‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 47 sur 68 · SAINTE LUCIE · texte numérisé non relu

SAINTE LUCIE

13 décembre.

Sainte Lucie, vulgairement appelée sainte Luce, naquit à Syracuse, vers la fin du troisième siècle, d'illustres et riches parents. Son père, qu'elle perdit avant de le connaître, était d'origine romaine, et sa mère, nommée Eutychie, avait reçu le jour sous le beau ciel .de la Grèce. A la mort de son mari, Eutychie se consacra sans partage à l'éducation de sa fille. Elle s'efforça surtout de faire passer dans son jeune cœur les sentiments de la plus aimable piété et de la plus ardente charité. Comme les qualités du corps, chez la jeune Lucie, répondaient à celles de l'esprit, et qu'à une rare beauté elle joignait des biens considérables, les partis se présentèrent en foule. Sa mère la promit en mariage à un gentilhomme de fort bonne maison, mais païen. Lucie avait bien d'autres pensées. Détachée depuis longtemps des vanités du siècle, elle n'avait de goût que pour la vertu ; aussi promit-elle à Dieu, dans un âge encore tendre, de se consacrer entièrement à lui pour époux. Seulement c'était un secret qu'elle cachait au fond de son cœur, attendant pour le faire connaître une occasion favorable. Pleine de confiance en Dieu, elle le supplia de ne point permettre ce mariage, qui aurait partagé son cœur. Tout à coup Eutychie tomba malade. Pendant les quatre ans que dura cette maladie, Lucie prétexta, pour ajourner son mariage, les soins que réclamait l'état de sa mère. Comme toutes les ressources de la

science médicale furent impuissantes à la guérir, la jeune fille, extrêmement affligée du triste état de sa mère, lui persuada d*aller en pèlerinage à Gatane, l'assurant qu'elle trouverait sur le tombeau de sainte Agathe un divin remède à son mal. La mère et la fille se mettent en route et vont demander à Dieu, par l'intercession de la sainte martyre, la guérison d'Eutychie. Une fois à Gatane, elles vont se prosterner sur le célèbre tombeau de l'héroïque Sainte. Pendant que les deux pèlerines priaient avec ferveur, Lucie tomba dans une sorte d'assoupissement ; et pendant son sommeil, la sainte martyre, resplendissante et richement vêtue, lui apparut et lui dit : « Pourquoi, Lucie, venez-vous me demander pour votre mère ce que votre grande foi en Jésus-Ghrist peut elle-même obtenir? G'est en considération de cette foi que Dieu vous exauce, et rend à votre mère la santé. Vous avez bien fait de vous consacrer à Dieu ; pour vous récompenser de ce don de votre cœur, il vous accordera à Syracuse le même bonheur qu'il m'a accordé à Gatane. » Lucie s'étant éveillée à ces paroles : « Ma chère mère, s'écria-telle, vous êtes guérie. Dieu, par l'intercession de son épouse sainte Agathe, vous accorde la santé. Mais accordez-moi vous-même une grâce que je désire singulièrement. Permettez-moi que je n'aie jamais d'autre époux que Jésus-Ghrist à qui j'ai consacré ma virginité. » Eulychie, touchée d'une si généreuse résolution, permit à sa fille de suivre ses pieuses inclinations, et promit de ne jamais la contrarier à cet égard. L'heureuse enfant ajouta: «Ma mère, puisque vous consentez à cette union spirituelle, accordez-

