SAINT MAURICE ET SES COMPAGNONS
22 septembre.
Le martyre de saint Maurice et de ses mille compagnons fut un événement très glorieux pour la foi et fort célèbre dans les annales de l'Église. Maurice était général d'un corps de troupe, connu sous le nom de légion Thébaine, ainsi appelée parce qu'elle avait été recrutée dans la Thébaïde. Cette légion s'était acquis une si grande réputation dans tout Tem-
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pire romain, par la valeur de tous ses officiers et la bravoure de ses soldats, qu'il n'y avait point, dans l'armée romaine, de corps plus formidable pour les ennemis, ni plus estimé dans l'armée.
La seconde année du règne de Dioclétien, ce prince voulut réprimer certains troubles excités dans les Gaules par des paysans de ce pays appelés Bagaudes. L'empereur commanda à Maximien-Hercule de marcher contre eux et l'associa en même temps à l'empire. L'armée n'étant pas assez forte pour faire seule l'expédition des Gaules, Dioclétien ordonna au colonel Maurice départir incessamment pour l'Italie, avec sa légion composé de six mille six cents hommes et de venir joindre celles qui allaient dans les Gaules. Maurice et ses soldats, aussi prompts à obéir aux ordres de l'empereur que fidèles à la religion qu'ils avaient embrassée, partirent pour l'Italie. Le zèle des officiers répondait à leur foi et celle des soldats au zèle des chefs. Saint Maurice, ayant rejoint l'empereur, prit avec lui le chemin des Gaules. Après le passage des Alpes, Maximien accorda quelques jours de repos à ses troupes et ordonna à l'armée d'offrir un sacrifice aux dieux pour obtenir le succès des armées de l'empire, La légion Thébaine qui était toute composée de chrétiens, et qui se distinguait entre toutes les autres par l'éclat de sa valeur, ne voulant pas prendre part à cette cérémonie sacrilège, se retira à trois lieues de là pour aller camper à Aganne. L'empereur lui enjoignit de revenir au camp général pour la fête, et il exigea de tous les soldats le serment d'exterminer les chrétiens des Gaules. Cet
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ordre fit horreur h Maurice et h ses soldats. La légion entière refusa, d'une voix unanime, de participer à cette cérémonie sacrilège et de prêter le serment proposé. Maximien irrité de leur résistance ordonna que la légion fût décimée, c'est-à-dire qu'un soldat sur dix fût désigné par le sort et mis à mort. Tous ceux qui furent ainsi désignés, moururent avec un courage intrépide; il n'y eut pas un seul apostat. Ceux qui restaient ne se montrèrent pas moins fermes dans leur foi, et s'écrièrent qu'ils étaient résolus à tout souffrir plutôt que de la trahir. Leurs principaux officiers, Maurice, Exupère et Candide, ne contribuaient pas peu à les entretenir dans ces généreux sentiments, par les paroles pleines de feu qu'ils leur adressaient. — Cependant l'empereur fit représenter à la légion qu'il était de son plus grand intérêt de se rendre; qu'elle comptait en vain sur le nombre des soldats qui la composaient, et qu'ils périraient tous, s'ils persistaient dans leur désobéissance. Voici la réponse tout empreinte de la fermeté chrétienne, et de la soif du martyre que ces intrépides soldats firent à l'empereur. « Nous sommes vos soldats, seigneur, mais nous sommes en même temps serviteurs de Dieu et nous le confessons avec liberté. Nous vous devons le service militaire et l'obéissance, mais nous ne pouvons renier Celui qui est notre créateur, notre maître, comme il est aussi le vôtre. Vous nous trouverez dociles à vos ordres dans toutes les choses qui ne sont point contraires à la loi de Dieu, notre conduite passée vous en répond. Nous sommes prêts à combattre vos ennemis en quelque lieu qu'ils soient ; mais nous ne pouvons
