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II. Par les souffrances

LA VÉNÉRABLE BENOITE, Fondatrice du Sanctuaire de Notre-Dame du Laus

La vie que nous allons essayer d'esquisser est une des plus extraordinaires qu'on puisse rencontrer.

Benoîte Reneurel, appelée sœur Benoîte, parce qu'elle appartenait au Tiers-Ordre de Saint-Dominique, naquit à Saint-Étienne d'Avançon, au diocèse d'Embrun, le jour de la fête de l'Archange saint Michel, 29 septembre 1647. Son enfance s'écoula

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SOUS un toit de chaume, au sein d'une pauvreté laborieuse et résignée. De bonne heure elle quitta la chaumière maternelle pour devenir bergère de moutons. Être bien sage et bien prier le bon Dieu, c'est tout ce que sa mère put lui recommander et lui apprendre. Elle ne reçut pas d'autre éducation sous le toit paternel. La Sainte Vierge voulut elle-même la compléter en la faisant son élève et plus tard son amie.

Au mois de mai 1664, Benoîte, qui avait alors dixsept ans, conduisait son troupeau sur la montagne de Saint-Maurice, lorsque le Saint lui apparut sous la forme d'un vieillard vénérable et lui annonça qu'elle verrait bientôt, dans le vallon voisin, la Mère de Dieu. Le lendemain, en effet, à l'endroit indiqué, la Vierge Marie se manifesta visiblement h l'humble bergère, et ce fut le commencement d'une série d'apparitions qui se sont continuées, presque sans interruption, pendant cinquante-quatre ans et huit mois. Elles furent si fréquentes qu'il serait impossible d'en préciser le nombre. Durant quatre mds elles ont été quotidiennes. La première apparition eut lieu près d'un four à plâtre. Voyant une belle dame tenant entre ses bras un admirable enfant, la bergère ne trouva, dans son ingénuité, que ces paroles à lui adresser : a Belle dame, que faites-vous là?... Êtesvous venue pour acheter du plâtre ? )> La dame sourit de sa simplicité et ne dit mot. Depuis il s'établit une douce intimité entre l'élève et la maîtresse. Un jour la dame lui demanda un mouton, puis une chèvre, que la bergère aimait beaucoup. « Belle dame, pour le mouton, oui, je le compterai sur mes gages...

pour la chèvre, non, elle me ferait faute, car elle me porte pour passer la rivière quand les eaux sont grosses. Vous m'en bailleriez trente écus que je ne vous la donnerais pas. »

Benoîte parlait souvent de la belle dame qu'elle voyait, mais on ne savait qu'en croire. Un beau matin sa maîtresse, sortant à la dérobée de chez elle, se glissa le long du torrent et arriva avant la bergère à la grotte, où elle se cacha sous une roche. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque à son arrivée elle entendit là une voix suave dire à la jeune fille : « Votre maîtresse est là sous la roche, » et celle-ci de répondre : « Nenni, belle dame, qui le doit mieux savoir de nous deux? Je l'ai laissée au lit en partant. » Benoîte, apercevant sa maîtresse qui pleurait, lui dit : « Vous m'avez fait dire une menterie à la dame. » « C'est bon, répondit cette femme qui jusque-là n'était pas très bonne chrétienne, j'ai tout entendu; je me corrigerai. » Elle se corrigea en effet, devint un modèle dans la paroisse.

Chacun parlait des apparitions à la bergère ; les uns y ajoutaient foi et les autres n'y croyaient pas. Un paysan, allant un jour mettre le feu à un four à plâtre qu'il avait établi sur le lieu même de l'apparition, dit par bravade : « Je m'en vais chauffer la dame de Benoîte. » Mais voilà qu'il fut impossible à ce malheureux de faire cuire son plâtre. — Une autre fois, un prêtre mondain, chassant dans le vallon de Saint-Étienne, pour plaisanter et faire l'aimable, lança ses chiens de chasse dans le bois, disant : « Allez manger la dame de Benoîte... » Peu de temps après il fut puni de son impiété par une

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grave maladie dont il ne fut guéri qu'au Laus par les prières de la sainte bergère.

