II. Comment Jésus-Christ a glorifié saint Apollinaire
POUR CHAQUE JOUR DE l'aNNÉE 133
SAINTE CHRISTINE, Vierge et Martyre
24 juillet.
Sainte Christine naquit à Tyr en Toscane, sur les bords du lac de Bolsène. Elle était fille du gouverneur de cette ville. Urbain son père, magistrat riche et puissant, était fort attaché aux superstitions du paganisme et se distinguait par sa haine contre les chrétiens. Aussi les faisait-il rechercher avec soin et tourmenter avec une barbare cruauté. Il y eut peu d^heures dans sa vie où il n'eût à ses pieds quelqu'un de ces généreux défenseurs de la foi ; peu de jours où il ne se fît chez lui quelque interrogatoire. Dans cette salle qui servait de tribunal, Christine acquit les premières connaissances de notre religion. Plus t^rd elle devait y confondre la malice de son père, y faire triompher la foi du Christ. Un sentiment de curiosité la porta à demander quelles gens étaient ces criminels qui comparaissaient tous les jours devant son père, joignant à une rare modestie un grand désir de mourir et une constance héroïque dans les supplices. On lui dit que c'étaient des chrétiens, qui n'adoraient qu'un seul Dieu, et avaient un souverain mépris pour les idoles; qu'après cette vie, ils en attendaient une autre beaucoup plus heureuse, et que c'était pour cela qu'ils faisaient si peu de cas de celle-ci. Cette connaissance superficielle du christianisme ne fit qu'augmenter sa curiosité. Elle assistait assidûment aux interrogatoires qu'on faisait subir aux martyrs ; et la grâce qui devait triompher
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dans cette jeune fille, agissait hi fort en elle, qu'elle eut bientôt une idée juste de notre sainte religion, et dès lors un ardent désir d'être martyre.
La Providence lui fournit le moyen de se faire instruire à fond du christianisme : quelques dames chrétiennes lui donnèrent leurs soins, et lui procurèrent le bonheur de recevoir le baptême. Tout cela eecrètement ; mais bientôt son zèle la porta à se déclarer avec éclat. Ayant trouvé un jour les nombreuses idoles d'or et d'argent que son père gardait avec beaucoup de vénération, elle les brisa et en donna les débris aux pauvres chrétiens qui languissaient dans la misère. Une action si hardie alluma la colère du gouverneur ; et oubliant qu'il était son père, il résolut de lui faire expier son prétendu sacrilège. L'ayant fait venir devant lui, il feignit de lui parler avec mansuétude. « Je ne saurais croire, ma fille, lui dit-il, que vous soyez coupable du crime dont on vous accuse ; serait-il possible que ce fût vous qui eussiez mis en pièces nos dieux ! — Voilà de plaisants dieux, répond hardiment Christine, qu'une jeune fille comme moi peut mettre en pièces ! Est-il possible, mon cher père, continue-t-elle, que vous parliez sérieusement quand vous appelez des dieux, des ouvrages faits à coups de marteau, et d'une matière qui vous sert de vaisselle de table ? » Urbain ne lui permit pas d'en dire davantage ; mais, transporté de colère, et oubliant les sentiments les plus naturels : « Je vois bien, lui dit-il, petite fille, que ces enchanteurs de chrétiens t'ont fait tourner l'esprit ; mais je jure par Jupiter, que tu redeviendras plus sage ou tu perdras la vie sans pitié. — Faites, mon cher père, repart la
