SAINT NAZAIRE ET SAINT CELSE
Martyrs et Apôtres des Alpes
28 juillet.
Au premier siècle de Tère chrétienne, Nazaire naquit à Rome ; son père nommé Africain était infidèle et occupait un rang élevé dans les armées de l'empire. Sa mère, pieuse femme que l'Église honore sous le nom de Perpétue, avait reçu le baptême des mains de saint Pierre ; cette généreuse chrétienne veilla avec une tendre sollicitude sur l'âme de ce fils chéri, doué d'un naturel fort doux et d'un cœur très droit. Cet heureux enfant répondit merveilleusement aux soins maternels. Il brilla par des vertus précoces, charme et beauté du jeune âge qui nous rendent l'enfance si chère et commandent le respect et la tendresse. Parvenu à sa neuvième année, Nazaire s'aperçut que ses parents n'adoraient pas le même Dieu, ne suivaient pas le même culte ; chacun d'eux, en effet, s'efforçait d'attirer à sa croyance le jeune enfant ; lutte difficile dans laquelle beaucoup succombent et qui prive bien des âmes de la gloire éternelle ! Mais la grâce, répondant sans doute aux ardentes prières de sainte Perpétue, le tira de cette cruelle incertitude et l'attacha irrévocablement au Dieu qu'adorait sa mère. Il fut baptisé par saint Lin, qui devait plus tard être pape ; et la foi, fructifiant au centuple dans ce jeune cœur, fit bientôt de Nazaire un des plus fervents chrétiens de l'Italie. — Africain avait vu par là s'évanouir les espérances d'honneurs et de fortune qu'il avait conçues et fon-
dées sur Tavenir de son fils. Aussi employa-t-il les promesses d'abord, puis les menaces, puis les mauvais traitements pour le détacher de sa foi et le porter au culte des idoles. Nazaire fut inébranlable, et le père, vaincu par cette fermeté et touché par la grâce, cessa ses violentes et importunes poursuites ; il lui rendit même toute son affection^ et, secondant le projet hardi qu'il avait conçu d'aller prêcher l'Évangile, il l'engagea à quitter Rome, accéléra son départ et lui remit des sommes considérables pour le voyage.
Notre jeune chrétien fit bientôt le premier pas qui mène à la vie parfaite ; nouvel athlète, il se dépouilla pour mieux combattre. Tous les trésors qu'il avait reçus de son père furent distribués aux pauvres ; et, libre enfin de n'écouter que les saintes inspirations de son zèle, il parcourut l'Italie, semant la foi parmi ces peuples idolâtres, les instruisant par sa parole, les édifiant par ses vertus. Arrivé à Milan, il apprit que dans les prisons de cette ville gémissaient alors Gervais et Protais, deux illustres martyrs qui souffraient pour la foi et le nom de Jésus-Christ. Nazaire, que la charité rendait ingénieux, trouva le moyen de pénétrer dans leur obscur cachot ; il se prosterna à leurs pieds, les consola et ne les quitta qu'après avoir ranimé leur courage et allégé, dans de saints entretiens, le poids de leurs fers. Mais cette visite étant parvenue à la connaissance du préfet, Nazaire fut cité au tribunal de ce magistrat qui, après l'avoir cruellement fait flageller, le chassa de la ville avec ignominie. Heureux et plein de joie d'avoir été jugé digne de souffrir pour la gloire de son divin Maître,
Nazaire sortit de Milan, quitta l'Italie et se rendit d'abord à Cimiés, petite ville située près de Nice, sur les bords de la Méditerranée. Ce fut là qu'une dame lui amena son fils Celse, le priant de l'instruire, de le baptiser, et, s'il le voulait bien, de se l'attacher comme son disciple. La docilité du fils répondant à la foi de la mère, Nazaire prit Celse avec lui. Il ne devait plus s'en séparer.
Les conversions s'étant considérablement multipliées, le gouverneur de Cimiés s'en effraya ; l'Apôtre fut en conséquence arrêté de nouveau, puis battu de verges et soumis à de cruelles tortures ; il aurait payé de sa vie son zèle et ses succès si la femme du gouverneur n'eût fait comprendre à son mari tout l'odieux d'une pareille persécution contre de jeunes hommes, faibles et innocents. A la prière de cette nouvelle épouse de Pilate, la liberté fat rendue aux martyrs, mais à l'expresse condition de ne plus prêcher à Cimiés.
