LE BIENHEUREUX PIERRE GLAVER
Apotrf: des Nègkes
9 septembre.
Pierre Claver naquit, en 1585, à Verdu, petite ville de Catalogne, en Espagne, de Tune des plus illustres familles du pays. Ses parents, quoique jeunes encore, commençaient à s'affliger de la stérilité de leur union et leurs plus ferventes prières demandaient au Ciel un rejeton de leur race. Leurs désirs furent exaucés : le Ciel leur donna un enfant qui reçut le nom de Pierre. Ils TolTrirent à Dieu et lui firent sucer, avec le lait, la tendre piété dont ils étaient animés : l'enfant béni répondit à leurs soins au delà de toutes leurs espérances. On eût dit qu'il aimait la vertu avant de la connaître. Quand il fut en âge d'étudier, on l'envoya à l'université de Barcelone oîi il fut le modèle de ses condisciples, par son application à l'étude et par sa grande piété. Jeune encore et déjà remarquable par la pureté de ses mœurs, il entra dans la Compagnie de Jésus. Dès les premiers jours de son noviciat, les exercices de la vie religieuse lui parurent aussi familiers que s'il les eût pratiqués toute sa vie. Aussi fut-il constamment cité comme un modèle. Après ses premiers vœux, il fut envoyé au collège de Majorque, pour y faire sa philosophie. C'est là qu'il connut le bienheureux Alphonse Rodriguez, qui le pressa vivement d'aller en Amérique, pour y gagner, lui disait-il, des milliers d'âmes qui s'y perdaient. Le jeune religieux demanda instamment la permission, à ses supérieurs,
d'aller travailler à la gloire de Dieu dans les Indes Occidentales. Ses vœux furent exaucés ; mais ce ne fut que quatre ans après, lorsqu'il eut terminé son cours de théologie, qu'ils lui permirent de suivre sa vocation apostolique.
Pour se rendre de Barcelone à Séville, lieu de l'embarquement, il passait près de Verdu, et n'avait qu'une lieue à faire pour voir ses parents. Mais pour avoir un mérite de plus il étouffa ce sentiment naturel et passa sans leur faire ses derniers adieux, c'était en avril 1610. Le voyage devait être long. Pierre Claver voulut en sanctifier tous les instants et les utiliser pour la gloire de Dieu. Il se chargea du soin des malades de l'équipage qu'il n'abandonna ni la nuit ni le jour. La touchante bonté avec laquelle il les traita, lui gagna bientôt tous les cœurs. Aussi ne lui fut-il pas difficile de les convertir.
En débarquant à Carthagène, il se prosterna à deux genoux, baisa et arrosa de ses larmes cette terre qu'il devait transformer. Envoyé de là à Santa-Fé, il s'y perfectionna dans la science sacrée et dans les vertus religieuses, fit ses grands vœux et revint à Gathagène où il fut ordonné prêtre. C'est sous la sage direction du père Sandoval qui avait baptisé plus de trente mille nègres, qu'il fit ses premières conquêtes dans l'apostolat. L'élève profita si bien des leçons d'un si grand maître, qu'il finit par le surpasser. Il se faisait alors, à Carthagène, un commerce considérable de nègres. Ces infortunés y arrivaient chaque année au nombre de dix mille et plus, entassés pêle-mêle au fond des navires qui les portaient, sans lits, sans vêtements et presque sans
nourriture, toujours chargés de chaînes, ayant à peine Tespace nécessaire pour étendre leurs corps exténués par l'excès du travail. Aussi la plupart tombaient malades et étaient couverts de plaies et d'ulcères.
La situation désolante de ces malheureux touchait Claver. Il allait à eux muni de biscuits, de conserves, d'eau-de-vie, de tabac et de toutes les provisions propres à soulager ces sauvages. Il est impossible de décrire la tendresse avec laquelle il pansait leurs plaies et les soignait dans leurs maladies. Pour subvenir à leur subsistance, il allait sur les places publiques recueillir des aumônes, ensuite il se rendait, la besace sur le dos, dans les négreries pour leur distribuer le produit des libéralités qu'il avait recueillies.
