I. La dévotion du scapulaire excellente en ellemême
IL Plus excellente encore dans les privilèges qui y sont attachés.
IIL Pratique de cette dévotion.
SAINT ALEXIS, Confesseur
17 juillet.
Saint Alexis, si célèbre dans l'Église par son volontaire et généreux mépris du monde, naquit à Rome
vers le milieu du quatrième siècle. Il était fils unique d'un des plus riches et des plus illustres sénateurs de cette ville, et sa mère, Aglès, appartenait à Tune des principales familles de l'empire. Longtemps privés d'enfants, les vertueux époux suppliaient instamment le Ciel de leur accorder un héritier; Aglès surtout, pour obtenir cette faveur de Dieu, accomplissait des bonnes œuvres sans nombre ; elle visitait les délaissés, soignait les malades et offrait la plus généreuse hospitalité aux pèlerins qui venaient visiter le tombeau des saints Apôtres Pierre et Paul. Elle mérita ainsi de devenir la mère d'un des plus illustres pèlerins de PÉglise de Dieu. Sa naissance combla de joie ses parents qui lui donnèrent une excellente éducation. Il passa les premières années de sa vie sous les yeux de son père et de sa mère. Les exemples de ceux-ci firent une profonde impression sur son cœur. Il apprit à leur école qu'on ne pouvait faire un meilleur usage des richesses qu'en les partageant avec les pauvres. Il n'oublia point que l'aumône est un trésor pour l'éternité. Plus tard son père eut grand soin de lui donner des maîtres aussi habiles dans la science des saints que dans les sciences humaines. Les progrès extraordinaires qu'il y fit en peu de temps prouvent l'excellence de son génie. Doué d'un naturel doux et conciliant, d'un esprit vif et pénétrant, et de manières naturellement polies, il devint dans peu d'années l'admiration de la ville et de la cour. Alexis paraissait peu sensible à ces succès. Croissant en science, il se perfectionnait plus encore en sainteté, et l'on s'aperçut bientôt de sa tendre dévotion, de son dégoût pour tout ce qui passe,
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et de son estime pour tout ce qui est céleste et éternel.
Ses parents croyaient ne rien faire de meilleur pour la famille et pour l'Église que de le marier richement. « Il pourra ainsi, disait-on, répandre des aumônes, exercer une influence salutaire. D'ailleurs il est bon qu'il perpétue le nom qu'il a reçu. » On lui trouva donc un riche parti. Par timidité et par condescendance pour sa famille, Alexis accepta la main d'une jeune chrétienne alliée à la maison impériale, personne d'une rare beauté. Jamais noces ne furent plus brillantes sur le mont Palatin. Le pontife lui-même y présida et toute la noblesse romaine félicita les jeunes époux. Mais voici qu'au jour des noces, Alexis se sentit tellement pénétré du désir d'être uniquement à Dieu et de l'aimer sans partage, qu'il résolut de prendre la fuite. Le soir de cette somptueuse fête, poussé par une inspiration héroïque de la grâce, il entre dans l'appartement de son épouse, lui donne un anneau et une ceinture de grand prix, la priant de garder ce présent comme un gage de son amitié, puis il la quitte, sort secrètement de la maison paternelle, se rend au port, trouve un vaisseau prêt à partir, et fait voile pour Laodicée. De là il se rend à Édesse, où il distribue aux pauvres tout ce qui lui restait, et se met à mendier son pain, passant la plus grande partie de son temps à prier sous le portail de l'église, où il y avait une image de Notre-Dame. C'était bien aux pieds de la très Sainte Vierge que devait se réfugier le Saint qui s'était fait mendiant pour conserver sa virginité.
