‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 58 sur 67 · SAINT THOMAS DE VILLENEUVE · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS DE VILLENEUVE

ÉvÊQUE ET Confesseur

22 septembre.

Saint Thomas de Villeneuve, l'ornement de l'Église d'Espagne, naquit en 1348 à Fuentana, en Castille. Le nom de Villeneuve lui vint d'une petite ville où il fut élevé. Ses pieux parents, quoique d'ancienne noblesse, n'avaient qu'une fortune médiocre, et faisaient cependant des aumônes et distribuaient aux pauvres tout ce qui ne leur était pas strictement nécessaire pour vivre. Dieu fit connaître, par un miracle, corn-

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bien cette charité lui était agréable. Un jour la mère de Thomas avait distribué toute la larine qu'on lui avait apportée du moulin, quand un mendiant survint, demandant l'aumône. Elle envoya ses servantes pour examiner s'il n'y avait plus de farine au grenier. Comme elles affirmaient qu'il ne restait plus rien, pas même de la poussière, elle insista, disant : « Allez toujours, pour l'amour de Dieu, balayez bien le grenier; car Dieu ne permettra pas que ce pauvre s'en aille de chez nous sans avoir rien reçu. » Elles y allèrent, et quelle ne fut pas leur surprise de voir le grenier entièrement rempli.

Thomas, l'aîné de la famille, profita admirablement des leçons de charité de sa sainte mère. Sa compassion pour les malheureux fut sans bornes. Tout jeune encore, à l'école, il donnait son déjeuner aux enfants pauvres. Il se dépouillait en leur faveur de ses vêtements. On le vit plusieurs fois revenir à la maison sans gilet, sans chapeau et sans souliers. Il en avait revêtu Jésus-Christ dans la personne des pauvres. Lorsque à la maison on avait distribué tout ce qu'on y réservait chaque jour de pain pour l'aumône, s'il se présentait encore un pauvre, l'enfant priait sa mère de lui donner sa part du dîner, s'offrant à ne pas manger ce jour-là. Dans une autre circonstance, se trouvant seul au logis, et n'ayant point la clef de la dépense pour donner du pain à six pauvres qui lui en demandaient, il s'avisa de prendre dans la cour six poulets qui suivaient une poule et les leur distribua. Sa mère à son retour était en peine de savoir ce qu'ils étaient devenus, mais il lui déclara naïvement ce qu'il en avait fait, ajoutant avec sa

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candeur naturelle que sMl s'en fût présenté un septième, il lui aurait donné la poule.

Cette vertu de charité était accompagnée en lui de toutes les autres qui sont ordinaires aux saints ; sa douceur et sa modestie charmaient tous ceux qui le voyaient. Les plus petits mensonges, si ordinaires aux enfants, furent inconnus au jeune Thomas. Dès l'âge le plus tendre il observait les jeûnes elles abstinences de l'Église, il en ajoutait même d'autres, et se mortifiait par de petites flagellations. Quand on prêchait dans une église, il écoutait avec un recueillement profond; puis, après dîner, il rassemblait les enfants de son âge, et répétait le sermon avec tant de grâce, et d'un ton si animé, que les grandes personnes y accouraient, et s'en retournaient souvent les larmes aux yeux.

Après avoir fait ses premières études en son pays, études bien abrégées par l'excellence de son esprit et son infatigable application, ses parents l'envoyèrent à l'âge de quinze ans, dans la nouvelle université d'Alcala. Ses bons exemples engagèrent plusieurs de ses condisciples à marcher dans les voies de la perfection. Il y eut de grands succès : à l'âge de vingtsix ans il était nommé professeur de philosophie, et deux ans après, appelé à Salamanque au même titre. Les universités se disputaient une si belle lumière; mais à l'âge de trente ans, après avoir consulté Dieu et délibéré mûrement, il entra dans Tordre de Saint- Augustin, dont il prit l'habit le jour de la Présentation de la très Sainte Vierge au couvent de Salamanque. Ce jour- là même Luther abandonna le cloître et se fit apostat.

