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III. Prenons les moyens pour réussir dans l'affaire du salut

SAINT ABDON ET SAINT SENNEN, Martyrs

^0 juillet.

Saint Abdon et saint Seiinen étaient Persans, d'une famille aussi riche que noble. Ils vinrent à Rome oîi ils ne cessèrent d'édifier tout le monde par leur grande piété et leur ardente charité. Leur principale occupation était de prier, de visiter les prisons pour consoler et pour assister les confesseurs de Jésus-Christ, et de se trouver dans les maisons des pauvres chrétiens pour adoucir et alléger leurs misères. On les voyait jusqu'au pied des chevalets et sur les échafauds, encourager les martyrs, et leur procurer, après leur mort, la sépulture. Leur industrie animée d'un zèle vraiment chrétien et soutenu par leurs excessives libéralités, rendait tous les jours plus florissante cette chrétienté affligée par la cruelle persécution de Dèce. Une charité si héroïque ne fut pas longtemps sans recevoir la juste récompense due à de si glorieux travaux. Les deux gentils hommes chrétiens furent accusés auprès de l'empereur comme les plus grands ennemis des dieux de l'empire.

L'empereur Dèce, vainqueur dans la guerre qu'il venait défaire à la Perse, attribuait à la protection de ses dieux les nombreux triomphes remportés sur ses ennemis. Ces absurdes superstitions ne servirent qu'à le rendre de plus en plus cruel contre les chrétiens. Aussi résolut-il de les exterminer dans tout l'empire. Ayant appris que nos deux Saints ne se servaient du crédit que leur donnaient et leur qua-

lité et leurs grands biens que pour raffermir les chrétiens dans leur foi et les rendre plus généreux durant la persécution, il crut ne pouvoir rien offrir de plus agréable aux païens que de faire arrêter ces deux illustres héros. Saint Abdon et saint Sennen furent donc saisis, chargés de chaînes et conduits devant l'empereur. Le prince les reçut comme des gens distingués par leur naissance et leurs nobles qualités. Il leur parla d'abord avec beaucoup de bonté, espérant ainsi gagner leur cœur et leur esprit. Les deux Saints lui répondirent avec respect et politesse; mais dès qu'il vint à leur parler de religion, et qu'il leur déclara qu'il fallait, ou cesser d'être chrétien, ou se résoudre à encourir sa disgrâce, ils ne délibérèrent pas un moment. « Nous sommes chrétiens, lui dirent-ils, et nous nous faisons gloire de l'être. Si pour mériter votre bienveillance. Prince, il faut sacrifier notre repos et nos biens, nous sommes prêts à faire ce sacrifice Mais jugez vous-même si nous devons préférer les hommes à Dieu, et perdre les bonnes grâces du Créateur pour mériter celle de l'empereur. »

Dèce, irrité de ce discours, leur déclara qu'il ne connaissait point d'autre dieu que les dieux de l'empire, et qu'il voulait sous peine de la vie qu'ils adorassent les mêmes dieux que lui. « La seule raison nous démontre, grand Prince, qu'il ne peut pas y avoir plusieurs dieux; deux maîtres souverains ne sauraient subsister dans l'empire. Ce que vous appelez des dieux sont des démons, les singes de la Divinité dont les hommes sont les dupes. Il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est ce seul Dieu, souverain Maître de

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Tunivers, créateur de toutes choses, et c'est ce seul Dieu, notre souverain Maître et le vôtre, que nous adorons. »

L'empereur ne se possédant plus : « Je saurai bien, leur dit-il, venger nos dieux de vos blasphèmes et vous faire repentir de votre impiété. » Il les eût voulu faire tourmenter à l'instant même ; mais craignant quelque soulèvement dans un pays où nos deux Saints étaient respectés, et où il n'était pas assuré de son autorité, il se contenta de les faire marcher enchaînés devant son char de triomphe. On ne saurait exprimer tout ce que nos deux martyrs eurent à souffrir pour Jésus-Christ, durant ce long et pénible voyage : la cruauté des gardes, la dureté des officiers, les insultes des soldats, tout se joignit pour ajouter à leur supplice; mais le plaisir qu'ils avaient de souffrir pour le divin Sauveur, l'espérance de donner leur sang pour sa gloire, les dédommageaient amplement de tant de fatigues, de tant d'outrages et de tourments.

