II. Sentiments de Marie
III. Joies saintes de Marie en ces merveilleuses circonstances.
SAINTE EULALIE, Vierge et Martyre 19 décembre.
Sainte Eulalie vint au monde sur la fin du troisième siècle, à Mérida, ville d'Espagne. Cette héroïne chrétienne, issue d'une des plus nobles et plus anciennes familles du royaume, fut élevée par ses parents dans la religion chrétienne. Dès son enfance elle fit paraître une admirable douceur de caractère, une modestie rare, une tendre piété, et un grand amour pour l'état de virginité^ Sa gravité, son éloignement de la parure et des plaisirs que les enfants recherchent avec tant d'avidité, prouvaient qu'elle avait un désir sincère de mener sur la terre une vie vraiment céleste. Élevée au-dessus de toutes les choses créées, elle n'aimait rien de ce qui flatte les jeunes personnes. On peut dire que le désir du martyre fut toujours sa passion dominante. Son plus grand plaisir était d'entendre raconter les combats des martyrs et leurs triomphes. On lui avait donné pour compagne une jeune fille, nommée Julie, à peu près du même âge, et qui avait les mêmes inclinations. Leurs conversations enfantines roulaient ordinairement sur
rOUR CHAQUE JOUR DE l'aNNÉE 365
le bonheur et la gloire du martyre ; toutes deux n'avaient qu'une seule ambition, celle de mourir pour la foi.
Jels étaient les sentiments des deux saintes amies, quand éclata le persécution de Dioclétien et de Maximien-Hercule. On en publia les sanglants édits à Mérida, alors capitale de toute la Lusitanie. On ordonnait à tous les chrétiens, sans exception d'âge, de sexe et de profession de sacrifier aux dieux de l'empire. Eulalie, quoique n'ayant que douze ans, regarda la publication de ces édits comme le signal du combat. Sa mère, inquiète de l'ardeur qu'elle montrait pour le martyre, tâchait de modérer cette soif qu'elle admirait dans sa fille. Elle lui représentait, avec des couleurs très chargées, l'horreur des tourments qu'on faisait endurer aux chrétiens, la barbarie des bourreaux, la variété des supplices; elle exagérait à dessein la faiblesse d'un grand nombre et la chute de plusieurs qui n'avaient pu résister à la rigueur des supplices. Eulalie écoutait d'un air tranquille, et montrait assez, par ses réponses, combien toutes ces pdntures effrayantes faisaient peu d'impression sur elle.
Sa mère craignant qu'un excès de zèle ne la portât à quelque extrémité, apprenant d'ailleurs que le lieutenant de Dacien venait d'arriver à Mérida, crut devoir la mener dans une maison qu'elle avait à la campagne, et de l'y tenir cachée, jusqu'à ce que l'orage fût passé. Mais la sainte enfant, poussée par l'esprit de Dieu et prévenue d'une grâce extraordinaire, rendit toutes ses précautions inutiles. Elle 5'échappa pendant la nuit, avec Julie son insépa-
rable compagne. Comme elle marchait à grands pas, et avec une ardeur extraordinaire, dans des chemins détournés, remplis de ronces, de cailloux et d'épines, Julie, qui avait de la peine à la suivre, lui dit: «Vous avez beau faire pour me précéder, j'ai un pressentiment que j'arriverai la première à la gloire du martyre. » Arrivée au point du jour à Mérida, elle se rendit au palais de justice.
Dès que le gouverneur parut, elle se présenta hardiment devant lui, disant : « Seigneur, quelle fureur vous pousse ainsi à perdre les âmes ? Pourquoi, abusant de la faiblesse de quelques malheureux chrétiens, prenez-vous plaisir à leur faire abandonner leur foi ? Est-il juste, est-il raisonnable de renier le créateur de toutes choses pour adorer de vaines idoles ! Vous cherchez des chrétiens, je vous déclare que je suis chrétienne. Je n'adore qu'un Dieu, et je suis rirréconcihable ennemie de vos ridicules divinités. »
Le juge, surpris de tant d'audace dans une fille de douze ans, lui dit : « Savez-vous bien qui je suis et où vous êtes ? Ignorez-vous que je n'ai qu'un mot à dire, et que les bourreaux sont prêts à vous faire endurer les plus affreux supplices? » Puis paraissant s'adoucir : a Épargnez votre vie, ma chère .enfant, dit-il, prenez pitié de votre beauté, de votre jeunesse et surtout de vos parents. Songez que votre mort les condamnerait à un deuil éternel, et à des larmes sans fin. Vous êtes Tunique héritière de leur noblesse et de leur sang. N'allez pas flétrir la plus belle et la dernière fleur de leur tige infortunée. Recevez la vie que je vous offre, et no me forcez point i\ vous punir
POUR CHAQUE JOUR DE l'aNNÉE 367
malgré moi. » Cette fausse douceur fit sur Eulalie une impression étrange. Pour rompre d'un seul coup avec les lenteurs d'un perfide interrogatoire, elle renverse l'idole et foule aux pieds ce qu'on avait préparé pour le sacrifice. Sur-le-champ le juge frémissant de colère ordonne à deux bourreaux de lui déchirer les côtés avec des crocs de fer et d'y appliquer ensuite des torches ardentes. Elle soufî'rit ces tortures sans se plaindre, et elle n'ouvrait la bouche que pour louer le Seigneur. Enfin, le feu ayant pris à ses cheveux épars sur son visage, elle fut étoufi'ée par la fumée et par la flamme. Au moment où elle expirait, on vit sortir de sa bouche une blanche colombe, qui prit son essor vers le Ciel. C'était l'âme d'Eulalie, qui, afi'ranchie des liens du corps, s'envolait vers l'Époux céleste, qu'elle avait tant aimé sur la terre. Les bourreaux témoins de ce prodige s'enfuirent épouvantés.