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fille sans s'effrayer, faites tout ce qu'il vous plaira ; vous pouvez m'ôter la vie, mais vous ne m'ôterez pas la foi de Jésus-Christ, mon divin Sauveur, qui saura me donner la force d'endurer les plus cruels supplices. » Le père, ne se possédant plus, fait venir des bourreaux ; et craignant qu'on n'épargnât sa fille, le barbare eut la cruauté de la faire déchirer à grands * coups de fouet en sa présence. Voyant Christine aussi tranquille que si elle n'avait rien souffert, il ordonne qu'on lui rouvre les plaies avec des ongles de fer, et qu'on déchire tout son corps délicat en lambeaux jusqu'à ce qu'elle expire. — C'était un navrant spectacle de voir cette innocente victime nageant dans son sang, et tellement déchirée qu'on voyait jusqu'aux os. Calme et joyeuse, elle bénissait le Seigneur de la trouver digne de souffrir pour son amour. Puis ramassant quelques lambeaux de sa chair, dont la chambre était parsemée, elle semblait les montrer à son père comme pour le toucher. En effet, Urbain, malgré l'excès de sa fureur, ne put soutenir longtemps cet horrible spectacle, et feignant de vouloir la réserver à d'autres supplices plus cruels, il l'envoie dans une affreuse prison. Il espérait que l'obscurité et le silence du cachot, joints à la crainte de nouveaux tourments, la rendraient plus docile à la volonté de son père. Il lui députa même tous ceux de ses parents qu'ils crut les plus propres à la persuader, mais il n'y eut rien à faire, Christine était toujours plus constante dans sa religion, toujours plus déterminée à souffrir le martyre. Urbain plus furieux que jamais, jura par ses dieux de la livrer à de nouveaux tourments, a II ne sera pas dit, s'écria-t-il, qu'une
petite fille de dix ans me fasse la loi, et que ces sorciers de chrétiens triomphent de nos dieux dans ma propre famille. » Ce tyran plus cruel que les bêles les plus féroces la fit attacher à une roue sous laquelle on alluma un grand feu arrosé d'huile. Mais les flammes épargnèrent la jeune fille et se renversèrent sur ceux qui étaient présents à ce spectacle. Ce père barbare, loin d'être frappé de tant de prodiges, en devint et plus inhumain et plus obstiné. Il donna ordre d'attacher au cou de sa fille une pierre d'une grosseur et d'un poids immenses, et de la précipiter dans le lac de Bolsène. Cette fois un Ange prit soin de l'héroïque enfant et la ramena sur le bord. Le père ne résista point à des faits si merveilleux. La rage s'empara de son cœur et il mourut de dépit. Dans la suite, Christine souffrit généreusement des tourments encore plus cruels sous un autre juge, successeur de son père. Le nouveau gouverneur fit préparer un berceau de fer qu'il fit remplir d'huile bouillante et y fit étendre la jeune vierge. L'admirable enfant fit le signe de la croix et aussitôt se trouva comme dans un bain délicieux ; ce qui l'obligea de dire, en souriant aux bourreaux : « Vous faites bien de me mettre dans un berceau comme un enfant qui vient de naître ; car il n'y a pas encore un an que je suis née à la grâce par le baptême. Enfin, elle fut jetée dans une fournaise ardente oti elle demeura cinq jours entiers sans éprouver les atteintes du feu. Et comme elle ne cessait de chanter les louanges de Dieu, le tyran lui fit couper la langue. Puis, voyant qu'elle ne cessait, malgré cela, de parler, il ordonna qu'on la perçât de flèches. Ce fut ainsi qu'elle rem-
porta, le 24 juillet, la couronne du martyre. Elle n'avait que onze ans.
Réflexions pratiques.
