SAINT FRANÇOIS DE BORGIA
10 octobre.
François de Borgia [naquit le 28 octobre 1510, à Gandie, petite ville du royaume de Valence, en Espagne. Doué d'unnaturel excellent, il fit, parles soins de ses religieux parents, de rapides progrès dans les
sciences et dans la vertu. Dès qu'il fut en état d'articuler quelques sons, sa pieuse mère lui apprit à prononcer les noms sacrés de Jésus et de Marie. A l'âge de cinq ans il connaissait les principes de la religion et paraissait déjà pénétré de la sainteté du Christianisme. Cet enfant de bénédiction se montrait doux, affable, bienveillant envers tous ceux qui vivaient avec lui.
La duchesse sa mère étant tombée dangereusement malade, François allait souvent s'enfermer dans sa chambre afin de prier pour elle, et, après de ferventes supplications qu'il mêlait de ses larmes, il prenait une sanglante discipline. Dieu ne jugea pas à propos d'exaucer ses vœux, puisque à l'âge de dix ans, il perdit l'objet de son affectueuse tendresse. Le pieux enfant n'oublia jamais les sages conseils de sa mère, et toute sa vie il en fit la règle de sa conduite.
Le jeune François acheva son éducation en grande partie auprès de son oncle maternel, Jean d'Aragon, archevêque de Saragosse. A l'âge de dix-huit ans, il aurait voulu embrasser la vie religieuse, mais le père et l'oncle, pour l'en détourner, l'envoyèrent à la cour de Charles-Quint. Là il conserva son innocence mais il perdit de sa ferveur. Ce jeune seigneur, à la fleur de l'âge, possédait toutes les qualités qui pouvaient le faire rechercher dans le monde. Une taille riche et avantageuse, un teint fleuri, des yeux vifs, un air noble et gracieux, des manières polies, un esprit fin, liant et aisé en faisaient l'homme le plus aimable. Mais ces brillants avantages l'exposaient à de grands dangers. François ne tarda pas de le reconnaître. Il se prémunit contre les périls de la cour
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par de ferventes prières, par le fréquent usage des sacrements et par une tendre dévotion envers la Sainte Vierge.
L'impératrice Isabelle charmée des belles qualités de François, résolut de lui faire épouser une de ses dames d'honneur, Éléonore de Castro, de l'une des meilleures maisons du Portugal, et qu'elle aimait comme sa fille. L'empereur consentit volontiers à ce mariage, et pour donner au jeune seigneur des marques de son estime et de son afTection, il le fit marquis de Lombay et grand écuyer de l'impératrice. Jamais mariage mieux assorti ; nul aussi plus heuheureux. Dieu le bénit en lui accordant une nombreuse postérité. Tous ses enfants firent de brillantes alliances en s'établissant dans les maisons les plus illustres d'Espagne. Encore aujourd'hui, les premières maisons de ce pays se font gloire de descendre de saint François de Borgia.
Plus l'empereur le voyait de près, plus 1 se sentait d'attrait pour lui. Il le fit bientôt son favori le plus intime. Ils étudiaient ensemble les mathématiques, surtout ce qui regarde les fortifications des villes et l'art de la guerre. C'était ordinairement ensemble qu'ils allaient à la chasse.
François fut éprouvé par deux grandes et longues maladies qui le dégoûtèrent du monde ; mais rien ne contribua plus à l'en détacher entièrement que la mort de l'impératrice, arrivée à Tolède en 1339. Il avait été choisi par l'empereur pour conduire à Grenade les dépouilles royales qu'on devait y enterrer. Arrivé dans cette ville, on ouvrit le cercueil pour que François pût jurer que c'était vraiment le corps de
l'impératrice. Mais la vue de ce visage ravagé par le travail de la mort ; l'odeur infecte qu'exhalait déjà le cadavre en dissolution le toucha si vivement que l'impression dura toute sa vie. Il passa la nuit suivante sans dormir. Prosterné dan^ sa chambre,, et les yeux baignés de larmes, il se disait à lui-même : « 0 mon âme! que puis-je chercher dans le monde? Jusques à quand poursuivrai-je une ombre vaine ? Qu'est devenue cette princesse qui nous paraissait si belle, si grande, si digne de nos respects? La mort qui a frappé de la sorte le diadème impérial est toute prête à me frapper. N'est-il pas de la sagesse de prévenir ses coups, et de mourir au monde dès à présent afin que quand elle viendra je ne