‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 21 sur 68 · SAINT CHARLES BORROMÉE · texte numérisé non relu

SAINT CHARLES BORROMÉE

4 novembre.

Saint Charles, de l'illustre famille des Borromée, naquit, le 2 octobre 1538, dans le Milanais, au château d'Arona, sur le lac Majeur. Son père et sa mère étaient l'un et l'autre aussi recommandables par leurs éminentes vertus que par la noblesse de leur origine. Le jeune Saint fut comblé, dès son bas âge, des plus amples bénédictions du Ciel. Une splendeur surnaturelle illumina le château de son père au moment de sa naissance. Sa jeunesse répondit à de si beaux indices : elle fut une merveille d'innocence, d'intelligence pieuse et de vertus naïves. Encore enfant, il mettait son plaisir à dresser des chapelles, orner des autels , imiter les cérémonies et les chants de l'Église. Au collège il n'avait que des goûts graves et partageait son temps entre la prière et l'étude; aussi songea-t-il constamment à entrer dans la carrière ecclésiastique. Ses parents, voulant seconder ses heureuses dispositions, lui firent donner la tonsure cléricale dès qu'il fut en âge de la recevoir. Pourvu, à l'âge de douze ans, d'un riche bénéfice que lui résigna un de ses oncles, il en distribua tous les revenus aux pauvres, ne se réservant que

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ce qui était nécessaire pour fournir à son éducation et au service de l'Église.

Charles, après avoir achevé ses humanités à Milan, alla étudier le droit civil et canonique à Pavie. Là il se montra le modèle de tous ses condisciples, par sa prudence anticipée et la régularité de sa conduite. Les écueils étaient nombreux. Il sut les éviter par sa vigilance sur lui-même. Vainement tendit-on des pièges à son innocence; vainement le vice se présenta-t-il à lui avec tous ses attraits ; il chercha et trouva son salut dans la retraite et la prière. Une fois même ses compagnons d'étude gagnèrent son domestique et firent entrer dans sa chambre une courtisane pour le séduire, ftiais la fermeté du jeune étudiant eut bientôt chassé l'odieux suppôt du démon.

Charles avait une tendre dévotion envers la très Sainte Yierge; il se confessait souvent et communiait tous les dimanches, à l'exemple de son vertueux père, qu'il eut la douleur de perdre à vingt ans. Cette mort Tobhgea à revenir à Milan d'où, après avoir mis ordre aux affaires de sa famille avec une prudence bien au-dessus de son âge, il revint à Pavie et prit le grade de docteur vers la fin de l'année suivante.

Le cardinal de Médicis, ayant été élu pape sous le nom de Pie IV, fit venir près de lui Charles Borromée, qui était son neveu, le créa cardinal à vingt-deux ans, lui donna l'archevêché de Milan et le fit son principal ministre.

Après la conclusion du concile de Trente, qu'il accéléra de toutes ses forces et dont il contribua plus que personne à assurer les heureux effets, prin-

cipalement par l'établissement des séminaires, il obtint la permission de résider dans son diocèse. Son arrivée fut l'époque d'un renouvellement total dans le clergé comme dans le peuple. Jaloux de faire refleurir la sainteté du christianisme dans toute son Église, il célébra de fréquents synodes, et surtout il s'appliqua à donner lui-même l'exemple de la perfection chrétienne. 11 pratiquait des austérités qu'on n'aurait jamais soupçonnées, au milieu des fatigues et des travaux continuels d'une vie tout apostolique. Cependant ses jeûnes furent d'abord modérés, pour habituer par degrés son corps à la mortification. Plusieurs années avant sa mort il jeûnait tous les jours au pain et à l'eau, excepté les dimanches et les fêtes, où il ajoutait quelques légumes et quelques fruits au pain qu'il mangeait. Il s'était interdit pour toujours l'usage de la viande, du poisson, des œufs et du vin. En carême, il ne mangeait plus de pain; des fèves bouillies et des figues sèches faisaient toute sa nourriture; pendant la Semaine Sainte son abstinence était plus rigoureuse encore. Mais les pratiques dont nous venons de parler ne suffisaient plus à son zèle pour la mortification. Un rude cilice couvrait toujours ses reins ; son sommeil était très court, et la veille des grandes fêtes il ne dormait point, il passait la nuit en prières. Le saint évêque s'étant ainsi préparé à la réforme de son diocèse où l'on voyait, à côté de tous les désordres les plus effroyables, l'ignorance presque générale des vérités de la foi, se mit à l'œuvre avec un courage que rien ne put ébranler. Il n'y avait plus de régularité dans les presbytères et la dissolution

