‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 36 sur 67 · UN MODI^E · texte numérisé non relu

UN MODI^E

lui disait : 0 maman, ne me quittez pas. Voyant tous ses efforts inutiles, le tendre enfant, ne se rebute pas encore, il se couche sur le seuil de la porte pour barrer Tendroit par où doit passer la courageuse femme. A ce spectacle, la pauvre mère s'arrête interdite, son cœur est percé d'un glaive tranchant; puis, ramassant ses forces, elle passe par-dessus le corps, franchit ainsi la barrière qui lui était opposée, et va jeter les fondements de Finstilut religieux de la Visitation de la Sainte -Vierge. Saint François de Sales donna à cet Ordre des règles pleines de sa douceur et de son humilité. Après sa profession, la sainte fondatrice s'engagea, comme l'avait fait sainte Thérèse, par un vœu formel, à faire toujours ce qui serait jugé le plus parfait. Elle fut souvent affligée de maladies douloureuses, produites, dit un jour son médecin, par l'ardeur de l'amour divin qui la consumait. « Ah! disait cette sainte âme, si le monde connaissait la douceur d'aimer Dieu, il mourrait d'amour!... » Aussi, au milieu de ses souffrances, jouissait-elle de délices ineffables. Dieu mit le comble aux mérites de Jeanne-Françoise en l'affligeant de croix fort dures, qu'elle porta avec une grande résignation. Elle mourut à Moulins, l'an 164i, à l'âge de soixante-neuf ans.

Réflexions pratiques.

Possédée du divin amour, sainte Jeanne-Françoise de Chantai ne faisait, ne disait rien qu'en vue de Dieu et pour Dieu. C'était chez elle un amour fort et vigoureux, qui embrassait avec joie tous les sacrifices, tous les dévouements, jusqu'à passer,

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malgré les déchirements du cœur le plus maternel, sur le corps d'un fils qui faisait obstacle à sa vocation; un amour hardi et invincible qui se jetait dans les plus grandes entreprises pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; un amour inébranlable dans les revers, toujours abandonné à la Providence sans aucune recherche de soi; un amour humble jusqu'à l'anéantissement total du moi humain, pourvu que Dieu seul fût exalté ; un amour joyeux dans les angoisses, jusqu'à goûter avec délices au dedans l'amertume du fiel et du vinaigre, au dehors le mépris et la contradiction; un amour, enfin, qui la tenait dans un complet abandon à toutes les conduites de Dieu sur elle. Elle était vraiment comme l'enfant qui, donnant la main à sa mère, se laisse mener par elle partout où elle veut et tout comme elle veut. De là ce vœu par lequel elle s'engagea à faire en tout le plus parfait ; de là cette vue de Dieu dans le prochain quel qu'il fût; dans les pauvres et les malades, dans les gens même remplis de défauts qui, par cela même, devenaient à ses yeux l'objet de ses plus tendres sympathies, à tel point, que c'était pour elle une joie de rendre le bien pour le mal, de tout supporter, de tout pardonner et d'aimer toujours quand même. Quel admirable modèle! Gomme nous en sommes loin!

Plan de méditation.

Les sacrifices qui ont : 1° préparé; 2° accompagné et 3^ suivi la vocation de sainte Jeanne-Françoise de Chantai.

SAINT SYMPHORIEN, Martyr a Autun

22 août.

Saint Sjmphorien confessa intrépidement sa foi et mourut glorieusement pour elle à Autun, dans les Gaules, vers Tan 178, sous le règne de Marc-Aurèle. Il était fils de Fauste, d'une famille noble et chrétienne. Il avait été baptisé par saint Bénigne, et joignait une grande connaissance des belles-lettres à celle de la religion. Il était à la fleur de Tâge, et universellement estimé par ses belles qualités, lorsqu'il fit le sacrifice de sa vie. Les Actes des martyrs nous rapportent comment le jeune et brillant patricien soutint le combat qui lui valut la palme du martyre, mais ils ne disent presque rien sur les premières années de sa vie. Ce qu'il y a de certain, c'est que les scandales et les hontes du monde furent impuissants à ternir l'innocence du jeune chrétien vivant dans tout l'éclat que peut donner une haute naissance. Quoique jeune, il possédait tant de vertus que déjà il était Tornement de son pays, un jour il en sera le patron.

La ville d'Autun, une des plus anciennes et des plus célèbres des Gaules, était en même temps l'une des plus superstitieuses, et principalement livrée au culte de Cybèle, d'Apollon et de Diane. Un jour de Tannée oîi l'on portait sur un char magnifiquement décoré la statue de Cybèle, dans les rues d'Autun, et qu'un grand concours de peuple se trouvait à cette cérémonie sacrilège, Symphorien ne s'inclina pas devant l'idole. Il fut arrêté par la populace, et

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conduit devant Héraclius, gouverneur de la province, qui était alors dans la ville, et qui n'y^ était venu que pour rechercher les chrétiens.

