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III. Sa douceur envers les hérétiques repentants

SAINT JOSEPH CALAZANY, Confesseur

27 août.

Saint Joseph Calazany, de la Mère de DieUj naquit en Espagne, en 1556, d'une famille noble et riche. Dès ses plus tendres années il donna des marques de sa charité future pour les enfants et du soin qu'il prendrait un jour de leur éducation. Il était encore très jeune, que déjà il rassemblait autour de lui ses petits compagnons pour leur apprendre les mystères de la foi et les prières chrétiennes. Très versé dans

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la connaissance des lettres divines et humaines, tandis qu'il s'appliquait aux études théologiques à Valence, il triompha courageusement des efforts que fit, pour le porter au mal, une femme noble et puissante, et par une insigne victoire, il conserva sans atteinte la virginité qu'il avait vouée au Seigneur. Devenu prêtre, il évangélisa pendant huit ans, avec le zèle et les succès d'un apôtre, plusieurs provinces d'Espagne. Employé comme collaborateur par plusieurs évoques, il corrigea les mœurs dépravées partout oîi il travailla, rétablit la discipline ecclésiastique, montra un talent admirable pour éteindre les inimitiés et désarmer les factions qui ensanglantaient les villes. Se sentant ensuite appelé par la voix même de Dieu à un genre de vie plus parfait, il partit pour Rome. Dans cette grande ville, il affligeait son corps par la rigueur extrême de son genre de vie, par ses veilles et ses jeûnes. Il passait les jours et les nuits dans la prière et la contemplation des choses célestes.

Durant plusieurs années il ne passa pas un seul jour sans aller visiter les sept basiliques de la ville éternelle. 11 s'enrôla dans plusieurs confréries, et l'on ne saurait s'imaginer Tardeur avec laquelle il soulageait, par l'aumône et par tous les services de la charité, les pauvres, et particulièrement ceux d'entre eux qui étaient malades ou détenus dans les prisons. Pendant une peste qui dépeupla la ville de Rome, de concert avec Camille de Lellis, il fut entraîné si loin par l'élan de sa charité, qu'en outre des secours distribués généreusement aux pauvres que le fléau avait atteints, il transportait encore sur m. 18

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ses épaules les cadavres de ceux qui avaient succombé, et leur donnait lui-môme la sépulture.

Ayant appris par révélation divine qu'il était destiné à former les enfants, principalement ceux des pauvres, à la science et à la piété, il fonda l'Ordre des PauvreS'ClerS'Réguliers de la Mère de Dieu pour les écoles pies. Les règles propres de l'institut obligeaient ces religieux à s'appliquer avec un soin tout spécial à l'instruction des enfants. Cette association fut hautement approuvée par Clément VIII, Paul V et plusieurs autres Souverains Pontifes; et bientôt Joseph la propagea, d'une manière étonnante, dans beaucoup de provinces et de royaumes de l'Europe. A ce sujet il eut à essuyer tant de fatigues et souffrit avec une constance invincible tant de tribulations, qu'il fut d'une voix unanime appelé un prodige de force et la copie parfaite du saint homme Job.

Quoiqu'il fût chargé du gouvernement de tout son Ordre, et qu'il s'appliquât de tout son pouvoir au salut des âmes, jamais cependant il ne cessa d'instruire les enfants, ceux des pauvres de préférence. Il balayait lui-même leurs écoles, et les reconduisait, après les classes, dans leurs familles. Il persévéra cinquante-deux ans dans cette œuvre de patience et d'humilité, et il ne l'abandonna pas même aune époque où sa santé était considérablement altérée. Ce dévouement héroïque fut cause que Dieu le glorifia par de nombreux miracles, dont ses disciples furent témoins. Tant de vertus lui obtinrent de voir la bienheureuse Vierge Marie, tenant entre ses bras l'Enfant-Dieu, lequel bénit les écoliers pendant qu'ils faisaient la prière. Ce saint homme, qui avait

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refusé les plus hautes dignités, brillait encore par le don de prophétie, par celui de Tintuition des cœurs et de la connaissance des événements éloignés. Il fut souvent favorisé de l'apparition de plusieurs habitants du Ciel, et notamment de la Vierge, Mère de Dieu, pour qui, dès son enfance, il eut cette tendre piété qu'il recommandait si fortement à ses disciples. Après avoir prédit le jour de sa mort, le rétablissement par lequel son Ordre presque détruit se relèverait un jour, et les accroissements qu'il prendrait, il s'endormit dans le Seigneur, le 25 août 1648, à l'âge de quatre-vingt-douze ans. Son cœur et sa langue furent, après un siècle, retrouvés intacts et sans aucune marque de corruption. Illustré encore par de nombreux miracles qui s'accomplirent après sa mort, il fut canonisé par Clément XIII.

