IV
Le gouverneur, ayant appris ce changement subit de Maure, en devint furieux. Après l'avoir interrogée, il lui fit arracher les cheveux, puis couper les doigts, enfin appliquer sur les côtes du soufre et de la poix bouillante. Maure, chez qui l'âme de Timothée était passée tout entière, se montra supérieure à tous ces tourments. Le juge ordonna que les deux époux fussent crucifiés, et pour rendre leur martyre plus douloureux, il voulut qu'il fussent exposés à la vue l'un de l'autre. Mais il fut trompé dans sa malice. Cette vue réciproque, loin d'aigrir leur douleur, leur fournit le moyen de se consoler et de s'encourager mutuellement. Après avoir été ainsi suspendus pendant plusieurs jours, ils rendirent enfin leurs bienheureuses âmes à Dieu.
Réflexions pratiques.
Une jeune femme emploie tout ce que la tendresse a de force et de persuasif sur le cœur d'un époux pour le ravir à Dieu ; elle met en œuvre tout ce que l'art a de plus vif et de plus séduisant, tout ce que les larmes ont de plus touchant pour faire d'un mari à demi martyr un apostat.
La tentation était violente et l'épreuve terrible; mais Timothée se demande s'il est permis, pour être complaisant, de devenir traître et parjure à son Dieu, et s'il peut, sans se couvrir d'opprobres, sacrifier l'amour de Dieu à l'amour de la créature. A cette pensée, sa foi se ranime, et non seulement il demeure fidèle â Dieu, mais il lui gagne le cœur de son épouse et en fait une illustre martyre.
Mon Dieu ! que d'époux malheureux et réprouvés
pour une fausse tendresse ! Une honnête déférence aux sentiments et à la volonté d'autrui dans ce qui n'intéresse pas la conscience est louable; mais quand il s'agit de religion, doit-on sacrifier le devoir à la complaisance? Jamais. Il faut, au contraire, dans ces circonstances déployer une fermeté inébranlable. C'est ce qu'a fait Timothée, et c'est ce qui lui a obtenu ainsi qu'à sa compagne la couronne du martyre. Oh! que le bon exemple et la solide piété dans un chef de famille sont puissants et persuasifs.
Plan de méditation.
Saint Timothée a été ferme dans la foi : 1° en face des tourments ; 2° en face des moyens employés pour les faire apostasier.
SAINTE VICTOIRE, Vierge et Martyr 24 décembre.
Sainte Victoire naquit au commencement du troisième siècle, à Tivoli, l'une des plus anciennes villes d'Italie. Ses parents, distingués par leur noblesse et par leurs grands biens, Tétaient encore davantage par leur attachement à la religion chrétienne. Ils lui firent donner une éducation très soignée. Un heureux naturel, un esprit doux et docile, un air noble et gracieux, la firent d'abord aimer de ses parents ; mais ce qui lui gagna surtout leur cœur, ce fut sa vertu, qui, jointe à une rare beauté, en fit une des personnes
les plus accomplies de celte époque. Victoire, qui faisait les délices de ses parents, était recherchée de tous les jeunes gens les plus distingués de Rome. La voyantenâge d'être mariée, ils la fiancèrent à un jeune seigneur doué des plus belles qualités, mais qui avait, le malheur d'être païen. Victoire fut surprise que ses parents très chrétiens lui eussent destiné pour époux un gentilhomme idolâtre. Mais charmés de la douceur, de l'esprit et des manières distinguées du jeune homme, ils étaient persuadés que leur fille ne manquerait pas de le convertir; et c'était surtout l'espérance de cette conversion qui les avait engagés à conclure ce mariage. Victoire se rendit à leurs désirs. Le jeune seigneur lui plut, elle se promit d'en faire bientôt une conquête à Jésus-Christ en l'enlevant au paganisme.
