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lâtres pour les éclairer des lumières de l'Évangile et leur faire comprendre les pitoyables et grossières erreurs du paganisme. Ils parlaient avec tant de sagesse, d'énergie et d'onction, que par leurs entretiens familiers sur la religion, et par la sainteté de leur vie ils convertirent en peu de temps la plus grande partie delà ville. Leur maison ne désemplissait point de prosélytes. Ce pauvre peuple, honteux de son aveuglement, ouvrait enfin les yeux à la vérité et chacun s'empressait de venir demander le baptême.
Un changement si merveilleux était trop éclatant, pour ne pas faire du bruit dans le pays. L'empereur Maximien fut averti que deux étrangers, qui depuis quelques années exerçaient le métier de cordonnier, avaient fait presque plus de chrétiens à Soissons, que ses édits foudroyants n'en â\ aient peut-être fait périr dans tout l'empire. Maximien, qui était alors dans les Gaules, écrivit à Rictius-Varus, préfet de prétoire, le plus inplaçable ennemi qu'eût alors la religion chrétienne, pour lui ordonner de se rendre incessamment à Soissons afin de s'assurer des faits allégués contre les deux coidonniers chrétiens et de les lui envoyer pieds et mains liés. Ce magistrat fidèle aux ordres de l'empereur se rend dans la ville désignée et fait comparaître à son tribunal les zélés missionnaires. « Êtes-vous, leur dit-il, ces deux fameux enchanteurs, qui sous le masque de cordonniers, prêchez une religion proscrite dans tout l'empire? — Seigneur, répondirent-ils, nous sommes chrétiens, par la grâce de Dieu, et les chrétiens professent et annoncent la vérité, et ignorent tout
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ce qui est enchantement, sortilèges et magie. )> Le préfet n'en voulut pas entendre davantage ; après les avoir chargés de fers, il les envoya à l'empereur, en lui disant que tout ce qu'on avait publié de ces deux cordonniers était vrai. Maximien en les voyant devant lui leur demanda d'où ils étaient et quelle était leur religion. « Nous sommes Romains, répondirent-ils, et nous sommes chrétiens, c'est-à-dire serviteurs du vrai Dieu. C'est pour éclairer ces malheureux peuples ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie que nous avons quitté notre patrie. — Vous êtes chrétiens, et vous avez l'insolence de vous en glorifier en ma présence. Ignorez-vous mes édits ? Ne savez-vous pas que rien ne m'est plus odieux que le nom de chrétien et que j'ai juré par mes dieux de l'éteindre dans le monde. — ^^jus n'ignorons pas, grand prince, vos incompréhensibles préventions contre le christianisme et votre attachement obstiné aux ridicules extravagances du paganisme. Aussi nous gémissons devant Dieu de votre aveuglement et nous le prions de vouloir vous dessiller les yeux pour vous faire voir la vérité. )>
L'empereur frappé de la fermeté et de la sagesse de nos deux Saints ne voulut pas discuter avec eux. Il se contenta de leur dire que s'ils voulaient renoncer à leur religion, il les comblerait de bienfaits ; mais aussi que s'ils persistaient dans leur entêtement, ils devaient s'attendre à finir leurs jours dans les plus horribles supplices. Aussitôt il les fît reconduire à Soissons, devant le préfet Rictius-Varus. Ce tyran toujours altéré du sang chrétien leur demanda s'ils persévéraient dans leur mépris pour les
dieux de l'empire. La noble et courageuse réponse des deux confesseurs fut cause qu'on les mit à la plus cruelle torture. Pendant leur supplice nos Saints sans se plaindre ne cessent de bénir Dieu et de chanter ses louanges. Le préfet ordonne ensuite qu'on leur attache d'énormes pierres au cou et qu'on les précipite dans la rivière de l'Aisne. Par un prodige inouï, les pierres et les martyrs restent sur l'eau comme du liège. A ce spectacle, le peuple bénit les martyrs et acclame la religion chrétienne. Le tyran enragé de ce que les tourments qu'il inventait ne servaient qu'au triomphe de la religion et des confesseurs, les fit plonger dans une chaudière remplie de plomb fondu. Tous les spectateurs frémissaient à la vue de cet affreux supplice. Les Saints restèrent impassibles et se mirent à chanter, plus mélodieusement que jamais, les louanges du Seigneur. On les précipita ensuite dans les flammes qui ne leur firent aucun mal. Ces divers prodiges confirmèrent les fidèles dans la foi et convertirent un nombre prodigieux de païens. Le lendemain, 25 octobre 287, Crépin et Crépinien eurent la tête tranchée et reçurent ensemble la couronne du martyre convoitée depuis longtemps. Plus tard on bâtit, à Soissons, une grande église sous leur invocation, et saint Éloi enrichit leur châsse de divers ornements.
Réflexions pratiques.
Saint Crépin et saint Crépinien, enfants de sénateurs romains, se font simples ouvriers pour avoir le moyen de convertira Jésus -Christ de nombreux
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païens. Quelle ardente charité! La noblesse et la générosité de leurs sentiments savent relever la bassesse apparente de leur profession. Ils ont acquis, par l'exercice de leur modeste état, un titre plus illustre et plus durable que ceux des plus puissants potentats du monde. Aujourd'hui les grands et les petits les honorent. Leurs noms sont partout prononcés avec respect. Dans plusieurs contrées, de pieuses confréries instituées en leur honneur les ont choisis pour leurs patrons spéciaux, et célèbrent solennellement leur mémoire. Comprenons par là que la véritable grandeur n'est pas dans la puissance, dans l'éclat, dans l'ostentation des sciences humaines, mais dans les ventus chrétiennes qui procurent une gloire éternelle. Demandons à Dieu de nous aider à l'acquérir.
