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LA BIENHEUREUSE ANGÉLINE DE CORBARA

22 décembre.

Enl377, au bourg de Monte-Giove, dans le royaume de Naples, naquit la Bienheureuse Angéline de Gorbara, d'une famille aussi noble que chrétienne. Cette jeune enfant se montra toujours digne du nom

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qu'elle reçut sur les fonts sacrés du baptême, puisqu'elle eut toujours la pureté d'un ange. Dès sa plus tendre enfance elle montra une maturité d'esprit et un attrait pour la piété, qui faisaient l'admiration de tout le monde. Ses parents confièrent son éducation à de vertueuses religieuses. Angéline fut bientôt remarquée dans le couvent par les vertus angéliques qu'elle possédait. Cette sainte enfant était un vrai modèle pour ses compagnes et pour ses maîtresses. Celles-ci avouaient qu'elle les surpassait toutes par sa ferveur, sa simplicité, sa fidélité à accomplir toutes les prescriptions de la règle de la communauté. Ce qui excitait surtout la dévotion d'Angéline et touchait le plus sensiblement son cœur, c'était la pensée et la considération de l'amour ineffable que Jésus-Christ nous témoigne dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie. Pendant le saint sacrifice de la messe, elle était continuellement baignée de larmes, tant elle sentait profondément la tendresse infinie de ce divin Sauveur. Une chose pourtant l'affligeait vivement : c'est que son âge ne lui permît pas de participer à la sainte table en même temps que ses compagnes et les religieuses. Aussi appelaitelle de tous ses vœux le jour où il lui serait permis de faire sa première communion. Ce jour fortuné arriva. Dieu seul connaît les sentiments qui animèrent cette belle âme dans cette solennelle circonstance. Pour demeurer inséparablement unie à celui que son cœur aimait par-dessus tout, elle se consacra entièrement à son service, et jura de n'avoir jamais d'autre époux que lui.

En faisant ce vœu, Angéline, qui espérait avoir le

consentement de ses parents, pensait aussi qu'ils ne lui refuseraient pas de rester dans le couvent oii elle était élevée, et où elle désirait prendre le voile. Malheureusement le comte de Gorbara, son père, fier de son titre et de son nom, fier aussi de la beauté de sa fille unique, rappela près de lui la pauvre enfant dès qu'il pensa qu'elle était en état d'être présentée dans le monde. Sur ces entrefaites, Angéline, âgée de douze ans, perdit sa mère. Ce coup fatal lui fit comprendre plus que jamais le néant des choses de la terre, et la fragilité des affections, même les plus légitimes, quand elles n'ont pas Dieu pour objet. Elle dédaigna la fortune, les plaisirs et les grandeurs et elle résolut de ne donner ses soins qu'à plaire à Jésus-Christ.

Quand Angéline eut atteint sa quinzième année son père songea à la marier. Pour produire au grand jour les vertus et les charmes de sa chère fille, le comte donna chez lui de nombreuses fêtes. Malgré l'extrême modestie et la grande froideur avec laquelle la pieuse enfant accueillait les jeunes gens qui lui étaient présentés, elle fut remarquée par un personnage riche et jouissant d'une haute considération, le comte de Civitella, qui la demanda pour épouse à son père. Celui-ci, flatté d'une pareille union, n'hésita pas à lui promettre la main de sa fille. Angéline, fidèle à ses engagements envers Dieu, refusa ce parti. Une pareille résolution mit en fureur le comte de Corbara, et il en vint jusqu'à menacer sa fille de la mort, si dans huit jours elle refusait d'adhérer à ses désirs. Dans cette dure extrémité, Angéline eut recours à Dieu, qui lui fit connaître par révélation qu'elle pouvait se soumettre à la volonté

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de son père, promettant d'ailleurs de veiller au trésor qu'elle lui avait consacré. Rassurée par cet avis du Ciel, Angéline annonça à son père qu'elle était prête à obéir à sa volonté et à suivre le comte à l'autel. Le jour du mariage, lorsque les invités étaient encore occupés à se divertir, la jeune mariée s'échappe et se retire dans la chambre qui lui était préparée, et toute baignée de larmes, elle se jette aux pieds d'un crucifix, priant Notre-Seigneur de la protéger dans cette circonstance si délicate. Elle était dans cet état lorsque le comte survint, il fut très surpris de la trouver ainsi plongée dans la douleur, et lui en demanda la cause. Angéline lui avoua les saints engagements qu'elle avait contractés avec Dieu, et la crainte qu'elle éprouvait d'y être infidèle. Touché de sa vertu, son époux lui promit de la laisser libre, et de ne la regarder que comme sa sœur. Il se livra, comme elle, aux œuvres de piété et à l'observance des conseils évangéliques.

