NOTRE-DAME DE LA MERCI
24 septemb7'e.
Au commencement du huitième siècle, les plus belles contrées de TEspagne gémissaient sous la rigueur du joug des Sarrasins, Jamais esclavage plus dur pour les chrétiens. Ceux d'entre eux qui refusaient d'abjurer leur foi étaient écorchés tout vifs, d'autres empalés, plusieurs brûlés à petit feu par la plante des pieds ; les moins maltraités étaient vendus
comme des esclaves. Et si quelquefois les infidèles consentaient c\ les rendre à leurs familles et à leur patrie, ils exigeaient une rançon qu'il n'était pas toujours possible de fournir. Si de nobles courages résistaient généreusement aux plus rudes épreuves, parfois aussi de déplorables défaillances venaient contrister l'Église affligée.
Pour remédier à de si grands malheurs, et mettre un terme à des périls sans cesse imminents, un noble cœur conçut le généreux projet de fonder une pieuse institution, qui aurait pour mission spéciale le rachat des captifs. Ce fut Pierre Nolasque, issu d'une des meilleures familles du Languedoc en 1189. Un jour que ce grand serviteur de Dieu, si distingué par ses grandes richesses et sa haute piété, demandait au Ciel de lui suggérer les moyens de soulager la misère de tant de chrétiens prisonniers chez les mahométans, la bienheureuse Vierge elle-même lui apparut, la sérénité sur le front, et lui déclara que son divin Fils et elle-même désiraient vivement qu'on instituât, en son honneur, un ordre de religieux dont le but serait de travailler à délivrer de la tyrannie des infidèles les chrétiens captifs. Animé par cette vision céleste, l'homme de Dieu se sentit embrasé d'une ardeur de charité incroyable, et dès lors il n'eut plus qu'une pensée : C'était que l'ordre à instituer et lui en même temps s'appliqueraient à pratiquer ce degré sublime de vertu qui consiste à donner sa vie pour le prochain. La même nuit, saint Raymond de Pennafort et Jacques P"*, roi d'Aragon, eurent la même vision, et la très Sainte Vierge leur recommandait de concourir autant qu'ils le pour-
POUR CHAQUE JOUR DE I'aNNÉE 467
raient à une œuvre si importante. Pierre alla tout aussitôt se jeter aux pieds de Raymond, qui était son confesseur, lui découvrit ce qui lui était arrivé, et le trouvant déjà instruit de tout par une révélation céleste, se soumit très humblement à sa direction. Le roi d'Aragon survint alors, résolu de mettre à exécution ce que la bienheureuse Vierge lui avait révélé à lui-même. Après en avoir donc conféré ensemble, ces trois hommes entreprirent, d'un commun a-ccord, d'instituer en Thonneur de la Vierge mère, un ordre religieux, sous le* titre de Notre- Dame de la Merci, pour la rédemption des captifs. En conséquence, le 10 août de l'année 1218, fut établi un nouvel institut, dont les membres ajoutaient aux trois vœux ordinaires de religion, celui d'engager leurs biens et leur liberté même, s'il est nécessaire, pour la rédemption des captifs. Bientôt treize gentilshommes, répondant à l'appel de Raymond de Pennafort et de Pierre Nolasque, s'empressèrent de revêtir la robe blanche et le scapulaire orné des armes royales. Ce dévouement admirable excita le zèle d'un grand nombre de chrétiens, et en peu de temps le nouvel institut se répandit sur toute la terre et fat approuvé par Grégoire IX. L'Église célèbre la fête de Notre-Dame de la Merci le 24 septembre.
Réflexions pratiques.
Il n'y a plus aujourd'hui beaucoup de chrétiens captifs entre les mains des Turcs et des Arabes; mais, ô mon Dieu ! qu'il y en a sous les pieds des modernes infidèles, les libres penseurs et les révolu-
tionnaires, trois fois plus infidèles que les Turcs ' Les Turcs, au moins, reconnaissent et adorent Dieu leur Créateur et leur Seigneur, et ils se font un tel honneur de le servir, qu'ils ne savent pas même ce que c'est que le respect humain. Nos infidèles, au contraire, prétendent ne plus croire ni à Dieu, ni à leur âme immortelle et vivante. Ils se font gloire d'être les égaux et les descendants de l'être sans raison !
Prions aujourd'hui la très Sainte Vierge, Mère de Dieu, d'avoir pitié de cet immense troupeau de tyrans^ aussi inhumains que stupides ; prions-la de détruire par un moyen quelconque les horribles institutions sociales qui ont enfanté et qui protègent de pareilles aberrations, et de délivrer notre pauvre société des chaînes ignobles de la libre pensée, du mensonge, des passions, du vice et de la licence sous toutes ses formes.
Mon Dieu 1 rendez-nous libres en foulant aux pieds les chaînes de Tenfer et en nous faisant vivre pour le Ciel.
Plan de méditation.