‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 39 sur 68 · SAINT FRANÇOIS-XAVIER · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS-XAVIER

3 décembre.

François-Xavier, que le p^pe Urbain VIII appelle, à juste titre, l'Apôtre des Indes, naquit dans le diocèse de Pampelune, en Espagne, le 7 avril 1506, d'une famille noble. La Providence qui l'avait choisi pour devenir un apôtre extraordinaire l'avait doté de toutes les qualités que demandent les fonctions de l'apostolat. Il avait un corps robuste, une âme vive et ardente, un génie sublime et capable des plu grandes entreprises, un cœur généreux, un extérieur agréable, un air doux, gracieux et complaisant qui le faisaient aimer de tous ceux qui l'approchaient. François apprit les premiers éléments de la langue latine dans la maison paternelle, et lorsqu'il eut

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atteint sa dix-huitième année, ses parents l'envoyèrent au collège de Sainte-Barbe, à Paris, regardé alors comme la première école du monde. Ses progrès dans la science furent si rapides qu'à Fâge de vingt-deux ans il enseignait avec éclat la philosophie. Les applaudissements qu'il recevait de toutes parts flattaient son orgueil et son ambition démesurés. Aussi ne pensait-il qu'à remplir le monde de son nom. Tel était François-Xavier, lorsque Ignace de Loyola vint à Paris en 1528, pour se perfectionner dans les lettres humaines. Ce grand serviteur de Dieu méditait déjà le plan de cette société admirable qui, sous le nom de Société de Jésus ^ devait plus tard produire tant de merveilles. Il voyait dans Xavier un homme capable de l'aider à réaliser ses desseins. Mais comment déposer dans une âme entièrement mondaine les idées d'une vocation à l'état religieux? C'était d'autant plus difficile que le gentilhomme tournait en ridicule et raillait la pauvreté dans laquelle vivait Ignace de Loyola. Le serviteur de Dieu ne désespéra pas de gagner à sa cause le cœur si noble de Xavier, seulement il le prit par son faible. Il se mit à louer son savoir et ses talents, il applaudissait à ses leçons et cherchait à lui procurer des élèves. Ayant appris qu'il se trouvait dans le besoin, il lui offrit une somme d'argent, qui fut acceptée, et lui rendit encore d'autres services. Xavier qui avait l'âme naturellement généreuse, fut très sensible aux bonnes manières d'Ignace et ne put se défendre de l'aimer. Ce fut le commencement de sa conversion. Un jour plus expansif que d'habitude, il fit part à saint Ignace de ses vastes projets d'ambition. Celui-

ci après l'avoir longuement entendu parler de son avenir brillant lui dit et lui répéta avec force : « Xavier, que sert à un homme de gagner l'univers entier s'il vient à perdre son âme. » Développant ensuite ces paroles il ajouta : « Un cœur aussi noble, une âme aussi grande que la vôtre ne doivent point se borner aux vains honneurs de la terre. La gloire du Ciel doit être l'objet de votre ambition. Après tout, n'est-ce pas une folie de préférer une fumée qui s'évapore, un songe qui s'évanouit, à des biens qui durent éternellement. » Cette parole porta la lumière dans son âme. Après une retraite spirituelle fort sérieuse, il renonça au monde et le jour de l'Assomption de la Sainte Vierge de l'an 1534, il fit vœu avec saint Ignace et cinq autres compagnons, dans une chapelle souterraine de Montmartre, de se vouer à la conversion des infidèles en tel lieu du monde qu'il plairait au Souverain Pontife de les envoyer. Le pape Paul III leur donna mission pour la Terre Sainte. Mais des obstacles invincibles s'opposèrent à l'exécution de ce pieux dessein. Le jour de saint Jean-Baptiste 1537, Xavier fut ordonné prêtre à Venise. Il célébra sa première messe à Vicence, avec une telle abondance de larmes, qu'il fit pleurer tous les assistants. Durant le saint sacrifice il était tout absorbé en Dieu, et plusieurs fois on le vit s'élever de terre. L'année qui suivit son ordination il alla à Rome et c'est là qu'il commença ses prédications et donna des preuves de son zèle pour le salut des âmes.