L'empereur ayant fait son entrée à Rome en conquérant, et nos deux Saints ayant servi d'ornement à son triomphe, ils furent livrés au préfet Valérien comme les deux plus grands ennemis des dieux de l'empire. Abdon et Sennen comparurent donc devant le tribunal du préfet. Toute l'assemblée est frappée de la modestie des deux martyrs, autant et plus de leur air de distinction et de noblesse. On voudrait les sauver et on les exhorte vivement à renoncer à leur foi et à faire au moins semblant d'offrir un sacrifice à l'idole de Jupiter. « Nous sommes chrétiens, répondent-ils; nous n'adorons qu'un seul

Dieu, à lui seul nos sacrifices, à lui nos hommages ! Jamais nous ne consentirons h devenir les complices de vos impiétés. — Appelez-vous impiété, dit le préfet, l'offrande de Tencens au soleil, le dieu de votre nation et de vos pères ? — Sans doute, répliquent les Saints; car où peut-il y avoir plus d'impiété que d'adorer comme un dieu ce qui n'est qu'une pure créature? Et nous n'avons garde d'imiter en cela nos pères qui ont été dans l'erreur comme vous. Voilà nos sentiments, voilà notre langage, et ils ne changeront pas. » — Valérien ayant averti l'empereur de l'inébranlable constance des deux martyrs, il fut décidé qu'on les traînerait devant la statue du soleil et que là on les forcerait à offrir de l'encens à l'idole. L'ordre fut exécuté. Saint Abdon et saint Sennen furent violemment conduits dans le temple du soleil; mais au lieu d'offrir de l'encens, ils crachèrent avec horreur contre l'idole. A cette vue toute l'assemblée frémit, et cria au sacrilège. On ordonna sur-le-champ que les saints martyrs seraient fouettés avec des cordes plombées, comme de vils esclaves; et qu'après avoir été déchirés jusqu'aux os, ils seraient exposés aux bêtes dans l'amphithéâtre. L'arrêt était cruel, l'exécution le fut plus encore. On les déchira inhumainement à coups d'épée, et pendant qu'on les torturait si cruellement ils ne cessaient de chanter les louanges de Dieu et de le bénir. Ils étaient dans un état affreux et méconnaissables quand on les exposa aux bêtes au milieu de l'amphithéâtre. On lâcha d'abord contre eux deux lions et quatre ours effarés qui s'élancèrent avec fureur sur les victimes. Toute

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Fassistance frémit, mais la première crainte se changea bientôt en admiration, lorsqu'on vit ces bêtes féroces s'adoucir devant les martyrs et leur lécher les pieds. Le préfet était présent. « Il faut avouer, s'écria-t-il, que ces deux chrétiens sont de puissants magiciens. » Mais la multitude en jugea autrement. On s'écriait de toutes parts : « Oui il n'y a que la toute-puissance des dieux des chrétiens qui peut opérer ces merveilles. » Valérien, craignant que ce miracle ne fît trop d'impression sur les esprits, ordonna aux gladiateurs d'égorger nos deux glorieux martyrs à la porte de l'amphithéâtre ; ce qui fut exécuté. Leurs corps, attachés par les pieds, furent traînés en présence de la statue d'Apollon. Le diacre Quirin les enleva secrètement et les ensevelit dans sa maison.

Réflexions pratiques.

Use rencontre des chrétiens qui prétendraient être plus fervents s'ils étaient témoins de quelque grande merveille. Valérien et toute son assistance voient les bêtes les plus féroces rendre hommage à la vertu d'Abdon et de Sennen et déposer aux pieds des martyrs leur fureur pour prendre la douceur de l'agneau; en sont-ils eux-mêmes plus humains et plus religieux? Nullement. Ah! quand le cœur est corrompu et que les mauvaises passions y régnent, les plus éclatants miracles n'ont aucun empire sur l'esprit et sur le cœur. Ne vous imaginez pas que vous-même seriez plus vertueux si vous étiez témoin de quelque grand prodige. Vous seriez plus chrétien si vous cessiez d'être mondain, indévot,

libertin. Ce qui mène à Dieu, ce ne sont pas les miracles mais la iidélité à la grâce. Bridez vos passions, quittez vos péchés et la grâce vous éclairera, vous touchera et vous donnera le courage de marcher dans le chemin qu'ont suivi les saints.

