III. De quelle manière nous devons le purifier
SAINTE ELISABETH, Reine de Hongrie, Veuve
19 novembre.
Sainte Elisabeth, fille d'André H, l'un des plus illustres rois de la Hongrie, naquit en 1207. Son baptême fut célébré avec une grande magnificence. On la porta à l'église sous un dais formé des plus riches étoffes que l'on put trouver. Elle était encore au berceau lorsqu'elle fut promise en mariage au prince Louis, fils d'Herman, landgrave de Hesse et de Thuringe. A l'âge de quatre ans elle fut conduite à la Cour de Thuringe pour y être élevée avec Agnès, sœur de son futur époux. Là elle reçut une éducation soignée. La petite princesse n'eut pas plus tôt l'usage de la raison, qu'elle donna des marques d'une piété éminente. Lorsque la princesse Sophie, sa future belle-mère, allait à l'église, Agnès et Elisabeth marchaient devant elle, parées toutes deux de la même manière, et portant sur leur tête une couronne enrichie de pierreries. Une fois arrivée dans l'église, Elisabeth ne manquait jamais d'ôter sa couronne. La princesse Sophie lui en ayant un jour demandé la raison : « A Dieu ne plaise, répondit-elle, que je veuille porter une couronne dans un lieu oh je vois la tête de Jésus-Christ mon Sauveur couronnée d'épines. » A mesure qu'elle avançait en âge, elle croissait en vertus. Mais comme la princesse Sophie et Agnès n'avaient pas les mêmes sentiments, la piété d'Elisabeth fut taxée de folie, et on ne cessait de la tourner en ridicule. Les courtisans, partageant les mêmes idées, conseillèrent au prince Louis de renvoyer la
fille du roi de Hongrie à son vieux père et à chercher ailleurs une épouse de mœurs plus royales. Mais, seul au milieu de la Cour, il sut apprécier et rendre hommage à la vertu de sa fiancée. Aussitôt qu'il eut accompli sa vingtième année, il s'empressa de remplir sa promesse et épousa Elisabeth alors âgée de quatorze ans. Le prince Louis, très vertueux, laissa à son épouse la liberté de se livrer aux exercices de piété, aux mortifications et aux œuvres de charité.
Elisabeth après son mariage ne diminua rien de sa première ferveur. Sous ses habits de soie et ses broderies d'or, elle portait toujours un cilice. Elle avait souvent recours à la prière, se levant même toutes les nuits pour y donner un temps considérable. Elle joignait à ce saint exercice le soin assidu des pauvres et des malades ; presque tous les ouvrages qui sortaient de ses mains n'étaient que pour leur usage. A la Cour régnait l'ordre le plus parfait; Dieu y était servi et chacun regardait comme un devoir de marcher sur les traces de la princesse. Sn mari connaissant sa sagesse et sa prudence se faisait un plaisir de l'instruire des afi'aires de l'État ; quand il était absent il lui en laissait le gouvernement ; Elisabeth ne se servait de cette autorité que pour le bien public et pour secourir les malheureux. Pendant une grande famine survenue en Allemagne, en 1225, elle distribua libéralement tous les produits de ses domaines. Chaque jour elle nourrissait neuf cents pauvres. Comme son château était situé sur une hauteur et que tous les malheureux ne pouvaient y parvenir, elle fit bâtir au pied de la montagne une
vaste maison où toutes les infortunes se donnaient rendez-vous. Elisabeth venait les consoler et les assister. Ceux qui faisaient l'objet de sa plus tendre sollicitude étaient les lépreux, les malades les plus dégoûtants et les enfants délaissés. Elle les entourait des soins les plus doux et les plus affectueux. Un jour que cette libérale princesse descendait de son château, par un rude sentier, chargée de pain, de viande, de vêtements pour distribuer aux malheureux, son mari qui arrivait de la chasse la rencontra. « Que portez-vous là? » lui demanda le duc étonné de la voir ainsi ployant sous le poids de son fardeau, et en même temps il ouvrit malgré elle le manteau qu'elle serrait contre sa poitrine. Mais il ne vit que des roses blanches et rouges, les plus belles dont on puisse respirer le parfum. lien conserva toute sa vie. En 1223, Elisabeth, âgée de seize ans, devint mère pour la première fois. Dieu lui accorda successivement un fils et trois filles. Elle était enceinte de la dernière quand son mari se rangea sous la bannière de la Croix pour aller en Palestine, délivrer les Lieux Saints dont s'étaient emparés les infidèles. Ici commencent les rudes épreuves que Dieu ménageait à Elisabeth. Son mari mourut peu de temps après. A cette nouvelle qui remplit son cœur d'amertume elle s'écria : « Puisque mon frère ne vit plus, je mourrai à moi-même, au monde et à toutes ses vanités. » Mais ce ne fut là que le prélude des tribulations qui l'attendaient. On l'accusa d'avoir ruiné l'État par ses aumônes. Son beau-frère Henri, au lieu de protéger la veuve et les orphelins, s'empara du gouvernement de ses États et la chassa de son
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palais avec ses petits enfants, lui refusant d'emporter quoi que ce fût avec elle. La fille des rois descendit à pied le rude sentier qui menait à la ville. Elle portait dans ses bras son plus jeune enfant qui n'avait pas deux mois : les autres, qui n'avaient pas voulu l'abandonner la suivaient. Le froid était rigoureux. Elisabeth, au temps de sa grandeur, avait comblé les habitants d'Eisenach de ses bienfaits : aucun cependant, de crainte du duc Henri, ne voulut la recevoir. Elle aurait volontiers supporté cet abandon total, mais le froid et la faim qu'enduraient ses enfants perçaient son âme de douleur. Elle attribuait à ses fautes la cause de tant de maux. Comme elle passait un ruisseau bourbeux qui traverse Eisenach et sur lequel on avait jeté quelques pierres étroites pour aider les passants à le franchir, elle glissa et tomba dans l'eau. Une vieille mendiante naguère comblée de ses nombreuses faveurs en la voyant se mit à dire : « Tu n'as pas voulu vivre en duchesse pendant que tu l'étais ; te voilà pauvre et coucÊée dans la boue ; ce n'est pas moi qui te ramasserai. » Elisabeth se releva en riant : « Voilà, dit-elle, pour l'or et les pierreries que je portais autrefois. »
Cependant la famille d'Elisabeth s'émut en apprenant ses épreuves et, tour à tour sa tante l'abbesse Mathiide et son oncle évêque et prince d'Amberg lui donnèrent asile à elle et à ses enfants. Le prélat, la voyant toute jeune et d'ailleurs d'une beauté fort remarquable, se proposait de la remarier avec l'empereur Frédéric II. Mais ÉUsabeth qui avait fait le vœu de n'appartenir plus qu'à Dieu seul, repoussa ce projet.