Victoire avait une amie nommée Anatolie, fille de qualité et chrétienne comme elle : Anatolie ne lui cédait point en beauté, et encore moins en vertu; elle avait de l'esprit et passait pour une jeune fille des plus accompHes de la ville. Comme elle était à peu près du même âge que Victoire elle fut demandée en mariage par un seigneur romain qui l'aimait éperdument. Ses parents agréaient fort ce parti et ne cessaient delà solliciter à donner son consentement à une aUiance qui lui devait être si avantageuse. Le refus généreux et obstiné d'Anatolie contrista autant sa famille que le jeune seigneur qui demandait sa main. Celui-ci voyant que tout était inutile, se persuada que Victoire seule pourrait gagner son amie et la déterminer à imiter son exemple. Il alla donc la trouver et la pria avec instance de lui rendre ce bon
ofiice. Victoire, qui devait bientôt épouser l'ami de celui qui demandait en mariage Anatolie, se chargea volontiers de la commission. S'étant rendue près d'elle : « Vous savez, ma chère amie, lui dit-elle, combien je vous aime. Permettez à celle qui vous est unie par les liens les plus affectueux de vous donner un conseil : Un jeune seigneur fort distingué vous demande en mariage; vos parents souhaitent que vous l'épousiez. Il faut croire que la volonté de Dieu vous est manifestée par les auteurs de vos jours. Vous avez tort de refuser opiniâtrement une telle alliance. Dieu ne condamne point le mariage ; nous pouvons vous et moi nous sanctifier dans cet état ; je crois même que Dieu nous y appelle pour en tirer sa gloire. Le jeune homme qui cherche votre main est païen comme celui à qui je suis fiancée ; mais n'est-il pas à peu près certain que Dieu en nous les destinant pour époux veut se servir de nous pour en faire des chrétiens ? Ils ont tous deux un trop bon naturel et trop d'esprit pour mourir dans leur religion. Quelle gloire et quelle consolation pour nous d'avoir conquis au Ciel deux âmes immortelles. » — Anatolie écoutait tranquillement son amie, sans l'interrompre. Mais dès qu'elle eut cessé de parler : « 0 ma Victoire bien-aimée, lui répondit-elle, triomphez de la ruse du démon et soyez Victoire de fait comme de nom. Je conviens que le mariage est un état saint, et je ne blâme pas ceux qui, s'y croyant appelés, l'embrassent. Mais vous conviendrez avec moî qu'il y a un état bien plus parfait, c'est celui des vierges. Ce sont elles qui composent la Cour du divin Agneau, elles l'accompagnent partout en qualité d'épouses. Dieu ne
condamne point le mariage mais combien davantage il loue le célibat ! Votre fiancé veut vous épouser, mais Jésus-Christ souhaite ardemment que vous soyez son épouse, c'est à vous de voir à qui vous voulez donner la préférence ; pour moi mon parti est pris et je n'aurai jamais d'autre époux que le divin Maître.
» Mais puisqu'il vous faut parler à cœur ouvert, et que je n'ai rien de caché pour vous, je vais vous faire une confidence : Ayant appris les démarches que faisait auprès de mes parents le jeune seigneur dont vous m'avez parlé , et ses sollicitations pour m'avoir en mariage, je me relirai dans mon oratoire, et là, prosternée au pied de mon crucifix, je fis vœu de virginité perpétuelle, et je promis à Dieu de n'avoir jamais d'autre époux que Jésus-Christ. Le même jour je distribuai aux pauvres le prix de mes bijoux et de mes joyaux. Aussitôt un ange de lumière m'apparut portant sur la tête un diadème d'or, et couvrant mon front de pourpre et de pierres précieuses. « 0 sainte Virginité, me dit-il, d'un air radieux, ô » sainte virginité qui êtes toujours dans la lumière, » et jamais dans les œuvres de ténèbres. » A ces mots je me prosternai la face contre terre, et j'entendis l'Ange qui continuait : « La virginité est une pour- » pre royale ; la virginité est une pierre précieuse d'un » prix inestimable; la virginité est le trésor immense » du roi des rois. Les voleurs tâchent de la ravir à » celles qui la possèdent. Conservez-la avec tous les )) soins possibles, et ne craignez rien tant que de la » perdre. » Ainsi m'a parlé l'ange du Seigneur. » Victoire était vaincue. Elle imita sa pieuse compagne.
vendit ce qu'elle avait de bagues et d'autres vains ornements, en distribua le prix aux pauvres, et fit vœu de virginité perpétuelle. Furieux, son fiancé obtint l'autorisation de l'enlever et de la contraindre par tous les moyens possibles à l'épouser. Pendant plusieurs années, il la tint enfermée dans un cbâteau, ne lui donna pour toute nourriture qu'un peu de pain bis le soir, lui fit subir les traitements les plus pénibles et, désespérant de vaincre la constance de la jeune vierge, il lui plongea son glaive dans le cœur. C'était le 23 décembre de Tannée 233, pendant la persécution de Dèce. Le misérable devint aussitôt lépreux, et mourut, au bout de six jours, rongé par les vers.