Plan de méditation.

Au moyen de la crainte de Dieu, saint Abdon et saint Sennen ont surmonté la crainte : 1^ des menaces ; 2^* des tourments ; 3^ de la mort.

SAINT IGNACE DE LOYOLA 31 juillet.

Au seizième siècle, au château de Loyola, en EspagnCj venait au monde un enfant qui devait être la gloire de sa nation, Tornement de son siècle et le soutien de l'Eglise. Doué de si nombreuses qualités physiques et morales, Ignace devint, dès son bas âge, les délices de sa famille. Son père tenait un des premiers rangs parmi les nobles du pays. Jugeant son fils capable d'occuper un jour un rang distingué à la Cour, il se hâta de le placer dans ce milieu. Le jeune homme, reçu comme page du roi Ferdinand V, gagna bientôt les affections de son prince. Mais ses inclinations pour la guerre le dégoûtèrent bientôt de la vie molle et oisive de la Cour. 11 embrassa la carrière des armes. Ses frères avaient déployé une bravoure extraordinaire dans les guerres de Naples. Leur exemple stimula son ardeur et accrut son

ardente passion pour la gloire. A l'armée, il ne le céda pas en courage à aucun officier. Il se distingua en toutes rencontres et notamment à la prise de Nazare. Mais il négligea la pratique des vertus chrétiennes, et, jusqu'à vingt-neuf ans, sa conduite ne fut rien moins qu'édifiante. Il ne rêvait que galanterie et plaisirs. Dans toutes ses actions, il n'avait d'autre règle que l'esprit et les maximes du monde. Ce ne fut qu'à trente ans que Dieu daigna dessiller les yeux de ce fier et noble guerrier pour en faire un illustre conquérant des âmes. Et voici dans quelle circonstance.

L'armée française assiégeait la citadelle de Pampelune, Ignace y soutint lui seul plusieurs assauts et déploya une valeur remarquable. Mais dans la chaleur du combat, un boulet de canon lui brisa la jambe droite. Transporté au quartier général, puis ^u château de Loyola, le jeune guerrier eut à subir des opérations très douloureuses. Dans ces conjonctures, il survint une fièvre brûlante accompagnée de symptômes alarmants, et les médecins déclarèrent qu'il ne lui restait plus que quelques jours à vivre. Il reçut les derniers sacrements la veille de la fête de saint Pierre. On crut qu'il ne passerait pas la nuit. S'étant endormi, il fut favorisé d'un songe extraordinaire. Le prince des Apôtres lui apparut et d'un attouchement de la main lui rendit la santé, A son réveil, il se trouva soulagé et hors de tout danger. Ce changement subit et inespéré ne le lit point renoncer au monde. Cependant, sa jambe était restée difforme et l'empêchait de porter la botte du soldat. Malgré les représentations et les répugnances m. 10

des chirurgiens, il se fit couper un os. Obligé alors de garder la chambre, il demanda, pour se désennuyer, un roman ou quelque autre historiette galante. Heureusement, il ne se trouva au logis que la vie de Jésus-Christ et des saints. Il les lut d'abord sans attrait et uniquement pour passer le temps ; mais insensiblement il y prit tant de goût et s'y attacha si fort qu'il y passait les journées entières. Ce qui excitait le plus l'admiration des saints dans son âme, c'était Tamour de la solitude et de la croix. Dès lors, un combat intérieur se livra en lui. Il aurait voulu se donner à Dieu, mais l'amour de la gloire et des créatures le pressait vivement à suivre le monde. Dans ce flux et reflux de pensées contraires, la grâce triompha et Ignace résolut de marcher sur les traces des saints et de se consacrer à la pénitence. Il commença à traiter son corps avec la plus grande rigueur. Il se levait toutes les nuits pour pleurer ses péchés dans l'obscurité et le silence. Etant une nuit prosterné devant une image de la très Sainte Vierge avec des sentiments extraordinaires de ferveur, il s'off'rit à Jésus-Christ par la médiation de la divine Vierge et se consacra au service du Fils et de la mère, leur jurant une inviolable fidélité.

