TRANSLATION DE LA SAINTE MAISON DE NAZARETH
10 décembre.
Le premier et le plus illustre pèlerinage qui existe en l'honneur de la Sainte Vierge est sans contredit celui de Notre-Dame de Lorette. Or, la chapelle de Lorette n'est autre que la maison de Nazareth où naquit la Vierge immaculée ; c'est la chambre où cette Reine Auguste reçut la visite de l'Archange Gabriel ; où elle conçut dans son chaste sein le Verbe fait chair ; c'est la demeure que l'enfant Dieu habita durant les années de sa vie cachée ; c'est l'ateher que sanctifia le chaste Joseph par son rude travail, et où il rendit le dernier soupir.
Les Apôtres, après l'Ascension de Notre-Seigneur^ avaient fait de cette sainte demeure une chapelle où ils aimaient à célébrer les saints mystères. C'est là que saint Pierre dit sa première messe sur une
IV, l'J
large pierre qu'il consacra pour cette solennité. C'est là enfin, que Marie venait retrouver sous la forme eucharistique son adorable Fils que lui donnait le prince des Apôtres devant cet autel conservé encore dans la pauvre maison.
Pendant les trois siècles de la persécution, les premiers fidèles ne perdirent jamais de vue le sanctuaire de Nazareth. Un de ses plus illustres pèlerins fut Denys TAréopagite qui eut le bonheur de contempler Marie dans tout l'éclat d'une beauté ravissante. Dès que le grand Constantin eut fait briller sur le monde la paix et l'étendard de la croix, l'impératrice Hélène voulut, malgré son grand âge, visiter les saints lieux ; et par ses soins et ses largesses la sainte chapelle fut enfermée dans un temple magnifique qui portait sur le frontispice cette consolante inscription : Ceci est la demeure dans laquelle furent jetés les fondements du salut du genre humain.
Plus tard, saint Louis et sa vertueuse épouse visitèrent cette maison avec de vifs sentiments de foi et y firent la sainte communion.
Mais en 1291, les saints lieux furent envahis par les Mahométans. Déjà, ils mettaient tout à feu et à sang dans la Palestine. La maison de Nazareth était exposée à disparaître au milieu des ruines, lorsque Dieu l'arracha à leur fureur par plusieurs translations des plus étonnantes.
Le 10 du mois de mai 1291, sous le pontificat de Nicolas IV, on aperçut dans les airs un météore extraordinaire, dans la direction de la mer Adriatique. Ce météore vint s'abaisser sur une colline de la Dalmatie, en Autriche. Au lever de l'aurore quel-
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ques paysans, allant à leur travail, aperçurent au bord de la mer, dans le jardin d'une veuve, où, la veille encore, il n'y avait ni habitation, ni cabane, une maison en pierres rouges, inconnue dans le pays, placée sans fondement sur le sol inégal.
Le bruit du prodige s'étant répandu, on accourt, on examine, on admire le bâtiment mystérieux, construit de petites pierres rouges et carrées, liées ensemble par du ciment; on s'étonne de la singularité de la structure, de son air d'antiquité, de sa forme orientale. On ne peut surtout s'expliquer comment il se tient debout, posé sur le sol inégal, sans aucun fondement.
Mais la surprise augmente quand on pénètre dans l'intérieur. La chambre formait un carré oblong et n'avait qu'une porte s'ouvrant sur un des côtés ; à droite de cette porte était une étroite et unique fenêtre. Les murs étaient recouverts de peintures qui représentaient les mystères de Nazareth, le plafond était bleu, parsemé d'étoiles. A l'une des extrémités et en face de la fenêtre s'élevait un autel en pierres fortes et carrées, dominé par une croix ornée d'un christ peint sur une toile collée au bois. A gauche, se voyait une espèce de cheminée ou de foyer surmonté d'une niche précieuse, renfermant une statue en bois de cèdre représentant la bienheureuse Vierge debout, et portant l'Enfant-Jésus dans ses bras. Près de l'autel, enfin, était une armoire contenant quelques ustensiles nécessaires à un pauvre ménage.