Pendant qu'Eulalie conbattait encore, Julie sa compagne, arrêtée comme chrétienne, était condamnée à avoir la tête tranchée, ce qui fat exécuté à l'instant même. Ainsi s'accomplissait la prédiction qu'elle avait faite : « J'arriverai au martyre avant vous. »
Aussitôt que la bienheureuse Eulalie eut rendu le dernier soupir, il tomba une si grande abondance de neige, que son corps, qui était resté sur le forum, en fut tout couvert et comme enseveli. Les chrétiens l'enterrèrent près du lieu de son martyre. On bâtit depuis en cet endroit une magnifique église et ses reliques furent placées sous l'autel.
Réflexions pratiques.
Désirer la mort, la rechercher par désespoir, ou dans un but coupable, c'est un crime horrible; mais désirer de mourir afin d'être réuni à Jésus-Christ, voilà la perfection de la charité chrétienne. Voilà ce qu'a fait sainte Eulalie à l'exemple de l'Apôtre saint Paul. La vue des nombreux athlètes qui ne cessaient de verser leur sang pour Jésus-Christ au milieu des tortures les plus atroces avait depuis longtemps animé cette vierge d'un ardent désir de mourir de la mort des braves. Aussi dans ses prières de chaque jour ne cessait-elle de demander à Dieu cette faveur. La grâce tant désirée ne tarda pas à combler ses vœux. — Avons-nous comme sainte Eulalie le désir de mourir pour Dieu afin de jouir du bonheur éternel? D'où vient que nous tenons à cette misérable vie .avec tant de passion, et que nous repoussons si énergiquement la pensée de la mort? Pourquoi recherchons-nous si ardemment les jouissances du corps et soupirons-nous si peu après le bonheur de l'âme? Ah! c'est que nous n'aimons point le royaume de Dieu ni les grandeurs du siècle futur? 0 chrétiens, pesants de cœur, élevons-nous au-dessus de la terre. Méprisons les vanités de la vie présente et soupirons après les délices de la vie éternelle. Ce sera le moyen de vivre et de mourir en saints.
Plan de méditation.
\. Excellence de la virginité : 1° Dieu lui a fait de grande promesses ; 2° elle procure de grands biens.
n. Courage et fermeté de sainte Eulalie pour conserver cette précieuse vertu.
POUR CHAQUE JOUR DE l' ANNÉE 369
SAINTE OLYMPIADE, Veuve 20 décembre.
' Sainte Olympiade, la gloire des veuves de l'Église d'Orient, sortait d'une famille très illustre et jouissait d'une fortune considérable. Elle naquit vers l'an 368. Restée orpheline dans un â^^e encore tendre, on confia l'administration de ses biens à un oncle nommé Procope. Théodosie, sœur de saint Amphiloque, se chargea de son éducation. C'était une femme aussi vertueuse que prudente, et que saint Grégoire de Nazianze appelle un parfait modèle de piété. Olympiade, qui la voyait pratiquer toutes les vertus chrétiennes, s'accoutuma insensiblement à l'imiter.