Après s'être occupé de leurs corps il prenait des soins plus assidus de leurs âmes. Il leur faisait le catéchisme pour leur apprendre à connaître Dieu, à Taimer et à le servir, et pour leur enseigner les devoirs qu'ils avaient à remplir à Tégard du prochain et à l'égard d'eux-mêmes. Les jours de fête, il conduisait ses chers enfants à l'église du collège pour leur faire entendre la messe. Là, au pied des autels, il s'efforçait de fortifier les bons et de convertir les mauvais. Un jour, le bienheureux, ayant passé toute une après-midi à visiter des malades, rentrait au collège accablé de fatigues lorsque tout à coup il s'arrête, pousse un profond soupir : « Mon Père, dit-il à celui qui l'accompagnait, allons par ici; entrons dans cette maison, nous n'y resterons pas longtemps. » Il va, et pénètre dans une
demeure où deux pauvres femmes, fondant en larmes, le reçoivent avec la reconnaissance qu'elles auraient témoignée à un Ange sauveur : « Où est la malade? demanda le bon Père. )) On le conduit dans une petite chambre où il trouve une femme près de rendre le dernier soupir. Il l'exhorte, la confesse, lui donne l'absolution, et elle meurt. — Appelé près d'une malade qu'il visitait habituellement, le Père Claver apprend qu'elle vient d'expirer. Vivement affligé de n'être pas arrivé assez tôt pour la confesser, il prie avec larmes. Un instant après, il console ses parents, en leur disant : « Réjouissons-nous, la chère défunte n'est condamnée qu'à vingt-quatre heures de purgatoire ; tâchons d'abréger ses peines par l'ardeur de nos prières. » Beaucoup de malades reçurent de lui la santé quand les médecins les eurent abandonnés. Il rendit la vue à bien des aveugles et ressuscita trois morts, entre autres une esclave frappée d'une apoplexie foudroyante. Le père Claver, apprenant cette mort prématurée, accourut chez dom Francisco de Sylva où était la défunte. Celui-ci, le voyant, lui dit : « Ah! mon Père, elle n'était point baptisée! Quel malheur ! et qui l'aurait pu prévoir ! » Le Saint, conduit près du cadavre, invite l'assistance à prier avec foi; puis il appelle la morte et lui demande si elle veut être baptisée. Aussitôt elle ouvre les yeux : (( Oh ! oui, mon Père, je le veux de tout mon cœur. » Le saint apôtre la baptise, aussitôt elle se lève en pleine santé. Un autre prodige résulta en quelque sorte de celui-ci. Pierre Claver avait défendu de jeter l'eau qui avait servi au baptême de la négresse. Un domestique, ignorant celte défense, la jeta dans
un vase où quelques plantes étaient desséchées depuis quelques mois. Peu de jours après, ces plantes reverdirent et produisirent des fleurs d'une rare beauté et du parfum le plus exquis.
Il faudrait un livre entier pour raconter les miracles de notre Saint ; je me contenterai d'en ajouter un à ceux que j'ai déjà rapportés : Une jeune négresse, portant sur sa tête un panier plein d' œufs qu'elle allait vendre au marché, rencontra un Espagnol qu'elle heurta, pendant que l'attention portée ailleurs l'empêchait de le voir. L'Espagnol furieux lui donne un soufflet si violent que le panier tombe et avec lui tous les œufs. La pauvre négresse, désolée à la vue de ses œufs cassés, jetait des cris qui mirent tout le village en émoi ; elle était inconsolable. Le Père Claver l'entendant, s'approcha pour la consoler» ((Eh! ma pauvre enfant, qu'y a-t-il? Qu'avezvous pour pleurer ainsi? — Ce que j'ai? Voyez, mon Père ! voyez, c'était là tout mon avoir. — Eh bien, ma fille, reprit le bon Père, remettez vos œufs dans votre panier et ne pleurez plus. » En disant ces mots, il touchait les œufs du bout de son bâton, les uns après les autres, et à mesure que son bâton les touchait, les œufs revenaient à leur premier état.
Une flotte espagnole ayant amené des prisonniers anglais et hollandais devant Carthagène, le père Claver obtint la permission d'aller visiter ces hérétiques. La plupart ne répondirent à ses arguments que par des insultes ; cependant plus de six cents, touchés de sa bonté, abandonnèrent Terreur. Une épidémie qui se déclara parmi eux acheva de les gagner à Dieu. Notre Saint leur prodigua des soins si affectueux.