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la plus scandaleuse régnait dans les cloîtres. La première chose que fit saint Charles, pour remédier à tant de maux, fut de publier dans tout son diocèse les décrets du concile de Trente et ceux de son premier concile provincial, afin que personne ne pût alléguer le prétexte de l'ignorance. 11 visita toutes les églises qu'il fit décorer magnifiquement, rehaussa la majesté du culte, réforma les confréries, fonda de tous côtés des écoles chrétiennes pour y enseigner gratuitement la religion. — Le courageux prélat voulut visiter les parties les plus reculées de son diocèse et courir partout à la recherche des brebis errantes et perdues. Rien ne fut capable d'arrêter sa marche à travers les neiges, les roches et les torrents. Il prêchait aux haOltants de la campagne et faisait lui-même le catéchisme aux enfants. Il allait sous le chaume et jusqu'au fond des cabanes les plus écartées, instruire les vieillards, encourager les malades et porter à tous des paroles de paix et de salut. L'illustre Pontife eut soin de destituer les prêtres ignorants et vicieux pour mettre à leur place des sujets capables de faire refleurir la foi et les mœurs. Il renouvela ainsi la face du pays.

Jusque-là tout semblait aller selon les désirs du pieux archevêque. Avec beaucoup de peine il était parvenu à réformer les monastères de femmes, avec de plus grandes luttes encore les monastères d'hommes; mais il faillit 'perdre la vie en s'efForçant de réformer l'ordre des Humiliés, dont il était le protecteur auprès du Saint-Siège. Le zèle ardent qu'il déploya dans cette circonstance lui attira de nombreux ennemis. Un complot se forma et la mort du saint

évêque fut résolue. Le 26 octobre 1569, au moment où le Saint faisait la prière du soir avec les personnes de son entourage, un misérable, les armes à la main, se glissa à la porte de la chapelle et lui tira un coup d'arquebuse. La balle le frappa entre les épaules; mais, par un miracle bien visible, elletomba sans force à ses pieds, en laissant seulement une tache noire sur son rochet. Tous ceux qui étaient avec le pieux prélat furent saisis d'effroi, saint Charles seul demeura calme et tranquille, continuant sa prière comme s'il ne se fût rien passé d'extraordinaire.

Cet événement réveilla dans le Milanais l'amour que les fidèles portaient à leur pasteur. Le cardinal profita de leurs bonnes dispositions pour déraciner les abus qui régnaient encore dans son diocèse, et après des efforts soutenus, il réussit complètement et eut le bonheur de le voir régénéré.

En 1576, le plus redoutable des fléaux, la peste, affligea la ville de Milan. Charles Borromée était à Lodi où il assistait un évêque sur son lit de mort, quand il en apprit la première nouvelle. Il se hâta de courir au secours de son cher troupeau. On le vit alors, plein d'une ardente charité, sans aucune crainte de la contagion, parcourir la ville, prodiguer aux malades et les secours et les consolations. Lorsque ses ressources furent épuisées il fît fondre sa vaisselle, vendre le mobilier de sa maison et ses habits pour subvenir aux besoins des malheureux. Ne se réservant pas même un lit, il se réduisit à coucher sur une planche toute nue. En vain on le pressa de quitter Milan et de mettre à l'abri des jours si précieux à son peuple : « C'est surtout au

moment du danger, dit-il, que le pasteur doit être au milieu de son troupeau. » Et il ne cessait de visiter les pauvres victimes du terrible fléau. Il les soignait avec une tendresse vraiment maternelle et leur administrait de ses propres mains les sacrements de l'Église. Persuadé que les fléaux sont la punition du péché, il exhortait son peuple à la prière, à la componction et à la pénitence. Il ordonna trois processions générales, auxquelles il assista la corde au cou, les yeux baignés de larmes, et continuellement fixés sur un crucifix qu'il tenait entre ses mains.

Les magistrats blâmant les processions et les autres pieuses réunions que le Saint prescrivait : « Quand les remèdes humains, leur répondit-il, sont impuissants, il faut recourir à ceux de la religion. Que ces exercices de piété ne vous donnent pas d'inquiétude. Loin d'augmenter le mal, ils le feront cesser. » Ce fut une prophétie qui ne tarda pas à s'accomplir : la contagion épargna tous ceux qui avaient assisté aux processions, et il ne mourut que deux personnes de la nombreuse maison épiscopale, et encore, celles-là mêmes qui n'avaient pas accompagné le Saint dans ses courses auprès des malades. Après quatre mois de désolation, les ravages de l'épidémie cessèrent. Le cardinal rendit à Dieu de solennelles actions de grâces et ordonna pour les morts des prières publiques qui durèrent trois jours.