Comme elle joignait aux avantages de sa naissance et à de grands biens une beauté rare avec les plus belles qualités de l'esprit, on l'aimait et on la respectait tout à la fois. Elle fut mariée à peine adulte avec un jeune homme d'une haute condition. On n'avait point encore vu dans l'Église de mariage chrétien célébré avec plus d'applaudissements, et un appareil plus religieux. Les plus saints évêques y furent appelés. Olympiade devint veuve après vingt mois de mariage. Le deuil de son mari ne fut pas plus tôt expiré, qu'elle se vit recherchée par les personnages les plus nobles, les plus riches et les plus puissants de la cour. L'empereur Théodose lui-môme la pressa d'épouser Elpidius son proche parent. Elle répondit avec modestie, qu'elle avait pris la résolution de demeurer veuve le reste de ses jours. L'em-
pereur renouvela ses instances, mais elles n'eurent pas plus de succès. Un jour, se voyant extraordinairement pressée, elle fit dire à l'empereur : que si Dieu l'avait jugée propre à la vie conjugale, il ne lui aurait point enlevé son époux, que par conséquent elle ne voulait point reprendre un joug qu'il avait lui-même brisé. L'empereur, peu satisfait de ces raisons, voulut la punir de son refus. Il lui ôta la disposition de ses biens, et les fit administrer par le préfet de Constantinople, jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'âge de trente ans. Le préfet exécuta cet ordre avec une extrême rigueur; il l'empêcha devoir les évêques, et même d'aller à l'église, dans l'espérance de l'amener à consentir à un second mariage. Olympiade n'en devint que plus inébranlable dans sa résolution. Elle écrivit à Théodose : « Je n'ai, Seigneur, que des actions de grâces à rendre à Votre Majesté pour m'avoir déchargée du fardeau de mes biens. La faveur qu'elle m'a accordée serait complète si elle ordonnait de vendre ces mêmes biens, et de les distribuer aux pauvres et à TÉglise. » Théodose, frappé d'une vertu aussi héroïque, ne l'inquiéta plus sur sa manière de vivre : il lui fit même rendre, en 391, Fadministration de ses biens. En qualité de veuve elle résolut de pratiquer les vertus propres à cet état et recommandées par T Apôtre. Elle se dévoua donc aux exercices de la prière et de la pénitence, et consacra tons ses biens à des œuvres de charité. Saint Chrysostôme compare ses aumônes à un fleuve qui était ouvert à tout le monde, et qui coulait jusqu'aux extrémités de la terre. Sa vertu faisait l'admiration detoute l'Église, les plus grands évêques s'hono-
POUR CHAQUE JOUR DE L'aNNÉE 371
raient de sa correspondance et ne parlaient d'elle qu'avec respect.
Dieu, pour exercer et perfectionner sa vertu, permit qu'elle passât par diverses épreuves. Les contradictions, en augmentant sa douceur, son humilité, sa patience, lui firent mériter une plus brillante couronne. Elle fut successivement en proie à des maladies douloureuses, à de noires calomnies, à d'injustes persécutions. Mais le coup qui lui fut le plus sensible, celui qui brisa le plus son âme, fut le bannissement de son saint directeur Chrysostôme. Elle fut une des personnes qui se séparèrent les dernières de ce saint Docteur, quand il partit pour son exil, en 404. Elle était alors dans la grande église, et on fut obligé de l'arracher des pieds du saint archevêque. Après le départ de saint Jean Chrysostôme on persécuta cruellement ses amis. Olympiade ne fut point épargnée. Sur le refus qu'elle fit de communiquer avec l'intrus Arsace qui avait usurpé le siège de saint Chrysostôme, on fit vendre publiquement ses biei\s- Elle fut plusieurs fois conduite devant les tribunaux, et les soldats portèrent l'insolence jusqu'à la maltraiter et à déchirer ses vêtement; ses fermes furent pillés par la populace; ses propres domestiques et ceux qu'elle avait comblés de bien, eurent l'audace de l'insulter et de l'outrager.
Saint Chrysostôme écrivait souvent à sainte Olympiade pour la consoler et modérer la douleur excessive qu'elle éprouvait en voyant les maux causés à l'Église par l'absence de son vrai pasteur. Elle couronna par une sainte mort une vie pleine de mérites, à l'âge de quarante-deux ans.
. Réflexions 'pratiques.
L'existence entière de sainte Olympiade fut une vie de souffrances et de tribulations. Elle passa peu de jours sans en être abreuvée. Saint Ghrysostôme lui écrivant pour la consoler et l'encourager dans ses peines lui parlait des avantages et des mérites des afflictions qu'il appelait des couronnes précieuses. La Sainte les supporta toujours avec une admirable résignation.
Notre vie à nous, chrétiens, sera-t-elle à l'abri des épreuves? Non, sans nul doute; comme la plupart des mortels nous aurons à souffrir de la part du démon, de la part du monde, de la part de la chair et des penchants mauvais. Que de fois l'orgueil ne s'élèvera-t-il pas dans notre cœur pour combattre l'humilité! l'envie et la haine pour combattre la charité ! la sensualité pour combattre la mortification ! la paresse pour combattre l'amour du travail! L'inconstance et la légèreté pour combattre la persévérance! le désespoir pour combattre l'espérance ! la cupidité pour combattre le désintéressement! l'inhumanité pour combattre la miséricorde! la fraude et la fourberie pour combattre la sincérité! la gourmandise pour combattre la tempérance et la sobriété! la joie déréglée du monde pour combattre la sainte tristesse de la dévotion et de la piété! les chagrins passionnés pour combattre la joie spirituelle d'un cœur pur! Quelle foule de persécuteurs ! Que de combats à soutenir! Que de victoires à remporter! Gomment avons-nous lutté jusqu'à présent? Comment lutterons-nous à l'avenir?... Soldats de
POUR CHAQUE JOUR DE l'ANNÉE 373
Jésus-Chist, armons-nous de courage pour triompher de nos persécuteurs. Domptons nos passions et résistons aux impies, par là nous obtiendrons une double couronne : celle de la justice et celle de la patience.
Plan de méditation,