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que tous répétaient que la religion du Père Glaver était la meilleure, puisqu'elle faisait tant de bien, et tous voulurent être catholiques. Atteint lui-même du fléau, il fut réduit à toute extrémité. Mais Dieu permit qu'il édifiât encore pendant quatre ans ses frères. Il continua de mener la vie la plus humble, la plus mortiliée, la plus fervente. Son attrait le plus cher était de visiter Notre- Seigneur réellement présent dans l'Eucharistie, de méditer la passion du Sauveur et d'honorer d'un culte particulier la très Sainte Vierge, son ange gardien et Tapôtre saint Pierre, son patron. Enfin, devenu célèbre par la perfection de sa vie et surtout par l'éclat de sa charité, il s'endormit dans le Seigneur, le jour de la Nativité de la Sainte Vierge, le 8 septembre 1654.11 avait baptisé plus de quatre cent mille nègres.
Réflexions pratiques.
Il n'y a que l'Église catholique qui produise des hommes aussi charitables , aussi dévoués que le bienheureux Pierre Glaver, surnommé avec raison l'apôtre de Garthagène, le François-Xavier des Indes Occidentales. Ce jeune gentilhomme, que sa naissance illustre et ses rares capacités intellectuelles appelaient aux plus hautes positions sociales renonça aux honneurs, à la gloire, aux richesses et aux plaisirs, pour travailler sans relâche à la conquête et au salut des âmes dépourvues d'instruction et d'intelligence. Il se prodigua, se sacrifia et s'épuisa chaque jour pour être renié et méprisé. Il fut sans cesse auprès de leur couche humide et infecte, pansant leurs plaies, nettoyant leurs réduits. Quel héroïsme !
Attachons-nous à la religion qui enfante de semblables saints et efforçons-nous d'observer nous-mêmes le précepte par excellence de Notre-Seigneur Jésus- Christ : Souvenons-nous que celui qui aime le prochain accomplit la loi.
Plan de méditation.
La charité de Pierre Glaver fut : 1° vigilante, cherchant à découvrir tous les malheureux et leurs nécessités; Scelle fut active, soulageant les malheureux; Scelle fut héroïque, bravant tous les obstacles pour porter secours aux infortunés.
SAINT NICOLAS DE TOLENÏIN, Prêtre
10 septembre.
Saint Nicolas, dit de Tolentin, à cause de la ville de Tolentino où il passa la plus grande partie de sa vie et où il mourut, naquit vers Tan 1239 à Saint-Angelo, dans la Marche d'Ancône. Ses parents, peu favorisés des biens de la fortune, étaient distingués par une probité exemplaire et par de rares vertus. N'ayant pas eu d'enfant, et déjà fort avancée en âge, Aimée sa mère fit le pèlerinage de Saint-Nicolas de Barri, afin d'obtenir un fils qui pût être le soutient de ses parents. Après avoir longtemps prié devant les reliques du saint évêque, harassée de fatigue, elle s'endormit au pied de l'autel. Saint Nicolas lui apparut durant son sommeil et lui donna l'assurance que ses souhaits seraient exaucés. L'année suivante, elle eut
un flls de bénédiction auquel elle donna le nom de Nicolas. Les fortunés parents ne négligèrent rien pour inspirer de bonne heure à leur jeune enfant les sentiments de la vertu ; mais il s'y porta de luimême, dès son enfance, avec une discrétion et une ferveur qui étonnaient à son âge. Il fuyait tout ce qui était mondain et même les divertissements des autres enfants. Ses délices étaient de fréquenter les églises, de converser avec les religieux qu'il s'effor* çait d'imiter. Le jeune Nicolas fut vraiment un ange dans le sein de sa famille, par sa douceur, sa docilité, et son obéissance à l'égard de ses parents ; un ange à l'égard de Dieu, par sa ferveur dans la prière, par son amour pour la parole sainte, par sa tendre piété envers Jésus et, Marie, au pied des autels. Quand il servait la sainte messe, son visage s'enflammait et les larmes coulaient de ses yeux à l'élévation. 11 avait à peine sept ans, qu'à l'imitation de son patron, il commença à jeûner trois fois la semaine, et cette pratique il la conserva le reste de sa vie, se contentant de pain et d'eau. Dès sa jeunesse, enrôlé déjà dans la cléricature et promu à un canonicat, il entendit un jour un prédicateur de Tordre des Ermites de Saint-Augustin parler sur le mépris du monde. Enflammé par ce discours, il entra aussitôt dans l'Ordre dont faisait partie ce religieux et édifia tout le monde par ses mortifications, son humilité, sa patience et toutes ses vertus. Sa pureté était angélique ; on croit qu'il ne la laissa jamais ternir par aucune pensée déshonnête. Les peintres le représentent ordinairement un lis blanc à la main pour montrer que rien n'a jamais pu
corrompre la fleur de son intégrité. C'était pour conserver cette vertu céleste qu'il macérait son corps par un jeûne très rigoureux, par des disciplines sanglantes. Ordonné prêtre dans le couvent de Cingola, sa ferveur parut encore plus ardente qu'auparavant. A l'autel, son visage devenait rayonnant, et des larmes abondantes coulaient de ses yeux.