Jean III, roi de Portugal, voulant implanter la foi dans les Indes Orientales, demanda quelques mis-

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sionnaires de la nouvelle Compagnie. Le saint Père, d'après l'avis de saint Ignace, désigna Xavier, qu'il revêtit de la charge et des pouvoirs de nonce apostolique pour ces lointaines contrées. Le nouvel apôtre, au comble de ses vœux, s'embarqua le 7 avril 1541, dans la trente-sixième année de son âge. — Comme il traversait la Navarre, l'ambassadeur de Portugal lui proposa de passer au château de Xavier qui se trouvait peu éloigné de la route. Le Saint sentit son cœur ému à la pensée de revoir sa mère qu'il aimait avec tendresse, ses frères et ses amis au milieu desquels s'était écoulée son enfance. Mais il ne pouvait laisser échapper l'occasion d'un sacrifice; il s'éloigna donc rapidement, comprimant le désir de sou âme aimante, et l'ambassadeur fut si touché de cette abnégation qu'il résolut de se donner à Dieu.

Durant la traversée Xavier catéchisait, il prêchait et prodiguait toutes sortes de soins spirituels et corporels aux malades. — Treize mois après sa sortie de Lisbonne, il arriva enfin à Goa. Son premier devoir en arrivant dans cette ville fut d'aller se jeter aux pieds de l'évêque de la cité pour prendre ses ordres et lui demander sa bénédiction. L'état où l'Apôtre trouva la religion à Goa fit couler ses larmes, mais n'abattit point son courage. Les Indiens ressemblaient moins à des hommes qu'à des animaux sauvages. Si quelques-uns avaient cru autrefois à l'Evangile, ils étaient retombés dans leurs anciennes superstitions et dans leurs premiers désordres, faute d'instruction et surtout de bons exemples. La plupart d'entre eux adoraient des idoles sous une forme horrible et avec des rites révoltants. Ils offraient à IV. 17

leurs dieux des sacrifices sanglants ; et il n'était pas rare de voir de petits enfants égorgés par leurs pères au pied des idoles. Les mœurs des Portugais ne valaient guère mieux. Chez eux, le vice se montrait la tête haute, sans frein comme sans pudeur. On vendait publiquement les filles esclaves et on sacrifiait leur vertu pour quelques viles pièces de monnaie. En présence de tant de maux, Xavier implora le secours du Ciel par de longues et ferventes prières. 11 visita les hôpitaux et les prisonniers. Après cela il parcourut les rues de Goa, une sonnette à la main, pour avertir les parents et les maîtres d'envoyer leurs enfants et leurs esclaves au catéchisme. A force de bonté, de patience, de tendresse et de zèle, il parvint à leur inspirer de vifs sentiments de piété. Et ces jeunes enfants devenaient de petits et ardents missionnaires qui l'aidaient puissamment à ramener des âmes à Dieu. A leur tour les pères de famille furent attirés et la parole du Saint retentit dans tous les cœurs. Au bout de quelque temps la ville tout entière fut convertie.

Après cette première conquête, l'ardent missionnaire courut en faire une nouvelle. Il apprit qu'il y avait, sur la côte de la Pêcherie, un peuple connu sous le nom de Paravas, ou pêcheurs de perles, qui autrefois s'était fait baptiser par reconnaissance pour les Portugais qui l'avaient secouru contre les Maures ; mais que, faute d'instruction, il était retombé dans l'idolâtrie. Xavier suivi de deux jeunes prêtres se rendit dans cette contrée et se mit à enseigner dans tous les villages la doctrine de Jésus-Christ. Les enfants le suivaient répétant après lui le Credo et le