Profitant de leur liberté, Nazaire et Celse quittent les riches pays des bords de la Méditerranée et gravissent les rudes sentiers qui conduisent au sommet des Alpes. Ils traversent, sans se décourager, d'immenses et solitaires forêts, des rochers inaccessibles, des vallées profondes au milieu desquelles vivaient, dans quelques rares et pauvres villages, des hommes grossiers et idolâtres, et arrivent à Embrun. Bientôt leur ardente parole, et plus encore leur sainte vie enfantent à la foi de nombreux disciples ; ils élèvent dans cette ville une chapelle au vrai Dieu, puis s'en vont, insatiables de nouvelles conquêtes, évangéliser le pays viennois. Après avoir parcouru
en apôtres toute celte province ; ils apportèrent à Genève, idolâtre encore, la vraie doctrine de Jésus- Christ. De Genève, les deux héros de la vérité se rendirent à Trêves, siège du préfet du prétoire des Gaules belgiques. Les succès de leurs prédications, leurs miracles éclatants, la construction d'une chapelle soulevèrent contre eux les passions idolâtres de la l'ouïe. Le préfet les ayant fait arrêter, les fit cruellement persécuter, et les condamna à être noyés. Mais nos martyrs, calmes et sereins, au lieu d'enfoncer dans les eaux, marchaient sur les ondes comme sur une terre ferme.
Après cet éclatant miracle, Nazaire et Celse reprennent la route de Milan. A peine arrivés dans cette ville, ils sont arrêtés par un juge, appelé Anolin, chargé d'exterminer les chrétiens. A la lectuie du jugement qui les condamnait à avoir la tête tranchée, les deux saints martyrs font éclater des transports de joie; ils se jettent dans les bras Tun de l'autre. — « Quel bonheur pour nous, s'écria Nazaire, que le Sauveur ait daigné nous permettre de boire à son calice et de recevoir aujourd'hui la palme du martyre ! — Je vous rends grâce, ô mon Dieu, s'écria Gelse à son tour, je vous rends grâce de ce que, dans un âge peu avancé, vous voulez bien me recevoir dans votre gloire. » Puis s'adressant à Nazaire, qu'il appelait toujours son père, il lui dit : — « Allons, mon bon père, donner notre sang pour celui à qui nous devons notre vie, notre salut et la conversion de tant d'âmes. » Ils furent ensuite conduits sur une place publique où on leur trancha la tête. On les enterra séparément dans un jardin ?itué horç
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delà ville. — Environ trois siècles plus tard, saint Ambroise, archevêque de Milan, instruit par une révélation divine, du lieu où reposaient ces précieuses reliques, les exhuma en 395. On trouva d'abord le corps de saint Nazaire intact et parfaitement conservé; le sang qui, suivant l'usage des premiers chrétiens, remplissait une fiole placée dans son tombeau, était rouge et vermeil comme s'il eût été versé ce môme jour. On découvrit ensuite le corps de saint Celse qu'on réunit à celui de saint Nazaire et on les déposa tous deux dans la basilique des Saints-Apôtres que saint Ambroise avait fait construire.
Réflexions pratiques.
Le divin Sauveur avait dit : Je ne suis descendu sur la terre que pour y apporter le feu sacré ; et mon unique désir c'est de le voir embraser la terre entière. (( Allez, disait-il, à ses successeurs, continuer mon œuvre dans toutes les contrées de la terre. » Dociles à cet ordre du divin Maître, Nazaire et Celse, remplis du feu céleste se sont écriés : Allons sauver nos frères ; volons à la conquête des âmes !. Rien n'est capable d'éteindre la brûlante charité de ces infatigables ouvriers du Seigneur. Quel exemple pour nous ! Les avons-nous imités ? Qu'avons-nous fait pour arracher l'âme de nos frères à la tyrannie de l'erreur et de Satan ? Quand les hommes de Dieu vont verser leur sang pour elles, quand le démon déploie tant de zèle et de fureur pour les perdre, pensons-nous seulement à leur donner quelques bons conseils, à prier pour elles, à demander leur conversion et leur salut éternel ? Oh ! que nous connaissons
peu le prix d'une âme I — Illustres martyrs qui avez sacrifié votre vie pour vos frères, inspirez-nous le zèle qui fait les saints.
Plan de méditation.
I. Saint Nazaire et saint Celse durent leur vocation au bonheur d'avoir chacun une mère chrétienne. IL Vertus de leur vie.