Qui pourrait dépeindre la désolation des parents
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d'Alexis, en s'apercevant de sa fuite ! Ils étaient inconsolables. La ville de Rome était remplie du bruit de ce singulier événement. Quant à la fiancée de notre Saint, elle pleura amèrement, mais connaissant les sentiments du vertueux jeune homme, elle comprit que le doigt de Dieu était là ; c'est pour cela qu'elle jura de conserver jusqu'à la mort une fidélité inviolable à celui à qui elle avait espéré appartenir ; elle refusa donc de quitter sa nouvelle famille, où elle remplaça, au milieu de Taffection de tous, l'enfant fugitif. On fit chercher Alexis partout; on envoya des messagers sur toutes les routes, jusques en Asie. L'un des envoyés, étant arrivé à Edesse, trouva de nombreux mendiants près du sanctuaire de la Sainte Vierge. Il leur fit l'aumône et demanda à l'un d'eux s'il n'avait point vu un pèlerin dont il lui fit la description. Ce mendiant était Alexis, mais son habit souillé et l'austérité de sa vie l'avaient tellement changé, que l'envoyé ne le reconnut môme pas au trouble que lui causa sa demande.
Alexis demeura dix-sept ans, dans l'abjection et l'oubli le plus complet, parmi les mendiants assemblés au sanctuaire de Notre-Dame d'Edesse. Après ce laps de temps, il plut à la Sainte Vierge de glorifier son serviteur par un miracle éclatant. Le sacristain, considérant un jour avec admiration sa douceur, son humilité, son assiduité à la prière, entendit une voix, qui lui sembla venir de l'image de Marie ; et la voix disait : « Ce pauvre est un grand serviteur de Dieul » Le bruit de ce prodige s'étant répandu dans la ville, chacun racontait ce qu'il avait remarqué d'admirable en lui; tous exaltaient ses
innombrables vertus. Tous, sous les haillons de la misère, remarquaient les traces d'une illustre naissance. Alexis, se voyant découvert, résolut de se soustraire aux témoignages de vénération dont il était Tobjet. Il s'embarque donc sur le premier vaisseau venu, priant Dieu de le conduire oti il lui plairait. Une tempête pousse le vaisseau vers Fltalie, et il vient aborder au port d'Ostie. Alexis, se rendant à Rome, alla droit chez son père, et Tayant rencontré au sortir du Sénat : (c Seigneur, lui dit-il, ayez pitié de ce pauvre de Jésus-Christ, qui vous supplie de lui accorder en quelque coin de votre palais une retraite. » Le charitable sénateur, touché de sa prière, ordonne à ses valets de le loger, et de lui donner chaque jour de quoi vivre, à condition qu'il prierait pour le prochain retour du fils qu'il pleurait.
Alexis demeura dix-sept ans sous l'escalier que tous gravissaient pour entrer dans sa maison, en sorte qu'il semblait foulé aux pieds. Au lieu des caresses et des bienfaits de ses parents, auxquels il aurait pu prétendre, il n'eut qu'à souffrir chaque jour les injures et les mauvais traitements des domestiques de son père; il n'en murmura jamais, mais pria pour eux.
Combien son cœur saignait lorsqu'il voyait passer sa fiancée portant les habits de deuil du veuvage, lorsqu'il entendait sa mère pleurer, s'écriant dans l'amertume de sa douleur : « 0 mon fils Alexis, oti es-tu ? Pourquoi t'ai-je tant désiré ? J'espérais que tu serais le bâton de ma vieillesse, l'honneur de ma maison, l'héritier de tous mes biens, et voici que tu m'abandonnes et me fais mourir de chagrin 1 »
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Instruit de sa mort par une révélation divine, il fut inspiré d'écrire son nom et Thistoire de sa vie sur du parchemin ; il plia cet écrit qu'il serra dans sa main, s'occupa uniquement de la prière, et s'endormit dans le Seigneur.
A la lecture de cet écrit, son père et sa mère le reconnurent, se précipitèrent sur ses pieds et ses mains et les arrosèrent de leurs larmes. « 0 mon fils ! s'écriait son père, mon cher Alexis, que n'avez-vous découvert plus tôt votre secret à votre famille, qui ne vivait que pour vous? Pourquoi avez-vous refusé d'apaiser sa tristesse? C'était un fils vivant que nous demandions et non pas un fils mort ! Que nous sert de vous avoir recouvré, s'il faut vous quitter pour vous cacher dans un sépulcre? — Laissez-moi, disait à son tour la mère désolée, laissez-moi voir le fils que j'ai enfanté au milieu des tribulations. Je perds aujourd'hui l'espérance que j'avais de retrouver celui que je vois si à regret et si à contre-cœur. — Et moi aussi, disait la fiancée, moi aussi, ô mon cher Alexis ! j'ai passé toute ma vie à pleurer votre absence. Je ne vous retrouve que pour prendre votre deuil. Je n'ai plus rien à attendre ni à désirer, avec votre vie la mienne est achevée et mon cœur s'envole avec vous. » La foule accourue à cet événement fut prodigieuse. Huit jours après le décès on lui fit de magnifiques funérailles, et Dieu rendit glorieux son tombeau par un grand nombre de miracles.
