UN MODIFIE
cinquante-cinq jours de prison Dioclétien, apprenant qu'elle était inébranlable, la fit conduire dans sa maison, et permit à Maximien d'y aller pour user de violence. Ce prince s'y rendit; mais lorsqu'il entra dans sa chambre, il aperçut un ange, d'un éclat merveilleux, qui était auprès d'elle et la gardait. L'effroi le saisit, et il se retira tout confus sans avoir osé rien entreprendre. Dioclétien attribua cet effet à la magie, et envoya un de ses officiers pour contraindre la Sainte d'adorer les idoles. Cet officier employa tour à tour, pour l'y déterminer, la douceur et les menaces et comme elle se montra inébranlable, il lui fit subir d'horribles tortures, puis la frappa du glaive dans sa propre demeure. C'est ainsi qu'elle emporta la double palme delà virginité et du martyre.
Réflexions pratiques.
Que devons-nous le plus admirer dans la conduite de saint Tiburceetde sainte Suzanne; est-ce leur courage héroïque en face de leurs bourreaux, ou bien leur courage moral pour fouler aux pieds les honneurs, les plaisirs et les richesses de la terre et renoncer aux plus brillantes espérances ? Ils ont déployé l'un et l'autre une bravoure au-dessus de toute expression.
Le barreau promettait à Tiburce bien des applaudissements et une fortune. La cour attendait Suzanne pour la revêtir de la pourpre impériale. L'un et l'autre ne veulent connaître que Jésus crucifié. Rien ne peut ébranler leurs résolutions, ni les tortures ni les horreurs de la mort. Quelle grandeur
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d'âme ! Quitter la vie au moment où le monde offre tout ce qui est capable de captiver le cœur !. Quelle confusion pour nous qui ne savons faire à Dieu le moindre sacrifice! Quedis-je, pour nous qui, au lieu de tout sacrifier à notre conscience, sacrifions notre âme, notre conscience, notre devoir pour la moindre satisfaction temporelle !
Plan de méditation.
Saint Tiburce et sainte Suzanne : 1^ chrétiens dévoués; 2^ serviteurs fidèles ; 3^ martyrs héroïques.
SAINTE CLAIRE, Vierge
12 août.
Sainte Claire naquit à Assise, ville d'Italie, en H93. Ses parents, distingués dans le pays par leur haute naissance, leur grande fortune et surtout par leurs vertus chrétiennes, étaient sans enfants. Sa noble mère fit le pèlerinage de la Terre Sainte, visita le sanctuaire de Saint-Michel et pria aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul. Elle eut enfin une fille. Un jour, pendant sa grossesse, elle priait Dieu de lui accorder une heureuse délivrance, quand elle entendit ces paroles : « Femme, ne craignez pas, vous accoucherez sans danger d'une lumière qui éclairera le monde. » L'enfant fut nommée Glaire au baptême, nom qui caractérisait sa mission. Claire était née le sourire aux lèvres. Petite enfant, on ne
la vit jamais pleurer; elle réservait ses larmes pour les répandre aux pieds de Jésus crucifié. — L'heureuse mère veillait avec un soin extrême sur Téducation de sa fille, et développait, par ses conseils et ses exemples, les germes précieux de vertus que le Ciel avait déposés dans cette jeune âme. Aussi, dès l'âge le plus tendre, pouvait-on admirer en Claire un vif attrait pour la retraite, Toraison, le mépris du monde, Tamour des pauvres et de la souffrance. Cette admirable enfant, distinguée par une beauté ravissante, le fut davantage encore par sa modestie; les personnes les plus pieuses et les plus ferventes le prenaient pour modèle, et les gens du monde la regardaient comme un prodige d'innocence. Elle avait confié à la pénitence le soin de garder sa vertu; sous ses habits précieux elle portait le cilice. Chaque jour elle songeait à renoncer au siècle, pour se donner à Dieu entièrement et d'une manière irrévocable ; mais il fallait attendre le moment fixé par la Providence. Ce moment ne tarda pas. A cette époque on ne parlait que de la vie admirable et des miracles de saint François, qui habitait le coux^st de la Portioncule, situé aux extrémités d'un faubourg d'Assise. Elle résolut de le voir et de s'entendre avec lui sur les moyens de se consacrer plus particulièrement à Dieu. Elle alla le trouver avec une de ses parentes. Le Saint, éclairé d'en haut, connaissant la valeur de cette perle que le Ciel s'était choisie, lui parla si fortement sur le mépris du monde et sur les avantages de la vie religieuse, qu'elle promit de se consacrer à tout jamais à Dieu sous la conduite de ce grand saint. Comme ses parents voulaient
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la marier richement et s'opposaient à sa vocation, elle résolut de quitter secrètement sa famille. Elle convint avec saint François du jour où elle devait réaliser son projet. C'est le 19 mars qu'elle fixa pour se dérober au monde.