Le démon, effrayé de la marche rapide du jeune moine dans le chemin de la perfection, essaya de l'arrêter au moyen de diverses tentations. D'abord, il voulut le décourager, puis l'effrayer, ensuite le maltraiter et le battre cruellement. Voyant ses efforts jusque-là inutiles, il employa pour le faire sortir de sa communauté un de ses parents, supérieur d'un riche monastère d'un Ordre mitigé. Celui-ci, le voyant si exténué à la fleur de son âgé, lui déclara qu'il pouvait se sauver sans tant de mortifications, qu'au reste, s'il continuait de macérer son corps, il ne manquerait pas de mourir, ou du moins de se rendre inutile à la religion ; il lui proposa de passer dans son monastère où, la règle étant plus douce et plus conforme à la faiblesse de la nature, il pourrait se sanctifier avec moins de peine. Ce langage l'alarma et il répondit qu'il n'était point entré en religion pour y vivre délicieusement et que Dieu l'ayant appelé dans l'état oti il était, il vivrait et mourrait dans son Ordre. Dieu ne tarda pas de lui faire comprendre dans une vision combien il avait agréé sa généreuse persévérance.
Ses supérieurs, considérant le grand bien que faisaient dans l'Ordre les exemples de son admirable régularité, l'envoyèrent successivement dans plu-
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sieurs monastères jusqu'à ce qu'enfin ils fixèrent sa demeure à Tolentino. Pendant les trente années qu'il demeura dans ce dernier couvent, son zèle pour le salut des âmes produisit les fruits les plus merveilleux. 'Il prêchait presque tous les jours, et les pécheurs les plus endurcis se convertissaient. On ne pouvait résister à la force et à la douceur insinuante de ses discours tant en public qu'en particulier.
Sa patience fut mise à l'épreuve par de longues et fréquentes maladies qui ne purent jamais altérer cet air doux et gracieux qui lui gagnait tous les cœurs. Cependant, un jour, étant plus fatigué que d'habitude, il crut que sa dernière heure était proche. Il se sentit tout à coup effrayé par la crainte des jugements de Dieu. Dans cette pénible circonstance, il eut recours comme toujours à la Sainte Vierge. La puissante mère de Dieu écouta sa prière ; elle le rassura contre toutes ses frayeurs, le guérit et le laissa dans une douce paix qui ne fut jamais plus altérée. La charité incomparable de notre Saint, pour les pauvres, fut souvent confirmée par plusieurs miracles. Un jour qu'il portait aux pauvres les restes du pain qu'il recueillit dans la communauté, le Père prieur, l'ayant rencontré, lui demanda ce qu'il portait sous son bras ; le saint vieillard répondit que c'étaient des fleurs. Et, en effet, les morceaux de pain qu'il destinait aux malheureux se trouvèrent changés en de très belles roses, quoique ce fût au mois de décembre. Le prieur, convaincu par ce prodige, que Dieu agréait les aumônes de Nicolas, lui permit de les continuer. Dans une autre circonstance, faisant la quête du pain pour le mo-
nastère, une femme fort nécessiteuse lui donna un pain pour aumône, l'assurant qu'il ne lui restait plus de farine que pour en faire un semblable pour toute sa famille. Le Saint, touché de la libéralité de cette femme, pria Dieu de l'en récompenser et de multiplier la farine qui lui restait. Aussitôt, la multiplication fut faite, et cette femme trouva chez elle une grande quantité d'excellente farine.
Une année avant sa mort, une étoile extraordinaire s'étant levée sur le village de Saint-Ange, oii il était né, vint s'arrêter, à la vue de tout le monde, sur l'autel où il avait coutume de dire la messe et de faire ses oraisons. Depuis, elle le conduisait de l'oratoire à sa cellule, et de sa cellule à l'oratoire. Les six dernières années de sa vie^ il entendit, toutes les nuits, les concerts des anges dont la mélodie lui offrait un avant-goût des joies du paradis. Enfin, il prédit à ses frères le jour de son trépas, et, le 10 septembre, il rendit sa belle âme à Dieu, à l'âge de soixante et dix ans.