Réflexions pratiques.
Jésus-Christ déclare à tous de la manière la plus expresse que, pour être ses vrais disciples, il faut
donner ses biens aux pauvres, se renoncer soi-même, porter sa croix et le suivre. Qui jamais a montré plus de docilité que saint Alexis à la voix du divin Maître, plus d'héroïsme dans le renoncement et l'abjection? Né dans le sein de la noblesse et de l'opulence, il est peu sensible aux pompes et aux vanités du monde, qui, de toute part, lui prodiguent leurs avantages. S'il est vrai qu'un homme est d'autant plus grand, plus généreux qu'il fait de plus grands sacrifices et remporte de plus difficiles victoires sur lui-même, quel n'est pas le mérite du jeune Alexis, dont la vie a été un sacrifice entier, une victoire sur lui-même, sur le monde et le démon ! Il avait une épouse excellente, des parents illustres et dignes de son nom et de son cœur; il possédait une parfaite réputation, une fortune immense, avec beaucoup de vertus et les plus précieuses qualités. Suivant le conseil évangélique, il renonce à son père, à sa mère, à son épouse; il renonce à tous les biens, à tous les plaisirs, à tous les honneurs qui l'environnent de toute part. Il se donne entièrement et uniquement à Jésus- Christ. Il embrasse sa pauvreté, sa croix, ses humiliations, l'immolation qui ne finira qu'avec ses jours. Mais c'est surtout dans la dernière partie de sa vie qu'il a mis le comble à l'héroïsme du courage et de la vertu. Pour donner un plus grand prix à son détachement des biens de la terre et des affections de sa chère famille, il ne veut point en triompher par la fuite. Durant dix-sept ans, il veut contempler les richesses sans en jouir; son tendre cœur consent à voir couler les larmes d'un père affligé, d'une mère désolée et d'une épouse inconsolable sans les essuyer.
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Quelle multiplicité de combats I Quelle continuité de victoires! Devant ces prodiges de générosité, jugeons de notre lâcheté, de notre infidélité, de notre immortification et de notre peu d'amour pour Dieu, à qui nous préférons en toute occasion la créature.
Seigneur, donnez-nous le courage d'imiter le souverain mépris de saint Alexis pour le monde et ses vanités !
Plan de méditation.
I. Saint Alexis a été une image du Fils de Dieu inconnu dans le monde : Mundus eum non cognovit.
II. Gomme Jésus, il a été maltraité des siens : Inpropria venit et sui eum non receperunt.
III. Gomme Jésus, il est connu et son nom est vénéré après sa mort.
SAINT CAMILLE DE LELLIS, Gonfesseur
18 juillet.
Saint Gamille de Lellis était fils de Jean Lellis, noble chevalier des armes de Gharles-Quint. Sa mère appartenait à une des plus illustres famille du royaume de Naples. Elle avait eu, dans les premières années de son mariage, un fils qui lui avait été enlevé au berceau, et depuis elle était demeurée sans postérité. A soixante ans, après de continuelles et ferventes prières, elle mit au monde Gamille de Lellis. Durant sa grossesse elle vil dans un songe le
nouvel enfant que Dieu allait lui donner portant une croix sur la poitrine et suivi d'une foule innombrable d'autres enfants marqués du même signe. Elle s'effraya de cette vision, craignant qu'il ne fût question de la croix dont on marque les condamnés et se demandant si elle ne mettrait pas au monde quelque chef de brigands qui allait être l'opprobre de sa famille. A peine Camille fut-il né qu'il perdit sa mère. Il n'avait encore que six ans lorsque la mort lui enleva son père. Son éducation fut, par suite de ces accidents, complètement négligée ; et comme il arrive trop souvent aux orphelins abandonnés il se laissa entraîner à la contagion du siècle.