Rentrée peu de temps après dans une partie de ses droits, elle s'en réjouit pour ses enfants. Quant à elle, son unique désir fut de finir sa vie dans la pauvreté. Elle se retira dans une cabane abandonnée, où elle voulut gagner sa vie par le travail de ses mains. Agée à peine de vingt-quatre ans, Elisabeth, mûre pour le Ciel, rendit à Dieu sa belle âme, le 19 novembre 1231. Les nombreux miracles opérés sur son tombeau déterminèrent le pape Grégoire IX à la canoniser, quatre ans après.
Les méchants se réjouiront, disait Jésus-Christ à ses apôtres, quand vos jours s'écouleront dans les larmes. Cette parole se réalise chaque jour à l'égard des vrais enfants de Dieu et de ses fidèles serviteurs. Elle s'est réalisée d'une manière toute particulière dans la vie de sainte Elisabeth dont la conduite a été si pure. — Pourquoi Dieu a-t-il voulu que le bonheur terrestre fût* souvent le partage des méchants et l'affliction celui des bons ? Dieu étant juste doit rémunérer le bien comme il doit punir le mal. Or, les méchants dont les œuvres d'iniquité sont si nombreuses, en comptent quelques-unes de bonnes. C'est pour récompenser ce bien qui ne sera point salarié dans le Ciel que Dieu leur accorde les joies de la terre. Les justes, au contraire, devant être couronnés éternellement, le Père céleste veut augmenter leurs mérites par les afflictions et leur faire expier par ce moyen les quelques fautes dont ils ont souillé leur âme durant leur vie. Si donc le Seigneur dans sa miséricorde daigne nous affliger ici-bas.
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gardons-nous de nous plaindre et de murmurer. Regardons les épreuves comme des auxiliaires puissants pour nous faire croître en mérites devant le Seigneur et nous aidera satisfaire à sa justice. Est-ce ce que nous avons fait jusqu'ici? Nous le ferons désormais avec l'aide de votre sainte grâce, ô mon Dieu !
Plan de méditation.
I. Mépris d'Elisabeth pour les biens terrestres : 1° elle les possède sans attache ; 2° elle les perd sans regret.
II. Saint Elisabeth a possédé : 1° de grands biens, a eu part aux plus grands honneurs sans attachement et sans orgueil; 2° elle les a perdus sans douleur et même avec joie.
SAINT FÉLIX DE VALOIS, Co^TESSEUR
Félix de Valois, issu de la famille royale de France, naquit dans la ville de Saint-Quentin, le 19 avril 1227. Quelques jours avant sa naissance, sa mère vit en songe un gracieux enfant à côté de Jésus et de Marie, avec une couronne de fleurs à la main : « Cet enfant que tu ne connais pas est ton fils, lui dit saint Hugues ; il échangera le lis de France pour la croix de Jésus-Christ. » Ce songe, ainsi que nous le verrons, a eu son parfait accomplissement. Dès l'âge le plus tendre, le jeune Félix donna des marques de la sainteté qui, plus tard, devait briller en
lui. Peu de temps après la naissance de Félix, une affreuse disette, causée par la sécheresse, sévit dans tout le pays du Yermandois, et sema la mort et la désolation dans cette belle contrée. Le comte son père, touché de la misère de ses sujets, commanda d'ouvrir les portes de son palais et de donner largement à tous ceux qui demanderaient du secours. Le nombre des malheureux fut si grand que les provisions ne tardèrent pas à s'épuiser, et le généreux prince allait se voir exposé lui-même avec sa famille aux atteintes du terrible fléau. Mais Dieu n'abandonne jamais ceux qui ont recours à lui. Un jour que la nourrice du petit Félix se trouvait à la distribution des vivres, elle eut la pensée de. former, avec la main du petit prince, le signe de la croix sur le peu de pain qui restait. Alors, chose merveilleuse, ce pain se multiplia de telle sorte qu'on en put distribuer plusieurs jours de suite à tous les pauvres qui se présentaient. Après un tel prodige, la nourrice lui fit encore bénir les champs d'alentour, et les nuées du Ciel, obéissant à la main de l'enfant, se répandirent aussitôt en douces pluies, et fécondant la terre ramenèrent l'abondance dans tout le pays. Que ne peut l'innocence d'un petit enfant sur le cœur de Dieu !
