II. Ce qu'elle a sacrifié au prochain
SAINT ETIENNE, Premier Martyr 26 décembre.
Saint Etienne, dont le nom signifie triomphe ou couronne, est en effet le premier disciple qui ait triomphé des ennemis de la foi, en recevant la couronne immortelle de la sainteté, par le martyre, neuf mois après la passion du Sauveur. Saint Etienne était jJuif, mais on ignore sa patrie et ses parents. On sait seulement qu'il avait été élevé dans l'école du célèbre docteur Gamaliel, disciple secret de Jésus-Christ, et qu'il s'était rendu habile dans la science de la Loi et des Écritures. Il se distingua dès sa jeunesse, par la pureté de ses mœurs et par la régularité exemplaire de sa conduite. A cause de cela il fut élu diacre, et voici à quelle occasion :
La multitude des fidèles augmentant de jour en
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jour, était recommandable par la pratique de toutes les vertus. Ils se regardaient tous comme des frères, et n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Les riches vendaient leurs biens et en déposaient le prix dans un trésor commun, et les apôtres employaient ces fonds au soulagement des pauvres. Il s'éleva quelques plaintes à ce sujet. Les Grecs murmuraient contre les Hébreux, sous prétexte que leurs veuves étaient négligées dans la distribution journalière des aumônes. Les Apôtres, pour mettre un terme à ces plaintes, assemblèrent les fidèles, et leur firent observer qu'ils ne pouvaient quitter les principales fonctions de l'apostolat pour prendre soin des pauvres. Ils leur dirent de choisir sept chrétiens d'une conduite irréprochable afin qu'ils se chargeassent de ce soin ; ils ajoutèrent qu'on les délivrerait par là de toute distraction, et qu'on les mettrait en état de s'occuper uniquement de la prière et de la prédication de l'Évangile. Ce qu'ils proposaient fut agréé de l'assemblée, et les fidèles élurent sur-le-champ sept diacres. Etienne, homme rempli de f^^i et du Saint- Esprit^ quoique le plus jeune, fut élu le premier ; c'est pour cela qu'il reçut le titre d'archidiacre. Après l'imposition des mains, il s'appliqua avec un zèle aussi ardent que sincère, non seulement au soin des pauvres, mais encore à publier le grand fait de la rédemption spirituelle et sociale du genre humain, par l'Incarnation, la mort et la résurrection du Fils de Dieu. Les nombreux miracles dont on ne pouvait contester la vérité, confirmaient la doctrine qu'il annonçait. Le nombre des disciples de Jésus- Christ augmentait de jour en jour ; les prêtres,
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môme des Juifs se convertissaient. Le succès des prédications du saint diacre anima les Juifs contre lui, et ils résolurent de le perdre. Ce qui acheva de les irriter, ce fut de voir que les docteurs de la loi qui discutaient avec Etienne ne pouvaient résister à la sagesse et à l'esprit qui parlaient par sa bouche. Ils subornèrent de faux témoins pour l'accuser de blasphèmes contre Moïse et contre Dieu. Traduit devant le tribunal, le grand prêtre, après lecture de son réquisitoire, lui permit de fournir ses moyens de défense. Etienne fit un discours admirable pour prouver que Jésus-Christ était le Messie, et finit par une invective très forte contre leur dureté inflexible, contre la persécution qu'ils avaient faite de tout temps aux serviteurs de Dieu et la mort qu'ils venaient de donner au Saint des Saints. Tous ceux qui étaient dans le conseil, regardant Etienne, virent son visage semblable à celui d'un ange. Mais quand il les apostropha en ces termes : « Hommes à la tête dure et inflexible, incirconcis de cœur et d'oreilles ; vous résistez sans cesse au Saint-Esprit. Il en est de vous comme de vos pères... Est-il un prophète qu'ils n'aient persécuté? N'ont-ils pas mis à mort tous ceux qui prédisaient l'avènement du Juste et jusqu'à son précurseur? Quant à vous, vous avez dépassé vos pères ; oui, vous les avez dépassés en iniquité, vous avez été les meurtriers du Christ lui-même ; vous avez trempé vos mains homicides dans son sang innocent. » Ces paroles les jetèrent dans une rage qui les mit hors d'eux-mêmes et les fît grincer des dents contre lui. Mais Etienne, rempli de l'Esprit-Saint, et levant les yeux au Ciel, n'obser-
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vait point ce qui se passait ; il vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était assis à la droite de son Père. Alors il s'écria : « Je vois les Cieux ouverts et le Fils de l'Homme assis à la droite de Dieu. » Aussitôt, les Juifs furieux se jettent sur lui, le traitent de blasphémateur et le traînent hors de la ville pour le lapider. Pendant son supplice, le premier des martyrs prie en ces termes : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » Puis tombant à genoux, il dit à haute voix : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché. » Et après cette parole, il s'endormit dans le Seigneur.
Réflexions pratiques.