Réflexions pratiques.
. C'est un envoyé du Ciel qui fait à Anatolie l'éloge de la plus belle et de la plus précieuse des vertus. Victoire n'en a pas plus tôt entendu le récit, qu'éprise de ses charmes, elle renonce aux alliances les plus flatteuses , et jure de n'avoir d'autre époux que Jésus-Christ. N'avons-nous pas entendu nous-mêmes préconiser la pureté par nos saints Livres? Le Saint- Esprit ne nous déclare-t-il pas que rien dans le monde n'égale le prix de cette vertu? (Eccles., 26, 26.) Que Dieu promène des regards bienveillants sur les âmes chastes et que ceux qui pratiquent cette vertu sont assurés de le contempler dans le Ciel? Heureux les cœurs purs. — Quelle estime avons-nous fait de cette précieuse et délicate vertu que nous portons dans des vases bien fragiles ? Avons-nous demandé à Dieu par l'intercession de la Sainte Vierge de nous la con-
server et de nous aider à la pratiquer? Avons-nous veillé soigueusement sur nos sens afin de ne pas nous exposer à la perdre ? Avons-nous eu soin de combattre et de fuir les ennemis de la pureté? 0 mon Dieu I qui aimez si affectueusement les cœurs purs, aidez-nous à pratiquer comme vous le désirez cette vertu si chère à votre cœur.
Plan de méditation.
Un bon ami est toujours un bon conseiller. Il faut le choisir entre mille, et suivre exactement ses avis.
FETE DE LA NOËL 25 décembre.
Après quatre mille ans d'attente et de soupirs, le Ciel s'ouvre et le Juste quitte les splendeurs de son trône pour venir sécher les larmes des mortels. C'est Bethléem que les prophètes ont désigné pour le lieu de la naissance du Rédempteur promis à la terre. D'après ces hommes inspirés il devait naître d'une vierge de la famille de David et déjà il est conçu dans son sein. Quoique le mystère de l'Incarnation se soit accompli à Nazareth, c'est à Bethléem qu'il doit naître, comme le prophète Michée l'avait prédit. Tout prépare ce grand événement par une Providence visible, mais souveraine. Un puissant empereur païen ordonne le dénombrement des sujets de son empire. Quirinius en est chargé pour la Syrie et pour tous les pays qui en dépendent; il donne
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ordre aux Juifs de se rendre dans les villes de leur origine pour se faire enregistrer; et, en conséquence de cet ordre, Joseph et Marie se rendent à Bethléem. Comme toutes les hôtelleries étaient pleines de personnes plus riches qu'eux, ils se virent contraints de se retirer dans une grotte taillée dans le roc, et qui servait d'étable aux animaux. Ce fut dans un asile aussi pauvre que voulut naître le Dieu par qui tout a été fait. Marie l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche.
Sous le règne de Constantin, la grotte de Bethléem fut ornée avec magnificence, et la crèche fut toute revêtue d'argent. « Ah ! s'écriait saint Jean Chrysostôme, si je pouvais voir la crèche même dans laquelle a reposé le Seigneur I On l'a fait disparaître sous l'argent ; mais combien celle qu'on a dérobée aux regards est pour moi plus précieuse que celle que mes yeux aperçoivent. » Cette crèche était de pierre et elle en renfermait une autre en bois, laquelle est maintenant à Rome, où on l'apporta au septième siècle.
Une constante tradition nous apprend qu'il y avait un bœuf et un âne dans l'étable, au moment de la naissance de Jésus. Cet heureux événement eut lieu le 25 décembre vers Tan 4000. Or, il y avait en ce moment dans les environs de Bethléem des bergers occupés à garder leurs troupeaux pendant la nuit. Tout à coup un Ange se présente à eux et une clarté céleste les environne. Ils sont saisis d'épouvante; mais le messager céleste les rassure, en leur disant : « Ne craignez point, car je viens vous apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet
d'une grande joie. Aujourd'hui dans la ville de David, il vous est né un Sauveur : c'est le Christ. Voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Au même instant les, heureux bergers se rendent à Bethléem et voient l'accomplissement de tout ce qui leur a été dit. Après avoir adoré TEnfant-Dieu, ils s'en retournent comblés de consolation et de joie, louant et bénissant Dieu, et publiant ce qu'il ont vu et entendu.