On rapporte que quarante ans après la mort de notre Saint, un sacristain du couvent de ïolentino, brûlé du zèle indiscret d'enrichir son pays de quelques reliques, ouvrit la châsse où reposait le corps de saint Nicolas et en coupa les deux bras. Il en sortit aussitôt une grande quantité de sang qu'il ramassa le mieux qu'il put pour ne point être découvert, et ensuite il partit secrètement du couvent, emportant la précieuse relique. Mais quel ne fut pas son étonnement quand, après avoir marché toute la nuit, il se trouva le matin dans le monastère» Ce prodige l'obligea à confesser son larcin et
d'en demander pardon. Cet acte fut cause qu'on ferma ce précieux trésor dans un coffre-fort à trois clefs.
Réflexions pratiques.
Tous les saints ont aimé passionnément la pureté, tous ont conservé cette précieuse fleur au milieu des épines de la pénitence. Ah ! ne Toublions pas, la mortification est le sel qui empêche la corruption. Quelle erreur de flatter sa chair et ses sens et de s'imaginer que Tâme demeurera pure! Le grand Apôtre des nations ne croit pas pouvoir conserver son innocence, s'il ne châtie rudement son corps et s'il ne le réduit en servitude ; et nous, chrétiens dégénérés, nous croyons pouvoir vivre dans l'innocence sans ces secours. Un saint Nicolas, dorft la vie a été si pure, ajoute tous les jours de nouvelles austérités à ses jeûnes et à son abstinence ; et nous, misérables pécheurs, nous ne craignons que la mortification. Gomment pourrons-nous arriver au même terme en suivant des chemins si opposés ! Nous avons cependant le même Évangile. Pourquoi notre morale n'est-elle pas conforme à celle des saints ? Cessons de nous faire illusion. Si nous voulons parvenir au bonheur des saints, marchons sur leurs traces, imitons leurs exemples. Mon Dieu 1 accordeznous la grâce de la mortification.
Plan de méditation.
Saint Nicolas Tolentin, comme Jésus, dont il esi la parfaite image, a été : 1^ innocent; 2° pénitent. 3^ bienheureux.
SAINT CLOUD, Prêtriî] et Solitaire 11 septembre.
Saint Clodoald, vulgairement appelé saint Cloud, naquit en 522. Il était fils de Clodomir, roi d'Orléans et petit-fils du grand Clovis el de sainte Clotilde. Il n'avait encore que trois ans lorsque son père fut tué dans une bataille qu'il livra près de Vienne contre les Bourguignons. Clotilde, l'ayant conduit à Paris avec ses deux frères Théodebald et Gonthaire, les éleva chrétiennement et avec le plus grand soin, en attendant qu'ils fussent en âge de partager les États de leur père. Mais Childebert, roi de Paris, et Lothaire, roi de Soissons, oncles des trois princes, guidés par une ambition démesurée, formèrent l'infâme dessein de faire périr les trois légitimes héritiers, pour se partager ensuite le royaume d'Orléans. Ces oncles barbares ne tardèrent pas de tremper leurs mains coupables dans le sang des deux aînés, Théodebald et Gonthaire.
Le jeune Clodoald n'échappa à la fureur des meurtriers de ses frères que par une protection spéciale de la Providence. Appelé de Dieu à la vie religieuse, il quitta furtivement la Cour et se retira dans la solitude. Ses oncles, craignant que le jeune prince ne vînt plus tard revendiquer les droits qui lui avaient été injustement ravis, le firent soigneusement rechercher. Mais Dieu qui se joue des desseins des hommes, sut si bien le soustraire à leur cruauté, qu'il ne leur fut pas possible de le trouver. Le jeune prince, heureux des joies qu'il goûtait dans
le service de Dieu, se coupa lui-même les cheveux, cérémonie par laquelle il déclarait qu'il renonçait au monde et qu'il se consacrait à Dieu.
Depuis, il trouva diverses occasions de recouvrer le royaume de son père, mais il ne voulut point en profiter. La grâce lui avait découvert le néant des grandeurs humaines ; elle lui avait appris qu'un chrétien gagne plus à en être privé qu'à les posséder ; que le véritable roi est celui qui sait se commander à lui-même et maîtriser les passions dont les princes de la terre ne sont que très souvent les esclaves. 11 remporta cette victoire sur ses penchants et s'appliqua constamment à en conserver les fruits, par la pratique de toutes les vertus du christianisme. Il n'avait d'autre plaisir que la lecture des Livres sacrés, d'autre joie que de coucher sur la dure et de mortifier son corps par des austérités continuelles.
