II. Comment faut-il exercer la miséricorde
SAINT JACQUES, Surnommé l'INTERGIS, Martyr
EN Perse
27 novembre.
La religion chrétienne, longtemps persécutée en Perse, finit par jouir d'une paix de vingt années, sous le roi Isdegerde. Ce prince, naturellement doux, n'aurait jamais troublé le repos des chrétiens, sans le zèle imprudent de l'évêque Abdas, qui fit mettre le feu à un temple des faux dieux. Le roi, ayant pris connaissance de cet acte injustifiable, condamna l'évêque à le rebâtir à ses dépens ; mais Abdas n'en voulut rien faire. Ce refus irrita tellement le prince idolâtre que, non content d'avoir fait mourir l'évêque insoumis, il ordonna de détruire toutes les églises des chrétiens et de faire revenir à la religion du pays ceux qui avaient embrassé le christianisme.
Jacques, que l'on a surnommé depuis VlnterciSy fut un de ceux qui obéirent aux ordres du prince. Craignant de perdre ses biens et des charges considérables qui l'attachaient à la Cour, il renonça à la foi pour adorer les idoles. Sa mère et sa femme ayant appris son apostasie lui écrivirent une lettre très forte, oti, après l'avoir exhorté à réparer sa faute, elles lui disaient : a Si vous ne rentrez pas dans la voie sainte que vous avez quittée, nous vous traiterons en étranger, et nous vous déclarons que nous allons nous séparer de vous. Il ne nous conviendrait pas de demeurer avec un apostat qui a quitté son Dieu pour servir un homme mortel, afin de conser-
ver des biens qui doivent périr et le perdre avec eux. »
Jacques, à qui la conscience reprochait déjà son infidélité, fat \1vement touché de cette lettre. Après en avoir pris connaissance, il se mit à pleurer amèrement : « Si je suis devenu étranger à ma mère et à mon épouse, se disait-il à lui-même, combien le suis-je davantage à ce Dieu que j'ai si lâchement abandonné ! « Aussitôt il témoigna publiquement le regret de son apostasie, il déclara qu'il voulait vivre et mourir dans la foi de Jésus-Christ.
Le roi informé de son changement le fit appeler, et lui dit ; Êtes-vous yazaréen? c'est ainsi que ce prince nommait les chrétiens ; le Saint répondit : — Oui, je le suis. — Vous êtes donc magicien, reprit Isdegerde. — Non, reprit Jacques, puisque f adore le vrai Dieu. Le roi l'ayant menacé de la mort la plus lente et la plus cruelle, il lui dit : — Toute espèce de mort n'est qu'un sommeil, puissé-je seulement mourir de la mort des justes ! — « Les chrétien s vous trompent, lui dit le roi, en vous faisant croire que la mort n'est qu'un sommeil : voyez si tous les hommes et même les plus grands empereurs ne la craignent pas. — Je sais, reprit le Saint, que tous les hommes qui méprisent la divinité et même les plus grands rois craignent la mort, parce que l'espérance des méchants périra, mais il en faut excepter les chréliens à qui la mort procure la vie éternelle. »
Le roi, irrité de sa constance, le condamna à être coupé par morceaux. Le Saint, sans s'effrayer d'un ordre si cruel, donna ses membres, l'un après l'autre, pour être coupés, et à mesure qu'on lui ôtait quel-
que partie de son corps, il prononçait quelques paroles de l'Écriture pour en faire le sacrifice à Dieu. On commença par lui couper le pouce de la main droite, et il dit alors ; « Jésus-Christ est la vigne, et nous sommes les branches ; on coupe, on taille ces branches afin que la vigne fructifie, et qu'elle produise les fleurs de la vie éternelle. »
Quand on lui eut coupé tous les doigts de la main, on lui offrit de guérir ses plaies, et on l'exhorta à sauver le reste de son corps ; mais il déclara constamment qu'il voulait se donner tout entier à Jésus- Christ, et présenta la main gauche. Il périt ainsi par le supplice le plus cruel et le plus lent, et le genre de sa mort lui a fait donner par les Latins le nom à'Intercis, qui signifie coupé par morceaux. Son martyre arriva le 27 novembre de l'an 420.
Réflexions pratiques.