La fête de Noël est, après la grande fête de Pâques, la plus solennelle et tout ensemble la plus douce, la plus joyeuse des fêtes de l'année. En ce jour chaque prêtre célèbre trois messes en l'honneur des trois naissances de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sa naissance éternelle dans le sein de son Père, sa naissance temporelle sur la terre et sa naissance spirituelle dans nos âmes. Désirons ardemment cette dernière faveur. Pour cela, ne craignons pas, approchons et recevons, caché sous les langes eucharistiques, l'Enfant Jésus, le pain vivant descendu du Ciel pour notre amour.
Réflexions pratiques»
A genoux aux pieds de l'Enfant-Dieu couché dans une crèche, examinons pourquoi le fils de l'Éternel, en quittant les splendeurs des Cieux, a voulu naître d'une manière si indigne, en apparence, de sa suprême grandeur. Pourquoi a-t-il pratiqué d'une manière si frappante l'humilité, la mortification et la pauvreté? C'est pour corriger nos vices et nous désabuser de nos erreurs. Or, toutes nos erreurs et
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tous nos vices coulent de trois grandes sources : l'orgueil, la volupté et la soif insatiable des richesses. Le Sauveur a voulu en tarir le cours par la pratique des trois vertus opposées.
I. Il a voulu guérir notre orgueil par l'humilité. L'orgueil, principe de tout péché a toujours attiré sur la terre un déluge de malheurs. C'est lui qui a perdu Adam et sa postérité ; c'est cet amour déréglé d'élévation et de grandeur qui, dans le cours des siècles a constamment enfanté les discussions, les haines, les guerres, les schismes. Comment l'Enfant- Dieu nous apprend-il à combattre une passion si funeste ? Par le spectacle des prodigieux anéantissements de Bethléem, — 0 mon humble Maître, si après ces prodiges d'humilité, je cherche encore à m'élever, ma folie est incurable !
II. Pour nous obliger à détruire en nous la passion de l'impureté, le Sauveur s'est condamné à la souffrance. La volupté, voilà la reine et la divinité du monde. L'homme veut à tout prix le plaisir; il le demande à toutes les créatures ; il le cherche par toutes les voies; il lui immole tous les jours sa conscience, son honneur et sa vraie félicité. Approchons de TEnfant-Dieu ; il naît dans la douleur, il est couché sur un peu de paille, couvert de misérables langes, condamné à endurer le froid piquant de la plus rigoureuse saison. Comment oserions-nous encore, en face d'un pareil modèle, repousser la douleur, pour ne rechercher que le plaisir et nos aises?
III. Enfin, le xMaître de l'univers, pour nous désillusionner de la valeur des biens terrestres qui absor-
bent nos pensées, nos affections, se condamne volontairement à une extrême indigence; non seulement il ne veut rien de superflu, mais il renonce au strict nécessaire : une crèche, un peu de paille, de misérable langes, de vils animaux; voilà ce qui meuble l'étable qu'il habite. Que cette vue d'un Dieu pauvre, souffrant et humilié, nous jette dans l'admiration et nous fasse prendre la résolution de pratiquer les vertus dont il nous donne l'exemple.
Plan de méditation.
Notre-Seigneur s'est mis en cet état d'humiliations pour être : 1° notre Rédempteur ; 2° notre Maître ; 3° notre Modèle.
SAINTE ANASTASIE, Martyre
25 décembre.
Sainte Anastasie ou Anastase que Siméon Métaphraste dit être la plus noble, la plus belle et la plus sage de toutes les filles de Rome, avait un père païen et une mère chrétienne. Elle fut instruite dans la foi par le glorieux martyr saint Chrysologue. Mariée malgré elle par son père à un païen fanatique, elle ne trouva dans son union avec cet homme perdu de vices, que le malheur. Elle pria si ardemment, qu'elle garda la fleur de sa virginité. Lorsqu'elle fut privée de ses parents, dont la présence seule empêchait son mari de l'accabler d'outrages,
ce dernier, pour satisfaire la haine qu'il avait conçue contre elle à cause de ses vertus, ne garda plus aucun ménagement et lui suscita toutes sortes de misères. 11 eût voulu la voir morte pour hériter de ses biens considérables.