tremper nos mains dans le sang innocent. Nous avons prêté serment à Dieu comme à vous ; vous fieriez-vous au second serment si nous allions violer le premier. Vous voulez que nous punissions les chrétiens, et nous le sommes tous. Nous confessons Jésus-Christ. Nous avons vu massacrer nos compagnons sans chercher à les défendre. L'extrémité à laquelle on nous réduit n'est point capable de nous inspirer des sentiments de révolte. Nous avons les armes à la main ; mais nous ne savons pas résister, parce que nous aimons mieux mourir innocents que de vivre coupables. »
La légion Thébaine était composée de plus de dix mille hommes bien armés, qui pouvaient du moins vendre cher leur vie; mais ils savaient qu'en ren- ^dant à Dieu ce qui appartient à Dieu, il faut aussi rendre à César ce qui est à César, et ils montraient plus leur courage en mourant pour leur foi, qu'ils n'auraient fait dans les entreprises les plus périlleuses. Leur noble et fière réponse excita la fureur de Maximien. Ce tyran, désespérant de vaincre leur fermeté, les fît investir et massacrer par son armée. Alors, chose digne d'une éternelle mémoire, on vit dix mille guerriers mettre bas les armes, et se laisser égorger comme des agneaux. Ils s'exhortaient mutuellement à mourir pour Jésus-Christ, et pas un seul ne se démentit. Cette sanglante exécution eut lieu le 22 septembre 286. La terre était jonchée de cadavres et inondée de sang. Jamais on ne vit un si grand carnage sans cris, sans plainte et sans combat. Pendant que l'armée pillait ceux qu'on venait de massacrer, arriva un soldat vétéran, nommé
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Victor, qui n'était pas du même corps. Frappé d'indignation, il se retira sans vouloir prendre part à la joie impie des soldats. Ceux-ci étonnés lui demandèrent s'il était aussi chrétien. Sur sa réponse affirmative, ils se jetèrent sur lui et le massacrèrent. Ainsi, il se réunit à cette légion qui venait de monter au ciel.
Réflexions pratiques.
Les soldats les plus dévoués à leur prince et à leur patrie ont toujours été les soldats les plus fidèles à Dieu. Nous trouvons un exemple frappant de cette vérité dans la conduite de Maurice et de ses compagnons. Depuis longtemps leur zèle, leur dévouement et leur bravoure, sur les champs de bataille, les avaient signalés à l'estime et à l'amour de leurs généraux. Aussi dans un pressant danger ou dans un combat difficile avaient-ils recours à eux, parce qu'ils savaient que la victoire suivait ordinairement leurs pas. Us ne furent jamais trompés dans leur attente. Tant que l'empereur ne commanda, à ces illustres héros, rien de contraire à leur conscience, ils furent dociles comme des agneaux ; mais lorsqu'il voulut leur donner des ordres iniques et les contraindre à l'apostasie, aussitôt ils lui déclarèrent hardiment que pas un d'entre eux ne deviendrait infidèle à Dieu et qu'ils étaient tous prêts à mourir plutôt que de trahir leur foi. — Quel héroïsme dans la conduite de Maurice et de ses dignes compagnons !
Pour nous, dont la foi n'est pas soumise à de si rudes épreuves, ne devons-nous pas à Jésus-Christ
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le témoignage de notre foi, que nous devons manifester par nos paroles et par nos œuvres? Si Jésus- Christ est notre maître, notre voix s'accorde-t-elle avec notre cœur pour l'adorer et le servir, pour professer hautement sa doctrine et la mettre constamment en pratique ? Lâches esclaves du respect humain ou de toute autre passion dégradante, ne rougissons-nous pas de Jésus-Christ et de son Évangile? Ne devenons-nous pas parjures à nos sentiments? Soyons enfin fidèles à notre Dieu.
I. Considérons dans saint Maurice et ses compagnons : l^leur foi ; 2^ leur constance ; 3° leur admirable réponse à l'empereur.
II. Moyens à employer pour partager la gloire et la couronne de ces grands martyrs.