IV
SAINT MARTIN, Évêque de Tours a novembre.
Saint Martin, la gloire des Gaules, la lumière de l'Église d'Occident, au quatrième siècle, naquit en Pannonie, l'an 316, sous le règne de Constantin. Ses parents étaient idolâtres. Son père, tribun des armées romaines, voulut l'attacher à ses idoles et à ses drapeaux. Mais Dieu, qui le destinait à de grandes choses, l'attira vers lui d'une manière irrésistible. A l'âge de dix ans, Martin se rendit en secret à l'église des chrétiens et se faisait inscrire au nombre des catéchumènes. A douze ans, il fut entièrement dégoûté du monde. Dès lors, il conçut un amour si grand pour Dieu qu'il voulut se retirer dans le désert, et il l'aurait fait si la faiblesse de son âge ne l'en eût empêché.
Il avait quinze ans, lorsqu'on publia un ordre de l'empereur qui obligeait tous les enfants des officiers et des soldats vétérans à s'enrôler dans la milice. Le saint jeune homme n'avait nul goût pour une profession aussi tumultueuse, dans laquelle il lui semblait si difficile de faire son salut. Son père alla lui-même déclarer son fils à ceux qui levaient des troupes. Forcé de s'enrôler, il prêta le serment d'usage et entra dans la cavalerie. 11 se contenta d'un seul domestique, et encore il le traitait comme son égal; souvent même on peut dire qu'il en était plutôt le serviteur que le maître. Pendant tout le temps qu'il porta les armes, il sut se préserver des vices qui déshonorent trop souvent le hommes de cette pro-
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fession. Ses vertus et surtout sa douceur et sa charité lui gagnent tous les cœurs. Quoiqu'il ne fût encore que catéchumène, il faisait déjà les œuvres d'un parfait chrétien. Sa générosité surtout était admirable. Il donnait tout aux pauvres et ne se réservait rien. Un jour d'hiver qu'il n'avait plus rien à donner, il rencontra près de la porte d'Amiens un pauvre sans vêtements. Le jeune soldat tire son épée, coupe en deux parts son manteau et lui en donne la moitié. La nuit suivante Jésus-Christ lui apparut en songe revêtu de cette moitié de tunique, disant aux anges qui l'enviroïinaient : C'est Martin le catéchumène qui m'a revêtu de cet habit. Frappé de cette vision, il se fit baptiser, et il résolut de quitter la milice du prince de la terre pour celle du roi des cieux. Deux ans après il se retira près de saint Hilaire, évêque de Poitiers, pour apprendre, sous un si grand maître les maximes de la vie intérieure. Cette grande âme fît en peu de temps des progrès considérables; l'évêque de Poitiers voulut l'ordonner diacre, mais il ne put vaincre son humilité ; il réleva cependant au rang d'exorciste. Quelque temps après il se rendit auprès de ses parents pour les convertir. Sa mère écouta la vérité que lui portait une bouche si chère; elle reçut le baptême; mais son père résista. En traversant les Alpes, pour se rendre dans sa famille, il fut assailli par une troupe de voleurs. L'un d'eux levait déjà la hache pour lui fendre la tête, quand un autre moins féroce, arrêta le bras du meurtrier. On lia Martin, et on le laissa à a garde de quelques-uns de leurs bandits pour le dépouiller. C'est alors que l'un d'eux se mit à lui dire :
(( N'est-il pas vrai, quand la hache était levée sur vous, que vous aviez grand peur? — Je suis chrétien, répondit Martin, et un chrétien ne craint rien parce qu'il est sous la protection de Dieu. Mais c'est vous dont la vie est remplie de crimes qui devez craindre. Et que répondrez-vous à Dieu, quand il vous demandera compte d'une vie si criminelle? » L'un d'eux, touché de ce discours et des vertus du Saint, se convertit sincèrement à Dieu.
L'an 360, Martin revint trouver saint Hilaire qui lui donna le terrain nécessaire pour bâtir le couvent de Ligugé, le premier qui ait été construit dans les Gaules. Il vécut quelque temps dans ce monastère avec quatre-vingts disciples dans le prestige de la plus haute sainteté. Là, il fut favorisé du don des miracles. Il ressuscita, par ses prières, un catéchumène frappé de mort subite, dans le couvent, pendant trois jours d'absence que notre Saint avait été obligé de faire. Ce jeune homme reçut le baptême et vécut encore plusieurs années. 11 ressuscita également un esclave qui s'était pendu.