moi une seconde faveur : Souffrez que je distribue aux pauvres de Jésus-Christ la dot que vous me destiniez. » La mère ayant encore accédé aux désirs de sa fille, elles s'en retournèrent à Syracuse. De retour dans leur maison, elles vendirent leurs propriétés et en distribuèrent le prix aux pauvres. Le jeune seigneur à qui Lucie avait été promise, apprenant ce qui venait de se passer, entra dans une grande fureur, et fit ses plaintes à la mère. Voyant que ses démarches étaient sans succès, et que Lucie était inébranlable dans sa résolution, il la dénonça comme chrétienne à Paschase, gouverneur de Syracuse. Le magistrat, Tayant fait comparaître devant son tribunal, lui ordonna de sacrifier aux dieux. « Je ne connais point d'autre Dieu, répondit la Sainte, que le Dieu tout-puissant et éternel. Je lui ai déjà sacrifié, il ne me reste plus qu'à me sacrifier moi-même. — J'obéis bien, moi, aux empereurs, vous devez aussi leur obéir. — Il n'est rien que vous ne fassiez pour plaire aux empereurs ; il n'est rien que je fasse pour plaire à Dieu, auquel je dois obéir avant d'obéir aux hommes. — Tous vos discours vont bientôt cesser au milieu des tourments. — Las paroles ne manquent pas à qui glorifie Dieu, reprit la Sainte. Le Seigneur lui-même nous l'a promis en nous disant, que le Saint-Esprit parlerait alors par notre bouche. — Le Saint-Esprit est donc en vous, ajouta le gouverneur? — Saint Paul a dit que ceux qui vivent dans la chasteté et la piété sont les temples de Dieu, et que le Saint-Esprit habite en eux. — S'il en est ainsi, continua Paschase, je vous ferai conduire dans un lieu infâme, afin qu'en perdant votre chas-

teté, vous perdiez aiissirEsprit-Saint.— Je ne crains point vos violences, lui répondit Lucie, parce que le Dieu que j'adore saura bien me garder. »

Sur cela le juge la condamna à être exposée dans un lieu de désordre aux injures de soldats, dont l'ivresse augmentait le cynisme et l'audace. Mais Dieu préserva Lucie des outrages de ces païens féroces. Par une vertu invisible la vierge demeura immobile dans le lieu où elle était, de manière qu'aucune force humaine ne put l'ébranler et la faire changer de place. Le tyran, couvert de honte et plein de dépit, ordonna qu'on dressât un bûcher autour d'elle, il la fit couvrir de résine et de poix, puis on entassa toute sorte de matières combustibles auxquelles on mit le feu. Mais celui qui l'avait rendue immuable la conserva saine et sauve au milieu des flammes. Quelle ne fut pas la stupéfaction des spectateurs! quand le feu commença à s'éteindre, on vit la Sainte intacte et pleine de vie. Un cri d'admiration éclata de tous côtés. « Gloire au Dieu des chrétiens, disait- on, lui seul mérite nos hommages. » Paschase, pour mettre fin à tous ces prodiges qui gagnaient de nombreuses âmes au Christianisme, lui fit percer la gqrge d'un coup d'épée. Lucie rendit son âme à Dieu, le 13 décembre, en prophétisant à l'Église la tranquillité dont elle devait jouir sous le grand Constantin,

Réflexions pratiques.

Sainte Lucie, dotée du Ciel d'une rare beauté, d'une grande fortune et de toutes les qualités de l'esprit et du cœur, pouvait briller avec éclat dans le monde. Néanmoins elle renonce à cet avantage pour

se procurer le plus précieux de tous à ses yeux et aux yeux de Dieu, celui de conserver le riche trésor de la virginité. Nous avons vu dans l'abrégé de sa vie ce qu'elle a fait et enduré pour arriver à cette fin. Oh sont de nos jours les cœurs généreux, les volontés fermes capables de faire de la chasteté de si grands sacrifices, de remporter de si belles victoires ! Hélas! on rencontre de nombreux chrétiens qui n'ont pas le courage de renoncer à un amusement coupable, à une vanité dangereuse, à un plaisir dégradant. Y a-t-il dans votre cœur plus de générosité que chez la plupart des mortels ? Que répond votre conscience? Ne vous accuse-t-elle pas;? — 0 illustre vierge de Syracuse, inspirez-moi le mépris du monde, l'amour de la vertu, les forces dans les combats et le désir de l'éternelle victoire.

Plan de méditation.

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