‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 56 sur 67 · III. L'apostolat de saint Mathieu · texte numérisé non relu

III. L'apostolat de saint Mathieu

SAINT GRÉGOIRE, Évêque, Patron de Tallard

21 septembre.

Saint Grégoire naquit vers le commencement du quatrième siècle, à Amnice, en Arménie, ville épiscopale, située sur les rives de l'Euphrate. Constantin,

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son père, et sa mère Zozienne, se glorifiaient plus de leur foi que de leur noblesse. Aussi le Seigneur bénit le mariage de ces vertueux époux en leur donnant quatre enfants qui firent la joie de leur vie par leur invariable attachement à la loi de Dieu. Le premier dont rhistoire ne nous a transmis que le nom, s'appelait Etienne. Le second c'était Grégoire dont nous écrivons la vie. Les deux autres étaient deux filles ; Tune se sanctifia dans le cloître, et l'autre au milieu des soucis et des embarras du mariage.

Contrairement à l'usage général de l'Église, à cette époque, Grégoire fut régénéré dans les eaux du baptême immédiatement après sa naissance. Ce fut un pieux ermite, nommé Luc, qui le présenta sur les fonts sacrés. Les soins et les exemples de ce parrain eurent une grande influence sur les mœurs du nouveau-né. De leur côté, Constantin et Zozienne furent les premiers maîtres de leurs enfants dans la carrière de la vie chrétienne. Tous se montrèrent dignes de leur afl"ection et de leurs religieux enseignements. Grégoire, en particulier, leur prouva, par sa docilité à leurs leçons et par son exactitude à les mettre en pratique, que la grâce de Dieu opérait merveilleusement en lui. Dès qu'il fut en âge de se livrer à l'étude des lettres, son éducation fut confiée à d'habiles précepteurs. Doué de rares talents, il fit dans les écoles des progrès si rapides que, jeune encore, il mérita d'être placé au rang des philosophes et des théologiens remarquables de ce temps-là.

Malgré sa profonde humilité, les brillantes qualités de Grégoire lui attirèrent bien vite les regards et l'admiration de ses concitoyens. Aussi, la mort leur

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ayant ravi leur vertueux prélat, ils crurent que le Ciel l'avait suscité pour cire le successeur de celui dont on pleurait la perte, et la voix du peuple Tacclama pour le siège épiscopal de cette ville. L'humble jeune homme qui n'avait que de bas sentiments de lui-même, refuse la sublime dignité qu'on lui offre ; et, pour se soustraire aux honorables violences qui alarment sa faiblesse, il prend la fuite. Mais ce refus ne fait qu'augmenter la confiance qu'on a en lui, et on le force à accepter la charge redoutable. Aussitôt que Grégoire a déclaré qu'il consent à devenir leur évoque, des cris de joie retentissent de toutes parts. Les chrétiens remercient solennellement le Seigneur de leur avoir donné un guide si éclairé ; ils se mettent en prières pour l'élire, et l'évêque de Gésarée lui impose les mains à Érivan, siège de saint Grégoire, martyrisé sous le règne de Dioclétien.

Les abondantes bénédictions dont le Ciel dota la consécration de Grégoire, récompensèrent le nouvel évêque de l'immense sacrifice qu'il s'était imposé et justifièrent en même temps le choix de ses concitoj^ens. A sa voix, on vit l'empire du démon s'écrouler et celui du Christ fut restauré. Ces heureux commencements ne doivent point nous étonner. Il était doué de toutes les qualités qui font les grands et saints évêques. L'amour dont son cœur était embrasé pour le Seigneur était si ardent qu'on dépeindrait difficilements la ferveur de ses prières, et la profondeur de ses méditations. Sa charité pour les malheureux n*a- 1 vait point de bornes. Il les visitait en père et en ami et il ne sortait jamais de leur demeure sans y laisser la joie et la paix*

Mais la douce tranquillité dont jouissait TÉglise d'Amnice, sous le sage gouvernement de Grégoire, ne fut pas de longue durée. Une subite irruption des Romains et des barbares qui voulaient rétablir, à tout prix, le culte des idoles dans toute l'Arménie, mit tout à feu et à sang, à cause de la résistance qu'ils trouvèrent dans les chrétiens d'Amnice. Durant cette tempête, Grégoire affronte le péril pour fortifier son peuple dans la foi. Le Ciel bénit ses efforts, et aucune des âmes commises à sa garde n'eut le malheur de défaillir dans la foi. Mais sa chère ville épiscopale fut livrée au pillage, réduite en cendres et son troupeau dispersé. Le saint prélat courait après ses brebis errantes pour les secourir. Son zèle le signala à la fureur des barbares qui mirent sa tête à prix. Contraint de fuir, Grégoire résolut de se retirer dans les Indes, avec cinq de ses amis qui avaient partagé ses dangers.

