‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 42 sur 67 · MOIS DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MOIS DE SEPTEMBRE

SAINT GILLES, Abbé

1®^ septembre.

Saint iEgidius, vulgairement appelé saint Gilles, était Athénien de naissance. Sa vie n'est qu'un tissu de miracles continuels. Ses parents issus des anciens rois du pays étaient chrétiens, et plus distingués par la piété que par l'éclat de la naissance et de la fortune. Ils donnèrent à leur fils une éducation très soignée. Le jeune enfant répondit à leur sollicitude par une application et une docilité admirables. Dès l'enfance son intelligence fut aussi remarquable que sa sainteté. Il était jeune encore quand il se vit l'héritier de tous les biens de sa famille, par la mort de ses parents. Il n'eut pas beaucoup à délibérer sur l'usage qu'il en ferait. Son parti fut tout d'abord pris. Mettant en pratique ce conseil que Jésus-Christ donnait au jeune homme qui aspirait à la vie parfaite : (( Allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres » , notre Saint n'hésita pas un moment. Il vendit tous ses biens, et les distribua à tous

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ceux qui étaient dans rindigence. Dieu récompensa sa charité et sa ferveur en le favorisant du don des miracles. A un âge encore fort peu avancé il rendit la santé à un pauvre malade, en lui donnant en aumône la petite robe qu'il portait ; une autre fois, par une courte prière, il guérit un homme qui se mourait de la piqûre d'un serpent. Dans une autre circonstance, il chassa, au nom de Jésus-Christ, le démon du corps d'un possédé qui troublait par des hurlements affreux les offices de Féglise. Dès lors toute la ville le regarda avec vénération et avec respect. Le Saint ne s'en fut pas plus tôt aperçu que son humilité en fut alarmée. Pour se dérober à l'admiration du monde, il quitta sa patrie. S'étant embarqué pour la France, il se rendit à Arles, auprès de saint Césaire, archevêque de cette ville. Le saint prélat ne tarda pas de reconnaître la vertu et le mérite de cet étranger. Il eût voulu le garder constamment avec lui. Mais comme, là encore, les miracles rayonnaient autour de notre Saint et lui attiraient l'admiration universelle, il passa le Rhône furtivement, et alla se cacher dans une affreuse forêt voisine, appelée depuis forêt de Saint-Gilles. Il y vécut de longues années au fond d'une caverne, entièrement occupé de la prière et de la contemplation. L'histoire de sa vie raconte qu'il fut nourri miraculeusement du lait d'une biche qui venait à lui à des heures réglées. Cette bête nourricière, poursuivie un jour par la meute du roi Childebert et des autres chasseurs qui l'accompagnaient, alla se réfugier aux pieds de saint Gilles dans la caverne oh il demeurait. Malgré le déplaisir qu'il éprouva en sq voyant de nou-

veau découvert, l'humble solitaire ne voulut point quitter sa grotte, comme le prince le sollicitait à le faire. Childéric vint souvent le voir et réclamer le bienfait de ses conseils et de ses prières. Saint Gilles, ayant constamment refusé les riches présents que lui offrit le roi, laissa bâtir un monastère où de nombreux disciples ne tardèrent point de venir se sanctifier à son école. Au déclin de sa vie il fut, malgré les résistances de son humilité, ordonné prêtre, et la grâce des miracles reparut en lui avec une nouvelle splendeur. Cédant à la prière du roi, il vint à Orléans oti il délivra un possédé à l'entrée de l'église Sainte-Croix. A son retour il passa par l'Auvergne, où il ressuscita la fille d'un seigneur du pays. Enfin avant de mourir il voulut faire à Rome le pèlerinage des Saints-Apôtres. Il revint de cette sainte expédition plein de grâces et de mérites, pour s'endormir dans la paix du Seigneur.

C'était vers la fin du sixième siècle, et un dimanche, l*^'' septembre. Sa puissance de thaumaturge continua après sa mort, et son corps vénérable, retrouvé intact, au treizième siècle, fut transporté à Toulouse dans la célèbre basilique de Saint-Sernin, où on le vénère encore aujourd'hui.

Réflexions pratiques.

Le caractère distinctif de saint Gilles fut l'humilité, et la fuite de l'estime et des honneurs. Cet illustre personnage se voyant tout jeune encore héritier de tous les biens de sa famille, parla mort de ses parents, crut devoir suivre le conseil que Jésus-Christ donne à toute âme qui aspire à la perfection. Dési-

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reux de pouvoir suivre Jésus-Christ pauvre, et de s'élever librement vers les biens solides et véritables, il ne veut rien posséder sur la terre de ce que le monde estime ; en conséquence il vend tout ce qu'il possédait, en distribue le revenu aux pauvres et va s'ensevelir tout vivant dans la profondeur d'un désert affreux. Là il goûte les charmes ineffables du service divin, il savoure ces joies célestes que ne sauraient comprendre les enfants du siècle.