La simplicilé qui régnait dans toute sa conduite le faisait aimer de chacun des frères. Peu de temps après son noviciat, on l'éleva aux saints Ordres. 11 reçut la prêtrise en 1520 et dit sa première messe dans la sainte nuit de Noël; sa ferveur fut celle d'un séraphin ; tous les assistants en étaient attendris. Ses supérieurs l'employèrent bientôt à prêcher ia parole de Dieu, et à administrer le sacrement de pénitence. Il s'acquitta de ces importantes fonctions avec un tel succès, qu'on le surnomma l'apôtre de l'Espagne. Aidé de la grâce d'en haut, il retira de la fange du vice des milliers de pécheurs qu'il fit rentrer dans le chemin du salut. L'empereur Charles-Quint, l'ayant entendu, le choisit pour son prédicateur et son conseiller. Il avait une si grande estime pour ce religieux qu'il ne savait rien lui refuser. En voici une preuve bien touchante : Quelques seigneurs de la Cour avaient été condamnés à mort pour cause de trahison. Charles-Quint avait refusé leur grâce à l'Archevêque de Tolède, aux plus grands personnages du royaume et même à son fils. Thomas demanda la même faveur à l'empereur, et l'obtint sans peine.

Saint Thomas, étant provincial de son ordre et en cours de visite, fut nommé à l'archevêché de Grenade, mais il fit de si vives instances pour ne pas accepter qu'il obtint ce qu'il demandait. Nommé dix ans plus tard à l'archevêché de Valence, il voulut refuser encore; mais pour cette fois on lui ordonna d'obéir sous peine d'excommunication. Il partit donc, pour son diocèse, à pied, et avec toute la simplicité d'un religieux. Ilpouvaitpasser par Villeneuve, oti l'appelait sa mère qui désirait le voir encore une fois avant

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de mourir. Après avoir consulté le Seigneur, il suivit une autre route, entrant ainsi dans la carrière épiscopale par un grand sacrifice. On remarqua que dès qu'il eut mis le pied dans son diocèse, désolé par une longue sécheresse, il tomba une pluie abondante. La première chose qu'il fit après son sacre, ce fut de visiter les prisonniers; l'argent qu'on le priait d'accepter, parce qu'on le voyait avec un pauvre équipage, il l'envoya aux hôpitaux. Il conserva toujours la modestie et la médiocrité d'un religieux, tant en ses habits qu'à sa table. Il ne couchait point sur un lit, mais sur des sarments qu'il tenait secrètement contre la muraille; et l'on ne s'aperçut de cette anstérité qu'à sa dernière maladie.

Il se retranchait tous les jours quelque chose pour la nourriture des pauvres de chaque paroisse. Et lorsqu'il les visitait, il les faisait appeler l'un après l'autre, afin de leur donner lui-même l'aumône, sans les obliger de se faire connaître à d'autres. Quand il rencontrait des familles chargées de dettes et insolvables, il leur fournissait de quoi satisfaire leurs créanciers. Là où il savait qu'il y avait de petits orphelins, il leur faisait prodiguer toutes sortes de soins et quand ils étaient en âge, il leur faisait apprendre un état, afin qu'ils pussent gagner leur vie. Dieu pour favoriser la charité de son serviteur multiplia maintes fois le froment, Targent, la toile qu'il distribuait aux malheureux.

Son zèle pour le salut des âmes était encore plus grand. Il déploya un courage extraordinaire pour la conversion des pécheurs et en particulier pour celle des Maures qui occupaient alors une immense par-

tie de TEspagne. Il eut la consolation d'en gagner un grand nombre à Jésus-Christ.

Malgré tant de sainteté, Thomas tremblait sans cesse devant le jugement de Dieu. Souvent réveillé la nuit par cette crainte, il allait trouver son confesseur pour lui dire : « Mon père, mon père, pensez-vous que je puisse me sauver avec mon archevêché? y a-t-il espérance que j'y ferai mon salut? » Plusieurs fois il fit des démarches à Rome et à la cour d'Espagne pour obtenir la permission de se démettre de son siège. Enfin Dieu lui rendit la liberté après laquelle il soupirait; il lui fit connaître qu'il mourrait le jour de la Nativité de la Sainte Vierge. En 1555, après avoir reçu les sacrements, il fit distribuer aux pauvres tout ce qu'il lui restait d'argent, donna ses meubles au collège de Valence ; il disposa même du lit sur lequel il était couché, en faveur d'un prisonnier, priant le geôlier de lui en laisser Tusage jusqu'après sa mort. Il s'endormit dans le Seigneur, le 8 septembre, à l'âge de soixante-sept ans.