Ayant distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pas pu lui ravir, il quitta sa première solitude et alla se mettre sous la conduite de saint Séverin, qui vivait en reclus près de Paris. Dirigé par un maître aussi habile, il parvint à une perfection encore plus éminente. Le jeune prince reçut de ses mains l'habit reli gieux. Mais le voisinage de Paris ne lui parut point compatible avec le désir d'être inconnu au monde. Il se retira en Provence, où il passa plusieurs années; mais l'éclat de sa sainteté et des miracles qu'il opérait le trahissaient partout. Les possédés du démon, les sourds, les aveugles, les boiteux venaient le trouver dans sa cellule, et, par ses prières il obtenait leur guérison. Un jour qu'il était visité par un pauvre, dans son III. 22
UN MODÈLK
humble retraite, riiomme de Dieu n'ayant ni or ni argent h lui donner, et ne voulant pas le laisser partir sans avoir soulagé sa misère, se dépouilla généreusement de son manteau et lui en fit présent. Cet acte de générosité fut si agréable à Dieu quô, pour en montrer le mérite, il rendit, la nuit suivante, le manteau tout lumineux entre les mains du pauvre qui Tavait reçu. Les habitants du lieu, qui en furent témoins, comprirent qu'il y avait parmi eux un grand serviteur de Dieu. Ils vinrent le trouver avec toutes les marques d'un profond respect et le prièrent de leur donner ses instructions. Dès lors le bruit du miracle et l'éclat des vertus de l'illustre saint trahirent sa retraite et lui attirèrent bientôt un grand nombre de visiteurs. Persuadé que puisque Dieu ne lui permettait point de vivre inconnu aux hommes, il n'avait plus de raison de vivre loin de ses compatriotes , il revint de Provence à Paris, où il fut reçu avec les plus grandes démonstrations de joie. Peu de temps après, Eusèbe, alors évêquede Paris, l'ordonna prêtre sur la demande que lui en fit le peuple, et Cloud exerça quelque temps les fonctions sacrées du ministère. Il se retira depuis, au village de No-^ gent, qui porte aujourd'hui son nom, y bâtit une église, et y travailla utilement à la sanctification des peuples et à celle de plusieurs personnes de piété qui vinrent se placer sous sa direction. Le monastère qu'il avait bâti a été changé depuis en une église collégiale qui conserve ses reliques. Il mourut, comme il l'avait prédit, le 7 septembre 560, à l'âge de trente-huit ans.
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Réflexions pratiques. ^
Saint Cloud, un des premiers princes français que l'Église ait honoré d'un culte public, est, dès son royal berceau, persécuté par des parents et des amis perfides qui emploient tous les moyens possibles pour le faire périr. Effrayé de tant de cruauté il quitte le monde et se retire dans la solitude. Là, il ne rencontre que de vrais amis : c'est l'oraison, la prière, la foi, l'espérance et la charité, avec tout le cortège des vertus chrétiennes; c'est la grâce sanctifiante avec toutes les faveurs de TEsprit-Saint, c'est la paix, la liberté, la joie d'une bonne conscience. Mais les plus chers à son cœur, et ceux avec qui il converse le plus intimement sont Jésus, Marie et son ange gardien^ les anges et les saints du Ciel. Il est avec eux en perpétuelle communication. Oh! les précieux amis que saint Cloud échange dans la solitude pour ceux qu'il avait rencontrés à la cour. Sont-ce là les amis que nous avons recherchés? Nous pourrons toujours les trouver et ils ne seront jamais infidèles. Mon Dieu ! délivrez-nous des faux amis et procurez-nous en de véritables.
Plan de méditation.
Saint Cloud ayant renoncé au trône est le premier fils de France qui sort de la maison royale et de la Cour avec une triple couronne, à savoir : 1° celle de la religion, en qualité de son premier solitaire; 2^ celle delà pureté, en qualité de son premier vierge ; 3!^ celle de la gloire en qualité de son premier saint.
SAINTE EUGÉNIE, Vierge et Martyre 12 septembre.