Quand il fut en âge de comprendre, Félix n'eut pas d'abord d'autre école que celle du foyer domestique. Il grandit sous les regards vigilants de ses parents, qui lui inspirèrent dès l'âge le plus tendre l'amour et la pratique des vertus chrétiennes. Docile de caractère, on ne vit jamais enfant plus obéissant à ses parents, plus doux envers
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ses semblables, et surtout plus charitable à l'égard des pauvres de Jésus-Christ ; car la charité était sa vertu de prédilection. — Encore petit enfant, il distribuait de sa main l'aumône aux indigents, comme aurait pu faire une grande personne au jugement mûr et formé. Son plaisir était de donner aux petits enfants des pauvres ce qu'il avait de plus exquis dans ses repas. Arrivé à l'adolescence, il se dépouillait de ses habits pour en revêtir les nécessiteux. En cela il ne faisait que suivre les nobles exemples de ses parents, mais principalement de son oncle Thibaut qui passait pour le prince le plus magnifique et le plus charitable du royaume. Ce comte qui faisait toujours l'aumône le plus gracieusement du monde, aimait d'un amour tout particulier son neveu Félix; aussi l'avait-il nommé son grand aumônier, parce qu'il s'acquittait fort bien de cette charge. Un jour qu'ils se promenaient ensemble pendant un hiver rigoureux, ils rencontrèrent un pauvre presque nu et tout transi de froid, qui leur demanda l'aumône pour l'amour de Dieu. Le bon Thibaut, tout aussitôt touché de compassion, lui demanda ce qu'il voulait : « Votre manteau, répondit le mendiant. — Volontiers, reprit le prince, le voici ! Que veux-tu encore? — Vos bagues, sire comte, sont bien belles ! — Tiens, les voilà; désires-tu autre chose? — Hélas! vous êtes riche, moi je suis pauvre, votre collier de chevalier ferait bien mon affaire. — C'est juste, dit encore le comte sans se troubler, prends aussi mes gants. Je te les donne de bon cœur; est-ce tout? — Non, monseigneur, répéta pour la troisième fois le mendiant, je voudrais aussi votre chapeau. — Ohl
pour cela, répondit Thibaut en riant, ni pense plus, car si je te donnais mon chapeau on verrait que je suis chauve, et Ton se moquerait de moi. » — Alors le pauvre disparut, dit la légende, laissant à terre manteau, bagues, gants et collier.
On raconte encore qu'en allant un jour visiter saint Bernard à Glairvaux, Félix de Valois et son oncle Thibaut rencontrèrent en chemin un pauvre lépreux. Aussitôt le saint jeune homme descend de cheval pour consoler et secourir le malheureux. Le comte suit l'exemple de son neveu et immédiatement, prenant le malheureux entre leurs bras, ils le transportent dans une maison voisine où ils veillèrent à sa subsistance et vinrent souvent le visiter. Pendant leur absence le lépreux mourut. Lorsque Thibaut revint pour visiter son lépreux, il le trouva parfaitement guéri et si resplendissant de lumière qu'il en fut ébloui. — N'êles-vous pas le lépreux? dit-il. — Oui c'est bien moi le lépreux que vous cherchez, lui fut-il répondu ; et je viens maintenant vous remercier de vos bienfaits. Pour moi, comte Thibaut, vous êtes descendu de cheval avec votre neveu, pour vous je descends des cieux où je jouis maintenant du bonheur éternel, merci pour votre charité; je vous aiderai là-haut de mes prières. »
Félix, quoique instruit, fut envoyé à Glairvaux et confié à la direction de saint Bernard pour se perfectionner davantage dans les sciences et dans la vertu. Qui pourrait dire les progrès que fit ce saint jeune homme sous la conduite de ses maîtres. Il devint le modèle de ses condisciples. — Se trouvant un jour à Chartres, avec saint Bernard, il rencontra
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un criminel qu'on conduisait au supplice. Touché de compassion, il alla aussitôt demander sa grâce au comte de Champagne, son oncle. Gomme Thibaut s'y refusait, le saint redoubla ses prières en prédisant que le scélérat deviendrait un jour un modèle de sainteté. Sur tant d'instances, le comte pardonna au coupable qui se fit religieux et mourut quelque temps après en odeur de sainteté.
Sur l'ordre de son père, Félix quitta sa chère solitude de Clairvaux et se rendit à la cour oh le roi, son parent, le réclamait. Là, comme ailleurs, il continua d'être un modèle et acquit par ses vertus l'affection du monarque et la vénération des grands du royaume. — Mais les grandeurs et les richesses étant impuissantes à satisfaire un cœur tel que le sien, le jeune prince, rempli de l'esprit de Dieu, résolut de s'arracher pour toujours au monde et à ses plaisirs pour ne goûter que les consolations divines dans le calme de la solitude. Toutefois, avant de mettre son dessein à exécution, et afin des'ôter toute espérance au trône, il voulut recevoir les saints ordres. Aussitôt qu'il eût été promu au sacerdoce, ayant célébré sa première messe avec la ferveur d'un ange, il se fit ermite et demeura caché dans une forêt du diocèse de Meaux, jusqu'à l'âge de soixante ans. A la prière et à la contemplation, il joignait les plus rigoureuses austérités de la pénitence.
La réputation de sainteté dont il jouissait, attira saint Jean de Matha dans son désert. Celui-ci lui demanda la permission de vivre sous sa conduite. Mais le maître ne tarda point de s'apercevoir que
son disciple était déjà fort versé dans la connaissance des voies intérieures de la perfection.
Un jour que nos deux saints solitaires s'entretenaient de Dieu et du paradis sur les bords d'une claire fontaine, ils virent venir se désaltérer à l'eau de sa source un cerf blanc qui portait sur le frontune croix blanche et rouge. Comme saint Félix cherchait à expliquer ce mystère, saint Jean de Matha lui révéla que Dieu lui avait déjà manifesté sa volonté par un prodige analogue, et il les conviait tous deux à fonder un ordre nouveau pour la rédemption des captifs chrétiens. Un nombre incalculable de ces malheureux mouraient en Barbarie dans des tortures atroces. On les vendait comme des bêtes de somme sur le marché public. On les faisait travailler tout le jour, exposés presque nus aux ardeurs du soleil d'Afrique. Et, lorsque épuisés par les coups d'un maître impitoyable, ils ne voulaient point renier le nom de chrétien, on les pendait, on leur arrachait les entrailles, on les brûlait vifs, ou encore on les suspendait par le ventre ou les épaules à des crocs fixés aux murs. Ils résolurent donc de fonder un Ordre pour les délivrer et ils travaillèrent conjointement pour exécuter leur projet. S'étant rendus à Rome pour prendre conseil du Souverain Pontife, le saint pape Innocent III les reçut comme des envoyés du Seigneur. Il avait été averti miraculeusement de leur arrivée, car un ange vêtu de blanc avec une croix blanche et rouge lui avait apparu pendant son sommeil tenant ses mains croisées sur la tête des deux captifs. Il approuva tous leurs projets, les revêtit de l'habit que lui-même avait vu
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à l'ange et les bénissant tendrement, il les envoya accomplir au nom du Seigneur leur sublime mission. Le nouvel Institut porta le nom d'Ordre de la Sainte- Trinité pour la rédemption des captifs. Jean de Matha en fut constitué le premier général. — Dieu bénit une si sainte entreprise et les deux Saints eurent la consolation de voir leur Ordre s'étendre par de rapides progrès.