Comme on faisait grand bruit des faits extraordinaires dont la jeune bergère était témoin, M. Grimaud, juge de paix de la vallée d'Avançon, voulut s'assurer des faits. Après avoir longuement interrogé Benoîte, le magistrat lui conseilla de se confesser et de communier, et puis de demander à la belle dame si elle était la très Sainte Vierge, et si elle désirait qu'on lui élevât une chapelle dans le lieu. La bergère fit tout ce que le pieux juge lui avait conseillé. Elle en reçut cette réponse : « Je suis Marie, Mère de Jésus, mon très cher Fils veut que je §ois honorée dans cette paroisse, mais non en ce lieu-ci. » Un autre jour elle lui dit : a Je veux être honorée au Laus... Allez au Laus. » Benoîte s'avance vers la colline qui portait le nom du Laus, elle erre quelque temps dans la forêt de pins lorsqu'elle rencontre une modeste chapelle en ruines dédiée à Notre- Dame de Bon Rencontre. Arrivée au seuil du petit oratoire, elle voit la divine Mère dobout sur l'autel poudreux, et entourée d'une éblouissante lumière. L'humble enfant tombe à genoux pour rendre ses hommages à la Mère de Dieu, et dans sa naïve simplicité elle lui dit : « Ma bonne Mère, agréez que je détache mon tablier pour le mettre sous vos pieds, il est tout blanc. — Non, répond la Sainte Vierge, gardez-le... Ne vous mettez pas en peine; dans peu de temps il ne manquera plus rien ici, ni linge, ni nappes, ni cierges, ni ornements. Je veux y faire bâtir une église avec une maison pour quelques prêtres résidents. J'ai destiné ce lieu pour la con-

•version des pécheurs. Vous y verrez vous-même cette grande église bâtie en l'honneur de Jésus et de Marie, oti beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront, et elle sera de la longueur et de la largeur que je veux. C'est là que vous me verrez souvent. — Mais, dit Benoîte, il n'y a point d'argent là pour bâtir. — Ne vous étonnez pas, ajouta la Sainte Vierge, quand il faudra bâtir on trouvera tout ce qui sera nécessaire, les deniers des pauvres le fourniront et il ne manquera rien. »

Pendant ces entrevues qui furent très fréquentes, Marie continuait avec une douceur et une patience de mère l'éducation de son élève. Elle lui recommandait de bien prier pour les pécheurs. La jeune fille, docile à cet ordre, a sans cesse la prière sur ses lèvres et dans son cœur. Elle prie le jour tout le temps que lui laissent libre ses occupations; elle prie en travaillant quand elle est seule. Pendant trente ans, elle récite chaque jour quinze rosaires et quinze chapelets, et cent cinquante fois les litanies de la bonne Mère. Gomment trouver le temps de faire tant de prières ? Elle le trouve la nuit ; car si depuis l'âge de dix-sept ans jusqu'à vingt-deux ans elle ne dormait que trois heures chaque nuit, depuis l'âge de vingt-deux ans jusqu'à sa vieillesse elle ne dormait que deux heures, couchée sur la dalle nue de sa chambre.

Dieu a beaucoup aimé sa pieuse et dévouée servante; aussi l'a-t-il dotée d'une intelligence qui, sans culture humaine, parvient à la connaissance de tous les devoirs qui enchaînent l'homme à son Créateur et qui l'unissent à son semblable. Un jour elle étonne

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par la lucidité et la solidité de ses réponses les grands docteurs envoyés par l'archevêque d'Embrun pour l'interroger. Avec cette puissance d'intellect, il lui est accordé une mémoire assez heureuse pour retenir aisément tout ce qu'on voudra lui apprendre. En trois leçons que lui donne la Bonne Mère, elle retient parfaitement les litanies de la Sainte Vierge. — Dieu lui a accordé la faveur de guérir les malades. Une des amies de la bergère est atteinte de la terrible maladie du mal caduc; sœur Benoîte l'en guérit en priant pour elle. Une dame de Provence est affligée de la même maladie, la pieuse bergère lui donne son humble chapeau de paille et la dame est guérie.