Les commencements de Tenfant prédestiné ne justifièrent que trop les appréhensions de sa mère : paresseux et débauché , il s'adonna à la passion du jeu avec une ardeur fébrile, et toutes les remontrances de sa famille ne purent le ramener dans la bonne voie. A l'âge de dix-neuf ans il embrassa la profession des armes, et y renonça cinq ans après.
Ce pauvre jeune homme perdit au jeu tout ce qu'il possédait, et étant réduit à la dernière misère, il se vit contraint de se mettre au service des maçons qui élevaient un bâtiment chez les Pères Capucins. Dieu veillait sur cet orphelin, et comme il passait par Permo, une grâce exceptionnelle força la porte de ce cœur fermée à la vertu. Deux Franciscains, à l'aspect pieux et humble, suffirent à opérer cette transformation ; il aima leur simplicité et leur pauvreté, et, dans son cœur il fit vœu d'entrer un jour dans leur Ordre. Il renonça donc à la carrière des armes et se dirigea vers le couvent des Franciscains
d*Aquila. Un de ses oncles était le gardien de ce cloître. Il lui raconta tout ce qui s'était passé et lui demanda l'habit. Le Père gardien connaissant les tristes antécédents de son neveu voulut éprouver cette vocation subite ; il lui refusa, pour un temps, l'entrée du couvent.
Soit que la vocation ne fût pas affermie, ou répreuve trop forte, le pauvre jeune homme ne résista point, et au bout de quelque temps, il retomba dans ses désordres. Il devint si malheureux qu'il fut obligé de parcourir le royaume de Naples en mendiant son pain, avec un soldat aussi misérable que lui. Le jour de saint André, en 1574, il demandait Taumône à la porte de l'église de Manfrédonia, quand passa un seigneur du pays, qui faisait construire un couvent de Capucins. La jeunesse et la pauvreté attirèrent son attention, et, s'approchant de Camille, il lui proposa de travailler au monastère. Cette proposition inattendue frappa vivement le jeune homme qui se rappela le vœu qu'il avait fait. Après quelques hésitations il accepta du travail dans le couvent qu'on construisait. Les Capucins Taccueillirent avec bonté et lui donnèrent un emploi facile à remplir. Un des bons Pères lui fit un jour une exhortation qui le toucha jusqu'au fond de l'âme; il se mit à fondre en larmes. « Ah! malheureux, pourquoi ai-je connu si tard mon Seigneur et mon Dieu! Comment suis-je resté sourd à tant appels 1 Pardon, Seigneur, pardon pour ce misérable pécheur! Laissez-lui le temps de faire une vraie pénitence. » Il avait alors vingt-cinq ans. Le jour même il demanda d'entrer chez les Capucins; on l'admit au
noviciat, mais un ulcère à la jambe empocha sa réception ; Fulcôro guérit et il rentra chez les Cordeliers. Son ulcère se rouvrit et l'empêcha encore d*être reçu. Le Ciel le voulait ailleurs. Les médecins jugèrent son ulcère sans remède, il fut reçu à l'hospice des incurables à Rome, où il passa quatre ans à servir ses compagnons d'infortune. Camille pratiquait de rudes mortifications; il passait la nuit et le jour près des pauvres malades, surtout près des moribonds, tâchant de leur procurer tous les secours spirituels et temporels. Il priait continuellement : il communiait souvent, et il se dépensait tout entier en œuvres de charité. Son zèle le fit élire directeur de l'hospice.
Cet homme, doué d'un noble cœur, était pénétré de la douleur la plus vive, en voyant le peu de zèle des domestiques qui soignaient les malades, il résolut de créer une société de personnes généreuses, qui se livreraient uniquement à cette bonne œuvre. Pour se mettre en état de les assister plus utilement il suivit le conseil du cardinal Taragi qui l'engagea à se faire prêtre. Mais les obstacles à ce pieux dessein ne manquèrent pas. Le principal fut son ignorance. Ce qui lui inspira le courage de les vaincre fut la vue d'un Christ qui lui tendit les bras, et lui dit : « Ne crains rien, Camille, je t'aiderai et serai avec toi. » Dès ce jour-là le courage renaît dans son âme. Il ne rougit pas à Tâge de trente-deux ans de s'asseoir à côté des écolier^ qui venaient étudier les éléments de la langue latine. Les quolibets ne lui furent point épargnés et ses petits compagnons se moquant de sa haute taille ne cessaient de lui répéter: Tarde venisii:
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Tu es venu bien tard au collège. Camille laissait dire. Un jour un professeur leur dit : « Oui, il est venu tard, mais il gagnera le temps perdu et fera des grandes choses dans l'Église de Dieu. » Le professeur avait raison.
