‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 37 sur 68 · MOIS DE DECEMBRE · texte numérisé non relu

MOIS DE DECEMBRE

SAINT ÉLOI, Patron des Orfèvres 1" décembre.

Saint Éloi naquit vers le milieu du septième siècle, aux environs de Limoges, de parents d'une condition médiocre, mais vertueux. Il était grand, beau, d'un visage et d'un ensemble grave et sympathique. Il profita merveilleusement des bons exemples dont il fut témoin dans la maison paternelle pour s'élever à un degré éminent de perfection. Comme son père et sa mère remarquèrent en lui un goût très prononcé pour les œuvres d'art, ils le placèrent chez un orfèvre de Limoges, nommé Abbon. L'ardeur avec laquelle Éloi cultiva son talent naturel le fit bientôt exceller dans sa profession. Son habileté rare, jointe à une douceur inaltérable et à une piété aussi sincère qu'aimable, lui gagnèrent l'affection de tous ceux qui le connaissaient. On ne se lassait pas d'admirer sa franchise, sa prudence et son penchant à obliger.

A l'âge de trente ans, quelques affaires Tayant ap-

pelé à Paris, il fît connaissance avec Rabbon, intendant des finances. Celui-ci, aussi charmé de son habileté que de sa vertu, lui fit faire plusieurs ouvrages de prix dont il fut très satisfait. Il le fit connaître au roi Glotaire II. Ce prince qui aimait la magnificence, voulait qu'on lui fît un trône orné d'or et de pierresprécieuses, mais il ne trouvait point à la cour d'ouvrier assez habile pour le confectionner d'après le plan qu'il avait conçu. Éloi n'hésita point à s'en charger. On lui livra donc l'or et les pierreries dont il avait besoin pour l'exécution de ce précieux travail. L'habile et consciencieux ouvrier, au lieu d'un trône, en confectionna deux avec la matière qu'on lui avait fournie. Et comme le roi se montrait émerveillé du premier, il ne fut plus maître de son admiration quand on lui présenta le second qu'il n'attendait pas. De ce jour, l'orfèvre devint un des favoris du prince qui lui donna place dans son palais. Le roi prenait plaisir à le visiter souvent : à le voir travailler et à s'entretenir avec lui. Plus il le voyait de près et plus il découvrait en lui un trésor de science et de vertu. Alors il ne mit plus de bornes à ses faveurs. Éloi n'en abusa pas, car on ne le vit ni moins humble, ni moins retenu, ni moins pieux. L'air de la Cour n'altéra nullement son innocence. Tel était Eloi encore simple laïque et dans la Cour d'un prince de la terre.

Glotaire qui Taffectionnait de plus en plus résolut de se l'attacher par des liens indissolubles. Pour cela il lui proposa de lui prêter serment de fidélité sur les saintes reliques. Éloi promettait bien de lui demeurer toujours fidèle, mais il ne put se résoudre

à jurer, parce qu'il savait que Jésus-Christ a défendu tout jurement hors le cas d'une véritable nécessité. Plus le roi le pressait, plus il se défendait avec humilité en justifiant sa répugnance à jurer. Gomme le monarque insistait et paraissait choqué de sa résistance, le Saint qui n'aurait voulu ni offenser Dieu ni déplaire au roi, ne put s'empêcher de verser d'abondantes larmes. Clotaire s'en aperçut, et voyant que ses scrupules ne venaient que de la délicatesse de sa conscience, lui dit : « C'est assez, votre simple parole m'est un plus sûr garant que le serment le plus solennel. »

Éloi, peu content de ce qu'il avait fait jusque-là pour son salut, résolut de mener, à l'avenir, une vie beaucoup plus parfaite. Il commença par faire une confession générale de toute sa vie, ensuite il se livra avec ardeur à toutes les œuvres de piété. Il portait continuellement le cilice. La prière, la méditation des vérités éternelles faisaient son occupation ordinaire, — La pensée des jugements de Dieu le pénétrait tellement de terreur qu'il tremblait sans cesse pour son sort éternel. Dans ses perplexités il demanda un jour à Dieu de lui faire connaître si sa pénitence lui était agréable et si ses péchés lui étaient remis. 11 entendit aussitôt une voix angélique qui lui dit clairement : « Éloi, ta prière est exaucée, et un parfum céleste répandu dans l'appartement attesta la réalité de la vision.

Le roi Clotaire étant mort, Dagobertson fils et son successeur eut pour Éloi autant d'estime et d'affection que son père. Le bienheureux en profita pour inspirer à ce prince des sentiments de religion, pour IV. 16

le retirer surtout de plusieurs désordres, ce qui avait été tenté inutilement par quelques prélats et pour le porter à mener une vie véritablement chrétienne. Comblé des faveurs et des dons du roi, il n'en devint jamais plus riche, car il donnait tout aux pauvres. Chaque jour il en comptait un grand nombre â sa table.

Il aimait à racheter les captifs et Iles esclaves. Dès qu'il en savait quelques-uns exposés en vente, il y courait. Il en achetait jusqu'à cinquante à la fois. Si l'argent lui manquait il engageait ses meubles, sa ceinture, son manteau, jusqu'à ses souliers. Après les avoir affranchis, il leur donnait le choix, ou de retourner dans leur pays, ou d'entrer à son service, ou de se retirer dans quelque monastère.

