TN MODÈLE
Cest vrai ; sortons donc, w Et, prenant un chemin détourné, il va s'asseoir au Forum^ où il continue simplement sa prédication, tandis que les furieux le cherchaient chez lui. Cependant les païens, qui ont trouvé la maison vide, accourent au Forum, et, plus indignés encore de le voir prêcher en plein air, ils allaient le massacrer, quand un spectacle horrible les arrête : ce sont trois possédés du démon, connus dans la cité, qui s'élancent avec fureur en se livrant à des convulsions épouvantables : « Abercius, s'écrient-ils, Abercius, au nom du Dieu véritable, cesse de nous tourmenter avant le temps. » La foule, arrêtée soudain par ces énergumènes, fixait le Saint, dont la noblesse et la douceur la frappaient d'étonnement, en même temps que les contorsions des malheureux la jetaient dans la terreur. — L'évêque éleva les mains : « Dieu tout-puissant, Père de Jésus- Christ, afin que ce peuple vous reconnaisse pour le Dieu véritable, daignez délivrer ces trois infortunés des chaînes de Satan. » Et de son bâton, déjà vainqueur des idoles, il les toucha. Aussitôt les démons sortirent en poussant des hurlements affreux et les trois possédés tombèrent inanimés aux pieds du saint évêque. Celui-ci les releva. Et ils jurèrent de ne plus le quitter. La foule frappée d'étonnement à la vue de ces prodiges, au lieu de chercher à mettre à mort Abercius, s'écrie unanimement : « Le vrai Dieu est le Dieu d' Abercius. Le baptême ! le baptême !»
Le pieux prélat instruisit cette multitude avide de vérité, jusqu'à trois heures, sur ce forum même, profané la veille par toutes sortes d'orgies, et quand il
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voulut se retirer : « Non ! non I crièrent-ils, le baptême tout de suite! » — Abercius, voulant les éprouver, remit au lendemain ; mais ils demeurèrent devant sa maison; et à minuit, touché de leur persévérance, il sortit et allant à l'église, il conféra le baptême à cinq cents néophytes.
Toute l'Asie s'émut de cet événement; on accourait de toutes les provinces pour voir et entendre le thaumaturge. C'est là qu'on vit un jour arriver la mère du gouverneur d'Hiérapolis. Cette femme était aveugle et s'écriait : « Homme de Dieu, rendez-moi la vue! — Femme, je ne suis qu'un pécheur; si pourtant vous croyez fermement au Dieu que j'adore, il peut vous guérir. — Je crois, touchez mes yeux et je verrai. — Si vous croyez, voyez.» Aussitôt les yeux de l'aveugle s'ouvrent et elle reçoit le baptême. Le gouverneur vint remercier l'évêque, demandant quelle récompense on pourrait lui offrir. — « Aucune autre récompense que votre âme, » répondit l'évêque, mais le gouverneur n'osa pas se convertir.
Dieu daigna offrir alors par son serviteur Abercius la même grâce à un homme plus puissant. L'empereur Marc-Aurèle avait associé au trône Lucius Verus, à qui il devait donner pour épouse sa fille aînée, Lucilla, âgée de seize ans. Quelques jours avant le mariage, la future héritière de l'empire fut saisie d'une obsession démoniaque affreuse. Elle labourait ses chairs de ses ongles ensanglantés, se roulait, se rongeait, et cependant l'univers attendait l'alliance impériale. Toutes les consultes, tous les remèdes furent inutiles. L'enfant, au milieu des convulsions, répétait sans cesse : « Je ne sortirai d'ici