Un an après sou mariage, le comte de Civitella mourut dans les bras d' Angéline avec des sentiments fort chrétiens. La pieuse veuve, dégagée de tout ce qui pouvait l'attacher au monde, entra dans le Tiers- Ordre de Saint-François avec les filles qui la servaient, et que son exemple avait ramenées à la pratique des vertus de la religion. Toutes ensemble elles s'appliquèrent spécialement à secourir les pauvres et à servir les malades; mais Civitella ne suffisant plus à leur zèle, elles quittèrent cette cité et parcoururent les villes et les villages des Abruzzes, prêchant la pénitence et produisant partout d'admirables fruits de conversion. — Angéline, par ses dis-

cours et ses exemples, engageait trop de personnes de son sexe à pratiquer la chasteté pour ne pas exciter les clameurs contre elle. Aussi fut-elle dénoncée à Ladislas, roi de Naples, comme une hérétique vagabonde, qui condamnait le mariage, après avoir follement dissipé les biens de son époux. Ladislas voulut la voir et la cita devant lui ; mais bientôt ravi de l'onction avec laquelle elle fit l'éloge de la virginité, il la renvoya comblée de témoignages d'estime et d'honneur. Peu après, la résurrection d*un jeune homme des plus qualifiés de Naples, qu'elle obtint par ses prières, lui acquit dans cette ville une immense popularité. Ses louanges étaient dans toutes les bouches; elle ne pouvait quitter sa maison sans être poursuivie des acclamations de la foule. Ces témoignages de vénération alarmèrent son humilité et la déterminèrent à quitter Naples pour retourner à Civitella.

Gomme Angéline porta un grand nombre de jeunes filles, nobles pour la plupart, à se consacrer à Dieu, quelques seigneurs mécontents de ne pas pouvoir obtenir leur main, s'en plaignirent de nouveau au roi. Le prince, cette fois, la bannit de son royaume avec ses compagnes. Elle vendit alors tout son bien, en distribua une grande partie aux pauvres, et ne se réserva que ce qui lui était absolument nécessaire à ses besoins et nourrir les compagnes de son exil. Elle se rendit d'abord à Assise, et de là à Foligny, dans le dessein d'y établir un monastère de religieuses cloîtrées de Saint-François. Autorisée par le pape Boniface IX à accomplir son dessein, elle fit bâtir un monastère dans une propriété que lui céda

un seigneur de la ville. Deux ans après, la maison élant achevée, Angéline s'y retira avec douze compagnes et reçut, des mains de Tévêque, l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François. La réputation des filles du Tiers-Ordre se répandit bientôt dans toute l'Italie. Et en peu de temps, on vit dans un grand nombre de villes plusieurs établissements de cette congrégation.

Après avoir achevé son œuvre, Angéline alla recevoir dans le Ciel le prix de ses travaux, le 22 décembre de l'année 1435. Elle était âgée de cinquantehuit ans.

Réflexions pratiques.

Un des grands mérites de sainte Angéline fut son abandon total et constant à la conduite de la divine Providence. Il lui en a coûté bien souvent au sein de ses afflictions et de ses épreuves pour se soumettre, mais sa docilité à la volonté de Dieu la fit triompher de toutes les répugnances de la nature. Vouloir et faire tout selon les desseins de Dieu, tel fut le chemin qui la conduisit à une éminente sainteté. — Voulons-nous arriver nous-même 5 la perfection et au salut? efl'orçons-nous dans toutes les circonstances de la vie de nous soumettre à la volonté divine. Dieu sait mieux que nous ce qui doit contribuer à sa gloire et à notre prédestination. C'est pour cette raison que les croix et les traverses les plus salutaires sont celles que Dieu nous envoie et celles qui sont attachées à notre état. Dans celles qui sont de notre choix, il y a quelquefois de l'amour-propre, de l'indiscrétion et du danger d'en perdre le mérite. Pre-

nons en ce moment la résolution de nous conformer en tout à la volonté de Dieu. Sachons supporter avec une patience courageuse toutes les peines qui nous arriveront, adorant la main de Dieu qui nous frappe en père. Aidez-nous, Seigneur, à nous soumettre à vous comme nous le devons.

Conformité à la volonté de Dieu : 1° justice de cette vertu ; 2° combien elle est excellente et agréable à Dieu ; 3° combien elle est honorable pour nous.

SAINT TIMOTHÉE et SAINTE MAURE, sa Femme,

Martyrs

23 décembre.

Saint Timothée naquit dans le bourg de Pérape, en Thébaïde. Il était chrétien, d'une si parfaite probité et d'une piété si exemplaire, qu'il fut ordonné lecteur par son évêque. Comme cet ordre n'obligeait point au célibat, il épousa une jeune chrétienne nommée Maure, âgée seulement de dix-sept ans. Maure avait de la beauté, de l'esprit, une conduite fort régulière, mais elle n'était pas complètement affermie dans la foi.

