‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 14 sur 67 · II. Et en particulier son zèle pour le salut des pauvres · texte numérisé non relu

II. Et en particulier son zèle pour le salut des pauvres

SAINTE MARGUERITE, VIERGE et MARTYRE

20 juillet.

Ce fut au troisième siècle, à Antioche, que naquit sainte Marguerite. Son père, nommé Édisse, était grand prêtre des idoles. Sa mère étant morte peu de temps après lui avoir donné le jour, cette admirable enfant fut confiée à une nourrice qui professait le christianisme et qui lui inspira la foi. Édisse s'étant aperçu avec douleur des sentiments chrétiens de sa fille tâcha de les détruire pour la ramener à l'idolâtrie ; mais tous ses efforts furent inutiles. C'est pour cela qu'il prit Marguerite en haine et refusa de la voir à tout jamais. Repoussée par son père, celle-ci se réfugia chez sa nourrice, à la cam-

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pagne, où elle fut employée à la garde des troupeaux. Sa douceur et ses vertus lui firent endurer sans plainte cette épreuve qui pouvait sembler rude après une enfance environnée des soins les plus délicats.

En ce temps éclata la dixième persécution. Dioclétien porta contre les chrétiens Fédit le plus barbare et fit de suprêmes efforts pour anéantir le christianisme.

Il employa à cette fin le glaive, le feu, les crochets, les pointes de fer et tous les supplices que peut imaginer la cruauté la plus raffinée. A ce spectacle, Marguerite émue, mais confiante en la Providence, demandait instamment à Dieu de la protéger au milieu des épreuves qu'attendait sa foi et peutêtre aussi sa vertu. Un jour que Marguerite veillait à la garde de son troupeau avec quelques compagnes, elle fut aperçue par le gouverneur qui venait à Antioche pour exécuter les ordres de Dioclétien contre les chrétiens. Ce magistrat fut tellement épris de sa beauté qu'il résolut de Tépouser. « Libre ou esclave, dit-il, je veux en faire ma compagne. » Des soldats vinrent l'enlever ; brebis^innocente, elle tombait sous la dent d'un loup ravisseur. Mais Dieu veille sur les anges de pureté, et ce que Dieu garde est bien gardé.

Les soldats arrivant auprès du gouverneur dont ils exécutaient les ordres lui dirent : « Cette fille dont vous avez fait rechercher la condition, déclare hautement être chrétienne et n'adore que Jésus crucifié. Malgré nos efforts pour la fléchir nous n'avons pu la vaincre. Voyez si vous serez plus habile. » Le ma-

gistrat, attristé, l'interrogea en lui adressant tout d'abord des paroles très bienveillantes : a Jeune fille, lui dit-il, n'aie point peur, fais-moi connaître ton origine ; es-tu libre ou esclave ? — Ma famille est très connue dans la ville, répondit Marguerite, on pourra facilement vous renseigner. Quant à ma condition, je ne suis esclave de personne. Je suis de cœur la servante de Jésus-Christ, mon Seigneur, que j'ai religieusement adoré dès mon jeune âge et que j'adorerai toujours. — Comment t'appelles-tu? — Les hommes m'appellent Marguerite ; mais j'ai un nom plus beau et plus glorieux que j'ai reçu sur les fonts sacrés du baptême, c'est celui de chrétienne. Je me nomme donc chrétienne. »

Cette réponse irrita le juge qui ordonna de jeter Marguerite dans une noire prison et de lui refuser toute nourriture, espérant qu'à son âge elle se laisserait dompter par l'horreur des ténèbres et par la faim ; mais Dieu prit soin d'elle, et elle demeura invincible. Quelques jours après, pensant qu'un interrogatoire public intimiderait la jeune chrétienne, il la fit comparaître solennellement. « Enfant, lui dit-il, d'une voix tout à fait doucereuse, ton esprit imbu d'erreurs te conduit à ta perte. Écoute les remontrances de ceux qui veulent te sauver et te rendre heureuse. Cesse de subir les influences étrangères qui te fascinent et te mènent aux tourments. — Mon esprit éclairé par ma foi me dit de rester fidèle à Jésus-Christ, que je glorifie et que j'adore avec;confiance. Vos promesses et vos menaces sont impuissantes à m'ébranler. Vous pouvez me faire mourir, mais vous ne me séparerez point de Jésus-Christ. »

La résistance calme et raisonnée de Marguerite transporta de fureur le juge qui, se trouvant poussé à bout sous les yeux de tout le peuple, ordonna qu'on déchirât à coups de verges la jeune martyre. L'ordre fut promptement exécuté et avec une cruauté impossible à décrire.