Plan de méditation.
Saints Crépin et Crépinien, admirables modèles de l'apostolat des fidèles : 1° par le bon exemple des vertus privées ; 2° par l'application au travail; 3^ par le zèle de la propagation de la foi.
SAINT DEMETRE, Évêque de Gap
26 octobre.
L'Église de Gap a toujours regardé saint Démètre, l'ami de saint Jean TÉvangéliste, comme son véritable fondateur et son premier évêque. Cet illustre confesseur serait venu de l'Asie, par l'ordre des
saints apôtres Pierre et Paul, évangéjiser les Gaules alors plongées dans la superstition et la barbarie. Démètre se rendit d'abord à Arles et de là il alla fonder le siège de Gap. Seul, sans richesses et sans armes, mais fortifié par la vertu de la croix, il commence par prêcher d'exemple. Il a recours à la prière et à la pénitence ; puis il annonce la doctrine sublime du christianisme. La vie innocente et pure de l'Apôtre, jointe à de nombreux miracles qu'il opérait, le firent regarder comme un ange venu du Ciel. Peu à peu les cœurs droits cèdent à la grâce et de nombreux catéchumènes sont baptisés.
L'enfer, effrayé des progrès que faisait le christianisme, essaya maintes fois d'arrêter les victorieuses conquêtes de Démètre à Gap et dans les environs. Les prêtres des idoles, désolés à leur tour de voir surgir de si nombreux chrétiens du milieu des ruines du paganisme, trament la perte de notre généreux athlète. Ils courent, tout éplorés, se jeter aux pieds du gourverneur et lui font comprendre que s'il ne fait pas disparaître de leurs contrées Démètre, c'en est fait de la religion de l'État. Celui-ci, ému de ces plaintes, ne sait quel parti prendre. Il n'ignore pas l'influence et l'autorité qu'exerçait le pontife sur ses nouveaux adeptes et les difficultés qu'il rencontrerait pour détruire une doctrine si pure. Sa position était embarrassante ; néanmoins, les plaintes devenant plus vives, les murmures plus menaçants, le préfet se crut obligé de condamner à mort le saint confesseur. Il le fit donc arrêter et jeter en prison. Le Pontife fat cruellement tourmenté, mais au milieu de ses tortures, il ne cessa de confesser Jésus-Christ, de prê-
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cher sa loi et d'annoncer son règne à tous ceux qui l'environnaient.
Enfin désespérant de le vaincre et voulant, d'ailleurs, épouvanter le peuple et arrêter les conversions par un châtiment public et sévère, le gouverneur, irrité, condamne Démètre à avoir la tète tranchée sur le lieu même oii l'on avait coutume de faire mourir les grands criminels. Cette sentence inique ne tarda pas à recevoir son exécution. Le saint Pasteur, qui a dévoué sa vie au salut de son troupeau, est tiré de prison et conduit sur une petite éminence au nord de la ville. La foule était nombreuse pour assister à ce cruel spectacle; le généreux confesseur du Christ, arrivé sur le lieu du supplice,^e met à genoux, recommande son âme à Dieu par une courte prière, et, dans cette humble posture, impassible et serein, il attend la mort qui va lui ouvrir les cieux. Bientôt la tête de l'apôtre tombe sous la hache du bourreau, et le sang du martyr jaillit sur cette terre idolâtre : rosée fécondante, il fera, plus tard, produire au centuple la semence de l'Évangile. Il est dit que Démètre une fois décapité se releva de terre, prit sa tête entre les mains et la porta jusque dans la ville. Un vieux tableau, conservé dans un des piliers de l'ancienne cathédrale de Gap, retrace ce fait merveilleux. On conserve encore aujourd'hui dans l'église de Gap de précieuses reliques de ce glorieux propagateur de la foi dans nos Alpes.
Réflexions pratiques.
Saint Démètre est arrivé à Gap à travers mille dan. gers, poussé par son zèle et guidé par les anges tuté-
laires du pays. Après avoir arraché à la sueur desoD visage les ronces qui couvraient le champ du père de famille, il Tarrosa de son sang, et ce sang lui donna une étonnante fertilité qui lui fait porter encore, en abondance, des fruits de vertu et de sainteté. Quelle reconnaissance, quel amour payeront jamais d'aussi grands bienfaits !
Bon nombre de chrétiens regardent le zèle comme une vertu qui n'est propre qu'à des hommes apostoliques. C'est une erreur, car il y a un zèle qui est obligatoire pour tout le monde. 11 consiste à donner le bon exemple, à pratiquer la correction fraternelle et à prier pour la conversion des pécheurs. Sommesnous animés de ce zèle ? Que répond notre lâcheté et notre froideur à faire l'œuvre de Dieu ? Ah I Seigneur, si nous manquons de zèle, c'est que nous manquons d'amour pour vous.
Plan de méditation.