Réflexions pratiques.

Si vous voulez que Dieu écoute vos prières, disait saint Thomas de Villeneuve, écoutez les cris des pauvres. Ce jeune héros de la charité les a écoutés dès son début dans la vie et dans les diverses phases de son existence. C'est pour cela qu'étant évêque sa première visite, dans son diocèse, fut pour les prisonniers. Depuis cette époque, on voyait chaque jour cinquante pauvres assiéger sa porte pour recevoir, avec le pain matériel, des paroles d'amitié et de consolation. Tels sont les prodiges de sa charité. Oîi

sont ceux de la nôtre ? Quels sont les pauvres que nous soulageons ? Les malheureux que nous consolons? Les ignorants que nous instruisons? Les pécheurs que nous reprenons ? Oh ! que notre charité est défectueuse et faible ! Demandons à Dieu d'allumer dans notre cœur cette flamme divine.

L Tout nous fait un devoir d'être charitable envers le prochain : 1« le précepte de Jésus-Christ; 2° son exemple ; 3° l'exemple des saints.

IL Manière de le pratiquer. La charité s'exerce : 1*^ par Taumône corporelle; 2^ par Taumône spirituelle.

SAINTE THÈGLE, Vierge et Martyre

23 septemby^e.

Saint Etienne est appelé le premier des martyrs parmi les hommes du christianisme, et sainte Thècle la première des femmes martyres. Cette vierge, fort célèbre dans l'Église, naquit.à Icône, capitale de la Lycaonie, de parents païens, et distingués par leur noblesse et leurs grands biens. Elle était bien versée dans la philosophie profane, dans les sciences et les belles-lettres, et s'exprimait avec autant de force et d'éloquence que de douceur et de facilité. Ce fut sans doute ce qui la porta à aller écouter saint Paul prêchant à Icône, vers l'an 45. Elle se convertit et devint très habile dans la connaissance de la religion.

Son amour pour Jésus-Christ éclata dans plusieurs occasions importantes et surtout dans les combats qu'elle soutint pour la foi avec un courage et une force remarquables. Goûtant déjà, dans un âge encore tendre, les maximes les plus relevées du christianisme, et toute pénétrée de Texcellence de la virginité, elle se consacra entièrement à Jésus-Christ, ne voulant plus avoir d'autre époux que lui. Dès lors, Tbècle se débarrassa de tous les joyaux pour en donner le prix aux bonnes œuvres. Uniquement occupée du soin déplaire à Dieu, elle passa les jours dans la prière et la méditation des grandes vérités de la religion et dans la retraite. Puis, elle (Jéclara à ses parents qu'elle avait renoncé pour toujours au mariage avantageux qu'ils voulaient lui faire contracter. Ceux-ci employèrent tour à tour, pour la vaincre, les caresses, les menaces et même les mauvais traitements, mais tous les moyens furent inutiles. Thècle, pour en éviter le retour, s'échappa de la maison paternelle et se retira auprès de saint Paul. Ainsi, elle abandonna ce qu'elle avait de plus cher au monde pour Jésus-Christ.

Le jeune homme, auquel elle avait été promise en mariage, considérant ses refus comme un affront, voulut s'en venger; il la fit chercher de toutes parts. L'ayant découverte, et ne pouvant vaincre sa résistance, il la dénonça comme chrétienne aux magistrats. Le gouverneur, l'ayant fait comparaître à son tribunal, l'interroge et lui commande d'aller offrir un sacrifice aux dieux sous peine d'être brûlée toute vive. La Sainte répond sans s'intimider qu'étant chrétienne, elle ne sacrifie qu'au vrai Dieu, et qu'elle

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s'estimerait très heureuse de lui donner sa vie. Irrité d'une pareille réponse, le gouverneur fait dresser et allumer un bûcher et ordonne que Thècle y soit dévorée par les flammes. L'héroïque vierge, comblée de joie, marche d'un air intrépide et aisé, elle fait le signe de la croix et se jette au milieu du brasier. Dieu suspend l'activité du feu, et la Sainte n'en est nullement incommodée. Toute la ville est frappée de cette merveille et Thècle est mise en liberté.