Toute la cour fut teinte de son sang ; et tandis qu'on déchirait impitoyablement la victime, un bourreau criait à haute voix : « Marguerite, sacrifie à nos dieux, et ne perds pas la fortune et la vie par ton obstination et ta folie. » Ce spectacle attendrit le peuple qui était présent. Les bourreaux épuisés de forces n'eurent pas plus tôt cessé de la torturer, que la Sainte, regardant le gouverneur : « Seigneur, lui » dit-elle , inventez d'autres tourments ; Jésus- » Christ est avec moi ; rien ne peut être supérieur » à la force et au courage qu'il me donne. » Le magistrat irrité de cette provocation ordonne qu'on lui serre les pieds et les mains avec des lames de fer rougies au feu, qu'on rouvre toutes ses plaies. Le supplice était inouï, et tout le peuple en a horreur et se retire tremblant et effrayé d'un tel spectacle. Marguerite seule demeure calme et résignée. Le tyran la fait détacher et jeter dans une obscure prison. Aussitôt Dieu remplit son cachot d'une lumière éclatante, inonde son âme des plus douces consolations et guérit les blessures de son corps ; et quand le lendemain le gouverneur la fait comparaître à son tribunal, elle y revient en plus parfaite santé et plus belle que jamais. « Remercie mes dieux qui t'ont guérie, dit le tyran. — Non, je ne dois rien à vos dieux impuissants. Ma reconnais-

sance est tout entière pour Jésus-Christ, mon Sauveur. )) A ces mots la fureur du juge est à son comble. Il la fait jeter dans une cuve pleine d'huile bouillante, les pieds et les mains liés. Dieu vient encore une fois au secours de sa servante ; Thuile ne lui fait pas le moindre mal, et en ce moment une voix miraculeuse parle à notre héroïne. « Marguerite, dit-elle, digne servante du Seigneur, tu triompheras de tes bourreaux. » Ces merveilles convertissent un grand nombre d'assistants. Le gouverneur lui-même, effrayé de tant de prodiges, craignant quelque sédition, ordonne que sans différer on tranche la tête à la Sainte. La victime chante le cantique d'actions de grâces, la terre tremble et le bourreau n'ose la frapper. Marguerite l'encourage à exécuter les ordres qui lui ont été donnés et elle reçoit la palme du martyre. Son corps fut enlevé par les chrétiens et enseveli avec honneur. Quelques années après on bâtit une église au lieu même où Marguerite avait trouvé la fin de ses longues souffrances.

Réflexions pratiques.

L'histoire de cette belle vie nous fait admirer les triomphes de Marguerite : 1^ sur elle-même; 2^ sur son père et les faux biens de ce monde ; 3° sur ses persécuteurs.

L Une nourrice pleine de foi apprend à Marguerite qu'elle est l'enfant d'un Dieu qu'elle est obligée de servir toute sa vie. Elle lui raconte la noble mission qu'un chrétien doit remplir sur la terre, les espérances qui s'offrent à lui pour l'éternité. Aussi-

tôt elle renonce à tout ce qui peut arrêter son élan vers Dieu, et entre avec courage dans la voie du sacrifice. Comme chrétien, j'ai la même mission et les mêmes devoirs à remplir. Où sont les sacrifices que je m'impose chaque jour dans ce but?

IL Édisse apprenant les sentiments chrétiens qui animaient sa fille bien-aimée, fait tous ses efforts pour ramener au culte des idoles. Pour réaliser ses desseins il étale à ses yeux le luxe des richesses, les séductions du plaisir; mais cette enfant du Ciel, jugeant les choses à leur juste valeur, méprise les biens d'ici-bas et ne s'attache qu'à ceux de l'éternité. Elle ferme l'oreille à la voix de son père pour n'écouter que celle de Dieu. Dès lors il n'y a plus de place pour elle dans le cœur d'Édisse. L'amour paternel se change en une haine implacable. Et celui qui devait être son protecteur et son ami, devient son dénonciateur et son bourreau. Marguerite consent à tout perdre pourvu qu'elle conserve l'amitié de Dieu. Quelle générosité ! En ai-je une semblable? Pour conserver la grâce de Dieu, ai-je le courage de quitter le péché et l'occasion du péché ?