Salve Regina. Les habitants émerYeillés par son zèle et son éloquence l'écoutèrent avec admiration. Néanmoins ils lui déclarèrent qu'ils ne pouvaient point changer de religion sans la permission du seigneur du pays. Il ne fallut rien moins, pour les convertir, que de nombreux et éclatants miracles. Xavier ayant appris qu'il y avait dans un village une femme qui souffrait cruellement depuis trois jours, y accourut et la guérit à Tinstant même. Dans le même temps il délivra un possédé du démon et opéra d'autres merveilles. Les témoins de ces prodiges demandent le baptême et deviennent des apôtres auprès de leurs parents, de leurs voisins et de leurs amis. Le nombre des baptisés fut si grand que le Saint épuisé de fatigue ne pouvait plus lever le bras, et la voix lui manquait en redisant tant de fois le Symbole des Apôtres. Il baptisa ainsi plus de quarante mille idolâtres.

Quelque temps après Xavier passa dans le royaume de Travancor. Voyant que la plupart dos idolâtres étaient peu touchés de ses discours, il pria Dieu d'amollir la dureté de leurs cœurs et de ne pas permettre que le sang de Jésus-Christ eût été inutilement répandu pour eux. Aussitôt il ressuscita un mort qui était enterré de la veille; il rappela à la vie un jeune chrétien qu'on portait au tombeau. Ces miracles touchèrent tellement le peuple que le royaume de Travancor fut chrétien en peu de mois. Dans ces circonstances Dieu le favorisa du don des langues, et quoiqu'il n'eût jamais appris celle des barbares, il s'en faisait parfaitement entendre.

Après avoir évangélisé les habitants de Malaca,

OÙ il convertit un grand nombre d'infidèles et de mahométans, il s'embarqua pour l'île de Geylan. Là il gagna à Jésus-Christ de nombreuses âmes et entre autres deux princes puissants. C'est au retour de cette île que le vaisseau sur lequel il était monté faillit faire naufrage. Chacun se regardait comme perdu lorsque le Saint, plein de foi, s'écria : « Grand Dieu, Père et Fils et Saint-Esprit, ayez pitié de nous. » Au môme instant le vent cessa et l'équipage fut sauvé.

En traversant l'archipel des Moluques il perdit son crucifix en le plongeant dans la mer pour apaiser une furieuse tempête. Le lendemain, comme il se promenait sur le rivage, il vit un poisson s'avancer vers lui pour lui remettre sa précieuse relique.

En moins de dix ans, l'infatigable missionnaire suivit toutes les côtes de l'Inde, parcourant toutes les îles et gagnant partout des âmes à Jésus-Christ. Il pénétra jusqu'au Japon et soumit par millions, au joug de l'Évangile, les peuples de ce vaste empire. D'éclatants miracles venaient à chaque instant appuyer la doctrine qu'il enseignait. A Cangoxima, en bénissant un enfant qu'une maladie avait tout défiguré, il le rendit à sa mère si sain et si beau qu'elle en demeura toute hors d'elle-même, ravie d'admiration. Par ses prières il guérit un lépreux et ressuscita une jeune fille qui était morte depuis vingt-quatre heures. Dans une autre circonstance il changea en eau douce, au moyen du signe de la croix, de l'eau de mer autant qu'il en fallut pour un long voyage, à un équipage de cinq cents hommes exposés à mourir de soif.

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Xavier était à la veille de pousser ses conquêtes jusque dans la Chine, lorsque Dieu, content de ses désirs, se hâta de l'appeler à la récompense des apôtres dont l'Église lui a si justement décerné le titre. Il mourut à l'âge de quarante-six ans, le 2 décembre, dans l'île de Sancian, en 1532. Béatifié en 1619 par Paul V, il fut canonisé par Grégoire XV en 1621.