Les richesses de saint Jacques furent la cause de son apostasie. La crainte de les perdre et le désir de les posséder longtemps détachèrent son cœur du Créateur pour le fixer à la créature. Tant il est vrai que de grands biens et de grandes charges sont un fort obstacle à une vie vraiment chrétienne. Qu'il est grand le nombre de ceux qui oublient le Seigneur dans la prospérité et négligent de le servir ! Qu'il est considérable le nombre des âmes que ramènent à Dieu l'adversité et le malheur ! N'attachons jamais notre cœur aux biens éphémères de la vie. Pour cela n'oublions pas que les richesses qui passent ne sont rien et que les seuls biens dignes d'être convoités sont les biens éternels. C'est cette considération qui
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ramena à Dieu saint Jacques Ylntercis. A son exemple, entrons souvent dans les sentiments que nous aurons à la mort. L'homme vivant aime les richesses, le mourant les méprise, le mort les déteste.
Plan de méditation,
I. Ce n'est pas un crime d'avoir du bien ; mais c'est un crime d'y être trop attaché.
II. Qui a trop d'ardeur pour les richesses aura bientôt beaucoup trop d'indifférence pour Dieu.
SAINT ETIENNE, DIT LE JEUNE, Martyr 28 novembre.
Saint Etienne, le Jeune, naquit à Constantinople en 714 de parents très chrétiens qui le consacrèrent à Dieu dès sa première enfance. U fut élevé avec soin dans la piété et la science. Dès sa jeunesse il apprit par cœur presque toute l'Écriture sainte et étudia avec beaucoup d'application les ouvrages de saint Chrysostome.
L'an 726, l'empereur Léon l'Isaurien ayant déclaré la guerre au culte des saintes images, les parents d'Etienne prirent la fuite. Mais ils voulurent avant leur départ mettre en sûreté la foi de leur fils, qui avait alors quinze ans. Ils le placèrent dans le monastère du mont Saint-Auxence, en Bithynie. L'Abbé le reçut avec joie et s'appliqua à le former à la vertu. L'année suivante, il l'admit à la profession
monastique. Etienne montra une ferveur incroyable dans l'accomplissement de tous ses devoirs. Le jeune religieux ayant perdu son père, peu de temps après, fut obligé de faire un voyage à Constantinople. Il vendit tous ses biens, en distribua le prix aux pauvres, puis retourna dans son couvent,
A l'âge de trente ans, après la mort de l'Abbé, il fut choisi pour gouverner le monastère de Saint- Auxence. Il alla loger au haut de la montagne dans une cellule qui dominait toutes les autres par sa situation. Là, il s'occupait de la prière et du travail des mains, veillant sur la conduite des autres solitaires. Une peau de brebis faisait tout son vêtement et il portait continuellement une ceinture de fer.
Le nombre de ses disciples n'était encore que de vingt lorsque l'amour d'une plus grande retraite, joint au désir d'une vie plus austère, le porta à se décharger de ses fonctions de supérieur. Il se retira dans une autre cellule beaucoup plus écartée et plus incommode.
L'empereur Constantin Gopronyme, trop fidèle imitateur de son père, persécuta avec une fureur sans égale les chrétiens fidèles à honorer les saintes images. Il ne négligea rien pour gagner à sa cause Etienne, que sa sainteté avait rendu célèbre, et dont l'exemple devait avoir tant d'influence sur les autres. Il essaya de tous les moyens; il lui offrit des présents : « Remportez ces dons, dit Etienne à l'envoyé de l'empereur; l'huile des pécheurs ne parfumera jamais ma tête. » L'empereur irrité eut recours à la persécution, à la violence et à la calomnie. Tout fut inutile, et notre Saint fut exilé dans une île
de la Propontide, et il se retira dans une caverne où il vécut d'herbes et déracines qui croissaient autour de sa demeure. Il y pratiquait des austérités qu'on aurait peine à supposer chez les plus robustes solitaires.
Son séjour fut bientôt illustré par une foule de miracles qui portèrent au loin sa réputation. Un jour, un aveugle vint le trouver et le pria de le guérir. Après s'en être défendu avec beaucoup d'humilité, Etienne lui dit : « Avez-vous la foi? Révérezvous l'image de Jésus-Christ, de sa mère et des Saints ? Croyez-vous en Dieu qui guérit, même par les images, comme il arriva à la conversion de Marie Égyptienne? — Je crois, répondit l'aveugle et je révère. » Saint Etienne ajouta : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ qui a guéri l'aveugle-né, en qui vous croyez, et dont vous vénérez l'image, regardez le soleil sans obstacle. » Aussitôt les yeux de l'aveugle furent ouverts. Le bienheureux guérit également un enfant qui était tourmenté du démon depuis neuf ans, et une femme noble d'Héraclée, enThrace, malade depuis sept ans. Un grand nombre d'autres miracles, en augmentant l'éclat de sa sainteté, multiplièrent considérablement le nombre des défenseurs des saintes images.