Saint Félix reçut un jour une insigne faveur de la Sainte Vierge. La veille de la Nativité, la glorieuse Reine du Ciel lui apparut au milieu du chœur portant l'habit et la croix de l'Ordre de Trinitaires.
Plein de jours et de mérites, notre Saint devait bientôt recevoir la couronne du Ciel pour prix de ses travaux et de ses bons combats. Il en reçut l'assurance par une rév<^ation céleste. Dès lors ce vaillant serviteur de Dieu, n'ayant plus rien à faire ici-bas, s'écria dans un transport d'amour : « 0 bienheureux jour où j'ai quitté la Cour pour le désert. Bienheureuses les larmes que j'ai versées et les austérités dont j'ai affligé mon corps ; elles me conduisent aujourd'hui à la bienheureuse éternité. » Puis prenant son crucifix, il le pressa une dernière fois sur ses lèvres et rendit doucement son âme à Dieu, le 4 novembre 1212. Il«avait alors quatre-vingt-quatre ans. Dans le même instant les cloches du monastères sonnèrent d'elles-mêmes pour annoncer son trépas (1).
Réflexions pratiques.
Saint Félix a quitté le monde pour se donner irré-
(1) Vie des saints, du Pèlerin.
vocablement à Dieu. Afin de pouvoir le servir avec plus de ferveur, il a échangé les splendeurs de la Cour pour la solitude du désert, un palais pour une grotte, la société des grands pour celle des animaux sauvages, ses vêtements royaux pour un [cilice, les festins splendides pour les herbes amères des forêts. Il sait qu'en fuyant une royauté mondaine, source de bien des servitudes, il est sûr de rencontrer dans sa modeste vocation la royauté de Jésus-Christ qui donne infailliblement la paix et le bonheur. Il n'ignore pas que servir Dieu c'est régner.
Moi aussi j'ai résolu d'être tout au Seigneur. La crainte de l'enfer, l'amour de Dieu, l'horreur du péché, m'ont inspiré le désir de renoncer au monde. N'ai-je jamais manqué à ma résolution?... Et cependant le péché a toujours la même laideur. Dieu est toujours aimable et mérite sans cesse mon amour; l'enfer est toujours à craindre... Quels regrets n'aurais-je pas à l'heure de la mort d'avoir lâchement abandonné le service du roi des rois.
0 mon Dieul je reviens sur mes pas et je vous rends le cœur que je vous avais indignement ravi. Acceptez-le et soyez en l'unique et éternel possesseur.
I. Saint Félix de Valois dans le monde : 1° édifie par les plus rares vertus; 2*" méprise ses grandeurs, ses richesses et ses plaisirs.
II. Saint Félix de Valois dans la solitude : 1° se condamne aux plus dures austérités ; 2° il marche dans la voie de la perfection.
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PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE 21 novembre.
Le 21 novembre, l'Église célèbre la fête de la Présentation de la très Sainte Vierge au temple. Elle rappelle à notre mémoire la démarche solennelle par laquelle la Reine du Ciel consacra au Seigneur son esprit, son cœur, son corps et toutes les puissances de son être par le sacrifice le plus généreux et le plus désintéressé. C'est la plus solennelle immolation que le monde ait jamais vu avant l'immolation du Calvaire. Il n'y a jamais eu de créature plus accomplie, plus parfaite, plus sainte que cette Vierge incomparable. Marie à elle seule, disent les Pères, a plus de sainteté dès sa naissance que tous les saints à l'heure de leur mort. Avec quel ravissement les esprits célestes assistèrent à cette auguste cérémonie ! Toute l'Église du ciel fut en fête. L'Église de la terre ne pouvait pas se dispenser de partager cette joie, et tous les saints Pères ont regardé la Présentation de la Sainte Vierge comme l'acte de la religion le plus agréable à Dieu, et la fête de ce jour, comme le prélude, pour ainsi dire de toutes les fêtes.
Il y avait chez les Juifs deux sortes de présentations. La première, commandée par la loi, ordonnait que la femme qui aurait mis au monde un enfant, le présentât dans le temple, au bout de quarante jours, si c'était un garçon, et après quatre-vingts, si c'était une fille. La mère devait offrir pour son nouveau-né un agneau avec un pigeon ou une tourterelle, si
elle était riche, ou bien deux pigeons ou deux tourterelles, si elle était pauvre. Cette cérémonie s'appelait proprement présentation de l'enfant, et purification de la mère. La seconde, facultative, consistait à se vouer à Dieu soi-même, ou à lui vouer ses enfants, soit pour toujours soit pour un temps déterminé, en se réservant le pouvoir de les racheter par des présents faits au Seigneur ou par des sacrifices. Il y avait pour cela autour du temple de Jérusalem des appartements destinés les uns pour les hommes et les jeunes gens et les autres pour les femmes et les filles qui devaient y accomplir le vœu qu'ils avaient fait, ou que leurs parents avaient fait pour eux. Leur emploi était de servir au ministère sacré et de travailler aux ornements du temple, chacun selon son âge, son état et sa capacité. Nous avons des exemples de cette consécration spéciale dans la personne de Samuel et de quelques autres Juifs, dans celles de Josabeth, femme de Joïada et d'Anne la Prophétesse.
C'est une antique tradition que saint Joachim et sainte Anne, fort avancés en âge, s'engagèrent envers le Seigneur, s'il les délivrait de l'opprobre de la stérilité, de consacrer à son service l'enfant qu'il leur enverrait. Dieu ayant exaucé leurs vœux, en leur donnant la créature la plus accomplie qui ait jamais parue sur la terre, ne tardèrent pas d'accomplir leur promesse. Dès que Marie eut atteint l'âge de trois ans, ses parents la présentèrent au temple pour y être consacrée au service du Seigneur. C'est en ce moment solennel qu'elle fit vœu de virginité perpétuelle à l'ombre du sanctuaire. Pour honorer
cette circonstance si mémorable de la vie de la sainte Vierge l'Église a institué la fête de la Présentation.