En rapprochant notre vie de celle du premier des martyrs quel contraste frappant nous y trouvons ! Dans saint Etienne que de générosité, que de zèle, que de dévouement pour la foi, pour la religion, et pour la gloire de Dieu! En nous que de lâcheté, que de tiédeur, que d'égoïsme, que de respect humain ! Nous avons la même foi à confesser, la même religion à pratiquer et à défendre, la même gloire de Dieu à soutenir. Le faisons-nous comme nous le devons ? Notre saint martyr ne recula devant aucun obstacle quand il s'agissait d'accomplir les ordres du Ciel et de veiller au salut des âmes. Et nous, comment remplissons-nous les devoirs de notre état? Comment travaillons-nous à notre sàlut et à celui de nos frères? Hélas ! Pleins d'ardeur pour tout ce qui flatte nos passions, notre amourpropre, notre vanité, nous n'avons que du dégoût pour ce qui intéresse la gloire de Dieu et nos intérêts éternels. Oublions-nous que nous sommes les sol-
dats de Jésus-Christ et les enfants des Saints ? Que pour arriver, comme les bienheureux, à la gloire, il faut lutter et vaincre ? Celui-là seul qui aura triomphé, dit le divin Maître, sera digne de régner avec lui dans le Ciel.
Plan de méditation.
Dans le martyre de saint Etienne nous avons à méditer un double prodige : 1° un prodige de patience dans les circonstances de sa mort ; 2** un prodige de charité envers les auteurs de sa mort.
SAINT JEAN, Apôtre et Evangéliste
27 décembre.
Saint Jean, surnommé le disciple bien-aimé^ naquit à Béthsaïde en Galilée. Il était fils de Zébédée et de Salomé et frère de saint Jacques le Majeur. Ces deux frères étaient pêcheurs de profession comme leur père, avant leur vocation à l'apostolat. Appelé par Jésus-Christ, Jean quitta aussitôt ses parents et ses filets pour marcher à la suite du Sauveur. Vierge au moment de sa vocation, il a toujours gardé la virginité et c'est à la pratique de cette belle vertu qu'il doit l'amour de prédilection dont le Seigneur l'a honoré ; il se désigne ordinairement lui-même sous le nom de disciple que Jésus aimait. Il en reçut, en effet, dans plusieurs circonstances, des marques particulières de tendresse et d'affection. Il fut un des
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trois à qui seuls Jésus-Christ permit de l'accompagner, d'abord lorsqu'il se rendit à la maison du chef de la synagogue, dont il allait ressusciter la fille; ensuite lorsqu'il monta au Thabor, où il vit le Sauveur tout rayonnant de gloire avec des vêtements blancs comme la neige. Mais ce fut surtout à la dernière Gène que saint Jean reçut les marques les plus touchantes de la prédilection du divin Maître. Placé près de lui, il eut le bonheur de reposer sa tête sur la poitrine de l'Homme-Dieu. C'est sur ce lit mystérieux, siège de la sagesse, que ce disciple puisa les plus hauts secrets de la foi.
Après avoir été le témoin de tous les miracles du Sauveur, il l'accompagna au Jardin des Oliviers et sur le Calvaire. C'est à lui que Jésus mourant confia le précieux dépôt qu'il laissait dans le monde, sa sainte Mère; et de quelles expressions se sert-il pour lui confier ce riche trésor? Il dit à sa mère : Femme^ voilà votre fils. Il dit ensuite au disciple : Voilà votre mère. Ainsi, Jésus choisit saint Jean pour le remplacer lui-même en quelque sorte; il le donne pour fils à Marie ; il lui donne Marie pour mère : quelle faveur tout à la fois et quel honneur !
Après l'Ascension du Sauveur il alla prêcher en Asie et se fixa à Ephèse, oti il fut suivi, dit-on, par la très Sainte Vierge. Notre Apôtre, jouissant d'une grande réputation tant à cause de son éminente dignité que par ses vertus et ses miracles, fut arrêté par l'ordre de Domitien et conduit à Rome l'an 95 de Jésus-Christ, et jeté dans une chaudière d'huile bouillante auprès de la Porte-Latine, mais il n'en ressentit aucun mal. Il fut ensuite relégué dans l'île
de Pathmos, où il eut les admirables révélations qu'il nous a racontées dans son Apocalypse.
