‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 62 sur 67 · III · texte numérisé non relu

III

Les séductions de la grande ville entraînèrent, un instant, le jeune étudiant hors des voies de la sainteté; mais bientôt, revenu à des idées plus sérieuses, il demanda et reçut le baptême, et dès lors il ne songea plus qu'à pleurer ses péchés. Après ses études, Jérôme, pour perfectionner ses connaissances, entreprit de nombreux voyages dans les Gaules d'abord, puis dans l'Orient. Il en profita pour voir les personnages célèbres qui s'y trouvaient alors en grand nombre. Dégoûté du monde et de ses frivolités, le savant jeune homme résolut de se retirer dans la solitude, et n'emportant avec lui que sa bibliothèque, il s'embarqua pour Antioche. Les déserts de la Syrie étaient alors peuplés de monastères florissants, placés sous la direction de l'abbé Théodore; le jeune homme s'y rendit et fut reçu parmi les cénobites dont il partagea désormais les jeûnes et les travaux.

Mais le démon qui prévoyait les services impor-

tants que Jérôme rendrait dans cette retraite, à j'Eglise, employa toute sa malice pour la lui faire abandonner. Il se servit de son imagination de feu pour lui peindre, sous les plus vives couleurs, les objets les plus séduisants qu'il avait vus autrefois à Rome, et pour faire bouillonner dans sa chair les passions les plus humiliantes* Mais l'athlète du Christ, loin de se laisser abattre par ces assauts incessants , redoubla d'austérités ; il couchait sur la terre nue, passait les nuits et les jours à se frapper la poitrine avec un caillou et à verser des larmes, se refusant toute nourriture pendant des semaines entières. Ces prières et ces larmes furent enfin vie-

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torieuses, et les attaques mêmes du démon firent éclater sa sainteté.

La victoire n'était pas encore complète. Saint Jérôme avait emporté dans le désert des auteurs profanes, et, au milieu de ses mortifications, il se plaisait à converser avec Cicéron et Quintilien L'ardeur et le plaisir avec lesquels il les lisait dégénéraient en passion. Il en éprouva des remords. Dieu, qui réservait pour lui cette grande intelligence, l'en corrigea pour toujours. Il permit que le Saint eût une vision pendant laquelle il fut traîné au tribunal du Juge suprême. Là, Jésus-Christ lui demanda qui il était : « Je suis chrétien, répon^ dit-il —Tu mens, lui dit le juge. Tu es cicéronien, non chrétien. Là oîi est ton trésor, là est aussi ton cœur. » A ces mots il fut traité avec beaucoup de sévérité. Cette vision fit une si vive impression sur son esprit, qu'il n'en perdit jamais le souvenir. Dès ce jour, il abandonna les auteurs profanes, et se mit à lire les saintes Écritures avec plus d'ardeur qu'il ne lisait auparavant les auteurs profanes. Afin de les comprendre dans le texte original, il étudia l'hébreu. Un solitaire juif lui donna les premières leçons de cette langue, et, sous sa direction , saint 'Jérôme n'hésita pas à abandonner sa rhétorique pour épeler l'alphabet. Qui pourrait dire tous les efforts , et toutes les violences qu'il fut obligé de se faire dans cette nouvelle étude fastidieuse ! Maintes fois fatigué, abattu et découragé, il l'avait abandonnée, puis, pressé par la soif d'apprendre, il recommençait.

Au bout de quatre ans de luttes et de combats de toute espèce, Jérôme changea son désert contre la

solitude de Bethléem, qu'il avait choisie pour son tombeau. Toutefois, il en sortit pour aller à Antioche où Paulin, son évoque, l'ordonna prôtre malgré lui, à cause de sa vertu. L'austère religieux se soumit, mais à la condition qu'il ne serait attaché à aucune église et qu'il ne quitterait point la profession monastique. Trois ans après , il se rendit à Constantinople pour se perfectionner dans la connaissance des saintes Écritures. Il devint auditeur assidu, ou pour mieux dire, le disciple de saint Grégoire de Nazianze, en ce moment évoque de cette ville. Il était alors âgé de quarante-cinq ans. Deux ans après, il accompagna Paulin, évêque d'Antioche, dans un voyage à Rome, où un concile fut convoqué pour condamner l'hérésie des ApoUinaristes.