Quelque temps après, un nouveau gouverneur, ayant appris ce qui s'était passé, voulut voir cette protégée du Ciel. Elle comparut devant lui avec assurance. « Êtes-vous chrétienne? lui demanda le proconsul. — Oui, seigneur, je le suis, répondit Thècle avec un noble courage. — Si, d'ici à demain, vous ne consentez pas à adorer les dieux de l'État, vous serez exposée dans l'amphithéâtre et dévorée par les lions. — Je consens volontiers à mourir, mais je ne consentirai jamais à apostasier , reprit la courageuse vierge. ))

Le lendemain, Thècle fut exposée nue dans l'amphithéâtre en présence de tout le peuple, mais elle était revêtu d'innocence, et l'ignominie dont on voulait la couvrir devint pour elle une occasion de gloire et de triomphe. Déjà les lions et les tigres, dont les rugissements glaçaient d'effroi les spectateurs, se préparaient à dévorer^leur proie, lorsque, arrivant près de la servante de Jésus-Christ, ils oubUèrent tout à coup leur férocité naturelle, se couchèrent à ses pieds, doux comme des agneaux. Le gouverneur au lieu de se laisser attendrir par tant de merveilles ne devient que plus crueL II fait attacher la Sainte à

deux jeunes taureaux indomptés pour la mettre en pièces ; mais elle n'y est pas plus tôt que ces taureaux demeurent immobiles. On a beau les exciter avec des aiguillons rougis au feu, ils se montrent insensibles. Le gouverneur, frappé de cet événement, s'adresse à la Sainte et lui dit avec douceur : « D'oti vient, ma fille, que nul de ces animaux ne vous a nui? — C'est, répondit-elle, parce que je suis la servante du Dieu vivant. » A ces paroles le proconsul pâlit, et ayant demandé une plume, il écrit : Je mets en liberté la pieuse Thècle, servante du Dieu vivant.

Notre Sainte se retira chez une dame qu'elle avait convertie à la foi. Après y avoir passé quelque temps, dans une union intime avec Dieu, elle se retira à Séleucie, en Isaurie, où elle opéra un nombre considérable de conversions. Enfin, après une vie fort longue, et toute sainte, elle alla recevoir, dans le Ciel, la double couronne de la virginité et du martyre, le 23 septembre, à l'âge de quatre-vingts ans. Sous les premiers empereurs païens, on bâtit une église sur son tombeau et les pèlerins y venaient de toutes parts, et il s'y opéra un grand nombre de miracles.

Ce n'est que dans la religion chrétienne que la virginité a paru dans tout son éclat; et il n'y a que les fidèles, éclairés par la grâce, qui cultivent cette fleur précieuse inconnue aux hérétiques. Sainte Thècle, n'eut pas été plus tôt instruite et baptisée par l'apôtre saint Paul, qu'elle apprit à l'école de ce grand docteur à connaître le prix de la plus belle et de la plus

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aimable des vertus; aussi sacrifie-t-elle sa vie plutôt que de la perdre* Les bêtes féroces et le feu même respectèrent cette admirable épouse de Jésus-Christ. La virginité est si aimable que le Ciel et la terre se réunissent pour la protéger et la préconiser.

Qu'avons-nous fait pour conserver cette belle vertu que les saints ont gardée aux dépens de leur vie? Quelle estime en avons-nous eue jusqu'à présent ?— Comment avons-nous réparé ses ruines lorsque nous avons eu le malheur de la laisser détruire en nous?

Mon Dieu 5 je veillerai continuellement, dans la suite, sur tous les mouvements de mon cœur si faible et si inconstant.

Plan de méditation.

L Le doigt de Dieu se manifeste dans la vie de sainte Thècle.

IL II se manifeste d'une manière plus sensible encore dans les supplices qu'on lui fait endurer.

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