Après sa guérison, il entreprit un voyage au monastère du Mont-Serrat, en Catalogne, fameux par les pèlerinages qui s'y faisaient en l'honneur de la Sainte Vierge. Il y fit une confession générale et se retira à Manrèze, malgré les efforts de son frère aîné, qui voulait le retenir dans le monde. Là, il se livra pendant un an à toutes les rigueurs de la péni-

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tence, et reçut du Ciel les lumières les plus extraordinaires. Dans cette solitude, il composa son livre admirable des Exercices spirituels. 11 fit ensuite le pèlerinage de la Terre-Sainte ; à son retour de la Palestine, se sentant pressé de travailler à la conversion des âmes, il commença ses études ; et ayant éprouvé quelques contradictions dans son pays, il vint achever le cours de ses études à Paris. Après avoir passé trois ans au collège de Sainte-Barbe, il commença sa théologie chez les Dominicains. Ce fut alors qu'il fit connaissance du futur apôtre des Indes. François-Xavier, quoique jeune encore, enseignait la philosophie avec beaucoup d'éclat. Il avait de grands talents, mais une vanité plus grande encore. Ignace le convertit en faisant sans cesse retentir à ses oreilles cette belle parole de l'Évangile : Que sert à l'homme de gagner Vunivers entier s'il vient à perdre son âme? Il s'associa avec le nouveau converti et avec huit autres compagnons d'un mérite distingué. Tous s'engagèrent à renoncer au monde, et à aller prêcher l'Évangile dans l'univers. Le jour de l'Assomption de Tan 1537, ils se consacrèrent à Dieu dans la chapelle souterraine de Montmartre, et firent vœu d'aller partout où le Souverain Pontife trouverait bon de les envoyer. Le pape Paul III approuva cette association sous le nom de Compagnie de Jésus. Ignace, élu supérieur général, n'accepta cette dignité qu'après une longue résistance. Il dressa des règles et des constitutions pleines de sagesse et eut la consolation de voir cette admirable société s'étendre rapidement par tout le monde chrétien. Il avait pris pour devise : Ad majo-

7'em Dei gloriam: Tout pour la plus grande gloire de Dieu. Ce grand serviteur de Dieu finit saintement sa vie, le 31 juillet de Tan 1556, dans la soixante-cinquième année de son âge.

Réflexions pratiques.

La grandeur de Dieu, le prix de l'âme, la rigueur du jugement, les tourments de l'enfer, les délices du paradis ! Redoutables sujets de méditation, nul n'y pensera sans être ému et devenir meilleur. Avant d'y réfléchir, Ignace s'était laissé entraîner par les maximes du monde. Mais le souvenir des grandes vérités le transforma. Une révolution complète s'opéra dans son esprit, son cœur et sa conduite. Non seulement il comprit pour lui-même ces dogmes terribles, mais il voulut les mettre constamment devant les yeux des hommes par la prédication divine ; non seulement il résolut de se sauver, mais il travailla sans relâche au salut de ses frères, et sa grande charité lui faisait dire : Ce n'est pas assez que je serve le Seigneur, il faut que tous les cœurs l'aiment et que toutes les langues le bénissent... Sont-ce là nos sentiments ? Est-ce là notre ambition ? 0 mes œuvres ! 0 ma vie I Que répondez-vous?

Mon Dieu ! Vous nous avez tout donné : liberté, mémoire, entendement, volonté. Dès aujourd'hui, nous voulons, comme saint Ignace, tout employer à procurer votre plus grande gloire : Ad majorem Dei gloriam. Nous nous souviendrons toujours de cette grande maxime qu'il ne sert de rien de gagner l'univers entier, si l'on vient ensuite à perdre son âme.

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Plan de méditation.

Vertus de saint Ignace : 1^ sa ferveur dans sa pénitence ; 2^ son zèle pour le salut du prochain ; 3<> son courage pour résister aux ennemis de l'Église.

Autre plan.

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