III. Marguerite triomphe de la rage de ses bourreaux. Ai-je triomphé de la fureur du démon, du monde, de mes passions, véritables bourreaux de mon âme?

Plan de méditation.

L Empressement de Marguerite à s'instruire dans la foi de son enfance.

IL Son désir du martyre, généreux et efficace, la fait triompher de la chair, du monde et du démon.

III. Merveilles opérées dans son martyre : 1° une lumière éclatante se répand dans sa prison; 2^ ses blessures sont guéries ; 3® une voix miraculeuse lui annonce sa victoire.

SAINT VICTOR, Martyr 21 juillet.

Saint Victor, l'un des plus illustres martyrs de l'Église, naquit à Marseille, d'une des familles les plus nobles et les plus distinguées de la ville. Ses parents, bons chrétiens, lui firent donner une éducation digne de sa religion et de sa naissance. Lorsqu'il fut en âge de choisir un état, il embrassa la profession des armes, et servit sous les empereurs avec honneur et distinction. En vaillant officier, il se dévoua à Tempire de toute Ténergie de son patriotisme chrétien. Or, il arriva que le cruel Maximien vint en Gaule pour réprimer une révolte et se rendit à Marseille où existait une Église aussi nombreuse que florissante. Implacable ennemi du nom chrétien, il résolut de l'anéantir et persécuta les fidèles avec une incroyable fureur.

Victor ayant appris l'arrivée du tyran Maximien, au lieu de cacher son amour pour Jésus-Christ, sentit son zèle s'enflammer de plus en plus à mesure que sévissait le feu de la persécution. Il parcourait hardiment les rangs des soldats chrétiens, pour leur communiquer son ardeur, les encourager à combattre vaillamment pour Jésus-Christ. On le voyait

le jour et la nuit se transporter de maison en maison pour exhorter les fidèles à souffrir avec constance. Il ne manquait pas de les encourager à mourir pour le divin Maître, leur montrant dans les tourments passagers du martyre le germe d'une gloire éternelle. En même temps qu'il les encourageait par ses paroles, il les secourait par ses grandes libéralités. Jamais zèle plus ardent, plus compatissant, plus efficace. Il accompagnait les martyrs jusque sur les échafauds pour les fortifier dans le suprême combat.

Un dévouement si héroïque ne pouvait manquer de le faire remarquer. Trahi et dénoncé à la colère de l'empereur, il fut aussitôt chargé de chaînes et conduit devant les préfets Astérius et Eutychius, comme rebelle aux ordres du prince. Les préfets, amis particuliers du Saint, auraient voulu le gagner, et ils ne négligèrent rien pour le déterminer à sacrifier aux dieux et Tempêcher de perdre le fruit de ses services et de la faveur de l'empereur. « Je suis fort touché de Tintérêt que vous me portez, dit Victor; toutefois je déclare ne pas pouvoir suivre vos conseils opposés à mes devoirs et condamnés par la religion du vrai Dieu. J'estime et je respecte les bonnes grâces de Maximien. Mais fallût-il perdre mes emplois, mes biens, la vie même, je suis prêt à tout sacrifier plutôt que d'abjurer le christianisme. »

Cette réponse souleva des cris d'indignation; mais comme le prisonnier était un homme de qualité, on l'envoya à l'empereur. Maximien le fit comparaître à son tribunal. Il employa tour à tour les promesses et les menaces pour l'engager à sacrifier

aux dieux; le Saint, inébranlable, confondit le tyran et ses officiers en démontrant la vanité des idoles et la divinité de Jésus-Christ. L'empereur croyant qu'un guerrier accoutumé à affronter la mort dans les combats serait plus sensible à l'ignominie qu'à la douleur, lui fit lier les pieds et ordonna qu'il fût traîné par toutes les rues de la ville pour être exposé aux coups et aux insultes de la foule exaspérée.