L'empereur courroucé fit alors ramener le Saint à Constantinople où il le laissa quelque temps en prison, les fers aux mains et les pieds serrés entre deux morceaux de bois, espérant ébranler sa constance par ces tortures. Puis il le manda en sa présence et après avoir parlé contre le culte des images, il lui dit : « Homme stupide, comment ne
comprends-tu pas qu'on peut fouler aux pieds les images de Jésus-Christ, sans fouler aux pieds Jésus- Christ lui-même? » Etienne, pour toute réponse, prend une pièce de monnaie qu'il montre aux assistants en leur demandant quel traitement mériterait celui qui foulerait aux pieds l'image de l'empereur qui y était empreinte. Toute l'assemblée s'écria qu'il faudrait le punir sévèrement. « Quoi donc, reprit le Saint, c'est un crime d'outrager l'image d'un empereur mortel et l'on sera innocent si l'on jette au feu l'image du Roi des rois ! I Constantin ordonna qu'Etienne fut ramené en prison et déchiré de verges jusqu'à ce qu'il expirât. Quelque temps après il fut -livré à la populace qui le traîna dans les rues de la ville, le frappant sur la tête et par tout le corps à coups de pied, à coups de pierres et à coups de bâton. Un de ces furieux lui déchargea un coup si violent qu'il lui fit sauter la cervelle. Ce martyre eut lieu le 28 novembre 767. Notre Saint avait cinquantetrois ans.
Réflexions pratiques.
Pour contraindre saint Etienne à renier la vraie foi que ne lui firent point souffrir les Iconoclastes ? Toutefois le pieux solitaire se montra inébranlable dans ses convictions religieuses et préféra l'exil, puis la mortplutôt que d'apostasier. Sommes-nous prêts à perdre tout plutôt que d'abandonner la vérité et le service de Dieu ? Un chrétien ne peut hésiter dans ce choix. Si nous n'affirmons point notre croyance par l'effusion de notre sang, soutenons-lapar nos œuvres ; que la pureté de nos mœurs réponde à la pureté de
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notre foi, et les hérétiques comme les mauvais chrétiens seront bientôt confondus. La vérité triomphe toujours de l'erreur dans cette espèce de controverse muette mais pratique. « Seigneur, vous êtes la vérité et la vie, ne permettez pas que nous vous abandonnions ! »
Plan de méditation.
Le culte des saintes images est : L un culte légitime fondé 1° sur l'Écriture; 2° sur la tradition, 3° sur la pratique constante de l'église; 4° sur la raison. IL Avantageux à l'âme chrétienne : 1° il porte à la dévotion ; 2° il porte à limitation; 3° perfection avec laquelle saint Etienne a pratiqué ce culte.
SAINT SATURNIN, Evêque de Toulouse, Martyr
29 novembre.
Saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, et un des plus illustres martyrs de l'Église de France, naquit dans la ville de Patras, située dans la Morée, presqu'île de la Grèce. Il était issu du sang des rois de cette contrée. D'après une tradition que l'on peut regarder comme certaine, c'est au commencement de notre ère qu'il fut envoyé dans les Gaules pour prêcher la religion chrétienne. Il se rendit d'abord à Arles où il convertit à la foi un grand nombre de païens. De là, il se dirigea sur Nîmes. Les habitants de cette grande ville, touchés par ses prédications et ses miracles, renoncèrent à l'idolâtrie et embrassèrent la religion chrétienne. De Nîmes, Saturnin
prit le chemin de Garcassonne où il fut incarcéré, mais Dieu ne permit pas qu'il restât longtemps en prison. Après avoir recouvré la liberté, il se retira à Toulouse. Là, comme ailleurs, notre Saint guérissait les malades, purifiait les lépreux, remettait sur pied les paralytiques et chassait les démons. Il est dit que dans cette grande cité, une dame de qualité, nommée Cyriaque, était toute couverte de lèpre. Ayant entendu prêcher l'Apôtre, cette dame demanda à recevoir le baptême et aussitôt elle fut parfaitement guérie. Ce prodige fit admirer le Dieu des chrétiens et détermina la moitié des habitants de Toulouse à embrasser la vraie foi. Dès lors le Saint fit bâtir, non loin du Gapitole, une petite église où il assemblait son troupeau et où il exerçait les fonctions de son ministère. Lorsque le Saint Pontife vit cette Église naissante en état de se soutenir et de s'augmenter sans avoir besoin de sa présence, il forma le dessein de porter plus loin ses conquêtes.
