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II. Fruits merveilleux de cette vie

jSAINT GRÉGOIRE LE THAUMATURGE

17 novembre.

Saint Grégoire, surnommé le Thaumaturge à cause des miracles qu'il opéra, naquit à Néo Gésarée dans le Pont. Ses parents, distingués par leur fortune et par leur rang, étaient païens et le firent élever dans le paganisme. Il perdit son père à l'âge de quatorze ans, et il nous apprend lui-même qu'à cette époque un rayon de grâce illumina son âme et lui fit connaître la fausseté et l'absurdité de la religion païenne. Jeune encore, l'élévation de son esprit, la pénétration de son jugement, son amour de la vérité, le disposé-

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rent insensiblement à reconnaître l'unité de Dieu et la divinité de la religion chrétienne. Sa mère lui fit suivre le plan d'éducation que son père, avant de mourir, avait eu la précaution de tracer. On le destinait au barreau. Il eut les plus grands succès dans l'étude de la rhétorique, et il fut aisé de prévoir qu'il serait un jour un des plus grands orateurs de son siècle. Frappé delà réputation du savant Origène, il se mit au nombre de ses disciples avec son frère Athénodore, devenu plus tard évêque et martyr et suivit ses leçons pendant cinq années. Origène trouvant dans ces deux frères les plus heureuses dispositions, les cultiva avec un soin tout particulier. Il leur enseigna d'abord les principes de la morale pour leur apprendre à vaincre leurs passions ; ensuite il leur expliqua les li\res des prophètes et les sublimes mystères de la religion. Grégoire^ déjà éclairé des lumières de la foi, résolut de tout quitter, biens, patrie, amis, étude même de la philosophie, pour ne s'appliquer qu'à la vraie science, la science des saints.

L'an 233, la persécution de l'empereur Maxime, successeur d'Alexandre Sévère, obligea Origène à quitter la ville de Césarée. Grégoire s'en alla à Alexandrie où les études célèbres attiraient les jeunes gens de tous les pays. Il n'était encore que catéchumène et déjà il menait une vie si régulière et si pure que les jeunes gens de son âge prenaient sa conduite pour une censure de leurs dérèglements. Pour s'en venger, ils suscitèrent une courtisane qui vint lui demander, en pleine assemblée, le salaire d'un crime dont elle l'accusait.

Quoiqu'il ne l'eût jamais aperçue, elle fit semblant de le connaître et d'avoir eu des relations criminelles avec lui. Grégoire sans s'émouvoir dit à un de ses amis de lui donner l'argent qu'elle demandait. A peine cette malheureuse l'eut-elle reçu qu'elle fut saisie du démon qui la jeta à terre en lui faisant pousser des hurlements affreux et en proclamant l'innocence de l'accusé. Grégoire pria pour elle et aussitôt elle fut délivrée. Ainsi, cette noire calomnie, au lieu de ternir sa réputation, ne fit que lui donner un nouvel éclat. — Ayant reçu le baptême, l'an 237, il retourna dans sa patrie. Ses compatriotes, jaloux de posséder un homme si distingué, lui offrirent pour se l'attacher les premières places de la cité. Mais touché de la grâce de Dieu, Grégoire suivit le conseil de l'Evangile, vendit tout ce qu'il possédait, en distribua le prix aux pauvres et se retira dans la solitude pour converser seul avec Dieu.

Mais une si grande lumière ne pouvait être longtemps cachée. L'évêque d'Amasée, connaissant ses nombreux mérites, l'ordonna malgré lui évêque de Néo Césarée. Le jour qu'il se proposait de rentrer dans son église, il fut surpris par une pluie violente qui l'obligea de passer la nuit dans un temple d'idoles, le plus fameux du pays oh les démons rendaient des oracles. Il invoqua d'abord le nom de Jésus- Christ, fit plusieurs fois le signe de la croix et passa tout le temps à prier et à chanter des psaumes avec ceux de sa suite. Le lendemain, dès qu'il en fut sorti, le prêtre des idoles vint pour faire ses cérémonies ordinaires. Les démons lui déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus habiter ce temple à cause de celui qui

