‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 59 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

elle la vénère , elle l'écoute ; 2° amie, elle lui est dévouée; 3° ministre, elle exécute ses ordres.

SAINT THOMAS, Archevêque de Cantorbéry ET Martyr

29 décembre.

Saint Thomas naquit à Londres, le 21 décembre 1H7, d'une famille distinguée par son ancienne noblesse et par sa piété. Son père, Gilbert Becket, étant encore jeune, s'était croisé par dévotion contre les infidèles , et avait fait le voyage de la Terre Sainte avec d'autres gentilshommes anglais. Il fut pris et fait esclave par les Sarrasins en 1114. Ses belles qualités le firent considérer particulièrement de son maître, l'un des premiers officiers de la nation, et le fit aimer de la fille unique de cet émir, qui, charmée de ce qu'elle lui avait ouï dire de notre religion, conçut le désir de se faire chrétienne. Gilbert s'étant échappé de sa prison au bout de dixhuit mois, la fille de l'émir se sauva de chez son père, quitta son pays et vint trouver Gilbert en Angleterre. L'évêque en la baptisant lui donna le nom de Mathilde ; et ayant épousé Gilbert, elle devint la mère de notre Saint. Cette pieuse femme, devenue elle-même le modèle des dames chrétiennes, inspira de bonne heure à son jeune enfant la crainte^ de Dieu et une tendre dévotion pour la très Sainte Vierge.

Le vertueux Thomas avait apporté en naissant

d'excellentes qualités qui furent cultivées par une éducation heureuse. Il avait un esprit vif et brillant, un jugement solide et une mémoire qui ne lui refusa jamais rien de tout ce qu'il lui avait confié. Son air, sa vivacité, ses manières, tout prévenait en sa faveur. Son père et sa mère étant morts, presque en même temps, notre Saint se vit à l'âge de vingt et un ans abandonné à lui-même et exposé à tous les dangers que court dans le monde la jeunesse sans expérience. Heureusement il avait été accoutumé dès ses premières années à la pratique de l'obéissance et du renoncement. Il se tint donc sur ses gardes pour ne rien faire sans conseil. Après avoir parcouru un cercle d'études aussi solides que variées, il passa en qualité de secrétaire chez un grand seigneur, qui voulut lui faire partager toutes ses parties de plaisir. Dieu lui fit la grâce de l'arracher par un accident au danger des divertissements mondains, et de lui inspirer le goût des occupations sérieuses.

Un jour, qu'il chassait au vol sur le bord d'une rivière, il se jeta à l'eau pour saisir la pièce de gibier qui y était tombée. Le courant de l'eau le porta jusqu'à un moulin, où il allait être écrasé sous la roue, lorsque, par un miracle visible, la roue s'arrêta tout d'un coup jusqu'à ce qu'on l'eût tiré de l'eau. Thomas regarda cet événement comme une grâce dont il ne perdit jamais le souvenir. Il retourna à Londres, bien résolu de mener une vie plus chrétienne.

Notre Saint, dès ce moment, s'attacha de cœur à l'archevêque de Cantorbéry, l'ami intime et le com-

patriote de son père. Le vertueux prélat lui offrit une place dans sa maison et l'employa dans les affaires temporelles de son diocèse. Plusieurs fois il l'envoya à Rome pour des négociations délicates et importantes, et il justifia toujours sa confiance par un plein succès. L'archevêque, trouvant tous les jours en lui plus de mérite, ne crut pas pouvoir rendre un plus grand service à l'Église, que de lui acquérir un si digne sujet; il l'engagea dans les ordres sacrés et le fit diacre et plus tard archidiacre de son diocèse.

Les services que cette place lui donna occasion de rendre à Henri II, lui procurèrent la 'dignité de chancelier du royaume ; et Thomas ne l'honora pas moins par la supériorité de son talent que par l'éclat de ses vertus.