Un jour Éloi abordant Dagobert, lui dit : « Mon prince, je viens vous demander une grâce. Donnezmoi la terre de Solignac, afin que j'en fasse une échelle par laquelle, vous et moi, nous méritions de monter au ciel. » Le roi y consentit volontiers, et le Saint y fit bâtir aussitôt un beau monastère oîi il établit la règle de Saint-Golomban, et sous la conduite de saint Remacle qui en fut le premier abbé. Cet établissement achevé, il fît aussi, d'une belle maison que le roi lui avait donnée à Paris, un couvent de fîlles, où on comptait jusqu'à trois cents religieuses sous la règle de Saint-Golomban, et sous la conduite de sainte Aure. Lorsqu'il eut achevé les bâtiments de son monastère, il s'aperçut qu'on avait pris un pied de terrain plus que le roi n'en avait accordé. Il en fut si affligé qu'il courut au palais pour lui en demander pardon ; ce qu'il fit en se prosternant à terre

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comme un criminel. Dagobert, touché d'une si grande délicatesse de conscience, dit aux courtisans qui étaient là : « Voyez combien sont exacts et fidèles ceux qui suivent Jésus-Christ. Mes officiers et mes gouverneurs m'enlèvent sans scrupules des terres entières, tandis que Éloi tremble d'avoir un pouce de terre qui m'appartienne. »

Dieu, pour prouver combien les vertus de son serviteur lui étaient agréables, lui accorda le don des miracles. Le Saint rendit la vie à un mort, la vue à un aveugle, guérit deux boiteux et un homme perclus de tous ses membres. Tant de merveilles le désignèrent à la vénération publique, et après la mort de saint Acaire, évêque de Noyon, le clergé et le peuple le demandèrent pour le remplacer. Saint Éloi, malgré sa répugnance et ses larmes, fut contraint de se laisser imposer le pesant fardeau de l'épiscopat. Il n'est pas possible d'exprimer le zèle que déploya le nouvel évêque pour conduire au ciel le troupeau qui venait de lui être confié. Il trouva des peuples qui n'avaient ni politesse, ni humanité, ni raison et plus semblables par leurs mœurs à des bêtes féroces qu'à des hommes. Il les instruisait avec une tendresse vraiment paternelle. Ces barbares étonnés de sa bonté, de sa douceur, de ses largesses accouraient en foule pour l'entendre et presque tous se convertirent.

Un jour de saint Pierre qu'il prêchait dans une paroisse des environs de Noyon, le saint prélat s'éleva fortement contre les danses scandaleuses, fort en vogue dans ce pays. Les habitants du lieu, ne pouvant souffrir qu'on les privât de divertissements qu'ils

avaient reçus de leurs pères, se mutinèrent, et résolurent de faire plutôt périr leur évêque que de se voir troubler dans ces malheureux plaisirs. Éloi en fut informé: et loin d'être épouvanté de leur mauvais dessein, il tonna avec plus de force contre ces désordres, résolu de répandre son sang s'il le fallait. On paya son zèle d'injures et d'outrages. Eloi, voyant que ses prédications étaient inutiles excommunia les cinquante plus mutins. Tous ces malheureux, par une juste permission de Dieu, furent possédés du démon. Cette vengeance divine ouvrit les yeux au public qui s'humilia et demanda pardon. Ce ne fut qu'un an après que les cinquante coupables furent guéris par les prières du Saint. Enfin l'illustre prélat comblé de mérites, usé de pénitence et de travaux apostoliques, mourut à l'âge de soixante et dix ans, le premier décembre 659.

Réflexions pratiques.

La vie de saint Éloi nous prouve que la vertu est de toutes les conditions, qu'elle est un fruit qui peut naître dans tous les cœurs. Que le pauvre, que l'artisan et le cultivateur ne disent point : « La sainteté est bonne pour les riches qui peuvent satisfaire leur dévotion à leur aise; mais elle est impossible à celui qui est condamné au travail. » Que le riche de son côté ne se retranche point derrière ses occupations, ses affaires, les tracas du commerce, les exigences de la société pour se dispenser de travailler à sa propre perfection; qu'il cesse de répéter que la sainteté est bonne pour les prêtres et les religieux, mais impossible à ceux qui vivent dans le monde. La vie de

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saint Éloi confond les vaines excuses des uns et des autres. Ce vertueux prélat a passé par diverses conditions, et il s'est sanctifié dans la pauvreté aussi bien que dans la plus haute fortune.

Placé comme apprenti chez un orfèvre, il est obligé de travailler chaque jour; mais il offre son travail à Dieu et l'accepte en esprit de pénitence. Pendant que ses mains remuent la matière et la façonnent, son esprit et son cœur s'élancent vers Dieu. Il consacre le temps dont il peut disposera s'instruire des vérités de la religion et à assister aux offices de l'Église; et le superflu de son argent il remploie à secourir les pauvres. Saint Éloi ouvrier a donc su trouver le temps de servir Dieu et de tendre à la perfection.

Devenu ministre de France et ensuite évêque de Noyon, il redouble de zèle à pratiquer les mêmes vertus. Comme il n'ignore pas que les grandeurs et les richesses n'affranchissent pas l'homme des lois divines, il les observe avec une fidélité admirable. Comme il sait que la fortune n'est qu'un dépôt confié par la divine Providence pour le soulagement des malheureux, il répand plus que jamais des largesses dans les mains des pauvres. A son exemple, aspirons à la sainteté, riches et pauvres, grands et petits, elle est accessible à tous les enfants de Dieu.

Plan (le méditation.

I. Ce que saint Éloi a fait pour se sanctifier nous apprend ce que nous devons faire pour devenir des saints.

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