Le 24 octobre 1584, après une sérieuse retraite où il se prépara à la mort, notre illustre pontife, âgé de quarante-six ans, fut pris d'une fièvre continue ; il reçut avec un indicible amour le pain des Anges,

puis les onctions saintes de l'Église ; ensuite, étendu sur un cilice couvert de cendres, il demeura quelques heures dans une douce agonie, et passa paisiblement au sein de l'éternité, le 3 novembre. 11 avait gouverné sa grande et difficile Église pendant vingtquatre ans, avec une énergie, une prudence, une sainteté et une charité qui se ne démentirent pas un seul jour.

Réflexions pratiques.

Saint Charles est sans contredit un modèle achevé de toutes les vertus chrétiennes et sacerdotales. Néanmoins celles qui brillent d'un éclat tout particulier dans sa vie admirable sont l'abnégation, l'oubli de ses propres intérêts et son ardente charité pour le prochain.

I. Ses jeûnes continuels, ses disciplines extraordinaires, ses pèlerinages multipliés, ses courses incessantes après les brebis égarées, le cilice qu'il portait constamment et qu'il ne quitta pas même sur son lit de mort sont des preuves irrécusables de son austérité. — Et nous, comment traitons-nous notre corps ? Ce prince si vertueux, si délicat et si accablé d'affaires, n'omettait aucune de ces mortifications que nous repoussons. Que lui répondrons-nous au jour du jugement, nous pécheurs si coupables, quand il nous accusera par son exemple.

II. Fidèle imitateur de Jésus-Christ, saint Charles brûlait du désir le plus ardent de donner sa vie pour le troupeau confié à ses soins. Comme j'aime à le contempler au milieu de la ville de Milan, alors que la peste décime ses infortunés habitants! Quelle

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ardente charité ! Quel dévoùment héroïque ! Quelle générosité incomparable il déploie! Père tendre et pasteur dévoué d'amour pour son peuple, il devient le serviteur de tous les malheureux, et mille fois il offre à Dieu sa propre vie pour l'expiation des péchés qui ont armé le bras terrible de la Justice de Dieu contre son diocèse. — Et nous, cœurs étroits et égoïstes, songeons-nous à faire du bien ? Et pourtant, si nous n'ayons pas cette charité qui se manifeste par des œuvres nous ne sommes pas les aimés de Dieu. Y pensons-nous? Quelles résolutions devons-nous prendre! 0 mon Dieu! allumez dans mon âme le feu de la plus ardente charité.

Plan de méditation,

I. La vocation de saint Charles prouvée : 1" par son innocence; 2° sa docilité; 3° son désintéressement.

II. Ses œuvres : 1° ses réformes; 2° sa charité; 3" sa conduite héroïque durant la peste de Milan.

SAINTE MARIE, Esclave et MAR-miE

5 novembre.

Sous l'empire de Dioclétien vivait à Rome une jeune fille d'une piété remarquable. Son nom était Marie, et elle était esclave de Tertulus, sénateur romain. Dans la maison de son maître tout le monde était païen. Elle seule avait le bonheur de connaître Jésus-Christ qu'elle priait sans cesse et secrètement. Néanmois l'occasion de manifester sa foi et de con-

fesser le nom de Jésus-Christ ne tarda pas de se présenter et elle le fit avec un courage vraiment héroïque. Voici dans quelle circonstance :