vive plus qu'en Dieu ? » L'oraison funèbre de cette princesse prononcée par le père Avila acheva dans son cœur ce que l'aspect de la mort y avait commencé. Il fit vœu en ce moment d'entrer dans quelque ordre religieux s'il survivait à sa femme. Mais l'empereur, loin de consentir à sa retraite, le nomma vice-roi de Catalogne et commandeur de l'Ordre de Saint-Jacques, le plus fameux de l'Espagne. Aussitôt qu'il fut dans sa province, tout changea de face. Il purgea le pays des bandits qui l'infestaient, corrigea les abus qui s'y étaient glissés, réprima le vice, et l'on vit bientôt refleurir, avec la religion, la paix, le bon ordre et la justice. François en accomphssant les devoirs d'un gouverneur accompli ne négligeait point ceux d'un fervent chrétien. Il consacrait chaque matin quatre à cinq heures à la prière et à la méditation. Chaque jour il récitait l'office divin et le rosaire. Ses austérités étaient incroyables. Après avoir passé deux
carêmes sans autre nourritare qu'un plat de légumes et un verre d'eau qu'il prenait chaque jour, il forma le projet de jeûner de la sorte pendant toute l'année. Sur ces entrefaites il perdit son vertueux père et peu de temps après sa pieuse épouse. Cette double perte le détacha pour toujours des choses de la terre et le détermina à entrer dans la Compagnie de Jésus. Il avait alors trente-six ans. Après avoir faitson cours de théologie, il fut ordonné prêtre. Saint Ignace connaissant son talent pour la parole, l'obligea de prêcher dans différentes parties de l'Espagne, et l'établit supérieur de toutes les maisons de son Ordre dans ce royaume. Son humilité extraordinaire et ses autres vertus auxquelles sa naissance donnait un nouvel éclat, le firent respecter des grands et des petits et attirèrent les bénédictions du Ciel sur ses travaux.
Quand il offrait le Saint Sacrifice, comme quand il annonçait la divine parole, le feu sacré qui brûlait dans son cœur resplendissait sur son visage. Aussi ramenait-il un grand nombre de pécheurs à Dieu. Plusieurs, en l'entendant prêcher, fondaient en larmes, et tous, en examinant de près ses éminentes vertus et ses merveilleux exemples, en étaient touchés. Sa grande humilité lui fit refuser la pourpre romaine qui lui fut offerte plusieurs fois. Néanmoins il ne put se soustraire à la charge de général de la Compagnie de Jésus, quoiqu'il fît son possible pour ne pas l'accepter et ensuite pour s'en démettre. 11 mourut, l'an 1572, à l'âge de soixante-deux ans. Les nombreux et éclatants miracles qu'il opéra le firent canoniser par Clément X.
Réflexions pratiques.
Un cercueil ouvert, voilà le livre où François de Borgia puisa les plus éloquentes et les plus persuasives leçons du néant des grandeurs humaines. A peine eut-il contemplé en face les ravages affreux que la mort exerça sur la plus belle personne du monde, qu'il recula d'efTroi et s'écria dans sa surprise extrême : «A Dieu ne plaise que je m'attache désormais à un monde qui ne saurait plaire qu'à ceux qui le méconnaissent et que je serve à l'avenir un maître qui récompense si mal ceux qui s'attachent à lui. » Dès ce moment, pleinement convaincu de la vanité des biens de la terre, il s'en détacha pour toujours et leur dit un éternel adieu. Pourtant ce monde qu'il abandonna d'une manière si absolue lui avait longuement départi ce qu'il peut donner de plus flatteur et de plus éclatant. C'est là précisément ce qui donna de la splendeur à son mérite.
Et moi qui ai si souvent entendu parler de la vanité et delà perfidie du monde ; moi qui en ai peutêtre maintes fois fait la triste expérience, n'aurai-je jamais le courage de m'en détacher ? Oserai-je encore lui demander à hauts cris de me donner un bonheur qu'il est impuissant à me procurer ! Tournerai-je sans cesse vers lui mes pensées et mon affection ? Non, mon Dieu ? puisque la figure de ce monde passe je veux le quitter pour ne m'attacher qu'à la vertu.
Plan de méditation.
Quatre merveilles de la vie de saint François de
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Borgia : 1° innocence de sa jeunesse ; 2° sa sainteté à la Cour ; 3° son mépris des faveurs et des richesses ; 4° l'union de la vie active et contemplative.
SAINTS TARAQUE, PROBE ET ANDRONIG, Martyrs
11 octobre.