Le roi voulut lui en témoigner sa satisfaction, en le nommant à l'archevêché de Cantorbéry devenu vacant. Le Saint résista longtemps, mais enfin il fallut se rendre à la volonté bien prononcée du peuple, du clergé et du monarque. Le plan de conduite qu'il se traça dès lors, effaça tout ce qu'il avait pratiqué jusque-là de plus édifiant ; Saint déjà , il voulut le devenir plus encore. Il se montra le modèle de son clergé, le père des pauvres, le gardien fidèle des règles et des droits de l'Église. Ce fut ce dernier point qui le brouilla avec le roi. Indignement persécuté, l'illustre Pontife, dépouillé de tous ses biens, prit le chemin de l'exil et vint trouver le pape Alexandre III, qui pour lors était en France. Instruit de l'état des choses, le Souverain Pontife le traita avec beaucoup de bonté, et travailla énergiquement

h la réconciliation des parties. Pendant ce temps Henri II poursuivit d'une haine implacable l'illustre prélat auprès du roi de France, auprès du Souverain Pontife et jusque dans sa modeste retraite dans l'abbaye de Pontigny. Il poussa la fureur jusqu'à . confisquer tous les biens des parents de l'évêque, de ses domestiques et de tous ceux qui avaient quelque liaison avec lui. Cependant, sur les instances du pape et du roi de France, Henri II témoigna le désir de se réconcilier avec l'archevêque. Saint Thomas, après une absence de sept ans, reprit le chemin de l'Angleterre, annonçant ouvertement qu'il allait à la mort. En effet, il survint de nouveaux incidents qui firent dire au roi, dans un moment d'humeur : « Personne n*aura donc le courage de me défaire de ce prêtre, qui me donne plus de peine que tout le reste de mes sujets. » Là-dessus, quatre de ses officiers partirent pour assassiner le prélat. Le saint archevêque était alors à l'autel. « Oii est le traître? dirent-ils en s'avançant vers lui. » Le Saint ne répondit rien. « Oii est l'archevêque ? — C'est moi, dit-il alors ; mais je ne suis point un traître. Que venez-vous faire ici? Quel est votre dessein? — Que tu meures. — Je suis prêt à mourir pour Dieu, pour la justice et pour la liberté de l'Église: mais au nom du Dieu tout-puissant, je vous défends de faire le moindre mal à aucun de mes religieux, de mes clercs ou de mon peuple. Tant que j'ai vécu j'ai pris la défense de l'Église lorsque je l'ai vue opprimée : heureux si par ma mort je puis lui rendre la paix et la liberté. » — Ayant ainsi parlé, il se mit à genoux, et dit : « Je recommande mon âme et la cause de

l'Église à Dieu, à la Sainte Vierge, aux saints Apôtres de ce lieu et aux martyrs saint Denis et saint

Éphège. »

Un des assistants lui déchargea sur la tête ungrand coup de sabre : il tomba par terre couvert de sang; deux autres le percèrent de leur épée ; le quatrièm'e lui enleva le crâne et répandit sa cervelle. Ce fut le 29 décembre de l'an H70. La nouvelle de ce meurtre abominable jeta la ville dans la plus grande consternation; tous fondaient en larmes et poussaient des cris de douleur. Le roi Henri en pleura ; il protesta de n'avoir par ordonné ce crime, et il en fit une pénitence rude et sincère; les assassins moururent tous en quelques années, pleins d'un amer repentir. Un aveugle recouvra la vue en appliquant sur ses paupières du sang encore tout chaud du martyr.

Réflexions pratiques.

Saint Thomas, archevêque de Gantorbéry, a pratiqué toutes les vertus qui font le véritable Pontife de Jésus-Christ; mais à travers tant de qualités admirables, celle qui a brillé d'un éclat tout particulier, c'est son courage intrépide à soutenir les intérêts et les droits sacrés de Jésus-Christ et de sa religion. L'orgueilleux Henri H veut faire des empiétements sacrilèges sur les droits sacrés de l'Église ; mais l'intrépide archevêque menacé, puis exilé, résiste avec une indépendance admirable à l'usurpateur impie, et il meurt victime de son devoir. Y a-t-il dans notre cœur de l'amour et du dévouement pour les intérêts de l'Église? Nous réjouissons-nous avec elle de ses triomphes, sommes -nous attristés de ses

revers et de ses persécutions? En voyant l'impiété déployer*tant d'ardeur et de zèle pour la décrier, employons-nous pour la défendre les moyens qui sont en notre pouvoir et en particulier la prière et la^sainteté de notre vie? Combien de chrétiens restent indifférents pour les grands intérêts de l'Église, ne sommes-nous pas de ce nombre? Illustre martyr, faites de nous tous de dignes héritiers de votre courage et de votre dévouement pour soutenir les intérêts de notre mère.

Plan de méditation,

■ I. Motifs de la résistance de saint Thomas à l'égard de son prince.

II. Sagesse et modération de sa conduite au milieu de la persécution qu il eut à subir.

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