La persévérance de l'étudiant triompha en effet de tous les obstacles, et le jour de la Pentecôte 1584, Camille célébrait sa première messe à l'église Saint- Jacques-des-Incurables, sur l'autel de la Sainte Vierge. Quelques mois plus tard, on lui confia l'église de Notre-Dame-des-Miracles; c'est là qu'il fonda sa Congrégation. Pour seconder ses généreux desseins, quelques amis lui donnèrent une fort vaste maison. En 1586, le pape Sixte V confirma son projet; en 1588, il fut appelé à Naples, pour y fonder un monastère : ses compagnons et lui opérèrent des prodiges de charité envers les pestiférés. En 1591, Grégoire XIV érigea sa congrégation en Ordre religieux, et outre les trois vœux ordinaires, les pieux serviteurs des malades en émirent un quatrième : celui de s'immoler au service de l'humanité souffrante, quelle que soit la maladie. Cet ordre se répandit bientôt dans toute l'Italie.
Parmi les nombreux novices que compta Camille, il y en avait un qui était venu contre le gré de ses parents. Son père, à force d'instances, parvint à le faire revenir de sa première détermination, et malgré toutes les instances du Saint, il rentra dans le monde. « Frère, lui dit Camille en le quittant, sachez que vous ne trouverez pas le bonheur dans le siècle. Vous tournerez mal et vous mourrez par la main de la justice. » Cette terrible prédiction ne larda pas à ni. 6
se réaliser, et quelques années plus tard, notre Saint l'accompagnait sur réchalaud où il subit la peine capitale. Son amour, vraiment paternel pour les malheureux, parut surtout à Rome, dans une terrible maladie contagieuse et une famine qui désola la ville entière, et à Noie, en Campanie, dans une peste cruelle. Dieu et le prochain étaient pour lui Tobjet d'une charité si ardente, qu'on l'appelait l'Ange consolateur des souffrants. Les malades qu'il entourait de plus d'affection étaient ceux qui étaient les plus rebutants. Dans ses dernières années, la plaie de sa jambe se rouvrit et lui fit endurer d'atroces souffrances. Un jour qu'il traversait l'hôpital, les malades voyant qu'il avait peine à se soutenir lui dirent : « Père, reposez-vous un peu, vous allez tomber. — Mes enfants, répondit-il, je suis votre serviteur ; il faut bien que je fasse tout ce que je peux pour votre service. >>
Sa confiance en la Providence était sans bornes. En voici une preuve. Ses créanciers étant venus le trouver lui dirent avec anxiété : « Eh bien, Père, quand finirez-vous de nous payer? — Ne vous inquiétez pas répondit le Saint, Dieu n'est-il pas assez puissant pour nous envoyer ici, demain matin, des sacs d'argent? » Les créanciers se mirent à rire, et ils répliquèrent : « Le temps des miracles est passé.» Quelques jours après, un prince de l'Église léguait quinze mille écus romains à la Congrégation. La Providence montrait ainsi que les miracles sont perpétuels pour ceux qui s'abandonnent à elle. — Enfin, consumé par les veilles, les jeûnes, les travaux incessants auxquels il se livrait, il succomba à diverses
graves maladies qu'il appelait les miséricordes du Seigneur, et mourut, le 14 juillet 1614, à soixantecinq ans.
Réflexions pratiques.
