MODÈLE
André, frémissait de le voir en prison et poussait des clameurs tumultueuses; elle voulait délivrer son Apôtre et menaçait le proconsul. Mais le Saint apaisa la sédition : « Les chrétiens ne triomphent pas en se défendant, mais en mourant. » Telle fut sa réponse et le lendemain, cité de nouveau au tribunal d'Egée, le juge lui demanda s'il avait réfléchi et si la prison l'avait rendu plus sage. André se contenta de lui reprocher son impiété et d'exalter le mystère de la croix. — « Eh bien, dit Egée, tu seras crucifié comme Jésus-Christ et sans retard. » On le mena aussitôt au lieu de son martyre. Aussitôt qu'il aperçut la croix qu'on lui destinait, joyeux comme le guerrier qui, après de longs combats , aperçoit le char du triomphe : « Bonne croix, s'écria-t-il, croix, source de tous les biens, croix que j'ai si longtemps désirée, si passionnément aimée, si continuellement recherchée, vous voilà donc enfin accordée à mes vœux ! Croix sainte, je vous salue, je viens à vous plein de confiance et de bonheur ! Croix auguste , croix triomphante, empourprée du sang de mon Maître, recevez-moi entre vos bras, pour me remettre entre les mains de mon Jésus, qui par vous m'a racheté ! » Il fut donc attaché à la croix et pendant trois jours qu'il y vécut, il ne cessa, du haut de cette chaire sacrée, de prêcher la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ au peuple qui l'entourait. Sa tête a été apportée à Rome et est vénérée dans la basilique vaticane de Saint-Pierre. — Saint Grégoire de Tours dit qu'à son sépulcre à Patras, tous les ans, au jour anniversaire de sa mort, il coulait une liqueur, qui, selon qu'elle était plus ou moins abondante.
POUR CHAQUE JOUR DE l' ANNÉE 273
marquait la fertilité plus on moins grande de l'année suivante. Il ajoute que cette liqueur exhalait une odeur si agréable, qu'on l'eût prise pour du nectar ou pour une composition de parfums très exquis, et que les malades qui en buvaient ou s'en frottaient le corps, se trouvaient guéris immédiatement.
Réflexions pratiques.
Saint André avait appris à apprécier la croix à l'école du divin Maître. Il avait entendu cette sentence si féconde en salutaires enseignements ; que celui qui ne porte pas sa croix à sa suite n'est pas digne d'être son disciple. Dès lors il ne cessa d'aimer cet instrument de notre salut. Oh en suis-je de ces sentiments ? Puis-je au moins me flatter d'aimer et d'accueillir avec résignation ces petites croix de Providence dont ma vie est pleine ? Ai-je le courage de les saluer comme saint André ! « 0 bonne croix! Hélas ! quelle dissemblance entre la conduite de l'Apôtre et la mienne ! Loin de ciaindre qu'on ne m'enlève mes croix, je n'aime que les positions où il n'y a rien à souffrir ; je ne cherche toujours qu'à éloigner de moi tout ce qui gêne ; je ne songe qu'à me procurer tout ce qui flatte mes sens, mon imagination, mes goûts, ma sensualité ! Ma vie tout entière n'est pour ainsi dire qu'une protestation habituelle contre la croix du Sauveur. 0 mon âme ! prends au pied du divin Crucifié la résolution d'accepter généreusement les peines, les afflictions qu'il plaira à la Providence de t'envoyer. Oui, ô mon Dieu ! je vous immole ma volonté, par une parfaite obéissance à
votre loi, mon caractère par la pratique de la douceur, ma curiosité et ma sensualité, par la privation. 0 bonne croix! que celui qui m'a racheté par vous, me reçoive par vous !
Plan de méditation.
I. La croix est la chaire où saint André a prêché Jésus-Christ et sa loi : 1° avec autorité; 2° avec conviction ; 3° avec fruit.