La Consécration que la Sainte Vierge fit d'ellemême à Dieu, à l'âge de trois ans, en lui sacrifiant tout ce qu'elle a, tout ce qu'elle est, et tout ce qu'elle peut être, nous enseigne que nous aussi nous devons nous donner à Dieu sans réserve ni partage. Nous appartenons tout entiers au Seigneur, tout entiers parce qu'il nous a créés, tout entiers parce qu'il nous a rachetés au prix de son sang, tout entiers parce qu'au jour de notre baptême nous nous sommes consacrés à lui. Corps et âme, tout est à lui, et nous ne pouvons en disposer que selon son bon plaisir. Aussi ne veut-il point des cœurs partagés. Avec lui, tout ou rien. Il hait la rapine dans l'holocauste; et lui donner presque tout, ce n'est pas un acte religieux; retenir la moindre chose, c'est de l'injustice et de la fraude. Oh! que cette doctrine est peu comprise ! on se donne à Dieu en gros et l'on se reprend en détail. On donne à Dieu une partie de soi, mais à condition de garder son avarice, son amour-propre, sa volonté, son caractère, son affection pour la créature. Ne sont-ce pas là mes dispositions? — Vierge sainte, présentez-moi à votre cher Fils, je veux être tout à lui jusqu'à mon dernier soupir.
Plan de méditation.
Sacrifice de Marie modèle du nôtre. I. Dans la fête de sa Présentation, Marie s'offre à Dieu : V avec
connaissance; 2** avec liberté; 3° -avec amour. — II. Nous avons offert à Dieu, dans notre baptême : 1° noire entendement, notre volonté, notre cœur ; avons-nous ratifié cet engagement? 2° les familles doivent off'rir à Dieu leurs enfants par une éducation chrétienne.
SAINTE CECILE, Vierge et Martyre
Sainte Cécile appartenait à une des plus nobles familles de Rome. Son père et sa mère étaient païens, mais par un bonheur tout particulier, elle embrassa la religion chrétienne dès sa première enfance et voua à Dieu sa virginité. Sous des habits brodés d*or elle portait un dur cilice et se condamnait à toutes sortes de mortifications. Sa beauté et ses vertus la firent rechercher en mariage par divers jeunes seigneurs de Rome, mais Cécile refusait. Enfin ses parents, qui ignoraient et sa religion et son vœu, la promirent à un jeune seigneur nommé Valérien, digne de Cécile, par sa naissance et sa fortune. Cécile ne fut instruite de cette promesse que lorsque ses parents eurent signé et terminé le contrat. Désolép, elle se prépara au mariage par trois jours de jeûne, de mortifications et de prières. Elle demanda instamment à Dieu de ne pas permettre que sa virginité fût flétrie. Ses désirs furent exaucés : son ange gardien lui apparut et la rassura sur la vertu qui était l'objet de ses désirs. Dès lors,
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inondée de joie, la Sainte pressa elle-même les préparatifs de ses noces. Le jour de son mariage, Cécile étant seule avec son époux, lui dit : « Je vous communiquerai un secret, mon cher Valérien, si vous vous engagez à ne le révéler à personne. — Parlez, répondit Valérien, vous pouvez compter sur ma promesse. — J'ai le bonheur, reprit Cécile, d'être chrétienne, et dès mon enfance j'ai consacré à Dieu ma virginité ; ce Dieu m*a donné pour gardien un de ses anges ; il est toujours avec moi et il me protège ; il vaus punirait si vous vouliez me faire la moindre insulte; mais si vous respectez ma virginité, vous sentirez l'effet de ma protection. » — A ces paroles, Valérien demeura interdit et demanda qu'au moins il lui fut permis de voir cet ange. — « Vous le verrez, répondit Cécile, mais il faut que vous soyiez chrétien. » — Valérien alla trouver le pape Urbain qui était alors caché dans les sépulcres des martyrs, sur le chemin d'Appius. Le saint Pontife l'instruisit et le baptisa. Valérien en rentrant dans sa maison trouva Cécile en prières ; auprès d'elle était un ange vêtu de blanc et plus brillant que les astres ; il tenait à la main deux couronnes tressées de roses et de lis- Valérien se mit aussi en prières; l'ange déposa les couronnes des deux époux et disparut. Peu de temps après, Cécile convertit aussi Tiburce, son beau-frère et un officier nommé Maxime. Ils furent arrêtés tous trois comme chrétiens et condamnés à mort.
Le préfet Almaque ût ensuite rechercher Cécile, qui était connue pour la femme de Valérien. Arrêtée comme chrétienne, celle-ci comparut au tribunal et le préfet commença son interrogatoire : « Jeune fille,
quel est ton nom? — Devant les hommes, je m'appelle Cécile, répondit la vierge, mais chrétienne est mon plus beau nom. — Quelle est ta condition ? —
Citoyenne de Rome, de race ancienne et noble.
Offre de l'encens aux dieux de l'empire. — Vos, dieux ne sont que de viles et méprisables créatures que je n'adorerai jamais. » Comme elle parlait avec beaucoup de fermeté, le préfet lui demanda d'oti lui venait tant d'orgueil. Elle répondit qu'elle parlait avec fermeté, mais qu'elle détestait l'orgueil. — « Ne sais-tu pas, lui dit le préfet, qu'il dépend de m*oi de te laisser vivre ou de te faire mourir? — Vous pouvez me faire mourir, reprit Cécile, mais vous êtes impuissant à me faire vivre; Jésus-Christ seul le peut. » Tant de fermeté dans son langage, ses bonnes grâces, sa modestie et sa beauté touchèrent bien des cœurs : plus de quatre cents personnes se convertirent.