C'était l'usage chez les Romains de célébrer le jour anniversaire de la naissance d'un enfant par une fête de famille. La fête consistait principalement en un sacrifice aux faux dieux, et en un grand repas , où l'on servait, parmi les autres viandes, quelquesunes de celles qui avaient été offertes aux idoles. Marie s'abstint du sacrifice et du festin. Elle jeûnait ce jour-là comme elle le faisait toutes les fois que les païens célébraient leurs fêtes impies. Une autre fille , sa compagne de service, voyant que Marie ne mangeait pas, alla en informer sa maîtresse. Celle-ci, attribuant cette conduite mortifiée à des ennuis occasionnés par certains reproches que le maître de la maison lui avait faits quelques jours auparavant, lui dit avec bienveillance : « Oubliez le passé, mangez comme les autres, et prenez part aux réjouissances de la famille. )> Marie croyant que le temps était venu de montrer ce qu'elle était, répondit à sa maîtresse : a Ce n'est point pour un motif d'affliction que je m'abstiens de prendre des aliments, mais parce que ma religion me défend de manger des viandes offertes à vos idoles. Je suis chrétienne, cet aveu explique d'un seul mot toute ma conduite dans cette circonstance. » Sa maîtresse, peu satisfaite de ces explications, lui commanda d'aller manger avec les autres. Voyant que Marie s'en excusait, elle lui dit d'un ton absolu : « Je suis maîtresse et je veux être obéie et si vous persistez dans votre résistance, je vous ferai traiter en esclave. » Marie lui ré-

pondit modestement mais avec fermeté ; a Je suis chrétienne, née de parents chrétiens et affranchie par le baptême de la servitude du démon. Je connais ma condition, et je n'ignore pas que je suis esclave, mais rien ne pourra me faire renoncer à la liberté que Jésus-Christ nous a acquise par son sang. »

Tertulus instruit de ce qui se passait, employa tous les moyens possibles pour engager Marie à manger de la viande des sacrifices et à sacrifier elle-même aux idoles. Il menaça de la dénoncer à l'empereur comme chrétienne et de la faire périr misérablement si elle désobéissait. Mais rien ne fut capable d'ébranler la généreuse servante.

Le sénateur, craignant de perdre son esclave si elle était dénoncée, la fit fouetter cruellement dans l'espérance de lui inspirer d'autres sentiments ; puis l'enferma pendant quarante jours dans un obscur cachot où elle n'avait de nourriture qu'autant qu'il lui en fallait pour ne pas mourir de faim. Marie trouva sa consolation et sa force dans la prière ; elle se réjouissait de n'avoir plus rien à espérer dans le monde et de souffrir pour Jésus-Christ.

A la fin, le juge informé fit un crime à Tertulus d'avoir caché une chrétienne dans sa maison et ordonna qu'elle lui fût remise. Dans l'interrogatoire que Marie subit, elle répondit modestement, mais avec fermeté : '< Je suis chrétienne, et je veux mourir en chrétienne. » Le peuple, en entendant cet aveu, demanda à grands cris qu'elle fût brûlée. Aussitôt le juge la fit tourmenter avec tant de cruauté que le peuple, qui venait de demander sa mort, ne put supporter ce spectacle et voulut qu'on mît fin à ses tortu-

res. Le juge, craignant une sédition, fit relâcher la servante de Jésus-Christ. Cependant il ne la renvoya point à son maître, mais commanda à un soldat de la garder à vue dans une maison particulière. La Sainte, alarmée surtout du danger que courait sa vertu, trouva le moyen de s'échapper, et alla se cacher dans les rochers où finit sa bienheureuse vie. L'Église l'honore comme une martyre, parce qu'elle en eut le mérite, quoique en réalité elle ne mourut pas dans les tourments.

Béflexions pratiques.

Si nous n'avons pas le bonheur de trouver toujours des exemples de religion dans la maison paternelle ou dans celle d'un maître, apprenons de notre Sainte martyre à être toujours fervents et fidèles à nos pieux exercices. Nous le pouvons et nous le devons. Demandons-en la grâce à Dieu.

Si nos supérieurs nous conseillent des choses contraires aux commandements de Dieu et de l'Église, soyons respectueux envers eux, mais demeurons fermes dans nos devoirs de chrétiens. Ne craignons pas de dire qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. A l'exemple de sainte Marie, soyons toujours disposés à tout endurer plutôt que de faire des actions défendues par l'Évangile. Plutôt mourir que de vous offenser, ô mon Dieu ! c'est ma devise ; j'y serai fidèle.

Plan de méditation.

Devoirs d'une servante. L Elle doit être : 1° fidèle ; 2° obéissante ; 3" dévouée aux intérêts de ses maîtres. II. Marie a été tout cela.

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SAINT LÉONARD, Ermite

6 novembre.