Xavier sut tout quitter afin de tout entreprendre pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Il a renoncé à son pays, à sa famille, à ses châteaux, à ses biens, à lui-même pour porter avec courage la croix de son divin Maître, et donner cours à son zèle jusqu'aux extrémités du monde. Après avoir médité ces salutaires paroles de l'Évangile : « Que sert à l'homme de gagner l'univers entier s'il vient à perdre son âme? » il ne s'est pas contenté de travailler sans relâche à son salut, mais il a épuisé son zèle à la sanctification des infidèles. Que n'a-t-il pas entrepris? Que n'a-t-il pas fait? Que n'a-l-il pas souffert pour le salut des âmes? On ne compte que par millions les infidèles qu'il a baptisés, que par provinces et par royaumes, le nombre prodigieux de peuples qu'il a gagnés à Dieu et à l'Église. Confondons-nous de ce que nous faisons si peu, et plus encore de ce que nous ne voulons rien faire. Au moins tâchons d'édifier et de gagner le prochain par nos bons exemples.

Plan de méditation.

I. Saint François-Xavier a eu le zèle des plus grands apôtres.

IL Saint François-Xavier a eu les vertus des plus grands anachorètes.

Autre plan,

I. Zèle de saint François-Xavier pour sa propre sanctification.

II. Zèle de saint François-Xavier pour le salut des infidèles.

SAINTE BARBE, Vierge, Patronne DES Artilleurs et des Mineurs

Sainte Barbe, vierge de Nicomédie, était fille de Dioscore, riche et puissant seigneur, mais fier, cruel, adonné au culte des faux dieux. Barbe, au contraire, était d'une douceur incomparable. Elle avait tout ce qui peut flatter une jeune personne : richesse, beauté, hommages du monde, et néanmoins, dès qu'elle fut baptisée, dès qu'elle connut Dieu et les biens réels de l'éternité, elle méprisa les biens de la terre; et son héritage paternel ne lui sembla plus qu'une vaine poussière. Enfant, elle dédaignait les plaisirs de son âge, tendait la main aux pauvres et protégeait merveilleusement les chrétiens persécutés. Jeune encore, étant au temple avec son père, elle

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lui demanda ce que signifiaient les nombreuses idoles, à forme humaine, qui frappaient ses regards. « Ce ne sont pas des hommes, répondit Dioscore, mais des dieux, et il faut les adorer. — Mais furent-ils des hommes? demanda l'enfant; » et il lui répondit : Oui. Cette réponse la fit réfléchir : « II n'est pas possible, disait-elle, qu'unhomme devienne un Dieu. » Du doute elle passa à la recherche de la vérité. — Ayant appris que le célèbre Origène était à Alexandrie, elle lui écrivit une lettre. Le saint docteur s'empressa de lui répondre. Il confia sa lettre à un de ses disciples, nommé Valentin, qu'il chargea d'instruire la jeune païenne. Celui-ci s'acquitta fidèlement de cet office. Il expliqua les saints mystères de la religion à cette vertueuse enfant et ensuite la baptisa secrètement.

A cause de sa beauté peu commune et de ses richesses considérables, plusieurs nobles de la cour la demandèrent en mariage, mais Barbe les refusa tous, au grand mécontentement de son père qui, de colère la traita avec une cruauté inouïe. Espérant qu'il parviendrait plus facilement à la gagner en se séparant d'elle quelque temps, il la fit enfermer dans une tour pour la soustraire aux regards des hommes. Là il lui fit construire une salle de bains, afin que rien ne lui manquât et partit pour une contrée lointaine. Dans sa tour solitaire, loin du bruit et des passions du monde. Barbe tournait sans cesse vers le Ciel ses pensées, son cœur, sa vie tout entière.