Le dimanche des Rameaux, Claire, contre son habitude, se revêt de ses plus beaux habits et se rend avec sa mère et ses sœurs à Téglise de la Portioncule pour la cérémonie des palmes; Tévêque d'Assise officiait. La Sainte, entièrement absorbée dans la méditation des grands mystères de l'Église, et surtout dans la pensée de l'importante démarche qu'elle se proposait de faire le soir, oublia d'aller avec la foule recevoir son rameau des mains du célébrant. L'évoque, s'en étant aperçu, présenta luimême à la jeune vierge la palme qu'elle avait oublié de venir prendre à ses pieds. — Le soir, de concert avec une dame, seule confidente des secrets de son cœur, elle veut sortir de la maison, par une porte dérobée, pour ne pas donner l'éveil à ses parents; mais contre cette porte on a amassé de solides poutres et de gros blocs de pierre. Que fera cette pauvre enfant ? Céder ! c'est impossible; Claire se jette à genoux, prie avec larmes son Sauveur; et, armée d'une foi vive, elle dégage la porte et part. L'innocente colombe vole plutôt qu'elle ne marche vers le sanctuaire de Notre-Dame de la Portioncule : c'est là qu'elle doit célébrer ses mystiques épousailles avec le Fils de Dieu et s'offrir en holocauste. Le séraphique Père l'attendait avec ses religieux. Claire se place devant l'image sacrée de la Reine des Anges, et après une allocution de saint François, elle
échange ses riches habits contre une rude tunique, et se ceint les reins d'une corde; François lui coupe les cheveux et place sur sa tôte un voile d'étoffe grossière. Claire, Tâme inondée de joie, prononce ses vœux perpétuels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
Cette fuite inattendue retentit comme la foudre dans sa famille et dans toute la ville. Ses parents irrités mettent tout en œuvre pour la tirer de son asile. Le père se rend près d'elle pour la ramener dans la maison paternelle. Après le père vient la mère; aux raisons succèdent les larmes, puis les menaces; rien ne peut Tébranler; tenant l'autel d'une main, et montrant de l'autre ses cheveux coupés : « Jésus désormais, s'écrie-t-elle, sera mon époux, et mon vêtement une robe de pénitence. » On la laissa en paix. Quinze jours après, sa sœur Agnès, plus jeune qu'elle, vint lui rendre visite ; les parents attendaient beaucoup de cette entrevue des deux sœurs pour vaincre Tobstinalion d'un esprit fanatisé; mais Claire avait prié; elle devait conquérir sa sœur à Jésus. En apercevant sa sœur, Agnès lui dit : a Pardon, ma sœur, de vous avoir contristée; oubliez le passé, je vous en supplie, et acceptez-moi près de vous; je veux partager votre sacrifice. »
Claire tressaille de bonheur et rend grâces au Ciel. La porte du couvent se referme sur Agnès. A cette nouvelle, le père, transporté de colère, convoque tous les membres de la famille, les excite à la vengeance pour ce nouveau déshonneur : « Morte ou vive, s'écrie-t-il, qu'on me ramène Agnès. » Les furieux arrivent au couvent, essayent les paroles dou
ces, puis les menaces, rien ne fait ; ils s'élancent sur Agnès et la traînent par les cheveux : ils étaient hors du couvent, quand, soudain, le corps de l'enfant devint si lourd, qu'il fut impossible de le traîner plus loin. Un oncle d'Agnès, aveugle dans sa rage, lève le bras pour frapper l'enfant, son bras se raidit à l'instant, et Agnès peut rentrer au couvent. Tant de merveilles ne restèrent pas sans résultat« Peu de temps après la mère de Claire, devenue veuve, prit l'habit religieux avec une autre de ses filles, sœur Béatrix. Le bruit de la sainteté de Glaire lui attira beaucoup de