venait d"y passer la nuit. Le prêtre vint trouver Grégoire et l'accabla de menaces et de reproches. L'évêque sans s'émouvoir lui répondit : « Avec le secours de Dieu, je puis chasser les démons de tous les lieux, mais je puis aussi les faire rentrer. » Le sacrificateur des idoles le pria, pour preuve de ce qu'il avançait, de les faire rentrer dans le temple d'oij il les avait chassés. Le Saint le fit immédiatement. Le sacrificateur étonné vint se jeter aux pieds du saint évêque et le pria de lai expliquer les mystères de la religion et de lui faire connaître le Dieu puissant qu'il servait. Le païen fut très satisfait de l'enseignement qu'il reçut, mais une seule chose le choquait et lui paraissait incroyable : c'était le mystère de l'Incarnation. « Si ce que vous dites est vrai, dit le sacrificateur, en lui montrant une pierre d'une grosseur prodigieuse, commandez à cette pierre de changer de place. » Grégoire commanda et la pierre obéissante alla se mettre à la place qui lui avait été assignée. A la vue de ce miracle, l'idolâtre se convertit.il quitta femme, enfants, maison, biens, sacerdoce, pour suivre le saint évêque dont il devint le diacre. — Arrivé dans sa ville épiscopale, il se mit le même jour à prêcher la parole de Dieu et convertit assez d'idolâtres pour former un groupe important de chrétiens fervents. Le lendemain il guérit un grand nombre de malades, et en peu de temps les conversions furent si nombreuses, que le saint évêque fut obligé de faire bâtir une église. Tous tinrent à cœurde contribuer soit par leurs aumônes, soit par leur travail, à la construction de l'édifice. Les historiens rapportent que, pour faciliter l'accomplissement de l'œuvre, il fit par ses

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prières reculer une montagne qui le gênait, vérifialit ainsi à la lettre la parole de l'Évangile : « Si vous avez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Passez d'ici là ; et elle y passerait. »

La ville de Néo Gésarée, dont saint Grégoire était évêque, était fréquemment inondée par une rivière torrentielle qui coulait près de ses murs. Le saint évêque n'était pas assez riche pour construire des quais et des digues ; mais, au nom de Jésus-Ghrist, il ordonna aux eaux de ne jamais dépasser un bâton qu'il enfonça sur le bord de la rivière en guise de limites. Le bâton, comme la verge d'Aaron, se couvrit de feuilles et le torrent respecta désormais les bornes fixées par Grégoire, comme la mer respecte celles fixées par Dieu lui-même.

Néo Gésarée était ravagée par la peste, Grégoire demanda à Dieu la cessation du fléau et le fléau cessa aussitôt. — Un jour que le Saint rentrait dans la ville, deux jeunes Juifs, pour se moquer de lui et lui soutirer quelque argent, imaginèrent, Tun de faire le mort, l'autre d'aborder le Saint et de lui demander de quoi ensevelir son pauvre compagnon. Le charitable évêque enleva immédiatement le rochet qu'il portait sur lui et le lui donna pour servir de linceul. Quand il fut parti, le Juif riant à gorge déployée, dit à son camarade que le tour était joué et qu'il pouvait se lever. Point de réponse. Le malheureux était mort.

Tant de miracles joints à une éloquence peu ordinaire et à des vertus éclatantes attirèrent près du Saint le peuple tout entier. Il prêchait Jésus-Ghrist,

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les païens se convertissaient en grand nombre. Saint Grégoire n'avait trouvé que dix-sept chrétiens à son arrivée dans sa ville épiscopale; il eut la consolation, avant de mourir, de ne compter plus que dix-sept idolâtres. Sa mort arriva le 17 novembre lorsqu'il était âsré d'environ soixante et dix ans.

Réflexions pratiques.

Nous avons admiré le nombre et l'éclat des prodiges qui ont illustré la vie de saint Grégoire. Est-ce vrai, comme on le dit quelquefois, que les prodiges aient entièrement cessé au sein du christianisme? Non. Dieu pour condescendre à notre faiblesse et nous fixer à son service veut bien en opérer encore de temps à autre. Le nombre en est sans doute moins grand que dans les premiers siècles de l'Église, mais ils sont aussi infiniment moins nécessaires. Au commencement du Christianisme, on disait aux païens: Renversez vos temples, quittez vos dieux, renoncez à cette religion commode et facile, qui flatte toutes vos passions ; remplacez-la par les dogmes incompréhensibles du Christianisme et sa morale austère qui commande les plus grands sacrifices. Pour faire entendre et admettre une pareille doctrine, ce n'était pas trop de confirmer la vérité par l'autorité des prodiges et des miracles. Mais tout ce qui a été fait pour éclairer les infidèles et les convertir doit également servir pour nous édifier, ralTermir notre foi et régler nos mœurs. En est-il ainsi ? interrogeons notre conduite?

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