L'empereur ayant été assassiné l'année suivante, saint Jean eut la liberté de retourner à Ephèse : il était alors âgé de quatre-vingt-dix ans. Cette grande " vieillesse ne l'empêcha point d'aller dans les provinces voisines pour y ordonner des évêques et y fonder de nombreuses Églises. C'est dans ce temps qu'arriva le fait touchant que nous allons raconter. Saint Jean, prêchant dans une ville voisine d'Ephèse, remarqua parmi ses auditeurs un jeune homme d'une figure intéressante. Il le présenta à l'évêque en lui disant : « Je vous confie ce jeune homme, en présence de Jésus-Christ et de cette assemblée, » L'évêque promit de s'en charger et d'en prendre le plus grand soin. En effet, il logea le jeune homme dans sa maison, l'instruisit et le forma à la pratique des vertus chrétiennes, après quoi il lui administra le baptême et la confirmation. Croyant n'avoir plus rien à craindre de sa part, il veilla sur lui avec moins d'exactitude, et finit par le laisser maître de ses actions. De jeunes libertins qu'il fréquenta le pervertirent tellement, qu'après avoir entassé crime sur crime il se fit chef de voleurs. Quelque temps après saint Jean, étant revenu dans la même ville, demanda à l'évêque, le jeune homme qu'il lui avait confié. Le prélat, baissant les yeux, lui dit avec larmes : c II est mort! — Comment? reprit le saint vieillard, et de quel genre de mort? — Il est mort à Dieu, répondit l'évêque : il est devenu méchant, pervers et enfin voleur; et, au lieu d'être à l'église avec nous, il s'est établi sur une montagne où il vit avec des hommes
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aussi méchants que lui. » A ces mots le saint Apôtre déchira ses habits et versa des larmes ; puis demandant un cheval et un guide, il se rend à la montagne. Arrêté bientôt par un des voleurs en sentinelle, il fut conduit sur sa demande au chef de la bande. Celui-ci, le voyant venir, prit ses armes pour le recevoir. Tout à coup il reconnaît saint Jean ; saisi de frayeur, il prend la fuite. Oubliant sa faiblesse et son grand âge, le Saint court après lui en criant : « Mon fils, pourquoi fuyez-vous ainsi votre père ? Que craignezvous d'un vieillard faible et sans armes ? Mon fils, ayez pitié de moi. Vous pouvez encore vous sauver. Je répondrai pour vous à Jésus-Christ ; je suis prêt à donner ma vie pour vous. J'engagerai mon âme pour la vôtre. Arrêtez-vous, mon fils, c'est Jésus- Christ qui m'envoie vers vous, n A ces mots, le jeune homme, vaincu, s'arrête, jette ses armes tout tremblant, et fond en larmes. Il tombe entre les bras de l'Apôtre qu'il renomme son père et lui demande pardon. Saint Jean le ramena à l'église, le réconcilia avec Dieu et le fit participer aux sacrements.
Cette charité dont notre Saint était si vivement pénétré, il l'inculquait aux autres de la manière la plus pathétique ; il la recommandait comme le grand, comme le principal précepte du christianisme, et sans l'observation duquel toutes les pratiques de la religion seront inutiles. La faiblesse de son grand âge ne lui permettant plus de faire de longs discours, il ne laissait pas de se faire porter à l'assemblée des fidèles et de leur dire chaque fois : Mes chers enfants^ aimez-vous les uns les autres. Ses auditeurs, lui demandant pourquoi il répétait toujours la même chose :
((C'est, répondit-il, le précepte du Seigneur; et si vous l'accomplissez cela suffit. » Enfin saint Jean mourut à Ephèse, l'an 100, dans une extrême vieillesse. Son corps fut enterré sur une montagne, hors de la ville.
Réflexions pratiques.
Saint Jean, l'Apôtre de la divine charité, ne cesse dans son Évangile, dans ses Épîtres et dans ses discours aux fidèles de recommander la pratique de cette précieuse vertu. A l'exemple du divin Maître, il réduisait toute la loi à l'observance de ce précepte. Mais ce grand Apôtre se contente-t-il de prêcher la charité? Non, mais il la pratique, puisque sa vie entière n'est qu'un acte d'amour qui n'a jamais été interrompu. Il a suivi son Bien-Aimé dans le cours de sa passion et jusqu'au pied de la croix. Après la mort de Jésus l'amour lui a fait affronter l'exil et le martyre. Peut-on concevoir une charité plus ardente?
1° Mon amour pour Dieu a-t-il quelque trait de ressemblance avec celui de l'Apôtre bien-aimé ? Puis-je me rendre le flatteur témoignage d'avoir comme lui toujours pratiqué la charité évangélique qui forme le caractère distinctif du chrétien?... J'ai aimé Dieu en paroles, l'ai-je aimé en réalité ? Jésus- Christ me déclare que si je l'aime réellement, je dois observer ses commandements ; les ai-je toujours gardés ? Que répondent mes œuvres ?
2° Mais ce qui me donnera par-dessus tout un droit assuré à l'affection de Jésus-Christ, c'est la charité que je dois avoir pour nTon prochain. Le bon
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Maître me déclare qu'il ne nous reconnaît pour ses disciples que si nous nous aimons les uns les autres. En vain aurai-je la foi la plus vive, le zèle le plus ardent, le dévouement le plus parfait; en vain mènerais-je la vie la plus innocente, si je n'ai pas la charité dans le cœur, cela ne sert de rien. Puis-je me flatter de la posséder? Que répondent ces pensées de de haine, d'envie et de jalousie qui me dévorent ? que dit mon insensibilité pour les malheureux? — Seigneur, allumez dans mon cœur les flammes de la véritable charité.
Plan de méditation.
I. Trois présents inestimables que Jésus a faits à saint Jean : 1° durant sa vie, il lui donne sa croix; 2° à la Cène, il lui donne son cœur; 3° à sa mort, il lui donne sa mère.
II. Comment le disciple bien-aimé répond à l'amour de son divin Maître : 1° durant sa vie ; 2* dans ses écrits; 3° dans son triple martyre.