C'est une maxime du Sauveur que la fidélité du chrétien et son amour pour Dieu se mesurent sur la charité envers le prochain. Nous pouvons, d'après cela, nous former une juste idée du mérite de Joseph Calazany. Ce zélé serviteur de Dieu n'a cessé de pratiquer la vertu de prédilection du divin Maître. Aussi toute sa vie est-elle consacrée au soulagement des misères humaines. Toutefois ceux qui ont la plus large part dans ses affections sont les enfants que Notre-Seigneur lui-même a traités avec tant d'affection. Il a pour eux la sollicitude d'un père et la tendresse d'une mère. Il les bénit, il les instruit, il

leur apprend à connaître, à aimer et à servir Dieu. Quelle noble mission ! ! I

Comment pratiquons-nous la charité envers les malheureux et envers les enfants? Avons-nous pour eux des prévenances, de l'indulgence, de la bonté? En avons-nous pour tous?... Nous efforçons-nous de les éloigner du mal et de les porter au bien?

0 mon Dieu ! que d'imperfections dans ma charité. Accordez-moi la grâce d'aimer tout le monde et en particulier les enfants, non en paroles, mais en œuvres, comme vous Tavez fait vous-même.

Plan de méditation.

Le caractère dominant de la sainteté de Joseph Calazany est : 1^ un ardent amour pour le salut des âmes ; 2^ une charité admirable pour les enfants.

SAINT AUGUSTIN, Docteur de l'Église

28 août.

Saint Augustin, ce parfait modèle des vrais pénitents, cette brillante lumière de l'Église, naquit à Tagaste en Afrique, le 13 novembre 3^4. Sa famille était honnête, mais peu favorisée des biens de la fortune. Son père, nommé Patrice, d'abord infidèle, fut longtemps violent et débauché ; il dut sa conversion aux prières et aux larmes de sainte Monique, sa vertueuse épouse, aussi distinguée par la supériorité de son esprit que par sa touchante piété. Augustin apporta, en naissant, les inclinations les plus

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mauvaises. Il était orgueilleux, plein de caprices et de colère. Cependant sa pieuse mère Tavait mis au rang des catéchumènes, et ne négligeait rien pour lui donner une éducation chrétienne ; lui-môme, étant tombé dans une maladie fort grave, avait demandé le baptême, qui fut néanmoins différé, à cause des inclinations mauvaises qu'on lui savait. Des petites écoles de Tagaste, on l'envoya étudier à Madaure, ville voisine, où il apprit les principes de la grammaire et ceux de la rhétorique. Là, il éclipsa tous ses condisciples par ses talents et sa science. Son père, ravi des rares dispositions de son fils, résolut de l'envoyer à Carthage pour achever ses études et lui ouvrir le chemin à quelque brillante carrière. Mais là Augustin se livra avec une licence effrénée à tous les dérèglements d'une volupté criminelle. Ce qui acheva de le perdre^ ce fut la compagnie de quelques amis de débauche qui, charmés de son beau naturel et de ses qualités brillantes, recherchèrent son amitié, l'entraînèrent dans les désordres où ils se jetaient eux-mêmes sans rougir et le firent tomber dans les erreurs ou plutôt dans les extravagances des manichéens.

A vingt ans, Augustin, ayant fini ses études, quitta Carthage pour retourner dans sa patrie, où il ouvrit une école de grammaire et de rhétorique. Ce fut vers cette époque qu'un de ses amis les plus intimes, qui s'était fait manichéen à sa persuasion, se voyant dangereusement malade, abjura l'hérésie, demanda et reçut le baptême. Augustin, étant venu le voir, se permit quelques railleries par rapport aux cérémonies du baptême. Mais le malade lui dit avec fer-

meté : « Votre langage me fait horreur ; je vous prie, si vous tenez quelque peu à mon amitié, de parler autrement. )> Cet ami mourut, et Augustin le pleura longtemps. Cette mort lui rendit le séjour de Tagaste insupportable. Il vint à Carthage, puis à Rome, où il professa la rhétorique avec beaucoup d'éclat ; ensuite il se rendit à Milan où il avait sollicité une place de professeur d'éloquence. Ici Tattendait la grâce. Il connut saint Ambroise qui Taccueillit avec la plus grande cordialité. De son côté, Augustin allait assidûment entendre les discours de ce savant et illustre prélat. La vérité peu à peu éclaira son esprit, toucha son cœur et porta le remords dans toute son âme.

Un jour qu'Augustin était seul avec son ami Alipe, il reçut la visite d'un Africain, nommé Pontitien, homme plein de foi, ayant une charge importante à la Cour. Pontitien leur parla longuement de la vie extraordinaire de saint Antoine, patriarche des solitaires, et des nombreux monastères où étaient pratiquées toutes les vertus du christianisme à un degré héroïque. Il leur raconta comment deux officiers de l'empereur venaient d'abandonner, sous ses propres yeux, une brillante existence pour aller s'ensevelir dans un cloître. — Pendant que Pontitien parlait ainsi, le cœur d'Augustin se déchirait et un subit renversement s'opéra dans son âme. Se tournant vers Alipe, il lui dit : « Que dites-vous de ce que nous venons d'entendre ? Quoi ! les ignorants ravissent le ciel, et nous, avec notre science, nous restons comme de vils animaux, ensevelis dans la chair et le sang I Aurions-nous honte de les suivre? »