L'exemple de désintéressement de saint Gilles a-t-il beaucoup d'imitateurs ? Dieu, sans doute, ne réprouve pas les richesses, mais il condamne l'amour déréglé des biens de ce monde et le mauvais usage qu'on en fait. N'avons-nous rien à nous reprocher à cet égard ? Vivons-nous dans un détachement complet de toutes les vanités du siècle. N'avons-nous rien à réformer dans nos affections aux biens terrestres ? Sommes-nous prêts à sacrifier tout, à perdre tout plutôt que de tomber en disgrâce auprès de Dieu ? Si nous pouvons répondre affirmativement à ces questions, que n^aurons-nous pas à espérer de lui pour cette vie et pour l'autre I Seigneur, faites-nous soupirer après les biens éternels.

Plan de méditation.

L Amour de saint Gilles pour la solitude. II. Motif de cet amour.

IIL Ses admirables fruits.

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SAINT ETIENNE, Roi de Hongrie

2 septembre.

Saint Etienne, premier roi de Hongrie, naquit en 972. Il fut annoncé miraculeusement à la duchesse, sa mère, par le grand martyr saint Etienne, qui lui apparut, lui prédisant les grandeurs et la sainteté de l'enfant qu'elle allait mettre au monde, el lui ordonnant, de la part de Dieu, de lui donner le nom d'Etienne. Le jeune prince était d'une beauté ravissante, et son intelligence égalait sa beauté. Il fut baptisé et élevé par saint Adalbert, évêque de Prague et l'apôtre de la Hongrie. Le jeune disciple ne faisait qu'un avec son saint maître. A quinze ans, Etienne offrait un tel ensemble de vertus et de qualités, que le duc, son père, l'associa au gouvernement de son peuple ; et ce fut le signal d'une transformation totale dans son royaume. Son père étant mort en 997, le jeune Saint, âgé de vingt-cinq ans à peine, prit en main les rênes du gouvernement, et son premier soin fat de faire une paix solide avec les peuples voisins. Il prit ensuite des mesures pour déraciner l'idolâtrie dans ses États, et pour amener ses sujets à la connaissance de l'Évangile. Non seulement il protégea les missionnaires, mais il se fit, pour ainsi dire, lui-même apôtre. Souvent, il accompagnait les prédicateurs, et exhortait les peuples à ouvrir les yeux à la lumière de la vérité. Il s'en trouva qui restèrent opiniâtrement attachés à leurs erreurs et qui prirent même les armes pour les défendre. Ils avaient à leur tête un chef habile et

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vaillant, et, leur nombre s'étant considérablement augmenté, ils furent bientôt en état de faire le siège de Vesprin. Etienne, plein de confiance en Dieu, se prépara à la guerre par le jeûne, l'aumône et la prière; il sollicita aussi le secours du Ciel par Tintercession de saint Martin et de saint Georges. 11 livra bataille aux rebelles, et, quoique inférieur en nombre, il remporta sur eux une victoire complète où leur chef trouva la mort. Pour témoigner sa reconnaissance, il fit bâtir, près du lieu où s'était livré le combat, sous Tinvocation de saint Martin, un monastère connu depuis sous le nom de Montagne- Sainte ; il dota richement cette maison, en lui donnant le tiers des dépouilles qu'il avait enlevées aux ennemis.

Après cette victoire, Etienne reprit son premier dessein de travailler à propager, dans ses États, le règne de l'Évangile. Il fit venir des prêtres et des rehgieux recommandables par leur piété. Ceux-ci prêchèrent les vérités de la foi, adoucirent les mœurs encore farouches des Hongrois, fondèrent des monastères, bâtirent des églises, et maintes fois scellèrent de leur sang la religion divine qu'ils venaient annoncer.