A peine en pleine mer, nos passagers sont assaillis par une furieuse tempête qui les jette sur le rivage d'une province idolâtre. Convaincus que le Ciel ne les a poussés vers ces plages que pour procurer à ces infortunés le bonheur de connaître leur Créateur, Grégoire travaille aussitôt à leur conversion. En peu de temps les idolâtres abjurent leurs erreurs et reçoivent le bienfait du baptême. Après trois mois d'un séjour si bien utilisé, l'évêque d'Amnice et ses compagnons poursuivent leur pèlerinage. Ils arrivent au terme de leurs désirs, où ils vénèrent et arrosent de leurs larmes les ossements du glorieux saint Thomas, le premier apôtre des Indes.

Nos pieux pèlerins venaient à peine de sortir de

Méliapour, pour rentrer dans leur patrie, qu'ils furent arrêtés et chargés de fers par des émissaires d'un roi barbare. Le prince, après leur avoir fait souffrir toutes sortes de tortures, linit par les condamner à mort. La sentence allait s'exécuter lorsque le fils du roi barbare tomba subitement malade. La princesse comprit que le Ciel punissait dans la personne de son fils la cruauté du père ; elle fit révoquer la sentence et courut demander à Grégoire la guérison de son enfant. Le saint évêque se mit à prier et le jeune malade fut immédiatement guéri. Ce prodige amena la conversion du fils et de la mère. La renommée du thaumaturge précédait notre Saint. Elle lui ouvrit le palais d'un roi idolâtre, qui après l'avoir entendu, embrassa le christianisme. Cet exemple convertit cinq autres provinces soumises à leur domination. C'est ainsi que cet homme vraiment apostolique faisait les plus brillantes conquêtes partout où il passait. Il prit le chemin de Jérusalem accompagné des rois qu'il avait tirés des ténèbres de Terreur. Ceux-ci voulurent visiter les lieux oti le Sauveur des hommes consomma les mystères ineffables de sa vie et de sa mort. Ils parcoururent successivementles lieux sanctifiés par la passion du Dieu Sauveur, Bethléem et le Thabor, puis ils songèrent à leur retour. Sur ces entrefaites, Grégoire tomba malade. Les tristes et fâcheuses nouvelles qu'il reçut sur l'état de l'Église d'Amnice augmenta sa maladie et le réduisit bientôt à la dernière extrémité. Les compagnons du prélat, le voyant dans cette situation désespérée, promirent de faire le pèlerinage de Rome, si Dieu daignait rétablir cette santé, qui leur était si chère. Le Seigneur

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agréa ce vœu de l'affection filiale. Quelque temps après le pontife radicalement guéri se dirigea sur Rome. Après avoir longuement visité les tombeaux des saints Apôtres, il résolut d'aller voir Tillustre saint Martin, évêque de Tours. A son retour il traversa la Gaule et arriva dans nos Alpes, vers Tan 402. L'évêque de Gap lui donna une gracieuse hospitalité, et, connaissant son zèle apostolique, il engagea Grégoire et ses compagnons à continuer Tœuvre de conversion dans nos montagnes. Pendant deux ans le Saint remplit les fonctions d'apôtre à Tallard et dans les environs. Ici comme partout ailleurs le Seigneur féconda ses travaux et l'idolâtrie disparut entièrement de cette ville. Il se fit remarquer par sa bonté, par sa charité et par ses éminentes vertus. Dieu ravit ce généreux pasteur à l'affection de son troupeau, le 21 septembre. Grégoire mourut à Tautel, frappé d'apoplexie, après avoir offert le saint sacrifice de la messe. Il fut enterré avec de grands honneurs dans ce bourg et de nombreux miracles ne tardèrent pas de s'opérer sur son tombeau.

Réflexions pratiques.

Toute la vie de saint Grégoire se résume en ces deux mots : Vivre pour se sauver et gagner des âmes à la vérité, travailler et mourir pour Dieu. Quelle leçon pour nous tous ! Il n'y a personne, parmi les chrétiens, d'assez étranger dans le monde pour n'avoir pas aussi à remplir les mêmes devoirs et à exercer la même charité à Tégard des âmes qui végètent dans l'ignorance ou le mépris de leurs devoirs envers Dieu. Nous devons tous, chacun dans sa

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sphère, être des apôtres à leur égard, car riiumanité entière n*est aux yeux de Dieu qu'une immense famille dont lui-même est le chef. Mais dans cette famille, combien ne connaissent pas leur Père et ne l'aiment pas ! Or, quels sont les apôtres qui doivent faire connaître Dieu, apprendre à Taimer et à le servir ? ce sont les chrétiens fidèles. Tous sont tenus, en vertu de la charité, d'éclairer les aveugles, de convertir les pécheurs, de soutenir les faibles. Que d'occasions n'avons-nous pas d'exercer notre apostolat dans la famille, parmi nos subalternes, au sein des malades ! L'avons-nous fait? Le faisons-nous? Efforçons-nous d'imiter la conduite de saint Grégoire et nous parviendrons au même bonheur.

Plan de méditation,

L Le zèle est un devoir.

II. Le zèle est un motif de confiance et une source de sainteté.

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