Il laissa saint Papoul à Toulouse et partit pour l'Espagne. Là, par la force de ses paroles, par la grandeur de ses miracles et par la sainteté de sa vie, il convertit à la foi plus de quarante mille personnes. Il y demeura deux ans, et grâce à ses prodiges des millions d'idolâtres ouvrirent les yeux à la lumière de l'Évangile. Cependant il s'éleva une sédition dans Toulouse, et saint Papoul y souffrit un glorieux martyre. Saint Saturnin en étant informé, jugea que sa présence était nécessaire en cette ville, de peur que le troupeau fidèle, qui était demeuré sans pasteur, ne devînt la proie des loups ravisseurs. II revint donc en diligence et il ramena avec lui la se-
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rénité et la joie. En voyant le Saint Pontife, les fidèles de Toulouse reprirent courage et cessèrent de craindre les insultes des idolâtres, leurs ennemis. Pour aller à l'église des chrétiens il fallait passer devant le Capitole, oti était le temple des idoles. C'était là que se rendaient les oracles ; mais la présence du Saint, qui passait souvent devant le temple, rendit les démons muets. Les prêtres, persuadés que le silence de leurs dieux n'avait point d'autre cause, épièrent le moment où Saturnin se rendait à son église; ils se saisirent de sa personne, le conduisirent dans le temple, et lui déclarèrent qu'il fallait, ou qu'il sacrifiât ou qu'il mourût. « J'adore un seul Dieu, dit courageusement le Saint, et je suis prêt à lui offrir un sacrifice de louanges. Vos dieux ne sont que des démons. Vous voulez que je craigne ces dieux I quand j'entends dire autour de moi que je leur impose silence? »
Cette réponse excita la fureur des idolâtres. Ils firent souffrir au saint évêque toutes les indignités qu'un zèle aveugle peut inspirer. Enfin ils l'attachèrent par les pieds à un taureau indompté qu'on avait amené pour le sacrifice. L'animal, qu'on eut soin d'irriter à coups d'aiguillon, traîna Saturnin avec tant de violence, qu'on vit bientôt la cervelle sauter de la tête et les entrailles sortir du corps. Mais son âme, affranchie de ses liens, s'envola dans le royaume de la paix et de la gloire. Le taureau continua sa course furieuse, les membres du Saint se détachèrent et les rues furent teintes de son sang. Ses précieux restes furent recueillis avec respect par deux femmes chrétiennes. On les conserve en-
core à Toulouse. Le martyre de saint Saturnin arriva en l'année 250. Sa fête se célèbre le 29 novembre.
Réflexions pratiques.
Saint Saturnin a été un de ces hommes courageuxqui ne cessèrent de lutter avec énergie et succès contre toutes les fureurs déchaînées du paganisme. Héritier de la foi et du zèle des premiers Apôtres de Jésus-Christ, ce généreux missionnaire mérita d'être associé à leurs glorieuses entreprises. Comme eux, il répandit la lumière de l'Évangile, et après avoir parcouru de vastes contrées, converti les nations idolâtres, il sacrifia sa vie tout entière à la défense de la foi et à la gloire de l'Église. Voilà notre modèle, son dévouement doit exciter notre zèle. Que faisons-nous pour établir le règne de Jésus-Christ, d'abord dans nos cœurs, ensuite dans les âmes de nos frères? Comment défendons-nous la religion lorsqu'elle est attaquée? Confondons-nous du peu que nous avons fait, et encore plus de ce que nous ne voulons rien faire. Au moins tâchons d'édifier et de gagner le prochain par nos bons exemples et d'avancer nousmêmes dans la vertu. Mon Dieu I faites passer dans mon cœur si indifférent les nobles désirs si dignes d'un chrétien.
Plan de méditation.
Saint Saturnin devint la gloire de Toulouse : 1° par son apostolat; 2° par ses vertus et ses miracles; 3° par son martyre.]
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SAINT ANDRÉ, Apôtre 30 novembre.