Grâce à son zèle, Etienne acheva l'œuvre que son père avait heureusement commencée, l'extermination de l'idolâtrie du milieu de son peuple. Il parvint à fonder dix évêchés et l'archevêché de Grau. L'an 1000, les Hongrois lui déférèrent le titre de roi, que le pape Sylvestre II confirma, et que l'empereur saint Henri ratifia, en donnant, à Etienne, sa sœur en mariage. Ayant été sacré solennellement, le nou-

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veau monarque mit ses États sous la protection de la Sainte Vierge, pour laquelle il eut toujours une tendre dévotion. Aussi fut-il constamment victorieux dans les diverses guerres qu'il eut à soutenir contre les barbares. Délivré de leurs incursions, il s*appliqua à les policer par des lois sages, et à se préparer un digne successeur, dans la personne d'Émeric, son fils aîné. Émeric était un prince accompli, l'admiration de toute la chrétienté et l'objet des plus flatteuses espérances. Mais, hélas ! c'était une âme trop parfaite pour la terre, le ciel avait hâte de la couronner. Il mourut à la fleur de l'âge ; ce fut un coup terrible pour le roi qui restait sans successeur. Il profita de ces épreuves pour se détacher de plus en plus du monde et fixer pour toujours son cœur vers Dieu. A de si amères afflictions s'en adjoignirent de nouvelles. Le pieux monarque tomba lui-même malade d'une fièvre lente, qui, durant trois ans, le mina tellement, qu'il ne pouvait plus se soutenir. A la fin, sa faiblesse enhardissant quatre lâches ennemis, irrités de l'exactitude rigoureuse avec laquelle il faisait observer la justice sans aucune acception de personnes, ils résolurent de lui ôter la vie. Le plus perfide entra dans sa chambre pendant la nuit, avec un poignard caché sous son habit. Mais Dieu qui veille sur les siens, permit que l'assassin laissât tomber l'épée de ses mains. Le roi, entendant du bruit, demanda qui était là. Le régicide, saisi et épouvanté, se jeta à ses pieds, lui avoua son dessein et lui en demanda pardon. Etienne, touché de ses larnies, lui fit grâce : « Allez, lui dit-il, songez à expier votre crime, réconciliez-

VOUS avec Dieu, et ne craignez point ma vengeance. » Ce fut le dernier trait de la clémence du saint roi. Bientôt, sentant sa fin prochaine, il assembla autour de son lit les principaux de la noblesse, et surmontant la fièvre qui dévorait ses dernières heures, il les exhorta avec l'onction d'un mourant et la tendresse d'un père, à garder la foi du Sauveur, à obéir au Saint-Siège et à pratiquer les vertus chrétiennes. Puis, il fit ouvrir toutes les portes, et le palais se remplit d'une multitude en larmes. Etienne, jetant un dernier regard sur ce peuple qu'il avait tant aimé, leva les mains au ciel, remit son royaume et son peuple sous la garde de Marie, puis son âme s'envola vers Dieu, pour vivre à jamais du bonheur des élus. Ce fut le 15 août de Tan 1034, jour de TAssomption de la Sainte Vierge, comme il l'avait demandé. Ce saint roi avait régné trente-sept ans et en avait environ cinquante- cinq. Il fut pleuré par tous ses sujets, et durant trois ans entiers les jeunes gens, en signe de deuil, suspendirent leurs jeux et leurs danses, et pendant le même temps aucun instrument de musique ne fut entendu dans la Hongrie. Dieu glorifia son serviteur par des miracles éclatants et nombreux.

Réflexions pratiques.

Saint Etienne est ce monarque, à jamais célèbre, qui fut la gloire du onzième siècle, l'honneur des nations chrétiennes et l'orgueil de la Hongrie, par la sagesse de ses lois, par Téclat de ses victoires sur l'idolâtrie et la fureur des peuples barbares. C'est lui dont les Hongrois sont encore justement fiers et

que rÉglise entière vénère chaque année avec amour et reconnaissance, comme Tun des rois les plus illustres qu'ait honorés le trône du christianisme. Ce prince a été grand dans sa conduite privée et personnelle. Élevé par des parents et des maîtres chrétiens, il a, dès l'âge le plus tendre, suivi les sentiers de la vertu dont il ne s'est jamais écarté jusqu'à son dernier soupir. 11 a été grand dans l'administration de son royaume. En tout et partout il n'a recherché que le bonheur de ses sujets, et surtout des malheureux qu'il a pris sous sa royale protection. Tout en prenant soin de son peuple, il n'a cessé d'édifier ses sujets et de protéger l'Église. Que dire de son zèle vraiment apostolique pour combattre et bannir de ses États le désordre et l'idolâtrie ! On le voyait, à la tête des missionnaires, travailler à la conversion des pécheurs, établissant partout le règne de la justice, de la religion et de la sainteté. Mais ce qu'il y a de plus admirable dans la vie de ce prince, c'est son profond respect et sa docilité parfaite envers l'Église et le Souverain Pontife. — Grand saint Etienne, faites passer dans nos cœurs quelquesuns de ces sentiments de piété, de dévouement qui ont animé le vôtre pour Dieu et pour l'Église.

Plan de méditation.

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