Anastasie, témoin des tourments qu'enduraient de nombreux confesseurs entassés dans les cachots par l'ordre de Dioclétien, se voua avec un zèle admirable à les secourir. Elle achetait aux geôliers la permission d'entrer dans les prisons pour panser leurs plaies, les approprier, les vêtir et les nourrir. Son mari, informé de ces actions de charité, en fut extrêmement irrité. Pour y mettre un terme, il résolut de la faire prisonnière elle-même dans sa propre maison sous la garde de serviteurs brutaux, auxquels il recommanda de la garder étroitement et surtout de ne lui laisser voir aucun chrétien. Sa douleur, pendant sa captivité, ne provenait point de la rigueur des souffrances qu'elle endurait par suite des mauvais traitements de son époux, mais de la privation où elle se trouvait de ne plus pouvoir soulager les prisonniers, et notamment son père spirituel, saint Chrysologue, qui était parmi eux depuis deux ans. Elle pria instamment Notre-Seigneur de lui rendre la liberté pour pouvoir continuer de secourir les malheureux et sa prière fut exaucée. Son mari avait été désigné par l'empereur pour aller en ambassade vers le roi de Perse. En partant, il laissa Anastasie sous la garde d'un scélérat nommé Codisse, à qui il recommanda de la tenir dans un cachot si étroit que l'air lui manquait. Il espérait que cette rigueur la ferait mourir et, qu'à son re- IV. 23
tour, il hériterait des immenses richesses qu'elle lui avait apportées en mariage. Mais la Providence disposa les choses autrement. Il mourut en chemin d'une mort violente, et tous ses projets s'évanouirent avec lui. Anastasie, rendue à la liberté, reprit avec un nouveau zèle ses premiers offices de charité et prodigua toutes sortes de soins aux victimes du christianisme. Dioclétien, s'étant rendu à Acquilée, y commença une véritable boucherie de chrétiens. Comme il apprit que Chrysologue ne cessait de prêcher hautement Jésus-Christ dans les prisons, il le fit venir de Rome et employa vainement tous les moyens possibles pour le porter à sacrifier aux dieux. Aussi lui fit-il aussitôt trancher la tête. Anastasie qui avait suivi le martyr et préparé un grand nombre de confesseurs à la mort, quitta Acquilée et se rendit en Macédoine pour y montrer de nouveau sa charité. Un jour qu'on avait entièrement vidé une de ces prisons, notre Sainte qui n'en savait rien, vint à son ordinaire prodiguer ses soins aux bienheureux captifs. Mais ne les trouvant plus, elle se mit à pleurer. On lui demanda ce qu'elle avait et ce qu'elle cherchait dans cette prison. « Je cherche, répondit-elle avec fermeté, les serviteurs de mon Dieu qui, hier encore, étaient enfermés dans cette prison. » II n'en fallut pas davantage pour prouver qu'elle était chrétienne. On la conduisit chez Florus, préfet de l'endroit, en lui disant : « Nous avons trouvé cette femme dans la prison, et pensant que c'est une chrétienne, nous vous l'amenons. — Tu es chrétienne? lui demanda Florus. — Oui, certes, s'écria Anastasie ; ce nom qui vous parait si méprisable
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est, à mon avis, le plus bel ornement qu'on puisse porter. »
Lorsqu'on apprit à Florus que c'était une femme d'illustre origine, il lui fit de vives instances pour l'engager à se rendre aux volontés de l'empereur. «Pourquoi as-tu quitté ta patrie? lui demanda-t-il. — Pour obéir à la voix de mon Dieu qui m'a ordonné de prendre la croix du Christ, mon Sauveur et de la porter à sa suite. — Mais oîi est-il donc ce Christ dont tu parles? — Il est partout et rien n'échappe à son regard. Il est au Ciel, il est sur la terre ; mais sa demeure favorite est dans le cœur de ses serviteurs fidèles qui l'invoquent et le craignent. » Jugeant par ses réponses qu'il ne pourrait la gagner, Florus la fit conduire àDioclétien, parce qu'il était défendu aux préfets de tourmenter les personnes de qualité sans un ordre exprès de l'empereur.