Saint Ambroise, archevêque de Milan, avait été élu pour être le secrétaire du Concile, mais étant tombé malade, il fallut en choisir un autre. On ne savait sur qui jeter les yeux, lorsque le pape Damase proposa le moine Jérôme. Le savant religieux fut proclamé secrétaire au milieu des acclamations unanimes. L'éclat avec lequel saint Jérôme avait rempli sa tâche et soutenu la discussion pendant le Concile, appela sur lui l'attention du pontife, qui se l'attacha en qualité de secrétaire et d'archidiacre. Sur l'ordre du pape, le grand docteur entreprit la traduction des Livres saints, que l'Église devait un jour adopter sous le nom de Vulgate.

Après la mort du pape Damase, les •ennemis de saint Jérôme levèrent hautement la tête et lancèrent contre lui d'indignes calomnies. Les coupables furent convaincus d'imposture. Le Saint ne profita

point de son triomphe, et après avoir confondu ses ennemis, il retourna dans sa solitude de Bethléem. De nombreux disciples accoururent aussitôt autour de l'illustre cénobite, et bientôt deux monastères, l'un d'hommes, l'autre de femmes, furent fondés. Saint Jérôme eut la direction de ces deux communautés. De toutes les parties de la terre on recourait à lui, comme à un oracle, pour le consulter sur les questions les plus difficiles de l'Écriture sainte. Saint Jérôme, âgé de cent ans, avait un corps frêle, décharné et maladif, mais une âme impétueuse et forte. Après avoir été éprouvé par toutes le tribulations du corps et de l'âme, il passa de la terre au ciel, le 30 septembre de l'an 420. Son corps, enseveli à Bethléem, fut dans la suite transféré à Rome, dans la basilique de Marie-de-la-Crèche. L'Église l'a mis au nombre des docteurs.

Réflexions pratiques.

Au ,milieu des plus sévères austérités, dans les profondeurs de la retraite, saint Jérôme craint sans cesse les jugements de Dieu. Jour et nuit il redoute le moment effrayant où il sera cité au tribunal terrible du souverain Juge. Et nous pécheurs, nous ne pensons jamais aux redoutables vengeances divines. Et cependant, ne nous faisons pas illusion, il faudra nécessairement comparaître bientôt devant le tribunal de Jésus-Christ pour y être jugé sur le bien et le mal que nous aurons faits. Il n'y a rien de plus certain que cette vérité.

Que dirons-nous à la vue de tant de pensées mauvaises , de tant d'actions criminelles , de tant de

grâces méprisées ? Oh! le terrible jour que le jour de la colère du Seigneur, où tout sera découvert, jusqu'aux mouvements les plus cachés du cœur; où tout sera compté jusqu'aux moindres soupirs et où Ton ne rabattra rien! Les justes seront à peine trouvés justes, que sera-ce des pécheurs?

Quelle sentence portera-t-on sur nous? Celle que nous aurons méritée. Sommes-nous prêts à rendre compte à Dieu de tous les actes de notre vie? A l'exemple de saint Jérôme quittons le péché, embrassons la croix et nous nous réjouirons au jour du jugement lorsque les impies trembleront.

Plan de méditation.

h Ce que saint Jérôme a fait de l'Écriture sainte. II. Ce que la Sainte Écriture a fait de saint Jérôme.

Autre.

I Considérons dans saint Jérôme : l^ le jeune chrétien; 2° le prêtre de Jésus-Christ; 3^^ le Docteur de l'Église.

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