Benoîte ne sait pas lire dans les livres ; Dieu veut qu'elle lise clairement dans les consciences des hommes et en découvre tous les secrets. Un jour Elle voit venir trois personnes du côté de Gap ; il y avait un homme qui avait vendu sa fille à un bourgeois de Grasse, de la classe des marchands. Benoîte les attend sur la petite porte de l'église. Aussitôt qu'ils arrivent, elle les aborde et leur dévoile les honteuses pensées qui les amènent ; elle les réprimande avec force et les exhorte instamment à rentrer en eux-mêmes. — Un autre malheureux père était décidé à vendre aussi l'honneur de sa fille pour subvenir à ses besoins. Après qu'elle eut fait son possible pour le détourner d'un aussi grand péché, il s'arrêta devant cette considération : « Il faudra donc qne je meure de faim?... » N'est-ce que cela, dit Benoîte joyeuse... tenez, voilà le seul sac de blé que je possède, il est à vous; vivez et gardez votre fille.

Un jour Benoîte s'approche d'un confessionnal entouré de beaucoup de monde; elle montre au confesseur un homme dans l'assistance, qu'il faut recevoir sur-le-champ. Ainsi fut fait. Cet homme mourut en sortant du confessionnal. — Maintes fois sœur Benoîte a retiré de la Sainte Table des personnes mal disposées qui allaient faire la Sainte communion. Elle les avertissait et les envoyait faire l'aveu des péchés qu'ils avaient cachés.

S'il fallait maintenant retracer toutes les vertus de la pieuse fondatrice du Laus, que n'aurions-nous pas à dire ! Elle les a toutes pratiquées à un degré héroïque et elles ont brillé d'un éclat éblouissant. Sœur Benoîte fut toute sa vie un enfant par la simplicité; un ange, parla pureté. A sept ans l'auréole de l'aimable vertu rayonnait déjà si visiblement autour d'elle que^son père disait^gaiement : «Voilà une fille qui ne me coûtera pas beaucoup à marier. » Si son Ange qu'elle voyait si intimement et si souvent vient la visiter dès l'aube, elle lui dit : « Attendez un moment à la porte, mon petit Ange, je ne suis pas encore habillée.

La pieuse bergère fut toute sa vie un martyr par la mortification. Elle poussait l'esprit de pénitence si loin qu'un Ange était obligé de modérer son zèle en lui prenant les instruments dont elle se servait pour déchirer son corps. Elle eut les stigmates durant quinze ans, du jeudi à quatre heures au samedi à neuf heures.

Toute pétrie d'amour, sœur Benoîte tourna sans cesse son cœur vers le seul objet qu'on puisse aimer sans bornes : Dieu. Et comme on ne peut aimer

Dieu sans aimer les hommes que Dieu a tant aimés, elle aima les hommes en Dieu. Aussi ne cessa-t-ellc de prier pour eux et d'offrir ses étonnantes mortifications pour la conversion des pécheurs.

Benoîte mourut à l'âge de soixante-onze ans et trois mois, le 28 décembre 1718. Le jour de Noël elle reçut le saint viatique et l'extrême onction avec une piété admirable. Le 29, malgré la neige qui semblait rendre les chemins inaccessibles, il y eut un concours considérable de pèlerins. Benoîte fut pleurée par tout le monde. Elle a été déclarée vénérable par Pie IXj le 7 du mois de septembre 1871.

Réflexions pratiques.

Le spectacle de tant de merveilles opérées en faveur d'une humble bergère et d'une infinité de pèlerins qui ont éprou\é au Laus tant de bienfaits, ne doit-il pas nous inspirer une grande dévotion pour les pieux pèlerinages où Marie se plaît à manifester sa bonté et sa puissance ? N'est-ce pas là que nous devons aller la prier avec confiance et demander à la glorieuse Reine du Ciel de nous aider à faire heureusement le pèlerinage de la vie. Courons donc souvent nous agenouiller au pied des autels de la très Sainte Yierge pour réclamer sa puissante protection dans nos peines, nos tentations, nos besoins spirituels et temporels.

\. Ce que Marie a fait pour Benoîte. Elle en a fait 1° son enfant, elle l'appelle souvent : Ma fille; 2° son élève ; 3° son amie; 4" son ministre.

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