compagnes, dont elle forma une communauté. Saint François ayant fait réparer l'église de Saint- Damien qui tombait en ruines, acheta la maison qui y était contiguë. C'est là que commença l'Ordre des Clarisses, comme celui des Franciscains avait commencé dans l'église de la Portioncule. Claire fut établie supérieure de cette communauté naissante, malgré toutes les résistances de son humilité. On y pratiquait des austérités extraordinaires. Les religieuses allaient nu-pieds, couchaient sur la terre, gardaient une abstinence perpétuelle et ne rompaient le silence que quand la nécessité ou la charité les y obligeaient. Elles ne vivaient que d'aumônes, jeûnaient, le Carême etl'Avent, au pain et à l'eau. Claire renchérissait encore sur les austérités communes et se montra toujours la plus humble et la plus pauvre des religieuses. Dieu voulut manifester sa sainteté par de nombreux miracles. Elle rendit l'usage de la parole à une des sœurs de son monastère et l'ouïe à une seconde. Un frère de l'Ordre des Mineurs fut guéri de la folie par ses prières. Cinquante religieuses
furent rassasiées avec la moitié d'un pain. Mais voici un prodige plus étonnant : Les Sarrasins, ayant assiégé la ville d'Assise, étaient sur le point d'escalader les murailles du couvent, sainte Claire, malade, âgée et infirme, se fait porter à la porte du monastère avec un ciboire renfermant le Saint-Sacrement. Là, prosternée, avec ses filles, devant le Sauveur, elle dit avec foi : « Seigneur, ne livrez pas aux bêtes féroces les âmes qui ont confiance en vous ; protégez vos servantes que vous avez rachetées au prix de votre sang. » Sa prière finie, une voix lui dit : Ne craignez 7nen, ma fille, Je vous gardomi et vous serez toujows sous ma protection. Au même instant une terreur panique s'empare des assiégeants qui prennent tous la fuite. Sainte Claire mourut, le H août de l'an 1253, dans la soixantième année de son âge et la quarante- deuxième de sa profession religieuse.
Réflexions pratiques.
Macérer son corps dès le jeune âge, et faire ses délices de la retraite et du jeûne; s'arracher à la tendresse de ses parents, aux plaisirs et aux honneurs d'une famille distinguée; se dépouiller de biens considérables, pour vivre pendant quarante ans dans toutes les austérités de la pauvreté, de la solitude et de la souffrance, voilà qui constitue Théroïsme de la mortification ; et c'est ce que nous admirons dans la vie de sainte Claire. Cette admirable vierge commence à se mortifier dès le premier usage de la raison. Mais ne pouvant, dans le monde, facilement satisfaire sa grande soif de la pénitence, elle forme la
résolution d'aller s'ensevelir dans le cloître. Malgré les obstacles sans nombre qu'elle rencontre dans la réalisation de son dessein, avec la grâce de Dieu et son héroïque volonté, elle triomphe et arrive à son but ; bon gré, mal gré, ses parents sont obligés de la laisser à son Dieu, et plus tard ils rendent grâce au Ciel, et ne trouvent rien de mieux que de la suivre dans sa retraite.
Cette merveille ne se renouvelle-t-elle pas encore tous les jours dans notre siècle de sensualisme, oti le monde ne prêche plus à ses enfants le Dieu du Calvaire, mais le Dieu de la chair et de la jouissance. Combien de parents, après s'être formellement opposés à la vocation religieuse de leurs enfants, n'on trouvé de consolation qu'auprès d'eux. C'est ainsi que tôt ou tard on rendra justice à la vertu.
0 Vierge incomparable qui avez combattu le règne de la chair, délivrez notre pauvre société de la tyrannie du luxe et de la sensualité.
Plan de méditation.