Pendant l'absence de son père. Barbe fit ajouter aux deux fenêtres de sa tour une troisième ouverture en l'honneur de la divine Trinité, et traça sur le bord de sa baignoire le signe vénéré de la croix. Quand

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Dioscore, à son retour, vit ces nouveautés, et qu'il apprit ce qu'elles signifiaient, il s'emporta si violemment contre sa fille, qu'il se précipita sur elle l'épée à la main tout disposé à l'immoler à ses dieux ; mais Barbe parvint à s'enfuir, évitant ainsi à son père, un crime épouvantable. Dioscore la poursuivit le glaive à la main et l'accula contre un rocher où il faillit l'atteindre... Le rocher s'ouvrit de lui-même, laissa passer la fille éperdue, mais il se referma devant l'idolâtre et le laissa étonné.

La honte d'avoir pour fille une chrétienne, et plus encore la peur de voir tous ses biens confisqués, alimentait sa colère, et il reprit bientôt ses pours^uites avec une nouvelle rage. Un berger lui apprit que Barbe s'était réfugiée dans une caverne, et qu'elle instruisait dans sa religion les enfants de la montagne, attirés par son ineffable douceur. Le berger aussitôt fut changé en pierre pour avoir révélé l'asile où s'était cachée la fugitive. Dioscore s'élança aussitôt vers la caverne, surprit sa fille en prières, la foula sous ses pieds, la meurtrit de coups, la traîna par les cheveux à travers les sentiers âpres et rocailleux, et la livra lui-même au gouverneur Marcien pour la traiter selon les rigueurs des lois. Celui-ci employa, mais en vain, tous les moyens pour l'ébranler. Il la fît battre à coups de nerfs de bœuf et déchirer ses blessures encore fraîches avec des débris de poterie, et enfin jeter presque expirante dans une prison. Mais, ô miracle! le lendemain quand elle reparut devant ses juges, sa figure était rayonnante et ses plaies étaient guéries. Marcien étonné de voir sa victime aussi saine dans son corps que forte dans son

esprit, feignit d'attribuer cette guérison à la puissance de ses dieux, et dit avec douceur à la Sainte : « Les dieux de ren:ipire ont eu pitié de ta jeunesse, reconnais donc leur bonté, prosterne-toi devant eux et adore-les. — Comment! s'écria la chrétienne dans un saint transport, es-tu assez aveugle, Marcien, es-tu assez insensé pour croire que tes idoles, qui doivent à la main de l'homme d'être ce qu'elles sont, aient eu assez de pouvoir pour opérer en moi cette merveille? Non, non, ce n'est point à elles, c'est à mon Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant , que je dois cette grâce. Je Fen remercie, et c'est avec joie que je souffrirai la mort pour son amour, » A ces mots le juge irrité fit recommencer les tortures. Il commanda qu'on lui brûlât le corps avec des torches ardentes, qu'on l'inondât d'huile bouillante, et que, toute nue, elle fût promenée dans les rues pour épouvanter les autres jeunes filles chrétiennes. Alors Barbe tourna de nouveau ses regards vers le Ciel et dit : (( 0 mon Dieu! qui couvrez le ci^l de nuages et la terre d'obscurités, cachez la nudité de mon corps de peur que des yeux infidèles n'aient sujet de blasphémer votre saint nom. Et sa prière fut aussitôt exaucée. Tout le corps de sainte Barbe fut environné d'un manteau de lumière qui la déroba complètement aux regards des païens. Le juge, saisi de terreur et désespérant de vaincre cette jeune vierge, ordonna d'en finir et de lui trancher la tête. Dioscore était là, il avait suivi toutes les péripéties de ce long martyre. Au lieu d'être ému des tortures inconcevables de sa fille, il demanda à en être le bourreau. Barbe fut conduite sur le sommet d'une colline. Là,

une colombe plus blanche que la neige se mit à voltiger autour de sa tête et proféra ces paroles : « Salut, Barbe, une glorieuse couronne t'attend, et le paradis est ouvert pour toi avec les félicités éternelles. » La Sainte aussitôt s'agenouilla, fit sa prière à Dieu et tendit le cou à son père qui le trancha de son épée. Mais cette affreuse cruauté ne fut pas longtemps impunie; à l'heure même et au même lieu la foudre retendit mort. C'est sans doute à cause des pouvoirs de cette héroïque vierge sur la foudre qu'on l'invoque contre le tonnerre et contre tous les genres de mort subite; elle est la patronne des mineurs et des artilleurs.