que par ordre d'Abercius, évêque d'Hiérapolis. » Des officiers de l'empereur furent donc envoyés, et après un rapide voyage, ils arrivèrent aux portes d'Hiérapolis. Là, après s'être concertés avec le gouverneur, ils allèrent prier le saint évêque de se rendre aux désirs de Marc-Aurèle. « Très volontiers, )> répondit Abercius et au bout de quarante jours il arrivait à Rome. L'empereur en était parti pour la guerre de Germanie. 11 fut reçu par l'impératrice Faustine. « Je sais par la renommée, lui dit l'impératrice d'un ton très ému, que vous servez un Dieu très bon et très puissant et que par lui vous faites des choses vraiment merveilleuses : sauvez ma fille; nous vous comblerons d'honneurs et de biens. — Ce que Dieu nous donne gratuitement, nous en usons gratuitement ; où est votre fille ? »
On veut amener Lucilla; le démon qui la possède s'y oppose, ce sont des rages et des convulsions plus étranges qu'aucune des précédentes. « Te voilà donc, Abercius, w s'écriait le démon par la voix de la possédée et il vomissait mille injures et tourmentait sa victime. — Abercius, les yeux élevés vers le Ciel, se met à prier : « Esprit du mai, sors de cette jeune fille? Jésus-Christ te l'ordonne. » Et la possédée tomba inanimée. « Qu'avez-vous fait! s'écria Faustine effrayée, le démon en partant a tué ma fille? » Abercius tendit la main à Lucilla, elle sembla sortir d'un profond sommeil. Faustine, fondant en larmes, se précipita sur sa chère enfant qu'elle couvrit de ses baisers. Puis elle supplia Abercius d'accepter un témoignage de sa reconnaissance. « Que pouvez-vous donner à qui n'a besoin de rien? Un morceau de
pain et quelques gouttes d'eau me suffisent. » Elle insista. Alors l'évêque, songeant aux pauvres d'Hiérapolis, demanda quelques secours pour eux. L'impératrice donna immédiatement l'ordre d'inscrire la cité d'Hiérapolis pour une distribution annuelle et gratuite de trois mille mesures de froment. Ce don fut accordé pendant deux cents ans, jusqu'au règne de Julien l'Apostat, qui abolit tous les privilèges des chrétiens. La famille impériale, si favorisée du Ciel, au lieu de se convertir, continua de vivre dans l'idolâtrie; mais Dieu ne tarda pas de la punir. Lucilla épousa Yérus, mais l'un et l'autre moururent très misérablement peu après leur mariage.
Quant à notre Saint, il se rendit en Syrie, parcourut un grand nombre de jfays oh. il continua de prêcher la bonne nouvelle, de convertir de nombreux païens et d'opérer un nombre incalculable de miracles. Enfin, après avoir reçu les derniers sacrements, choisi et béni son successeur, il rendit à Dieu sa belle âme et alla recevoir la récompense due à ses mérites.
Réflexions pratiques.
Un zèle pur et désintéressé dans la recherche de la gloire de Dieu et le salut des âmes est toujours efficace. Un courage invincible dans la défense de la religion et le triomphe de la vérité est toujours couronné de succès. La vie de saint Abercius nous en fournit une preuve frappante. Une fois à la tête de son peuple, il n'a qu'une seule ambition, celle d'en faire un digne troupeau de Jésus-Christ. Aussi, à l'exemple du Bon Pasteur, il court partout après la
brebis égarée, affronte pour la trouver tous les dangers et se trouve toujours prêt à donner sa vie pour le salut de ses ouailles. Quel dévouement ! Quelle abnégation 1 — Oh ! apprenons de saint Abercius à défendre, coûte que coûte, les intérêts de Dieu, notre foi, nos sacrements contre les attaques et les sarcasmes du monde. Soyons comme ce saint prélat les avocats de la vérité et de la religion. Ne rougissons jamais de ce qui doit faire un jour notre bonheur et notre gloire dans le Ciel. Avons-nous toujours professé hautement et courageusement nos croyances dans nos familles, en public et en particulier ? Que de défections dans l'accomplissement de nos devoirs?
Plan de méditation.
Pourquoi les miracles de saint Abercius qui : 1° excitent l'admiration des spectateurs ; qui 2° guérissent de nombreux malades ; 3° ne convertissent-ils pas les témoins de ces merveilles ?
SAINJ MARCEL, Centurion et Martyr en Afrique
30 octobre.