Almaque, apprenant cela, n'osa la livrer publiquement à la mort, mais il donna ordre de la reconduire à sa maison et de l'y faire mourir sans éclat en l'étoulïant dans la salle des bains chauds. Cécile y resta un jour et une nuit sans éprouver aucune atteinte de la chaleur et des flammes. Alors le juge envoya un bourreau pour lui trancher la tête. Le bourreau lui donna trois coups de hache sans pouvoir séparer la tête du corps et la laissa ensuite à demi morte et nageant dans son sang. Elle vécut encore trois jours dans cet état; pendant ce temps, elle confirma dans la foi ses nouveaux convertis, recommanda au pape Urbain ses pauvres, puis s'endormit dans le Seigneur, le 22 novembre.
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Réflexions pratiques.
Sainte Cécile avait fait vœu de virginité dès l'âge le plus tendre et elle y fut fidèle, malgré le milieu dans lequel elle vivait. Dieu, pour nous montrer la force de sa grâce et la puissance de sa protection, permit que la vertu de sa pieuse servante fût mise à une rude épreuve. Mais cette épreuve ne servit qu'à faire triompher sa vertu et à la rehausser d'un éclat plus merveilleux. La grâce a toujours le secret de glorifier les âmes de bonne volonté.
La grâce, c'est la voix de Dieu qui nous appelle ; avec quelle afi'ection et quelle docilité ne devonsnous pas l'écouter? C'est une- visite qu'il nous rend ; avec quel respect et quelle humilité ne devons -nous pas la recevoir ? C'est une recherche, avec quels sentiments de reconnaissance ne devons-nous pas y correspondre ! Si nous ne daignions pas l'écouter quand il nous parlera, quel affront ne lui ferions-nous pas ! Si nous ne voulions pas recevoir ses visites, si nous rebutions ses recherches, quelle ne serait pas notre insolence et notre ingratitude ! C'est pourtant ce que nous faisons autant de fois que nous sommes infidèles à la grâce. Comment Dieu se vengera-t-il de ce mépris ? Si nous ne voulons pas l'écouter, il se taira ; silence plus à craindre que toutes les menaces ! Si nous ne le recevons pas, il se retirera ; retraite plus funeste pour nous qu'une persécution ! Si nous le rebutons, il nous abandonnera ; abandon plus cruel que toutes les peines.
Ne cessez point de parler. Seigneur, car votre serviteur veut enfin vous écouter. Ne vous lassez point
de me rechercher; je sens que votre grâce se rend enfin maîtresse de mon cœur et que je veux revenir sérieusement de mes égarements.
Plan de méditation.
Considérons sainte Cécile : 1° admirée des anges ; 2° conversant avec les anges ; 3° remplissant sur la terre l'office des anges ; 4° inspirant autour d'elle la pureté des anges.
SAINT CLÉMENT, Pape et Martyr 23 novembre.
Saint Clément était Romain de naissance, mais Juif d'extraction. Il fut converti à la foi par saint Pierre et saint Paul. Son attachement à ces Apôtres fut si constant, et il les assista dans leur ministère avec tant de zèle, que les Pères de l'Église lui donnent le titre d'homme apostolique. Il fut dans maintes circonstances le compagnon des voyages, des travaux et des dangers de saint Paul. Il vint avec lui à Rome où il entendit prêcher saint Pierre, qui l'ordonna évêque, et devint par la suite, son troisième successeur après saint Lin et saint Clet. Il monta sur le siège de Rome en 89, et gouverna l'Église pendant dix ans.
Il y eut de son temps, parmi les fidèles de Gorinthe, une division qu'il appelle lui-même itnpie et détestable^ et qui ressemblait à celle que saint Paul avait apaisée dans la même Église. Clément écrivit,
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au nom de l'Église de Rome, une lettre que l'antiquité mettait immédiatement après les livres canoniques, et qu'on lisait également dans les Églises. « Prions, disait-il, pour ceux qui sont divisés, afin, qu'obtenant l'humilité, ils se soumettent, non à nous, mais à la volonté de Dieu. » Ce saint Pontife opérait tant de miracles ; il prêchait avec tant de ferveur et d'esprit qu'un grand nombre de gentils se convertirent, même parmi les premières familles de Rome. Le nombre des fidèles se multipliant tous les jours considérablement suscita contre lui la haine des païens. Il fut dénoncé à l'empereur comme un ennemi déclaré des dieux de l'empire et Trajan l'exila dans la Chersonèse. Notre Saint trouva dans ce pays deux mille chrétiens que le même empereur y avait relégués. Tous s'occupaient à extraire et à tailler des blocs de marbre. Ils étaient privés d'eau et contraints d'aller la chercher sur leurs épaules à deux grandes lieues de là. C'était leur plus cruel supplice. Le saint Pontife, ému de compassion, se mit à prier et engagea les chrétiens à l'imiter pour demander à Dieu de leur découvrir une source. Sa prière à peine achevée, il aperçut sur une hauteur un agneau qui semblait lui indiquer du pied un endroit où il y avait de l'eau. Il se rendit au lieu indiqué et s'adressant aux gens de sa suite : « Fouillez ici, dit-il, au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit. » A peine eut-on commencé le travail qu'une fontaine d'eau douce jaillit avec tant d'abondance qu'elle forma un gros ruisseau. Ce miracle convertit beaucoup de païens, qui se prirent d'une grande admiration pour la sainteté du Pontife. En moins IV. 14
d'un an on bâtit soixante-quinze églises et les temples des païens furent abattus. Chaque jour saint Clément baptisait plus de cinq cents personnes. Troublé par le récit de ces merveilles, Trajan envoya des satellites chargés d'attacher au cou de Clément une ancre et de le jeter à la mer : ce qui fut exécuté. Mais à la prière des chrétiens qui étaient sur le rivage, la mer se retira plus d'une grande lieue. Ils purent donc s'avancer à pied sec et ils trouvèrent une petite construction de marbre bâtie en forme de temple et au dedans un cercueil de pierre où était le corps du martyr ainsi que Tancre avec laquelle on l'avait précipité. Les habitants du lieu, touchés de ce miracle embrassèrent la foi de Jésus-Christ. Ce prodige n'arriva pas seulement l'année que ce pape mourut, mais encore les années suivantes. Et toutes les fois que la mer se retirait, elle laissait le chemin libre durant sept jours consécutifs. Le bruit de ce miracle amenait chaque année de nombreux pèlerins au tombeau du saint Pontife. Il y alla une femme avec son petit enfant. Pendant qu'elle priait, l'innocente créature s'endormit dans un recoin de l'église. Tout à coup la mer revenant dans ses limites ordinaires, chacun se retira; la mère fit de même, mais elle ne tarda pas de s'apercevoir qu'elle avait oublié son fils près du tombeau. Quelle ne fut pas sa désolation!... L'année suivante, cette mère affligée revient pleurer dans ce lieu où son cœur maternel avait été si cruellement éprouvé. Elle priait et sanglotait sur le tombeau du Saint, lorsque tournant tristement ses regards vers le lieu où elle avait laissé son enfant, elle s'aperçut qu'il
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dormait encore en la même façon qu'elle l'avait laissé. Ivre de joie, elle court l'embrasser. 0 mon fils, gui fa gardé pendant toute cette année ? L'enfant répondit qu'il n'avait fait que dormir sans savoir combien de temps. — Un historien raconte que le jour de la fête du Saint il s'opérait en cette chapelle les miracles les plus nombreux et les plus étonnants. Les aveugles y recouvraient la vue, les paralytiques l'usage de leurs membres et les malades la santé.
