‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 20 sur 67 · SAINTE MARTHE · texte numérisé non relu

SAINTE MARTHE

^^■juillet.

Sainte Marthe, sœur de Lazare et de Marie-Madeleine, était d'une des plus illustres familles de Béthanie, près de Jérusalem. Dès son adolescence, Marthe reçut l'administration des biens patrimoniaux que ses parents avaient laissés dans la Judée et sur les bords du Jourdain. Elle se montra digne de la confiance qu'on lui témoignait. Douce et aimable envers les siens, elle avait renoncé aux joies légitimes du monde, et elle remplissait dans le célibat, auprès de son frère et de sa sœur, la charge de mère de famille, que ses parents lui avaient léguée. La conversion de sa sœur, qu'elle avait obtenue par bien des larmes, raffermit dans sa vocation. Elle n'usait des biens considérables dont elle avait la garde que pour soulager toutes les misères. En se faisant l'hôtesse des pauvres, elle mérita de donner plusieurs fois l'hospitalité au Sauveur. Dans la pre-

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mière visite qu'elle reçut du divin Maître, Marthe, qui eût désiré que toutes les créatures se fussent réunies à elle pour servir convenablement l'hôte admirable qui avait daigné venir dans sa maison, se plaignit de ce que sa sœur ne venait pas l'aider. <( Marthe, Marthe, lui répondit le divin Sauveur, vous vous inquiétez et vous vous troublez de beaucoup de choses. Or, une seule chose est nécessaire : Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point ôtée. »

L'Évangile nous dit que Jésus aimait cette famille; aussi quand Lazare mourut, accourut-il du fond de la Galilée pour consoler ses deux sœurs et leur rendre celui qu'elles pleuraient. A son arrivée, Marthe, fondant en larmes, se précipita à ses genoux : « Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. — Votre frère ressuscitera. — Je le sais, au dernier jour. — Je suis la résurrection et la vie ! Celui qui croit en moi, même étant mort, vivra. Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Croyez-vous cela? — Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. » Voilà la foi sublime; voici le miracle : Lazare mort depuis quatre jours, est rendu plein de vie à l'amour de ses sœurs.

Au moment de la passion, Marthe et Marie suivirent Jésus à Jérusalem et montèrent avec lui sur le Calvaire. Pendant que Marie, la pécheresse justifiée, fondait en larmes en voyant souffrir, pour effacer les péchés du monde, celui qu'elle avait tant aimé, Marthe, plus calme dans son affliction, soutenait avec une tendre sollicitude la Mère de Dieu. Avec les

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autres saintes femmes, elles demeurèrent au pied de la croix pendant la journée du Vendredi saint, et quand, vers le soir, Joseph d'Arimathie vint ensevelir Jésus, elles Taccompagnôrent en pleurant jusqu'au tombeau. L'Évangile ne dit plus rien de Marthe, rhôtesse du Seigneur. Nous ne parlerons d'elle, désormais, que d'après la tradition.

Après l'Ascension du Sauveur, Marthe, Marie- Madeleine n'échappèrent point à la persécution qui s'éleva en Judée. Saisies par les Juifs, elles furent exposées aux flots, avec Lazare leur frère et quelques autres, sur un navire, sans voiles, sans cordages, sans gouvernail. Mais Jésus qui, au milieu de la tempête, avait sauvé et conduit la barque de Pierre, veillait sur celle de Marthe, de Marie et de Lazare; il la dirigea et la conduisit sur la terre de France. Les passagers débarquèrent à Marseille. Lazare s'établit dans cette ville et en devint le premier évêque. Marthe prêcha TÉvangile à Aix, à Avignon et à Tarascon.

Une pieuse légende raconte qu'au moment oîi la Sainte commençait son œuvre d'évangélisation dans les cités riveraines du Rhône, un monstre eff'royable, connu sous le nom de Tarasque^ jetait la terreur dans toute la contrée. Son souffle répandait une fumée pestilentielle, et sa gueule, armée de dents aiguës, faisait entendre des sifflements perçants et des gémissements horribles. Il déchirait avec ses dents et ses griffes tous ceux qu'il rencontrait, et la seule infection de son haleine suffisait à ôter la vie.

Or, un jour que Marthe annonçait la parole divine dans la ville de Tarascon, près de laquelle le monstre

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avait établi son repaire, la foule s'écria : « Si vous parvenez à détruire le dragon, nous embrassons sans tarder votre foi. — Si vous êtes disposés à croire, repartit la Sainte, tout est possible à l'âme qui croit. )) Et, seule, elle s'avança vers l'antre redouté, suivie de loin par la foule qui osait à peine la regarder. — Pour combattre cet ennemi redoutable, la Sainte n'a qu'une arme, le signe de la croix; mais voici qu'à ce signe l'animal farouche baisse la tête, il tremble, et sainte Marthe, l'enchaînant avec sa ceinture, l'amène comme un trophée de victoire aux habitants. Ceux-ci ont peine à en croire leurs yeux et tremblent encore devant le monstre captif. Marthe les rassure, et ils immolent avec joie le dragon vaincu, en rendant grâces au Christ. Depuis ce temps les Tarasconais célèbrent leur délivrance par une magnifique procession, oti l'on porte un monstre enchaîné pour figurer le Tarasque. Plusieurs pensent que c'est le nom de cette bête enchaînée par sainte Marthe qui a fait donner le nom de Tarascon à leur cité. Marthe est demeurée la patronne de Tarascon. Elle se fixa dans cette ville, oti elle voulut être la servante et l'hôtesse des pauvres, et une communauté de vierges se réunit sous sa direction. Enfin, après avoir annoncé sa mort longtemps à l'avance et opéré de nombreux miracles, elle quitta ce monde, le 29 juillet, pour aller rejoindre le Dieu qu'elle avait tant aimé et si fidèlement servi.

Réflexions pratiques.

Quelle occupation plus sainte, quel empressement plus louable que celui de servir à manger à Jésus-

Christ ! Cependant, quoique le divin Sauveur approuve, agrée même cet empressement, il déclare à sainte Marthe que cet effet de sa dévotion et de sa charité n'est pas ce qu'il y a de plus important et de plus indispensable. : Une seule chose est absolument nécessaire, c'est de faire son salut. De toutes les choses qui nous occupent, qui nous absorbent, il n'y en a, à proprement parler, qu'une seule indispensable, c'est le salut. Eussions-nous réussi dans tout le reste, fussions-nous parvenus à ramasser tout l'or, tout l'argent du monde entier, si nous échouons dans l'affaire du salut, nous n'avons rien fait. Oti en sommes-nous de cette affaire si importante et si lucrative? Pouvons-nous affirmer que nous nous en sommes occupés ? Notre grand désir a-t-il été de nous sauver ? N'avons-nous agi que pour cela ? Si Jésus-Christ nous citait actuellement à son tribunal, et nous disait : Rendez-moi compte de toutes vos œuvres, pourrions-nous lui dire : Seigneur, j'ai fait tout ce que vous m'avez prescrit, et je l'ai bien fait? Hélas ! je n'aurais peut-être à lui présenter aucune œuvre de salut.

Mon Dieu ! dès ce moment, je n'oublierai plus qu'il n'y a pour moi qu'une seule chose nécessaire en ce monde : le salut. Tout le reste n'est que bagatelle.

Plan de méditation.

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