On raconte qu'en l'année 1448, à Gorcum, ville de Hollande, un certain Henri, homme fort dévoué à la Sainte, fut surpris par un immense incendie et devint bientôt la proie des flammes. Le corps à moitié calciné, il s'écria : « Sainte Barbe, ne permettez pas que je meure. » La Sainte lui apparut aussitôt; de son manteau elle écarta ,les flammes qui sans cela eussent bientôt achevé le pauvre moribond, le préserva de toute nouvelle atteinte et prolongea sa vie jusqu'au moment où le prêtre lui eut administré tous les sacrements.

Réflexions pratiques.

Sainte Barbe possédait tout ce qui peut flatter une jeune fille : richesses, beauté, hommages du monde. Avec tous ces avantages temporels, elle pouvait aisément briller avec éclat dans le siècle et se procurer toutes sortes de satisfactions. Mais, il n'en fut rien, dès qu'elle connut Dieu et fut baptisée, elle sacrifia:

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monde, parents, fortune, plaisirs pour ne trouver que Dieu et travailler à sa propre perfection. En vain son père prétend-il s'opposer à ses desseins qui sont ceux du Ciel, elle lui résiste et meurt pour accomplir la volonté divine. Elle sait qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ; et, coûte que coûte elle met en pratique cette maxime. Ne faisons-nous pas le contraire? Ne quittons-nous pas nos dévotions par respect humain ? Ne sacrifions-nous jamais nos devoirs pour complaire aux hommes? Enfants, serviteurs, apprenez à l'exemple de sainte Barbe, à faire la volonté de Dieu et à résister à celle de vos parents et de vos maîtres, quand elle est contraire à celle de que Dieu nous commande.

Plan de méditation.

Trois renoncements de sainte Barbe : 1^ à sa liberté pour devenir l'humble servante de Dieu; 2° au mariage, pour devenir la chaste épouse de Jésus- Christ ; 3° à la vie, pour mériter l'honneur d'être l'innocente victime de son Dieu.

SAINT PIERRE GHRYSOLOGUE, Docteur de l'Église

5 décembre.

Saint Pierre, surnommé Ghrysologue à cause de son éloquence d'or, était de la ville d'Imola, en Italie. Il fut instruit dans les saintes lettres et ordonné diacre par Corneille, évêque de cette ville. Sous la conduite d'un tel maître, notre Saint fit des

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progrès extraordinaires dans la perfection. 11 embrassa, depuis, l'état monastique, et il ne sortit de la solitude que quand il fut chargé du gouvernement de l'Église de Ravenne. Jean, archevêque de cette ville, étant mort en 430, le clergé et le peuple, suivant l'usage, lui choisirent un successeur et prièrent l'évoque d'Imola de se joindre à leurs députés pour aller à Rome demander au Pape la confirmation de l'élection qu'ils avaient faite. Corneille, pour condescendre à leurs désirs, prit avec lui Pierre, qui n'était encore que diacre et se dirigea vers la ville éternelle. Pendant ce temps le souverain Pontife, Sixte III, eut une vision dans laquelle il lui fut montré le jeune homme qu'il fallait faire archevêque de Ravenne. Le Pape n'eut pas plus tôt aperçu le diacre de Corneille qu'il reconnut en lui l'élu du Seigneur. Il cassa donc l'élection du prêtre Jean et créa le diacre Pierre archevêque, l'an 433 de Jésus- Christ. Les envoyés de Ravenne furent d'abord mécontents, mais ils changèrent de dispositions quand le pape saint Sixte leur eut fait part de sa vision, et ils reçurent le nouveau pasteur avec des démonstrations extraordinaires de joie.