Réflexions prati gués.
Un empereur païen envoie le pape saint Clément en exil, pour empêcher que le nombre des chrétiens ne se multiplie par son ministère ; et c'est justement par cet exil du Saint que la religion chrétienne triomphe et se multiplie plus que jamais. Le tyran prétend dissiper le troupeau en exilant le pasteur ; et par cet exil il rend le pasteur au troupeau dispersé dans la Chersonèse; c'est un père qu'il rend à des enfants désolés pour les assister et les consoler ; c'est un Apôtre qu'il envoie dans un vaste pays tout païen, et dans peu de temps cette contrée est chrétienne, grâce au zèle du pontife.
C'est ainsi que Dieu confond la malice et la prétendue sagesse des hommes. Joseph est vendu par ses frères, et il en devient le maître et le sauveur. Saint Clément est envoyé en exil au delà du Pont- Euxin, et il y établit une Église florissante, en convertissant à la vraie foi plusieurs milliers d'idolâtres. Dans les épreuves et les contrariétés qui ne dépendent pas de nous, laissons agir la divine Providence. N'en dérangeons pas l'ordre et l'économie ;
toutes choses concourent à l'avantage de ceux qui aiment le Seigneur. La jalousie et la haine des hommes servent souvent plus à ceux qui en sont la victime que l'amitié de leurs ennemis. Sachons donc nous soumettre à la sainte volonté de Dieu, même lorsqu'elle est en désaccord avec nos appréciations. Fiat voluntas tua.
Plan de méditation.
Dieu a procuré à saint Clément : 1° la liberté dans sa prison ; 2° l'autorité dans les mines; 3° la gloire dans son sépulcre.
SAINT JEAN DE LA CROLX, Confesseur.
24 novembre.
Saint Jean de la Croix vint au monde dans le village de Ontiveros, au diocèse d'Avila, en Espagne l'an 1542. Sa mère lui inspira de bonne heure une tendre dévotion pour la très Sainte Vierge, et il fut, dès ses premières années, le protégé de cette puissante Reine. Jouant un jour au bord d'un étang, il glissa au fond de l'eau; une grande dame vint lui offrir la main pour le sauver. « Non, reprit l'enfant, vous êtes trop belle et ma main salirait la vôtre. » Alors un vieillard se présenta, marchant sur l'eau comme la belle dame, tendit à l'enfant son bâton et le ramena sur le bord. C'étaient Marie et Joseph.
Quelques temps après, admis à l'hospice pour y servir les pauvres et faire ses études, il tomba par
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mégarde dans un puits très profond. Les témoins accoururent poussant des cris, et croyant le trouver mort. Mais ils le virent paisiblement assis sur l'eau, et comme on s'étonnait : « Une belle dame m'a reçu dans son manteau et m'a gardé, » reprit-il avec un franc sourire. C'est ainsi que le jeune enfant grandissait sous le regard de Marie.
Sa mère, devenue veuve et restée sans secours avec trois enfants en bas âge, se retira avec eux à Médina et envoya Jean au collège pour y apprendre les premiers éléments de la grammaire. Là il fit autant de progrès dans la piété que dans les sciences. On assure que dès sa plus tendre enfance il avait compris le mystère de la croix du Sauveur, et qu'à l'âge de neuf ans, dévoré par la soif de pénitences et d'expiations, il couchait sur un lit de sarment, pour mortifier sa chair innocente. Comme sa famille était pauvre, dès qu'il fut en état de vivre de son travail, il entra au service des malheureux dans un hôpital. Dans cette humble condition, il s'appliqua avec un zèle brûlant de charité à remplir les plus modestes emplois de la maison. Son exemple excita tous ceux dont il partageait les fonctions à mieux s'acquitter de leur charge.
Il avait vingt ans.
Appelé à un genre de vie plus parfait, il entra chez les Carmes de Médina. Jamais novice ne montra plus de soumission, d'humilité, de ferveur et d'amour de la croix. Sa cellule ressemblait à un tombeau et son lit était un véritable cercueil. Il s'était fait un cilice avec des joncs marins dont les pointes aiguës le piquaient jusqu'au sang au moindre mou-
vement qu'il se donnait, et il pratiquait encore plusieurs autres austérités. Ses supérieurs, après lui avoir fait achever son cours de théologie à Salamanque, l'obligèrent de recevoir la prêtrise à l'âge de vingt-cinq ans.