Saint Camille, pour mettre en pratique le grand précepte de la charité chrétienne, s'est dévoué avec un zèle et un dévouement vraiment héroïque au soulagement de ses frères souffrants, et comme il n'ignorait pas que l'âme l'emporte infiniment sur le corps, il entourait celle des malades des soins les plus assidus. Avons-nous imité la conduite de ce Saint admirable? N'avons -nous jamais interverti l'ordre de la charité chrétienne en faisant passer le corps avant l'âme? Combien de chrétiens dans le monde qui ne négligent rien pour adoucir les souffrances d'un pauvre malade et ne font rien pour le préparer à paraître devant Dieu! Quel compte terrible pour le jour du jugement !
0 vous qui remplissez la sublime fonction de gardes malades, et vous surtout qui êtes au chevet d'un parent moribond, soignez les corps tant qu'il vous plaira, mais ne négligez pas les âmes, et préparezles pour la vie éternelle. Saint Camille, qui avez tout fait pour les malades, donnez-nous un peu de votre amour pour eux, inspirez-nous quelque peu de votre zèle infatigable.
Conduite d'un chrétien à l'égard de la maladie : 1^ quand elle nous visite; T quand elle atteint nos proches ou nos amis; 3^ quand elle afflige les pauvres.
SAINT AllNOULD, Éyêque de Metz
IS juillet.
Saint Arnould était fils d'un des plus grands seigneurs de France ; il naquit vers Tan 580, et fut élevé avec soin dans la piété et la connaissance des lettres à la cour duroi Théodebert. Ils'y lia d'amitié avec saint Romarie et la vertu était le principal nœud qui les unissait. Les deux amis conçurent dès lors le dessein de renoncer au monde, qui leur promettait ce qu'il y a de plus flatteur. Cependant Arnould ne put si tôt en rompre les liens. Ayant été jugé digne, à vingt ans, d'une des plus importantes charges de l'État, on lui confia le gouvernement de six villes considérables situées dans six provinces différentes du royaume d'Austrasie. Il répondit merveilleusement à la haute idée que Ton avait de son mérite et de sa vertu. Fidèle à son Dieu et à son roi, il s'acquittait de tous les devoirs de chrétien, sans négliger ceux que lui imposait la place de gouverneur. A vingt-neuf ans, il épousa une fille de qualité dont il eut deux enfants : Amegire, auquel remonte la race carlovingienne, et Cléodulphe que nous appelons saint Cloud, qui devint évêque de Metz. Arnould, après s'être distingué par sa bravoure dans les guerres alors si fréquentes, fut rappelé à la cour pour y remplir les charges les plus élevées du palais. Un auteur contemporain, qui écrivit sa vie à la prière de saint Cloud, son fils, assure qu'Arnould, étant encore laïque, demanda au Seigneur la grâce de lui faire connaître si ses péchés étaient
pardonnes, et qu*en passant sur le pont de la Moselle, occupé de cette pensée, il jeta son anneau dans la rivière en disant : « Je croirai que mes fautes sonteffacées, si jeretrouve cet anneau. » llleretrouva en effet quelques années après dans le ventre d'un poisson qu'on lui servità table. Arnould avait trentequatre ans : lorsque, à cause de sa grande piété et de sa haute sagesse, on songea à Télever aux plus hautes dignités de l'Église. Popole, évêque de Metz, étant mort, le clergé et le peuple de cette ville le demandèrent avec instances pour leur pasteur. Le Saint qui était encore laïque, opposa une énergique résistance à son élection ; mais on n'eut égard, ni à ses prières, ni à ses larmes ; il fut donc ordonné prêtre et ensuite évêque de Metz. Dès lors il ne songea plus qu'à remplir dignement toutes les fonctions de son ministère. Doda, son épouse, embrassa l'état monastique à Trêves. Arnould, se voyant à la tête d'un nombreux troupeau, ne négligea rien pour l'instruire et le sanctifier. Les fidèles qui attiraient le plus ses regards et ses affections étaient les pauvres malheureux qu'il ne cessait de soulager. Il avait une liste fort exacte de tous ceux qui étaient dans le besoin, afin qu'aucun d'eux ne pût échapper à sa charité. Un jour n'ayant plus rien à leur donner il vendit un bassin d'argent qu'il tira du trésor de sa cathédrale pour subvenir à leurs nécessités. Cette action vint jusqu'aux oreilles du roi Clotaire qui régnait alors. Ce prince en fut si touché, qu'il racheta le bassin et le renvoya au saint évêque avec cent pièces d'or.
