; forcé cependant de prendre plusieurs fois les armes, il ne le flt qu'après avoir épuisé tous les moyens pacifiques et acquis la certitude d'une impossibilité absolue de sauver autrement son pays et ses peuples ; ses entreprises militaires furent toujours couronnées par le succès. Quelques-uns de ses sujets s'étant révoltés contre lui, au commencement de son règne, il les réduisit par son courage et les gagna par sa clémence.
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Deux ans après, il eut le même succès contre un seigneur lombard, couronné à Milan par une cohorte de rebelles.
Après avoir ainsi assuré d'une manière définitive sa couronne, il se rendit à Rome où il fut couronné empereur par le pape Benoît VIII, en février 1014. Le pieux monarque confirma et renouvela les donations que ses prédécesseurs avaient faites au Saint- Siège, de la ville de Rome, de l'exarchat de Ravenne, et de plusieurs autres domaines d'Italie. Il ne cessa de regarder comme ses meilleurs amis ceux qui le reprenaient librement de ses fautes. — Quoique entièrement détaché de toutes choses créées, Henri désirait ardemment renoncer au monde, et son dessein était de se retirer dans l'abbaye de Saint- Vannes à Verdun ; mais le pieux abbé de cette maison ainsi que plusieurs prélats lui firent comprendre que sa véritable vocation était de continuer son règne plein de sagesse et de se sanctifier sur le trône. L'empereur, malgré son vif désir de se consacrer à Dieu, se rendit à cet avis dicté par la prudence évangélique. Et il se livra plus que jamais à la pratique des vertus chrétiennes et surtout de la chasteté. Sur le point de mourir, il rendit vierge à ses parents sainte Cunégonde, son épouse. Enfin, après une vie pleine de mérites, Henri mourut au château de Grone le
14 juillet 1024. Il était dans la cinquante-deuxième année de son âge et la vingt-deuxième année de son règne. Ses qualités royales l'ont fait mettre au rang des grands princes ; ses vertus chrétiennes l'ont placé au nombre des saints. On célèbre sa fête le
15 juillet.
Réflexions pi^atiques.
Quoique nous ne soyons pas tous rois sur la terre, nous sommes tous appelés à jouir du royaume de Dieu dans le Ciel : c'est un héritage que Dieu, notre père, prépare à tous les élus. Pour posséder ce royaume, il n'est pas nécessaire d'être riche, noble, savant, homme de grand cœur on de grand esprit ; ce sont les talents de la grâce et de la bonne volonté qui nous mettent en possession de ce trône. Nous n'avons qu'à faire valoir ceux que nous avons reçus du Seigneur. Ne nous fatiguons donc pas en vain à chercher de grands établissements sur la terre. Par l'innocence de notre vie et par la possession de la grâce sanctifiante méritons la couronne de réternité. Si nous jouissons de l'amitié du Seigneur, conservons-la précieusement, et si nous l'avons perdue, efforçons-nous de la recouvrer au prix de tous les sacrifices. Il dépend absolument de nous d'occuper un jour notre place dans le palais des cieux. Le voulons-nous ? La grâce de Dieu nous rendra la tâche facile. Qu'avons-nous fait jusqu'ici, et que faisonsnous chaque jour pour nous en rendre dignes? Interrogeons notre conscience. Mon Dieu ! accordeznous abondamment votre grâce afin que nous puissions constamment marcher dans la voie de vos commandements qui sont Tunique route du Ciel : Adveniat regnum tuwn.
Plan de méditation, ' I. Saint Henri fit un digne usage de l'autorité :
1^ en obéissant à Dieu ; 2^ en gouvernant ses peuples avec sagesse. "^
II. Il fut un modèle de vertu : i"^ pour les princes ; 2* pour les époux ; S*' pour les citoyens.