L'Apôtre saint André naquit à Bethsaïde, petite ville de Galilée. Il était frère aîné de saint Pierre et, comme lui, exerçait avec son père, Jean ou Jonas, la profession de pêcheur. Avant sa vocation à l'apostolat, il était disciple de Jean-Baptiste. Bien qu'il ne suivît pas continuellement son maître, il se plaisait à aller souvent l'entendre et s'appliquait à mettre ses instructions en pratique. Un jour, Jean-Baptiste, du bord du Jourdain, voyant passer le divin Sauveur qui arrivait du désert oii il était demeuré quarante jours, s'écria en présence d'André : Voici V Agneau de Dieu qui efface le^ péchés du monde. La foi du pêcheur de Galilée lui faisait comprendre le sens de ces paroles mystérieuses, il suivit le divin Sauveur avec un autre disciple de saint Jean que l'Évangile ne nomme pas. Ils allèrent pleins d'ardeur à l'endroit où Jésus logeait et passèrent avec lui le reste du jour et toute la nuit. Qui pourrait exprimer tout ce que produisit dans le cœur d'André l'mstruction qu'il reçut de Jésus ! Il le reconnut pour le Messie et le Sauveur du monde, et s'attacha à lui pour toujours. Il fut son premier disciple et assista avec lui aux noces de Cana oii il fut témoin d'un grand miracle.
André, à son tour, fit part de la joie dont son cœur était rempli à Simon, son frère, qu'il aimait tendrement. « Nous avons trouvé le Messie, dit-il, le Christ promis par les prophètes. » Pierre voulut aussi avoir le bonheur de contempler Jésus-Christ et
de lui parler, et André l'amena au lieu où il l'avait trouvé. « Vous êtes Simon, fils de Jean, lui dit l'Homme-Dieu, vous serez appelé Céphas, c'est-àdire Pierre. » Il l'admit également au nombre de ses disciples. Les deux frères restèrent un jour avec le Sauveur pour entendre la divine parole, et après cela ils revinrent en leur demeure. Dès lors, ils s'attachèrent à Jésus, mais ils ne le suivirent pas continuellement comme ils devaient le faire dans la suite ; ils se contentaient de se rendre souvent auprès de lui pour l'entendre et ils revenaient ensuite à leur pêche.
Vers la fin de la même année, Notre-Seigneur, revenant de la Basse-Galilée , et voyant Pierre et André occupés à pêcher dans le lac, les appela pour toujours au ministère évangélique. Il leur dit ; Suivez -moi et je vous ferai pêcheurs d'hommes. S 3.ns hésiter, les deux frères, avec une foi admirable et une obéissance parfaite, quittèrent leurs filets et leur barque pour ne plus se séparer de lui. L'année suivante, le Sauveur forma le collège apostolique. Les évangélistes mettent toujours Pierre et André à la tête des autres. Peu de temps après, le Sauveur alla dans leur maison de Capharnaiim où la bellemère de saint Pierre fut guérie miraculeusement. Un jour qu'une grande multitude avait suivi le Sauveur dans le désert, Jésus, touché de compassion, demanda comment on pourrait leur donner à manger. André, dont la foi était vive, répondit qu'il se trouvait là un jeune homme qui avait cinq pains d'orge et deux poissons. « C'est peu, dit-il, pour une si grande multitude », mais il ne doutait pas que
Jésus-Christ ne pût faire éclater sa puissance en cette occasion. Il fut donc témoin de la multiplication miraculeuse des pains.
Ce fut aussi André qui, dans son zèle de faire connaître Jésus-Christ, lui présenta quelques Gentils venus à Jérusalem pour voir le Sauveur.
Après l'Ascension de l'Homme-Dieu et la descente du Saint-Esprit, les Apôtres s'étant séparés pour aller prêcher l'Évangile, André alla porter la Bonne Nouvelle à la Scythie, au royaume de Pont et à plusieurs autres contrées où il confirmait par les plus éclatants prodiges, la foi qu'il annonçait. — A Patras, en Achaïe, le succès de sa parole et de ses miracles fut tel, que le proconsul Egée crut devoir sévir contre lui, pour protéger la cause des dieux désormais perdue ; mais André lui déclara hautement, avec une noble fierté, qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et que rien au monde ne l'empêcherait de prêcher Jésus et Jésus crucifié. (( Comment veux-tu regarder comme un Dieu et adorer un homme crucifié ? reprit le proconsul. — S'il a été crucifié, c'est qu'il l'a bien voulu, c'est pour notre amour et pour notre rédemption qu'il a subi ce supplice. Laisse-là tes contes, ajouta Egée, et sacrifie aux dieux, autrement je te ferai mourir par le supplice de la croix. — Cette croix dont vous me menacez, fait Tobjet de tous mes désirs, et je ne puis trouver un bonheur plus grand que d'y mourir à l'exemple de mon maître. » Egée le fit conduire en prison, espérant que les mauvais traitements le feraient changer de sentiment.
Cependant la multitude, convertie par saint