Depuis longtemps un grand relâchement s'était introduit dans l'Ordre des Carmes et notre Saint formait le projet d'entrer chez les Chartreux, où il espérait mener une vie et plus retirée et plus parfaite. Mais il rencontra sainte Thérèse. Celte héroïque religieuse travaillait à la réforme des Carmélites, et déjà elle avait rétabli, parmi bon nombre de religieuses du Carmel, la règle primitive. Elle engagea fortement saint Jean à entreprendre une pareille réforme parmi les religieux de l'Ordre du Mont- Carmel. Le Saint entra dans ses vues, et se rendit à Durvelo, petite ville du diocèse d'Avila, où fut bâti le premier couvent de la réforme des Carmes déchaussés. Le Saint y prit un nouvel habit que sainte Thérèse avait fait elle-même et lui avait envoyé. Il y fit aussi une profession nouvelle et prit le nom de Jean de la Croix, Il avait jusque-là porté celui de Jean de saint Mathias.
Ce changement lui attira une violente persécution de la part des anciens religieux, 'qui le regardaient comme un apostat. Pendant la nuit du 24 décembre 1577, il fut fait prisonnier et conduit à Tolède où on le renferma dans un cachot. Il y demeura neuf mois, traité comme un grand criminel. Grâce au crédit de sainte Thérèse, et surtout à une protection spéciale de la Sainte Vierge, il put s'échapper de sa prison et recouvrer la liberté. Peu de temps après il
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fut établi supérieur du couvent du Calvaire, situé dans le désert, et tour à tour, il parvint aux premières charges de l'Ordre. Les divers emplois qu'il exerça ne lui firent rien diminuer de ses austérités. 11 ne dormait que deux ou trois heures chaque nuit, et passait le reste en prières devant le Saint Sacrement. Il demandait à Dieu trois choses : la première de ne passer aucun jour sans souffrir; la deuxième de ne pas mourir supérieur ; la troisième, de finir sa vie dans l'humiliation, la disgrâce et le mépris. Le zèle avec lequel il s'acquittait de ses charges fit de nombreux mécontents, le rendit victime de noires calomnies et lui attira de mauvais traitements, qui durèrent jusqu'à son dernier soupir. Interrogé un jour par Jésus-Christ qui lui demanda : « Quelle récompense désires-tu pour les grands travaux auxquels tu t'es livré pour moi? Il ne fit que cette réponse : Nulle autre^ Seigneur^ que le bonheur de souffrir et d'être méprisé pour vous. — Dès lors, aux tribulations du dehors, Dieu ne tarda pas d'ajou*er toutes sortes d'épreuves intérieures, qui en firent un des plus habiles maîtres dans les voies de la perfection. Dans sa dernière maladie une fièvre violente, compliquée d'une grave inflammation à la jambe droite, formèrent cinq plaies en forme de croix. Il fallut bientôt recourir aux opérations les plus douloureuses. Pendant qu'on le torturait il encourageait les médecins : « Ne craignez rien, leur disait-il , enfoncez plus avant s'il le faut, je ne désire rien tant que de soufl'rir pour mon Sauveur Jésus.
Cependant ses forces s'épuisèrent et la Sainte Vierge lui annonça qu'elle viendrait le quérir le sa-
raedi dans l'octave de son Immaculée Conception. Le jeudi, il reçut le saint Viatique. Le vendredi, contre son habitude, il demanda l'heure, et comme ses frères étaient étonnés, il leur révéla son secret : « C'est que je dois aller chanter les matines au Ciel. »■ A dix heures, la cloche du couvent appelant les religieux à l'office, il s'écria : « Et moi aussi j'aurai le bonheur de le réciter au Ciel avec la bienheureuse Vierge. » A minuit il ferma les yeux et dit doucement : « Je vais dire matines au Ciel... Seigneur, je remets mon âme entre vos mains, » et il quitta la terre pour entrer dans la patrie céleste. C'était le 14 décembre 1591.
Réflexions pratiques.
Saint Thomas d'Aquin interrogé par Jésus-Christ lui donnant le choix de la récompense destinée à ses travaux, avait répondu ; « Je n'en veux pas d'autre que vous-même, Seigneur. » Sainte Thérèse, dans les élans de son ardente charité, s'écriait : « Mon Dieu, ou souffrir, ou mourir! » Saint Jean de la Croix s'élève à une plus grande hauteur. Interrogé à son tourpar Jésus-Christ lui demandant : a Quelle récompense désires-tu pour les grands travaux auxquels tu t'es livré pour moi? » Il ne fit que cette courte réponse : « Souffrir et être méprisé pour vous. » Quelle âme fut jamais plus généreuse et porta plus loin l'abnégation? Souffrir et être méprisé, voilà pour notre Saint la plus riche et la plus magnifique des récompenses. Il n'en trouve pas de plus désirable dans les trésors de Dieu ! Cet amour de la souffrance s'empare du cœur de Jean dès le plus bas âge, et le pos-
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sède toute sa vie. Jeune enfant, il est maintes fois surpris par sa vertueuse mère au milieu de la nuit hors de son lit, priant avec ferveur, ou couché tout vêtu sur quelques fagots de sarments. — Plus tard, dévoué au service des malades dans un hôpital, s'il a des soins et des attentions bienveillants pour tous les malheureux, il réserve ses prédilections et ses faveurs particulières pour les plus désespérés et les plus rebutants. — Dans la réforme de l'Ordre du Carmel que n'a-t-il pas eu à souffrir ! Il est persécuté, incarcéré et maltraité. Au sein de ses épreuves, quelles sont les plaintes de notre Saint ? « On ne me traite pas aussi durement que je le mérite, s'écrie-t-il!... » — Jean avait dit : « Souffrir et être méprisé pour vous, ô mon Sauveur ! » C'est sa demande que le Ciel exauça. Voilà pourquoi à la fin de sa carrière, Dieu ajouta les peines intérieures les plus désolantes aux souffrances de son corps couvert de plaies hideuses et dévoré par d'horribles ulcères. Au milieu de tant de douleurs, notre Saint ne cesse de bénir la main qui le frappe. Quelle résignation héroïque! Et nous, que de fois les croix inévitables nous arrachent des murmures. Mon Dieu! donnez-nous l'amour des souffrances et le courage de porter les croix qu*il vous plaira de nous envoyer.
Plan de méditation.
I. Abnégation de saint Jean de la Croix dans le renoncement à lui-même.