Cependant, le zélé prélat, tout en s'occupant des
autres, ne négligeait pas de travailler avec dévouement à sa propre perfection. Il pratiquait journellement de très dures austérités. Souvent il prolongeait un jeûne jusqu'au deuxième ou même au troisième jour, ne mangeant que du pain d'orge, ne buvant que de l'eau ; et portant toujours un rude cilice sous sa tunique. — Le don des miracles donna un nouveau relief à ses vertus : après avoir baptisé un lépreux encore idolâtre, il le guérit et opéra plusieurs autres merveilles.
Clotaire ayant divisé ses États en 622, et fait son fils Dagobert roi d'Aùstrasie, mit Arnould et Pépin de Landen à la tête du conseil du jeune prince. Tant que le Saint eut part aux affaires, Dagobert régna avec autant de vertu que de gloire. Mais Arnould ne pouvait résister au désir qu'il avait d'abandonner les choses de la terre. Il demanda à Clotaire la permission de quitter la cour, et d'abdiquer l'épiscopat et le ministère pour vivre dans la solitude, à l'exemple de Romarie, son ami. Le prince lui écrivit que, s'il voulait mener une vie plus austère et plus parfaite, il devait le faire au milieu des peuples confiés à ses soins, afin que ses exemples fussent plus utiles. Le Saint ne fut pas rebuté par ce refus, il renouvela sa demande à Dagobert. Le jeune roi, qui avait assez profité de ses conseils pour en connaître l'utilité, entra dans une telle colère que, portant la main à son glaive, il menaça d'en frapper le saint évêque. La reine Gomatrude, étant survenue en ce moment, se jeta aux pieds du prélat pour lui demander pardon. Le roi, confus de son emportement, l'imita; et afin de réparer sa faute
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par le sacrifice qui lui coûtait le plus, il accorda au Saint l'autorisation tant désirée.
Saint Romarie, informé de cette nouvelle, alla aussitôt féliciter Arnould à Metz, et lui indiqua un endroit assez voisin de son monastère d'Abesse où il pourrait vivre comme dans un désert. Arnould, après avoir réglé quelques intérêts de famille, fit élire pour son successeur saint Goéric, surnommé Abbon. Puis il quitta son église et la cour, sans rien emporter que l'estime du roi, l'amour et les regrets des peuples, surtout des pauvres dont il était le père. Il passa le reste de sa vie avec quelques moines qu'il s'associa, sur une montagne voisine de celle d'Habend. C'est là qu'il mourut, le 16 août 641, entre les bras de son ami Romarie, qui l'enterra dans son monastère. Mais saint Goéric ne voulut pas que son église fût privé de ce précieux dépôt. Un an après la mort de saint Arnould, il se rendit à la sainte montagne avec deux évoques, le leva de terre, et le transféra à Metz. C'était le 18 juillet. C'est à cause de cette translation que le martyrologe romain a mis en ce jour sa fête.
Réflexions pratiques.
Dieu prit, pour ainsi dire, plaisir à réunir en saint Arnould les traits les plus magnifiques de la sainteté avec ce que la grandeur mondaine a de plus éblouissant. Le pieux et admirable serviteur de Dieu sut toujours allier les plus humbles vertus avec les honneurs les plus éclatants, et soutenir avec dignité le haut rang où le plaçaient sa naissance et ses emplois sans blesser en rien la mo-
104 UN MODÈLt:
destie chrétienne. 11 confondit le monde par ses exemples, môme avant de le quitter, et donna des modèles de conduite à presque toutes les conditions, comme si la Providence avait voulu le faire passer par tant d^états de vie si différents, que pour lui fournir Toccasion de faire briller les rares talents et les solides vertus dont la nature et la grâce l'avaient orné. Il fut successivement un sage courtisan, un généreux guerrier, un magistrat équitable, un habile ministre d^État, un grand évoque et un humble solitaire. Jamais il ne cessa d*être un saint. Apprenons de ce grand serviteur de Dieu à remplir dignement Tétat dans lequel la Providence nous a placés ; à opérer notre propre sanctification et à travailler aussi à celle des autres par nos avis, par nos conseils et surtout par nos bons exemples.
Plan de méditation.