Sainte Eugénie était fille d'un chevalier romain, nommé Philippe. Ce païen, choisi par Tempereur pour être gouverneur de TÉgypte, fut obligé de quitter Rome pour se rendre à Alexandrie, capitale de toute la province. Il emmena avec lui sa femme, ses deux fils et sa fille nommée Eugénie. Il ne négligea rien pour cultiver Fesprit d'Eugénie en qui il voyait beaucoup de maturité. Après lui avoir fait apprendre les humanités, il lui donna des maîtres pour lui enseigner la philosophie. Cette savante fille étant en état de lire, de comprendre et d'apprécier les ouvrages de l'esprit, tomba heureusement sur les Épîtres de saint Paul, dont la lecture lui ouvrit tellement les yeux, que non seulement elle conçut dans son âme le désir de se faire chrétienne, mais encore celui de garder inviolablement la chasteté dont cet Apôtre fait de si beaux éloges. Sa famille eut beau la presser de s'engager dans les liens du mariage, elle refusa constamment les partis qu'on lui qualifia comme très avantageux.
Cependant, son père ayant reçu de l'empereur un édit par lequel il était commandé aux chrétiens de sortir d'Alexandrie, il se crut obligé de le publier nonobstant l'affection qu'il leur portait. Ils se retirèrent donc dans les faubourgs, et, comme Eugénie allait souvent s'y promener, un jour qu'elle passait devant une de leurs maisons, elle entendit chanter ce verset des Psaumes : Tous les dieux des païens ne
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sont que des démons ; mais le vrai Dieu est celui qui a fait les deux. Ces paroles touchèrent si vivement son cœur que, se tournant vers ses deux eunuques, Prote et Hyacinthe qui étaient chargés de l'accompagner partout, elle leur dit : « Qu'est-ce que nous venons d'entendre ? Cette sentence ne condamnet-elle pas tout ce que nous avons jamais lu dans les livres des philosophes, et le culte que nous rendons aux idoles? Car si tous les dieux des païens ne sont que des démons, pourquoi leur offrons-nous des sacrifices qui ne sont dus qu'au vrai Dieu ? Si vous voulez me croire, nous embrasserons la' religion de ces chrétiens, afin de pouvoir chanter avec eux les louanges du Créateur du Ciel et de la terre. » Eugénie, après leur avoir fait une lecture fort touchante dans les Épîtres de saint Paul, leur dit : « Un pouvoir usurpé m'a fait votre maîtresse ; mais la sagesse me fait aujourd'hui votre sœur. Soyons donc frères désormais, allons ensemble trouver les chrétiens. » Ils allèrent tous trois habillés en patrices.
La Sainte se déguisa aussi en homme, parce que la communauté des chrétiens, oh elle voulait se présenter, était un monastère de religieux : l'entrée en était interdite aux femmes. Elle se présenta sous le nom d'Eugène, avec ses deux serviteurs, Prote et Hyacinthe, à l'évêque Hélénus. Celui-ci lui dit aussitôt : « Tu as bien dit, c'est avec raison que tu te donnes le nom d'Eugène, car tu as agi avec le courage d'un homme ; que ton cœur soit toujours aussi ferme pour la foi du Christ. Mais sache que l'Esprit-Saint m'avait déjà fait connaître, et ton nom d'Eugénie, et les traits de ton visage, et la manière dont tu es
venue en ces lieux. Il ne m'a pas non plus laissé ignorer que ces deux jeunes gens sont les serviteurs et que tu as rejeté avec mépris les trompeuses caresses du siècle pour te donner à Dieu. N'oublie pas cependant qu'un jour tu souffriras beaucoup pour la chasteté, mais celui à qui tu t'es donnée ne t'abandonnera pas. » Hélénus, se tournant ensuite vers Prote et Hyacinthe, les loua d'avoir suivi les impulsions de la grâce ; il leur prédit qu'ils arriveraient ensemble à la gloire qu'ils ambitionnaient. Hélénus ordonna à Eugénie de garder ses habits d'homme, et de rester tous trois avec lui jusqu'à ce qu'ils eussent été sanctifiés par le baptême et admis] dans le monastère.
Eugénie fit dans cette maison des progrès si extraordinaires dans les saintes lettres et dans la vertu, qu'elle devint l'admiration de tous les religieux. Trois ans après, le supérieur étant mort, Eugénie, qu'on appelait toujours frère Eugène, fut élu à l'unanimité pour le remplacer. Elle s'acquitta parfaitement de sa charge, et Dieu, content d'elle, manifesta ses mérites en lui donnant le pouvoir de faire des miracles. En effet, elle chassait les démons des corps des possédés, elle rendait la vue aux aveugles, et elle obtenait par ses prières la santé aux malades qui avaient recours à elle.