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Aussitôt il descend dans son jardin oîi le suit son ami. Là, il fond en larmes et toutes les puissances de son âme lui crient de se donner entièrement à Dieu. Il voulait se convertir et il ne le voulait pas. (( Demain^ demain^ je briserai mes fers. »

Mais sur ces entrefaites, la volupté et tous les plaisirs lui disaient : « Augustin, pourras-tu te passer de nous ? pourras-tu vivre sans nous ? » Et la continence, lui apparaissant belle et pleine de majesté comme une reine, lui disait à son tour : « Quoi ! tu ne pourras pas ce qu'ont pu tant d'autres ? Jusques à quand diras-tu : Demain, demain? Vonvqxxoi pas aujourd'hui? pourquoi pas à l'heure même rompre la chaîne de tes désordres? » — Il entend aussitôt comme la voix d'un enfant lui disant : Toile, lege. Prends et lis. Il ouvre les épîtres de saint Paul, et le premier passage qui s'offre à ses yeux est celui-ci : «Ne vivez pas dans les festins et dans l'ivrognerie, ni dans les impudicités et les débauches ; mais revêtez-vous de Jésus-Christ. » Augustin n'en lut pas davantage. Vaincu par la grâce, il va trouver sainte Monique, lui annonce la résurrection du fils mort qu'elle pleurait depuis tant d'années. Il se prépare au baptême qu'il reçoit bientôt après, à Milan, des mains de saint Ambroise, le 24 avril 387. Il était alors dans la trente-troisième année de son âge.

Résolu de renoncer pleinement au monde, Augustin se détermina à retourner en Afrique pour y pleurer ses fautes dans la solitude. Il passa par Rome oti il avait un vœu à remplir. Obligé de séjourner quelque temps à Civita-Vecchia, il commença son ouvrage sur la Trinité. Se promenant un jour sur le

bord de la mer, il cherchait à approfondir ce mystère, afin de mieux l'expliquer dans son livre et dans ses sermons. Tout à coup, il voit près de lui un petit enfant, qui ne cessait de prendre de l'eau à la mer, dans une coquille et la portail dans un trou qu'il avait creusé dans le sable. — « Que prétendezvous faire, mon enfant ? lui dit saint Augustin. — Je prétends, répondit-il, mettre dans ce creux toute l'eau de la mer. — Ce n'est pas possible, reprit saint Augustin, en riant de la simplicité de l'enfant, vous voyez bien que le trou est trop petit et la mer trop grande. — Vous pensez donc que je ne réussirai pas ? Eh bien, il ne vous est pas plus facile à vous de faire entrer le mystère de la Sainte Trinité dans votre esprit qu'à moi de faire entrer l'eau de la mer dans ce petit creux. » Et, cela dit, l'enfant disparut.

A Ostie, il perdit sa sainte mère qu'il pleura amèrement et pour laquelle il pria longtemps. Arrivé à Carthage, il se retira à la campagne oti il vécut trois ans dans la prière, le jeûne et les bonnes œuvres avec quelques amis. Valère, évêque d'Hippone, le contraignit par force à recevoir la prêtrise ; plus tard, touché de sa piété, il en fit son coadjuteur dans l'épiscopat, puis son successeur. Le nouveau Pontife se servit de son bel esprit et de sa rare doctrine pour combattre les hérétiques de vive voix et par les savants écrits qu'il a laissés à la postérité. Il pleura le reste de sa vie les péchés de sa jeunesse, et, pour s'humilier davantage, il composa le livre de ses Confessions. 11 mourut âgé de soixante-seize ans, au moment oti les Vandales assiégeaient sa ville épis-

copale et réduisaient le peuple aux plus dures extrémités.

Réflexions pratiques.

Saint Augustin fut pendant sa jeunesse, Tennemi de la grâce. Il résistait à ses inspirations. N'ai-je point imité les égarements de ce pécheur? Comment ai-je passé ma jeunesse? Ai-je bien commencé à aimer Dieu? N'ai-je jamais résisté à ses inspirations? Commençons, mon cœur, à nous donner à Dieu. — Le saint évêque d'Hippone, d'ennemi de la grâce, se convertit, quitta ses débauches et tout le reste de sa vie, il fut l'enfant, l'ami et le docteur de cette grâce qu'il avait méprisée.

A quoi tient-il que je n'imite saint Augustin dans sa pénitence, puisque je l'ai imité dans ses désordres? Qu'attends-je? Que prétends-je par tant de résistance ? Enfin il faudra mourir, quitter ces plaisirs, cette vanité, ces biens qui m'aveuglent et me perdent. Que deviendrai-je si je ne suis pas en état de grâce quand Dieu me citera à son tribunal. — Grand Saint, qui êtes si élevé dans la gloire, faitesmoi connaître le prix de la grâce, afin que toujours, docile à sa voix, j'arrive par elle au bonheur céleste.

Plan de méditation.

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