Peu de temps après, le siège de l'Église de Tours vint à vaquer, et pour le remplacer les habitants de la ville jetèrent tous les yeux sur Martin. Devenu évêque, l'homme de Dieu ne mit plus de bornes ni à à sa perfection, ni à son zèle. Il n'y avait pas de jour qu'il ne iît la conquête de quelques âmes à Dieu au préjudice du paganisme. Partout où il passait, il laissait des traces de ses victoires. Il démolissait les tem. pies et tous les autels des faux dieux. Un jour, qu'il se mettait en devoir de renverser un de ces arbres consacrés aux divinités, les prêtres et les idolâtres s'y op-
posèrent. « Si le Dieu que vous adorez, lui direntils, est aussi puissant que vous l'assurez et s'il est digne de votre confiance, osez vous placer sous l'arbre, à l'endroit oîi il fléchit; s'il se détourne et vous épargne, nous croirons au Dieu que vous prêchez, sinon, nous resterons ce que nous sommes. Martin, secrètement inspiré, accepta la condition sans balancer. On frappe l'arbre de mille coups, il s'ébranle, il chancelle, il s'incline, il se penche et va tomber. A ce moment, chrétiens et païens ont les yeux sur le Saint. Martin, aussi calme que s'il ne courait aucun danger, fait le signe de la croix. Alors l'arbre à demi penché se redresse et tombe du côté opposé menaçant d'écraser dans sa chute les païens épouvantés. De toutes parts on pousse des cris de surprise et d'admiration et les païens demandent le baptême. Les miracles se multipliaient sous la main du pontife avec une facilité étonnante. A Trêves, une fille paralytique fut guérie par quelques gouttes d'huile qu'il avait bénites. A Paris, il guérit un lépreux en l'embrassant; il rendit la parole à une *ille muette de naissance et la vue à l'illustre saint Paulin. Un jour à Chartres il passait par un village oii on ne comptait que des païens. Comme ils accouraient tous pour le voir, le Saint demanda à Dieu de faire briller la vraie lumière aux yeux de ce peuple. Aussitôt une femme qui venait de perdre son fils unique, lui apporte le corps inanimé, le suppliant à chaudes larmes de le rendre à la vie. Martin, avec sa foi qui transporte les montagnes, se met en prières, prend l'enfant par la main et le rend plein de vie à sa mère. A cette vue les habitants tombent à genoux et s'écrient d'une
commune voix qu'ils ne veulent point d'autre Dieu que le sien.
Une vie si merveilleuse se termina pas une mort admirable. Étant tombé dangereusement malade à Caudes, il ne cessait de demander à Dieu de le délivrer de cette prison mortelle. En entendant sa prière ses disciples éplorés lui disaient : Père^ pourquoi nous abandonnez-vous ? Les loups vont se jeter sur votre troupeau délaissé. Le Saint attendri par leurs larmes, s'écria : (( Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail. » Il mourut, le 9 noembre 396, à l'âge de quatre-vingt-un ans.
Réflexions pratiques.
Saint Martin la gloire des Gaules a été une lumière ardente qui n'a cessé de briller par son esprit de charité, par l'ardeur de son amour pour Dieu, et par son zèle pour le salut du prochain.
I. Il n'est encore que catéchumène qu'un pauvre tout nu venant lui demander l'aumône, il lui donna pour soulager sa détresse la moitié de son manteau après avoir dépensé tout ce qu'il avait d'argent à soulager les autres misérables. Quelle charité n'aura point ce catéchumène pour les malheureux lorsqu'il sera prêtre, lorsqu'il sera évêquel On le verra se dépouiller de tout pour répandre largement ses aumônes. — Rougissez, vous qui êtes riches et qui demeurez néanmoins insensibles aux misères des pauvres !
II. Une fois affranchi du joug de la milice, saint Martin forma le généreux dessein de servir Jésus- Christ dans toute la perfection évangélique; pour
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cela il quitta tout : pays, fortune, parents et amis. Depuis, sa vie tout entière ne fut plus qu'un acte continuel de son ardente charité pour Dieu. — Le feu de l'amour divin embrase-t-il mon âme?
Qu'ai-je quitté pour suivre Jésus-Christ et le rendre maître de mon cœur? Qu'ai-je sacrifié pour ses intérêts et pour sa gloire? Où est mon renoncement au monde? mon détachement des créatures et de moimême? Et s'il fallait mourir présentement, serais-je en état de dire au démon, avec l'assurance de saint Martin : -« Que fais-tu ici, bête, cruelle? tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne. Ma conscience ne me démentirait-elle pas ?
III. Qui pourrait encore dépeindre l'ardeur du zèle de saint Martin pour extirper entièrement l'idolâtrie de toutes les Gaules et étendre au loin le royaume de Dieu dans les âmes ! Il entreprend dans ce but les courses les plus longues, les voyages les plus périlleux. Maintes fois il prodigua sa vie et faillit devenir la victime des infidèles et des hérétiques.
Sur son lit de mort, quelque épuisé qu'il soit par les travaux accablants, de sa vie passée, il consent à ce que sa récompense soit différée pour continuer à travailler au salut de ses frères. « Seigneur, dit-il, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas votre travail, que votre volonté soit faite. » — Telle a été l'ardeur du zèle de saint Martin. Demandons à Dieu par l'intercession du grand thaumaturge de nous animer du même esprit.
Plan de méditation.