Qu'ils sont grands les prodiges enfantés par la foi ! Ils sont bien capables de ranimer cette précieuse vertu dans Tâme fidèle. Quand la foi est vive, elle est toutepuissante, tout cède à sa force, ce que le monde à de plus flatteur, tout ce que le plaisir à de plus séduisant, tout ce que les liens delà chair et du sang ont de plus fort, rien ne lui résiste. N'en avons-nous pas une preuve frappante dans la conduite de sainte Christine? cette jeune fille de dix ans n'eut pas plus tôt embrassé le christianisme, qu'elle fut douée d'une force au-dessus de son âge et demeura invincible. Un père dénaturé, plus cruel que les tigres et les léopards, oubliant tous les sentiments de la nature, veut lui faire renier la foi de Jésus-Christ. Pour atteindre son but il la menace, il la torture et fait mettre en lambeaux le corps tendre et délicat de cette admirable enfant. Mais cette chrétienne de dix ans brave tous les supplices, lasse tous les bourreaux et fait triompher le divin Maître jusque dans le temple des idoles. Dieu a choisi Christine pour mieux faire éclater la force de sa grâce et la vérité d'une religion toute divine. Avons-nous une haute idée de l'excellence et du mérite de notre religion ? Comment en remplissons-nous les devoirs? Nos mœurs sont-elles en harmonie avec ses enseignements ? Les maximes que nous suivons sont-elles celles de l'Évangile? Mon Dieu ! Je rougis de ma lâcheté.
138 UN MODÈLR
Plan de méditation.
La première qualité du vrai zèle, c*est Tactivité: d° Elle est essentielle au véritable zèle. Le zèle est comme la charité qui en est le principe. Partout où il est, il agit ; l'action est sa vie... Se contenter de gémir à la vue du mal quand Dieu veut qu'on combatte... laisser tomber ses bras par découragement quand on devrait chercher et mettre en œuvre tous les moyens qu'inspire une ardente charité, c'est prévariquer et prendre sur soi la plus effrayante responsabilité. Sainte Christine a fait plus que cela... Et nous que faisons-nous pour Dieu ?... S*" par quels actes se manifeste Factivité ?
SAINT JACQUES LE MAJEUR, Apôtre
25 juillet
Saint Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, était frère de saint Jean l'Evangéliste et cousin germain de Jésus-Christ. On le surnomma le Majew pour le distinguer de l'Apôtre du même nom, qui fut évoque de Jérusalem. Ce dernier est surnommé le Mineu7\ parce qu'il fut appelé à l'apostolat après saint Jacques le Majeur^ ou parce qu'il était de petite taille, ou enfin à cause de sa jeunesse. Saint Jacques naquit environ douze ans avant Notre-Seigneur. Il était de Galilée et exerçait la fonction de pêcheur avec son père et son frère. On croit qu'il était de Bethsaïde, ville de Galilée, comme saint Pierre et saint
André. Son frère et lui raccommodaient leurs filets quand le Sauveur les appela à l'apostolat. « Suivezmoi, leur dit Jésus, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Ils abandonnèrent tout pour lui obéir ^ans s'inquiéter le moins du monde des difficultés de cette nouvelle vocation. Leur sacrifice fut gênéreux, entier et parfait.
Quoique Jacques et Jean se fussent mis à la suite de Jésus et qu'ils ne perdissent rien de ses divines instructions; ils le quittaient cependant encore de temps en temps. Alors ils se rendaient à la pêche pour fournir à leur subsistance. Depuis le jour où le Sauveur manifesta sa puissance dans la pêche miraculeuse de Pierre ils ne le quittèrent plus. Quelque temps après Jésus les admit comme témoins de la guérison miraculeuse de la belle-mère de saint Pierre et de la résurrection de la fille de Jaïre, chef delà synagogue. La même année il les agrégea l'un et l'autre au collège des Apôtres et il leur donna le surnom de Boanergés, c'est-à-dire enfants du tonnerre, sans doute à cause de l'activité de leur zèle. Ce zèle, enefi'et, était plus qu'ordinaire, mais il n'était pas encore réglé selon la prudence et surtout selon la charité de l'Évangile. Ils en donnèrent des preuves le jour oîi les Samaritains ayant refusé de recevoir le divin Sauveur dans un de leurs villages, Jacques et Jean lui dirent : » Seigneur, voulez-vous que nous commandions au feu du Ciel de dévorer ces habitants? » Mais Jésus les réprimanda sévèrement et leur fit comprendre qu'il ne faut employer contre les pécheurs d'autres armes que la douceur et la patience.