Saint Marcel était centurion, c'est-à-dire capitaine de cent hommes, dans la légion Trajane, sous l'empire de Maximien et de Dioclétien. Il faisait publiquement profession du christianisme et il en donna des preuves dans une réjouissance publique prescrite aux soldats, le 21 juillet, le jour anniversaire
de la naissance des empereurs. Dès le matin, les soldats couronnés de fleurs se livrèrent à la joie des festins, puis ils vinrent présenter de l'encens devant une statue de l'empereur et oflrir des sacrifices aux dieux. Marcel, détestant ces sacrifices idolâtres et ces superstitions impies, déclara publiquement qu'il refusait d'y prendre part. S'étant rendu au camp où étaient les drapeaux de la légion, il quitta son baudrier à la tête de sa compagnie et déclara à haute voix qu'il était soldat de Jésus-Christ, le roi éternel. Il déposa aussi ses armes, le bâton qui était la marque de sa dignité, et ajouta : « Je renonce dès ce moment au service de vos empereurs ; je n'ai que du mépris pour vos dieux de bois eh de pierre, et pour vos idoles sourdes et muettes. Si on ne peut porter les armes sans sacrifier aux dieux et aux empereurs , j'abandonne très volontiers tous les ornements militaires, et je dis adieu aux aigles et au camp. »
Les soldats fort surpris de ce qui venait d'arriver, se saisirent de Marcel, et le dénoncèrent au préfet de la légion qui le fit mettre en prison. Après la fête, le préfet ayant assemblé son conseil de guerre fit cornparaître Marcel et lui dit : « Pourquoi avez-vous violé les règles de la discipline militaire, en jetant à terre vos armes et les marques de votre dignité? — J'en ai suffisamment donné la raison, répondit le centurion, lorsque à la fête du 21 juillet, j'ai déclaré publiquement que j'étais chrétien, et qu'en cette qualité je ne servirais plus que Jésus-Christ à qui je me suis lié par serment. — Votre emportement, reprit le juge, a trop éclaté pour que je puisse le dissimuler et je dois en informer les empereurs. En at- IV. 8
tendant, je vous ferai conduire sous bonne garde à Aurèle-Agricola, qui est, comme vous le savez, lieutenant du préfet du prétoire dans la province de Tanger, et y commande en chef, pendant son absence. Ce ne fut que le 30 octobre suivant que l'on présenta Marcel à Agricola. L'officier, auquel il avait été confié , le présentant au gouverneur lui dit : « Seigneur, voilà le centurion Marcel que le préfet Fortunat envoie par-devant Votre Grandeur. Il vous écrit, et si vous l'ordonnez on fera lecture de sa lettre. »
Agricola fit lire publiquement la lettre où le préfet lui donnait connaissance de tout ce que Marcel avait dit et fait contre Thonneur des dieux et des empereurs, et contre les lois de la discipline militaire; ensuite s'adressant à Marcel, Agricola lui dit : « Ce que votre commandant me dit de vous est-il vrai? Avez- vous parlé de la sorte? » Marcel répondit : « Oui, Seigneur, j'ai tenu ces discours. Je ne m'en défends pas, — Quelle fureur vous a porté, dit le juge, à violer ainsi le serment que vous avez fait aux empereurs? — N'appelez point fureur, répondit Marcel, ce qui n'est qu'un efTet de la crainte de Dieu. — *Vous avez jeté vos armes, reprit Agricola. — Je les ai jetées. Je n'ai pas cru qu'il fût de la dignité d'un chrétien qui a l'honneur de servir Jésus -Christ, de rester au service d'un homme mortel. » Aussitôt Agricola porta contre le centurion la sentence de mort : « Nous condamnons Marcel à avoir la tête tranchée, dit le juge, pour avoir violé le serment militaire, et avoir proféré des paroles peu respectueuses contre l'empereur et les dieux. »
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Marcel, se rendant au supplice, dit à Agricola : « Que le Dieu tout-puissant que j'adore, vous comble, Seigneur, de ses bénédictions. » Ce fut dans ces sentiments de douceur et de charité que mourut le saint martyr, le 30 octobre 278.
Réflexions pratiques.
Obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes , telle a été la conduite des martyrs et de tous les saints. Telle a été la devise de saint Marcel que nous honorons aujourd'hui. Tant que la loi des empereurs n'exigea de ce brave officier rien de contraire à sa conscience, il fut docile comme un agneau à leur obéir et à déployer à leur service un courage vraiment héroïque, mais dès qu'on veut l'obliger à faire un acte d'apostasie, il préfère tout perdre, même la vie, plutôt que de se prêter à un action criminelle. — Sont-ce là nos sentiments? Faisons-nous passer l'obéissance que nous devons à Dieu avant celle que nous devons à la créature? Que répondent nos transgressions incessantes à la loi divine et à la loi de l'Église ? Après tout, qu'est-ce que Dieu exige de nous, en réclamant notre soumission à sa volonté? Est-ce notre malheur? notre infortune? Nullement. Il ne veut que notre bonheur. S'il nous demandait nos richesses, notre santé, notre vie, nous ne devrions pas hésiter à les lui donner, car tout ce qui est à nous lui appartient. Mais que demande-t-il jde nous ? Un léger sacrifice, un effort facile, un renoncement peu coûteux; en un mot, il demande que nous préferions son service à celui du démon et il nous offre le Ciel
en récompense. Ne sommes-nous pas des ingrats et des insensés de nous montrer rebelles?
Plan de méditation.
I. Saint Marcel s'est trouvé dans les dispositions d'un fidèle disciple du Sauveur.