La stupeur est générale; on se demandait quelle pouvait être celte demeure inconnue, quelle main
avait tracé ces figures, quelle puissance avait fait apparaître en un instant ce nouveau sanctuaire. Tous interrogeaient, nul ne pouvait répondre, lorsque tout à coup apparaît au milieu de la foule étonnée, Alexandre, le vénérable évêque de Tersatz, depuis trois ans retenu dans son lit par une incurable maladie. Il est guéri, bien guéri et son visage rayonne d'une céleste joie, on l'entoure ; le silence se fait à ses côtés, et il dit, qu'en apprenant la nouvelle du prodige dont ils sont tous les heureux témoins, il s'était voué à Marie et qu'aussitôt la Vierge immaculée, se montrant à lui, lui avait dit : « Mon fils, tu m'as appelée ; me voici pour te donner secours et te dévoiler le secret dont tu souhaites la connaissance. Sache que la sainte demeure^ apportée récemment sur ce territoire^ est la maison même où fai pris naissance. C'est là que le Verbe s'est fait chair.., et afin que tu en sois toi-même le témoin et le prédicateur, reçois ta guérison. » Ainsi parla Marie qui disparut ensuite.
Le gouverneur de la contrée, Nicolas Frangipane, voulut s'assurer de la vérité de cet événement. Il fallait pour cela envoyer aussitôt des messagqrs en Palestine, afin de constater la disparition de la maison de Nazareth ; il fallait de plus voir si les dimensions de l'édifice miraculeusement transporté correspondaient aux bases restées dans le sol, et si, enfin, les pierres étaient de même nature. — Des hommes sages et prudents, autant que sûrs et consciencieux, auxquels se joignit l'évêque Alexandre, furent chargés de cette importante mission.
Arrivés à Nazareth, ils constatèrent avec émotion
que la maison avait disparu ; comparant ensuite la qualité et la forme des pierres restées aux fondations avec celles des murailles de la sainte demeure, ils n'eurent aucun doute sur la ressemblance des matériaux. Enfin, les dimensions des bases correspondaient exactement avec celles de la maison ellemême. '— Ils revinrent joyeux annoncer cette heureuse nouvelle et proclamèrent hautement la bonté de Dieu, qui les avait visités d'une manière admirable. Sur cette terre favorisée du Ciel, les fidèles ne cessaient d*accourir en grand nombre, pleins de vénération et de confiance pour le sanctuaire de la divinité, et recevant en récompense de leur foi, les bénédictions les plus précieuses, les faveurs les plus signalées de la Reine du Ciel.
La maison de Nazareth ne resta que trois ans et demi en Dalmatie. Quelle fut la cause de cette seconde translation ? C'est le secret impénétrable de Dieu. Le 10 décembre 1294, elle fut transportée et déposée dans un bois de lauriers au pied d'une colline fertile et admirablement située, près de la mer, sur le sol de l'Italie. Les prodiges qui s'opérèrent alors dans ce lieu béni y faisaient accourir des multitudes de pèlerins de toutes les parties de l'univers. Mais le bois des lauriers, d'où vient le mot Lorette, ayant été infesté par des voleurs qui s'y cachaient afin de dépouiller les pèlerins et les voyageurs, la sainte maison, huit mois après, quitta tout à coup la forêt profanée et fut placée par le ministère des Anges au-delà de la mer Adriatique, en Italie, oh elle est restée jusqu'à nos jours et oh. vont la vénérer les chrétiens du monde entier. Là, chacun reçoit avec
abondance les faveurs et les grâces les plus signalées. La plupart des pèlerins de Lorette n'y entrent qu'à genoux, et l'on voit sur les dalles de marbre, tout autour de la chapelle, deux sillons creusés par les genoux des pieux visiteurs.
Cette maison, enlevée de ses fondements, repose simplement sur le sol depuis près de six cents ans, et nul dommage ne s'y est fait remarquer pendant ce long cours de siècles. Elle est enclose dans une superbe église, édifiée par les soins de Clément VII, et enrichie à Fenvie par les pontifes, les rois et les puissants de la terre. C'est à cette occasion qu'ont été composées les belles litanies de la sainte Vierge, ou de Notre-Dame de Lorette. Tels sont les souvenirs que rappelle la fête du 10 décembre.
JRéflexions pratiques.
En face de tant de merveilles, ne restons pas dans une vague admiration, mais excitons dans nos âmes des sentiments de foi vive sur le mystère de l'Incarnation, d'amour et de reconnaissance profonds envers Jésus et Marie qui ont bien voulu se sacrifier pour notre salut et conserver à notre vénération Tarche sainte qui porta le Sauveur et la libératrice du monde. Demandons au Fils et à la Mère de nous inspirer une grande dévotion pour les pieux pèlerinages où ils se plaisent à manifester leur puissance et leur bonté, et lorsque nous aurons l'occasion d'en entreprendre quelqu'un, portés sur les ailes de Tespérance, allons y communier et prier avec ferveur.
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Plan de méditation.