Pierre obéit à la volonté de Dieu et reçut la consécration épiscopale. Il se rendit ensuite à Ravenne, où il fut accueilli avec le plus vif enthousiasme par l'empereur Valentinien, par l'impératrice et par tout le peuple. Profitant de ces bonnes dispositions, il déclara aux habitants que, puisqu'il avait consenti à recevoir pour leur salut la lourde charge de l'épiscopat, il les conjurait de ne pas se montrer rebelles à ses leçons et d'observer en tout la loi du Seigneur.

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« Je viens à vous comme votre médecin pour vous guérir, leur dit-il, comme votre pasteur pour vous conduire, comme votre mère pour vous nourrir, comme votre père pour vous défendre et vous procurer le salut éternel. Vous aurez donc à mon égard la docilité et la soumission qu'il convient pour profiter de votre mieux de mon très saint ministère. » Il travailla avec ardeur à extirper les restes de l'idolâtrie, à abolir la misérable coutume qu'avait le peuple de courir masqué dans les rues, le premier jour de l'an, et d'y faire des folies étranges. C'est à l'occasion de ces divertissements coupables que, dans un discours plein de force et d'onction, il prononça cette admirable sentence : «Celui qui veut se réjouir avec le démon ne pourra pas régner avec le Christ. » Notre Saint, pour ne pas fatiguer son auditoire, faisait des instructions très courtes qu'il donnait avec beaucoup d'âme.

Le pieux prélat recommande fortement la communion fréquente, l'aumône, la prière et le jeûne. Il exhorte ceux que la faiblesse de leur santé empêcherait de jeûner les quarante jours du carême d'y suppléer par d'autres bonnes œuvres. Ses exemples de vertus produisirent autant d'efficacité que ses instructions.

Pierre Chrysologue avait une si grande renommée que le pape saint Léon P"" le chargea d'adresser au concile de Chalcédoine un mémoire contre l'hérésie d'Eutychès. Sur ces entrefaites, il écrivit aussi une lettre très énergique à cet hérésiarque pour l'exhorter à se soumettre à l'Église. Enfin, après avoir saintement gouverné ce diocèse de Ravenne pen-

dant dix-Huit ans, le saint évêque, ayant appris par révélation qu'il touchait à la fin de ses travaux, voulut retourner à Imola, sa patrie. Il fit présent, à l'église, d'une couronne de vermeil ornée de pierreries, d'une coupe d'or et d'une patène d'argent qui s'y sont conservées jusqu'à ce jour avec beaucoup de vénération et auxquelles on attribue des miracles. Il rendit sa belle âme à Dieu le 3 décembre de l'an 450.

Réflexions pratiques,

La vertu qui domine dans saint Pierre Ghrysologue est le zèle pour le salut des âmes. Après avoir généreusement travaillé à sa propre perfection dans la vie monastique, que ne fait-il pas pour gagner à Dieu les âmes qui lui sont confiées? Il prêche, il prie, il jeûne et donne l'exemple de toutes les vertus. Cet admirable pasteur comprenant le prix d'une âme immortelle, rougie du sang d'un Dieu, se sacrifie tout entier pour les arracher à l'empire du démon et les conduire au Ciel.

Et nous, que pensons-nous de la perte éternelle de nos frères? Y sommes-nous sensibles? Y pensonsnous seulement? Et notre âme, cet hôte céleste, cet ange enfermé dans la prison du corps, comment le traitons-nous? N'est-ce pas quelquefois plus mal que le plus vil des animaux? Ne la rendons-nous pas au péché, au monde; au démon, et pourquoi? Réfléchissons un instant et répondons... 0 folie ! ! !

Seigneur, faites-nous comprendre ce que vaut notre âme, ce que vous l'estimez, ce qu'elle vous

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a coûté, et faites-nous la grâce unique, la grâce qui renferme toutes les autres, la grâce de la sauver.

Plan de méditation.

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