Saint Léonard était un seigneur français qui jouissait d'une grande réputation à la cour de Clovis. Dieu se servit de saint Reœi pour le convertir à la foi. Dès sa jeunesse il renonça au monde, et au lieu d'imiter ses ancêtres qui s'étaient attachés au service des rois de la terre, il résolut de se dévouer uniquement au service du roi du Ciel. Il avait été élevé sous les yeux de saint Rémi parmi les clercs de l'Église de Reims; et, fidèle tmitateur de son maître, il en retraça bientôt toutes les vertus, surtout le désintéressement, le zèle et la charité. Il prêcha la foi pendant quelque temps et fit de nombreuses conversions. Comme on parlait beaucoup des miracles qu'il opérait, on l'appela à la Cour pour lui offrir un évêché, mais il répondit qu'il voulait servir Dieu dans la solitude, et qu'un jour passé dans la retraite vaut mieux que mille ans passés dan^ le palais des princes. Il partit secrètement et se retira d'abord au monastère de Micy, près d'Orléans. De là il passa dans le Berry, où il convertit plusieurs idolâtres et se fixa enfin près de Limoges, dans un lieu appelé Noblac. Des herbes et des fruits faisaient toute sa nourriture. Son zèle le porta bientôt à instruire les peuples du voisinage, et sa parole était si persuasive, que plusieurs de ses auditeurs résolurent d'aller vivre avec lui dans la solitude. C'est pour cela qu'il fonda un monastère devenu célèbre dans la suite et auquel on donna le nom de Saint-Léonard de

Nollac. Le roi pénétré de vénération pour notre Saint, dont les miracles répandaient au loin la réputation, lui fit don d'une partie considérable de la forêt. Léonard y vécut avec ses disciples et en employa tout le revenu à nourrir les pauvres et à racheter les captifs. Quand il avait délivré quelques prisonniers, il les faisait venir auprès de lui, et prenait la peine de les instruire des devoirs du christianisme.

Quelques-uns de ses parents étant venus le trouver dans sa solitude pour embrasser la vie monastique, le Saint leur dit : « Je vous ai fuis et voici que vous me cherchez afin d'arriver au Ciel avec moi. » Ils se jetèrent à ses pieds en lui disant : a Nous voulons vivre avec vous, pour aller ensemble à la maison de notre Père céleste. Nous sommes à vous; jamais nous ne nous séparerons de votre compagnie : montrez-nous la voix du salut, enseignez-nous le secret de plaire à Dieu, nous voulons mourir à son service. :» Le Saint, touché de ce discours, consentit à les garder avec lui, et les anima par des paroles de feu à mettre leur confiance en la Providence qui ne l'avait jamais abandonné, bien, disait-il, qu'il ne fût qu'un misérable pécheur. Bientôt on accourut à lui de toutes parts pour écouter ses discours. Plusieurs des auditeurs, frappés par son exemple et touchés par l'onction et la force de la vérité qu'il leur annonçait, se mirent sous sa conduite, et il bâtit un couvent et une église dans une forêt que lui accorda le roi Clovis. Autour de ce monastère, qui devint célèbre et où les pèlerins accouraient de tous les pays, s'éleva en peu de temps une ville qui reçut le nom

de son fondateur et dont l'église actuelle a été consacrée sous le vocable de notre Saint.

Le bienheureux, comblé de mérites, mourut vers le milieu du sixième siècle et alla recevoir dans le Ciel la récompense due à ses bonnes œuvres. Il fut célèbre par ses miracles pendant sa vie et après sa mort. Plusieurs captifs furent miraculeusement délivrés de leurs chaînes par ses prières. Un jour il fit jaillir une fontaine dont l'eau lui était nécessaire.

Réflexions pratiques.

Saint Léonard ayant maffites fois l'occasion de s'employer à la déhvrance des captifs avait grand soin de les avertir combien ils avaient à craindre une autre captivité mille fois plus funeste et plus humiliante, c'est-à-dire celle du péché mortel, dont les hommes ne sauraient les délivrer. Cette parole était comprise puisque la plupart de ceux qui l'entendaient, pour se soustraire à ce joug honteux, demandaient à vivre sous sa discipline Sommes-nous convaincus nous-mêmes que le péché est la plus triste et la plus fatale des servitudes ? Savons-nous bien que celui qui s'en rend coupable devient, aux termes de nos saints Livres, l'esclave et le prisonnier du démon et encourt la haine de Dieu ? Combien de chrétiens instruits de ces vérités n'évitent pas le péché ? Combien qui l'aiment et le commettent tous les jours? Quel aveuglement! Quelle folie ! Mon Dieu! accordez-moi la grâce de détester le péché et de ne jamais m'en rendre le malheureux esclave !

Plan de méditation.

Le chrétien doit: 1° mépriser le monde; 2° se détacher du monde; 3^ être mort au monde.

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