Il n'y avait que trois semaines qu'ils étaient mariés quand le gouverneur de la province arriva à Pérape. Ayant ordonné qu'on fît une recherche exacte des chrétiens , Timothé fut d'abord mis à la tête de cette troupe choisie de fidèles. Quand on le présenta

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au gouverneur, on le lui dépeignit comme le plus ardent chrétien du bourg et comme le plus grand ennemi des dieux de l'empire. Le juge l'interrogea sur son état, sa religion, son emploi et son âge. « Je suis chrétien, répondit Timothée, mon emploi est de lire publiquement les Livres saints aux chrétiens, mes frères. — Apparemment, lui dit alors le magistrat, vous ne connaissez pas les ordres sévères de l'empereur contre ceux qui ne sacrifient point aux idoles ? — Je les connais parfaitement et je sais même qu'un chrétien doit s'attendre à finir sa vie dans les plus horribles tourments s'il refuse d'offrir ces sacrifices sacrilèges ; aussi. Seigneur, suis-je tout prêt à donner ma vie et à verser mon sang plutôt que de me rendre coupable d'une impiété pareille. » Une réponse si franche et si hardie irrita le gouverneur. « Puisque tu es résolu de finir la vie dans les tourments, lui dit-il, tu seras bientôt satisfait, et nous verrons si tu parleras si haut au milieu des supplices. Xe vois-tu pas ces instruments afi'reux? — Je les vois, mais vous, vous ne voyez pas les Anges du Dieu tout-puissant, qui sont autour de moi pour m'encourager et me fortifier dans les supplices. » Le gouverneur lui ordonna de lui remettre les livres qu'il avait entre les mains. « Si j'avais des enfants, dit Timothée, j'aimerais mieux vous les livrer que de livrer les saintes Écritures. » Le magistrat, voyant bien qu'il ne viendrait point à bout d'entamer par des paroles une âme si fortement trempée, recourut aux supplices, et lui fit enfoncer dans les oreilles des fers rougis au feu. L'effet fut si violent, que les yeux lui sortaient des orbites.

Comme ce premier supplice ne paraissait pas l'émouvoir, et qu'il ne cessait de louer Dieu, le tyran ordonna de le suspendre par un pied à un poteau, et de lui attacher au cou une énorme pierre. Enfin, il lui fit mettre un bâillon à la bouche, pour l'empêcher de chanter les louanges de Dieu. — Gomme chacun admirait sa patience dans un état si douloureux, on dit au juge qu'il était nouvellement marié, et que, puisque les tourments étaient impuissants à le vaincre, il fallait essayer de le gagner par la tendresse qu'il ne pouvait manquer d'avoir pour sa jeune compagne. Le gouverneur fit venir Maure et lui dit qu'elle n'avait plus qu'un moyen de sauver son mari, celui de l'obliger à sacrifier aux dieux, du moins en apparence. « Allez vous-en chez vous, ajouta-t-il, prenez vos plus beaux habits, parezvous avec art, n'épargnez ni bijoux, ni parfums et comptez sur mon appui. » Maure, qui était une jeune femme encore faible dans la foi, et qui aimait éperdument son mari, consent à tout : elle court chez elle, se revêt de ses habits de noces, elle se pare et se parfume avec tout l'art que peut inspirer la passion de plaire, et elle arrive en cet état au lieu du supplice. Quand elle vit son époux tel que les bourreaux l'avaient fait, elle pensa tomber en défaillance, et ne put d'abord s'exprimer que par des cris et des sanglots. Revenue de ce premier accès de douleur, elle lui dit tout ce qu'elle put s'imaginer de plus touchant, tout ce que l'affection de son cœur put lui suggérer de plus émouvant et de plus tendre. Elle avait obtenu qu'on lui ôtât le bâillon afin qu'il pût lui parler. Le premier usage que ïimothée fit de la

parole, ce fut de demander qu'on lui mît un mouchoir devant le nez pour l'empêcher de respirer plus longtemps l'odeur de mort qui sort de ces vêtements parfumés. 11 voulait faire entendre parla, combien il condamnait le luxe tout païen de sa femme et le pernicieux dessein qui l'avait amenée près de lui. Cependant, comme elle continuait toujours, et qu'elle s'efforçait de l'attendrir par ses caresses, ses prières et ses larmes : « Maure, lui dit-il, avec douceur, mais en même temps avec fermeté, est-ce bien une femme chrétienne que je vois et que j'entends? Qu'est donc devenue cette foi, dans laquelle vous avez été élevée ? Où sont ces sentiments de religion que vous professiez ? Au lieu de m'encourager à souffrir et à mourir pour Jésus-Christ, mon Dieu, c'est vous qui m'engagez à préférer une vie d'un jour à une éternité de bonheur 1 N'êtes-vous donc devenue mon épouse que pour me tenter, et n'avez-vous de la tendresse que pour me perdre ? » — Pendant que Timothée parlait ainsi, Maure baissait les yeux et continuait de verser des larmes, mais déjà c'étaient des larmes de repentir. La grâce qui était entrée dans son cœur, agissait avec une force victorieuse, et y opérait un merveilleux changement. Maure, ne pouvant plus résister aux divines impressions qu'elle ressentait, s'écria: « Mon époux, pardonnez-moi ma faiblesse ; je suis prête à réparer ma faute, mais que faut-il que je fasse? » Timothée ne pouvait contenir sa joie. « Votre changement, ma chère Maure, me fait oublier toutes mes peines. Remercions ensemble le Dieu de toute miséricorde d'avoir opéré cette merveille. »

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