Héraclius s'étant assis sur son tribunal demanda au jeune chrétien son nom et sa condition. « Je m'appelle Symphorien et je suis chrétien. — ïu es chrétien ! Gomment as-tu donc pu nous échapper jusqu'à présent? car on ne trouve guère ici des gens de cette profession? Mais, réponds-moi, pourquoi n'as-tu pas voulu adorer l'image de la mère des dieux? — Je vous Tai déjà dit, je suis chrétien. J'adore le Dieu vivant qui règne dans les cieux, et ce n'est pas à une vaine idole du démon que je rendrai des marques d'adoration. Au contraire, faitesmoi donner un marteau et je réduirai en mille pièces la statue de la mère de vos dieux. »

Le juge, étonné d'une telle fermeté, dit à un des officiers : « Ce jeune homme n'est pas seulement un sacrilège, mais il joint la révolte à l'impiété. Est-il de celte ville? — Oui, seigneur, répond l'officier, et sa famille est une des premières de la cité. — C'est sans doute ce qui te rend si fier, dit Héraclius à Symphorien. Ignores-tu quelles sont les ordondances de l'empereur! Qu'on les lise. » — Après la lecture de l'édit impérial, Symphorien continuant à déclarer qu'il méprisait les idoles, Héraclius ordonna à ses licteurs de le battre de verges. Cet ordre cruel fut exécuté , et le jeune adolescent subit comme son Maître et son Chef le supplice de la flagellation. Il fut ensuite enfermé dans un affreux cachot ; on espérait ainsi que la solitude et les horreurs de la prison pourraient abattre son courage vraiment m. n

chrétien. Mais il en fut autrement. Dieu soutenait son soldat, le martyre était commencé.

Deux jours après il comparut de nouveau devant le tribunal ; et le juge prenant un ton plein de douceur affecta une compassion mille fois plus dangereuse que les menaces: « Considère, Symphorien, lui dit-il, ce que tu perds ; combien tu as tort de ne pas vouloir adorer les dieux immortels ! Crois-moi, ofire Tencens à nos divinités ; tu recevras une gratification du trésor public, avec une place honorable à Tarmée. Je vais faire orner de fleurs l'autel et tu oflriras aux dieux Tencens qui leur est dû. »

Symphorien : « Un juge se déshonore lorsqu'il se sert du pouvoir que la justice a mis entre ses mains pour tendre des pièges à Tinnocence. Nos richecses, nos honneurs, nous les attendons du Christ ; nous savons que le temps ne pourra les corrompre. — C'en est trop, Symphorien, tu lasses enfin ma patience par tes discours sur la grandeur et la majesté de je ne sais quel Christ. Obéis, adore la mère de tous les dieux, sinon je me vois obligé de prononcer contre toi la peine capitale. )>

A cette injonction suprême, le jeune martyr, rayonnant de joie, confesse une dernière fois le Seigneur Jésus : « Je crains le Dieu tout-puissant et unique, dit-il, c'est lui seul que je sers. Vous avez pouvoir sur mon corps, mais vous ne pouvez rien sur mon âme. »

Enfin, Héraclius, au désespoir de n'avoir pu le vaincre, le condamna à être décapité. — Lorsqu'on le conduisait hors de la ville pour l'exécuter, Augusta, sa mère, qui avait sans doute suivi tous les

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détails de l'interrogatoire de son fils bien-aimé, le regardant passer, lui cria : « Mon fils, mon cher fils Symphorien, souvenez-vous du Dieu vivant. Courage, ô mon fils, courage! Nous ne pouvons craindre la mort lorsqu'elle nous conduit à la vie. Élevez votre cœur vers le Ciel et considérez celui qui y règne. Non, votre vie n'est pas perdue ; mais vous l'échangez contre une vie meilleure. Aujourd'hui, mon fils, par un heureux échange, vous allez entrer dans la gloire sans fin et éternelle. »

Fortifié par les paroles de sa mère, le jeune chrétien livra sans hésiter sa tête au bourreau. Aussitôt il reçut le coup, et vit s'ouvrir devant lui les portes de la bienheureuse éternité, où il règne aujourd'hui dans la gloire, d'où il protège ceux qui l'invoquent, où il doit vivre à jamais. Quelques personnes pieuses enlevèrent secrètement son corps et lui donnèrent une honorable sépulture. De nombreux miracles attirèrent auprès du tombeau du martyr d'illustres et saints pèlerins.

Réflexions pratiques.

Le proconsul demandait à Symphorien sa tête ou l'apostasie. Le généreux confesseur, sans hésiter, présente le cou aux bourreaux. Quel noble courage I Quelle constance héroïque !

Le martyre est une gloire insigne que Dieu n'accorde de nos jours qu'à un petit nombre de chrétiens. Mais si nous n'avons pas l'honneur de combattre et de mourir pour Jésus-Christ dans une arène sanglante, nous ne sommes pas pour cela exempts de la lutte chrétienne qui nous est imposée

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à tous, et qui n'est pas sans mérite ni sans gloire. Car, nous dit saint Cyprien, si les martyrs ont vaincu les tyrans, triomphez yous-môme de la tyrannie de vos passions? Comment avons-nous soutenu cette lutte jusqu'ici? Avons-nous bridé nos passions? Avons-nous méprisé et fui le monde?... Si nous avons eu des défaillances, prenons courage et souvenons-nous que la plus belle victoire consiste à se vaincre soi-même. N'oublions jamais que si nous combattons vaillamment le Ciel est à nous.

Plan de méditation,

I. Pourquoi saint Symphorien est-il condamné aux chaînes et à la torture? Ce n'est pas pour, ses crimes...

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