140 UN MODÈLb:
Jacques et Jean furent avec Pierre ceux des Apôtres que Notre-Seigneur se plut à combler particulièrement de ses faveurs. Ils étaient au Thabor et au jardin des Oliviers. Cependant malgré les exemples et les instructions du Sauveur, leurs esprits n'étaient point encore parfaitement éclairés, ni leurs cœurs entièrement purifiés. Leur vertu laissait beaucoup à désirer. Le trait suivant en est une preuve convaincante. Croyant à une domination temporelle du Messie, ils lui font demander parleur mère les deux premières places, et Salomé se jetant aux pieds de Jésus lui dit : « Seigneur, ordonnez que mes deux fils soient assis, l'un à votre droite, Tautre à votre gauche dans votre royaume. » Le Sauveur répondant aux deux Apôtres dont la mère n'avait été que l'interprète : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire mon calice ? — Oui, nous le pouvons, » répondirent les deux frères qui comprirent alors à quelle condition Jésus leur offrait son royaume. Et le Sauveur de leur dire : « Vous partagerez en effet mon calice et vous serez baptisés du baptême sanglant dont je dois être baptisé. » En leur parlant ainsi il leur faisait entendre qu'ils souffriraient le martyre.
Après l'Ascension de Jésus-Christ, les Apôtres, comme on le sait, travaillèrent de concert à répandre sa doctrine. Saint Jacques prêcha la divinité du Dieu fait homme, dans la Judée et dans la Samarie. H opéra d'innombrables conversions. Puis il partit pour FEspagne, oii il fit quelques chrétiens, parmi lesquels sept furent plus tard ordonnés évêques par le bienheureux Pierre et devinrent les premiers Apôtres
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de leurs pays. Jacques retourna ensuite à Jérusalem, où il convertit, entre beaucoup d'autres, le mage Hermogènes ; maisHérode Agrippa, qui venait d'être élevé au trône, sous l'empire de Claude, voulant se concilier la faveur des Juifs, condamna à mort le saint Apôtre. Son corps fut transporté à Compostelle, en Espagne, oti il s'établit un des pèlerinages les plus célèbres.
Réflexions pratiques.
1. Saint Jacques, à la première invitation du Sauveur, quitta sa barque et ses filets, son père et tout ce qu'il possédait en ce monde. Depuis longtemps l'Homme-Dieu nous appelle à son service et à la sainteté et nous sommes bien lents à nous ranger au nombre de ses disciples. Nos inclinations, nos richesses, nos desseins sont des filets qui nous embarrassent et qui nous empêchent d'aller à Dieu. Rompons ces liens; ces occupations souvent nous amusent et nous captivent, mais elles ne seront jamais assez nobles pour un cœur qui est fait pour aimer Dieu.
IL Notre saint Apôtre travaillait sans relâche à la conversion des âmes ; quelquefois son zèle n'était point couronné par le succès, ce qui ne l'empêchait pas d'être toujours content de la bénédiction que Dieu versait sur ses travaux. Faisons ce que nous pouvons et ce que nous devons pour nous acquitter saintement de l'emploi que Dieu nous a confié. Si nos travaux ont le succès que nous espérons, remercions Dieu et réservons-lui en toute la gloire ; si nous ne réussissons pas, soyons contents, et ne
nous troublons pas ; c'est à Dieu à nous donner le succès qu'il lui plaira. Peut-être que la vanité nous perdrait si nous venions heureusement à bout de tous nos desseins.
III. Saint Jacques retourna à Jérusalem, oti pour toute récompense de la peine qu'il prenait, son ingrate patrie l'envoya à la mort. Préparons-nous à recevoir du mal pour le bien que nous faisons à notre prochain. Les souffrances et les afflictions ne manqueront jamais à ceux qui cherchent Dieu ; et c'est une marque infaillible que Dieu veut nous récompenser dans l'autre monde, puisqu 'il permet que nous ne le soyons pas en celui-ci, dit saint Ambroise.
Plan de méditation.
I. Ce que saint Jacques était avant la descente du Saint-Esprit.