Le bruit de ces merveilles qui se répandit de tous côtés, excita une dame d'Alexandrie, nommée Mélanthie, à la venir trouver pour être délivrée d'une maladie qui la tourmentait depuis près d'un an. L'infortunée obtint la guérison qu'elle sollicitait ; et, pour en témoigner sa reconnaissance, elle envoya
des présents considérables au monastère; mais Eugénie les refusa absolument, et pria Mélanthie de les distribuer aux pauvres. Cette femme, charmée de cette générosité, alla remercier sa bienfaitrice, et prit tant de plaisir à sa conversation, qu'elle la visitait le plus souvent possible. Le démon se servit de cette femme pour essayer de perdre Eugénie, dont la vertu était si merveilleuse. Il alluma dans le cœur de Mélanthie un amour violent et désordonné pour Tabbé Eugène.
Cette malheureuse, pour le prendre dans ses pièges, feignit d'être malade et le fit prier de venir chez elle. En le voyant, le feu impur s'alluma plus violemment que jamais, et ne le pouvant cacher plus longtemps, elle lui découvrit son infâme dessein. Eugénie eut beau lui montrer l'énormité du crime, ses exhortations les plus touchantes furent impuissantes à éteindre ces flammes impures. — Mélanthie, au désespoir de voir ainsi son amour méprisé, voulut se venger par une infâme calomnie. Elle se mit à crier de toutes ses forces, avec une frayeur affectée, que Tabbé Eugène avait voulu la déshonorer. Non contente de ce scandale, elle porta ses plaintes au gouverneur de la province, qui était le père d'Eugénie. Celui-ci fit aussitôt comparaître le prétendu coupable à son tribunal. L'infâme calomniatrice, pour justifier son mensonge, eut recours à de faux témoins.
Ses domestiques qu'elle corrompit avec de l'argent et de belles promesses, soutinrent effrontément devant le juge que le religieux était coupable.
Eugénie eût souffert volontiers cette injustice ;
mais voyant qu'il y allait de la gloire de Dieu et de rintérêt de Tétat monastique de faire connaître publiquement son innocence, elle se crut obligée de faire triompher la vérité. Après avoir fait promettre avec serment au juge de ne faire aucun mal à Mélanthie pour son imposture, elle lui dit tout haut : (( Je suis votre fille Eugénie. Le désir de me sauver m'a portée à renoncer à toutes les grandeurs de la terre et m'a fait embrasser la religion chrétienne et m'a conduite dans une maison de serviteurs de Dieu. » A ces mots, Mélanthie fut couverte de confusion et toute l'assistance profondément touchée. — Le juge, ému jusqu'aux larmes, pressa dans ses bras l'enfant qu'il avait perdue et qu'il venait de retrouver. Quelques jours après, cet heureux père devint chrétien avec toute sa famille, et le martyre ne tarda pas à devenir la récompense de sa confession. Eugénie retourna à Rome avec ses parents, accompagnés de Prote et de Hyacinthe.
Gomme les chrétiens s'assemblaient dans leur maison pour participer aux saints mystères, ils furent dénoncés. Prote et Hyacinthe eurent la tête tranchée, et le martyre d'Eugénie eut lieu le 25 décembre suivant.
Héflexions pratiques.
Quel admirable dévouement nous rencontrons dans sainte Eugénie ! Quelle fidèle correspondance à la grâce ! Quelle docilité à se rendre à l'appel de Dieu ! Cette grande héroïne, élevée dans le paganisme et la licence des passions, n'a pas plus tôt entendu dire que les dieux des païens ne sont que des
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démons, et que le vrai Dieu est celui qui a fait les Cieux, qu'elle quitte ses idoles, s'arrache à la tendresse de ses parents et abandonne ses richesses et tout ce que le monde lui promet de plus flatteur.
Quelle générosité dans cette nouvelle convertie!
Et nous qui connaissons Dieu depuis si longtemps, ne sommes-nous pas idolâtres des biens de ce monde, et ne préférons-nous pas les richesses de la terre à celles du Ciel ? Ne donnons-nous pas tout à qui nous ne devons rien ? Ne quittons-nous pas Dieu pour aller au monde et à ses caprices, aux passions et à leurs folies, au démon et à ses œuvres de ténèbres? Que nos sentiments sont différents de ceux de sainte Eugénie ! Et cependant, comme elle, nous venons de Dieu, nous devons retourner à Dieu. C'est à lui que nous devons tout ce que nous sommes. Est-ce pour lui que nous travaillons?
Plan de méditation.
I. Nous devons nous donner à Dieu: 1^ il le veut . 2® il le mérite ; c'est notre intérêt.