Lorsque Anastasie fut en présence de ce tyran, qui aimait encore plus l'or que ses dieux : « Qa'as-tu fait de tes trésor? lui dit-il. — S'il me restait encore de l'or, répondit la généreuse martyre, je ne me serais pas sitôt découverte, et j'aurais continué de le répandre sur les serviteurs de mon divin Maître. Mais, puisque j'ai épuisé tous mes trésors pour leur venir en aide, il ne me reste plus qu'à oû'rir mon corps en sacrifice au vrai Dieu. »
A ces mots, Dioclétien la fit ramener à Florus. Celui-ci employa la douceur, puis les menaces pour la déterminer à sacrifier aux dieux, mais tout fut inutile. Florus remit la Sainte entre les mains d'Ulpien, pontife du Capitole, homme aussi adroit que méchant. Mais ce dernier ne fut pas plus heu-
reux que les autres. Après avoir épuisé vainement son éloquence, Ulpien lui dit qu'avant d'employer contre elle toutes sortes de tortures et de supplices, il lui donnait trois jours pour réfléchir sur ce qu'elle avait à faire. — « Qu'est-il besoin de trois jours-? répondit Anastasie. Imaginez-vous qu'ils sont déjà passés, car je ne vous dirai rien autre chose que ce que je vous dis maintenant. » Cette déclaration n'empêcha pas qu*on ne lui donnât les trois jours, pendant lesquels on la mit entre les mains de femmes idolâtres qui travaillèrent en vain à l'ébranler. Anastasie passa tout ce temps en oraison, sans prendre aucune nourriture. Le troisième jour, elle fut ramenée devant le pontife, qui eut la témérité de vouloir porter sur elle une main impure et souillée. Mais il fut puni sur-le-champ de son audace, car il perdit aussitôt la vue et un instant après il expira dans de cruelles douleurs.
Après le châtiment d'Ulpien, le préfet Florus la fit comparaître de nouveau en sa présence. Il lui promit que, si elle consentait à lui céder les biens qui lui restaient, il la laisserait vivre en paix dans sa religion. « Si vous étiez dans la nécessité, lui répondit la Sainte, je vous assisterais très volontiers, mais puisque vous êtes riche, je me garderai bien devons donner ce qui est destiné par la Providence aux malheureux. »
Le préfet, irrité de tant de hardiesse, la fit enfermer dans une prison fort obscure avec ordre de ne lui donner qu'une nourriture à peine suffisante pour entretenir sa vie. Au bout de trente jours, la trouvant fraîche et bien portante, il la fit enfermer dans
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une prison plus obscure que la première et ordonna aux gardes de la traiter avec la dernière rigueur. Après un mois de cachot, le préfet la fit mettre dans une barque avec un autre chrétien du nom d'Eutychien et cent vingt idolâtres condamnés à mort pour leurs crimes, et on l'abandonna à l'impétuosité des vagues, sur ce frêle esquif que l'on avait auparavant percé en plusieurs endroits. Sa perte était inévitable. Le vaisseau allait couler, lorsque saint Théodote apparut à sa compagne et conduisit le vaisseau sur le rivage. Ce prodige causa la conversion de cent vingt idolâtres.
Quant à sainte Anastasie, elle fut conduite dans nie de Palmaria avec deux cent soixante-dix autres confesseurs de la foi. On l'attacha à des poteaux les pieds et les mains étendus et on alluma un grand feu autour d'elle. Ce fut ainsi qu'elle acheva glorieusement le cours de son martyre.
Réflexions pratiques,
La vie de sainte Anastasie est une merveille de charité. Pour Dieu elle dédaigne tout ce que le monde offre de plus flatteur et de plus séduisant : richesses, honneurs, plaisirs, bien-être. Son unique ambition est de le servir et d'accomplir en tout sa volonté adorable. — Après Dieu sa grande préoccupation est de venir en aide à ceux de ses frères qui souffrent pour Jésus-Christ. Aussi, voyez quel zèle elle déploie pour secourir les martyrs. Elle est sans cesse dans les prisons occupée à panser leurs plaies, à laver leurs ulcères ou à relever leur courage abattu. La fureur des tyrans , la perspective d'une mort
cruelle sont impuissants à tempérer l'ardeur de sa charité. — Apprenons, par l'exemple de cette grande Sainte, à aimer et à servir Dieu en méprisant tout ce qui passe ; employons, comme elle, au salut de nos frères, les talents ou la fortune que Dieu nous a donnés et pour enflammer notre cœur de ce double amour; n'oublions jamais que le Ciel est le royaume de la charité.
Plan de méditation.