Après ce premier tourment, Victor fut ramené tout sanglant au tribunal des préfets. Ceux-ci le croyant abattu par tout ce qu'il avait souffert, le pressèrent de sacrifier aux dieux de Tempire. « Je suis chrétien, leur répondit le martyr, et je méprise vos dieux; je confesse Jésus-Christ. Vous pouvez me condamner à tel supplice qu'il vous plaira, rien ne me fera abandonner le véritable Dieu. » A ces mots on rétendit sur un chevalet et son corps fut affreusement déchiré. Victor, les yeux levés au ciel, demandait la constance qu'il savait être un don de Dieu. Jésus- Christ lui apparut une croix à la main et l'encouragea dans ce noble combat en lui promettant une couronne immortelle, fruit de sa victoire. Cette vision adoucit merveilleusement le sentiment de ses douleurs. Enfin les bourreaux, las de sa constance, le détachèrent de dessus le chevalet pour le mettre dans un noir cachot. — A minuit, Dieu le visita par ses Anges. La prison fut remplie d'une lumière plus brillante que celle du soleil, et le martyr chantait avec les esprits célestes les louanges du Seigneur. Trois soldats chargés de garder la prison furent si frappés de cette lumière miraculeuse que, venant se jeter aux pieds de Victor, ils lui demandèrent

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pardon, et le prièrent de lui accorder la grâce du baptême. Leurs noms étaient Alexandre, Longin et Félicien. Le Saint, après les avoir instruits autant que les circonstances le lui permettaient, envoya chercher des prêtres la nuit même, leur servit de parrain, et eut la consolation de se voir précédé dans le Ciel par trois âmes qu'il avait gagnées à Jésus-Christ. L'empereur apprenant ce qui s'était passé, transporté de rage, fit conduire le Saint avec les trois gardes au milieu de la place publique. Le peuple accabla Victor d'injures et voulut l'obliger à faire rentrer les nouveaux convertis dans le paganisme ; mais il répondit qu'il ne pouvait détruire ce qui était bien fait; puis se tournant vers les gardes, il leur dit : (( Vous êtes toujours soldats, combattez avec courage. Dieu vous donnera la victoire. Vous appartenez à Jésus-Christ ; soyez-lui fidèles jusqu'à la mort. Une couronne qui ne se flétrira jamais vous est préparée. » Alexandre, Longin et Félicien persévérèrent dans la confession de Jésus-Christ, et furent décapités par l'ordre de l'empereur. — Trois jours après, Maximien rappela Victor devant son tribunal, et lui ordonna d'adorer une idole de Jupiter qu'il avait mise sur un autel avec de l'encens. Victor, saisi d'horreur, poussa l'autel avec son pied, et le renversa ainsi que l'idole. Le prince, pour venger ses dieux, lui fait aussitôt couper le pied. Le soldat de Jésus-Christ souffrit avec joie, et offrit à Dieu les prémices de son sang. Quelques moments après, Maximien le fît mettre sous la meule d'un moulin pour être broyé, mais la machine se brisa. Enfin il lui fît trancher la tête. C'est en ce moment qu'une

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voix céleste proféra ces paroles : « Tu as vaincu, Victor, tu as vaincu. » Son corps, ainsi que celui des trois gardes, furent jetés dans la mer, mais les chrétiens les trouvèrent sur le rivage, et les placèrent dans une grotte taillée dans le roc.

lié flexions pratiques.

Qu'ils sont petits les plus grands héros des combats terrestres quand on les met en parallèle avec l'intrépide Victor, la gloire de Marseille et l'admiration de l'Église universelle. Ce vaillant officier qui pouvait aisément parvenir aux premières dignités de l'empire en trahissant sa foi, non seulement renonce à tous les avantages temporels pour demeurer fidèle à Jésus-Christ, mais il brave les tourments du plus cruel martyre.

Ce n'est pas assez d'admirer ce courage, il faut encore nous rappeler qu'en qualité de chrétiens nous sommes soldats de Jésus-Christ, obligés de combattre chaque jour les ennemis qui nous font la guerre : le démon d'abord, le monde ensuite et enfin nos passions qui sont un puissant auxiliaire de Satan pour nous conduire à la ruine éternelle. Gardons-nous de nous laisser vaincre. Avec la grâce de Dieu et notre bonne volonté nous sommes assurés du triomphe. Luttons avec courage, il ne s'agit de rien moins que de la conquête du Ciel.

Plan de méditation.

Saint Victor triomphe de l'idolâtrie : 1^ dans les esprits en les éclairant ; 2° sur les autels en les renversant; 3^ parmi les supplices en les souffrant.

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