Taraque, Probe et Andronic étaient d'âge et de pays différents. Le premier, quoique né en Isaurie, était d'extraction romaine. 11 avait servi dans les armées de l'empire, mais il s'était retiré depuis, dans la crainte qu'on lui intimât quelque ordre contraire à sa conscience. Lorsqu'on l'arrêta, il était âgé de soixante-cinq ans. Probe, natif de Pamphilie, avait abandonné une fortune considérable, afin de pouvoir servir Jésus-Christ avec plus de liberté. Andronic, le plus jeune des trois était d'une des principales familles de la ville d'Éphèse. Arrêtés tous trois à Pompéipolis en Cilicie, ils furent présentés à Numérien Maxime, gouverneur de la province, lors de son arrivée dans cette ville. Le gouverneur ordonna qu'on les conduisît à Tarse où il devait bientôt se rendre. Lorsqu'il y fut arrivé, le centurion Démétrius fit paraître devant lui les trois confesseurs de la foi, en lui disant que c'étaient ceux qu'on lui avait déjà présentés à Pompéipolis, comme coupables de professer la religion impie des chrétiens, et d'avoir osé désobéir aux empereurs. — Le gouverneur
Maxime dit à Taraque, le plus âgé des trois : « Gomment vous appelez-vous? — Je suis chrétien. — Je ne vous demande pas votre profession impie, dit le juge, mais votre nom. » r^ Taraque répondit encore : « Je suis chrétien. — Qu'on lui brise les mâchoires, dit le juge, pour lui apprendre à ne pas répondre une chose pour l'autre. — Je vous ai dit mon vrai nom, répondit le martyr. Si vous voulez savoir celui que j'ai reçu de ma famille, je me nomme Taraque, et lorsque je servais dans les troupes de l'empire, on m'appelait Victor. — De quelle profession et de quel pays? reprit Maxime. » — Taraque répondit : « Je suis soldat romain, Claudiopolis, ville d'Isaurie, est le lieu de ma naissance. J'ai servi longtemps, mais parce que je suis chrétien, j'ai quitté le service. — Vous n'êtes pas digne de porter les armes, reprit Maxime, étant impie comme vous êtes. Cependant je veux savoir comment vous avez obtenu votre congé. » — Taraque répondit : « Je l'ai demandé à Publion, mon capitaine, qui me l'a accordé. )) — Maxime lui dit : — « Écoute, j'ai pitié de tes cheveux blancs, mais il faut que tu obéisses aux ordres de nos souverains, et si tu le fais de bonne grâce, tu auras sujet d'être content de moi. Viens donc, et sacrifie aux dieux, comme le font nos empereurs par toute la terre. » — Taraque répondit : « Si les empereurs sacrifient ainsi, c'est qu'ils sont trompés. » — Le juge dit : « Qu'on le frappe sur la bouche pour avoir dit que les empereurs sont trompés. » — Taraque répondit : « Je l'ai dit, je le dis encore, ils sont hommes, et ils se trompent. » — Maxime répondit : « Laissez là tous ces raisonne-
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ments, et sacrifiez aux dieux. — Je sers mon Dieu, reprit le martyr, et tous les jours je lui sacrifie, non le sang des victimes, mais un cœur pur, car Dieu n'a que faire du sang des animaux. — J'ai pitié de votre âge, reprit le juge, quittez donc votre folie, croyez-moi, je vous parle en ami, sacrifiez à nos dieux. — Malheureux, dit Maxime, est-ce qu'il y a une autre loi que celle que je te propose ? — Sans doute, reprit Taràque, c'est la loi de Dieu qui défend d'adorer du bois et des pierres. — Qu'on le frappe sur la tête, dit Maxime, pour le faire revenir de sa folie. — Cette folie est mon salut, dit Taraque, je me garderai bien de la quitter.
— Je saurai bien vous la faire quitter, reprit Maxime, tout à l'heure je saurai vous rendre sage ;*» et il le fit cruellement fouetter. — « Vous m'avez rendu sage, dit Taraque, les coups que j'ai reçus font ma force, et je me sens plus de zèle et de courage pour confesser le nom de Dieu et de son Christ.
— Misérable, dit le juge, je t'entends nommer deux dieux que tu adores, tandis que tu refuses d'adorer les nôtres à cause de leur plurahté. N'as-tu pas confessé Dieu et son Christ? — Il est vrai, dit Taraque : mais c'est que le Christ est le Fils de Dieu et Tespérance des chrétiens. C'est pour lui que nous souffrons, et par lui que nous sommes sauvés. )> Le gouverneur fit mettre Taraque dans la prison et l'on fit approcher Probe.
Celui-ci déclara qu'il était chrétien, qu'il se nommait Probe, qu'il était originaire de Thrace d'où était son père, mais qu'il était né à Side en Pamphilie. 11 ajouta que sa famille était plébéienne, mais
riche. « Votre qualité de chrétien ne vous sera pas fort utile, dit Maxime, car il faut y renoncer tout à l'heure et sacrifier aux dieux. Croyez-moi, c'est l'unique moyen de mériter la faveur de nos princes et mon amitié. — L'une et l'autre, répondit Probe, me doivent être fort indifTérentes, après que j'ai quitté de grands biens pour ne m'attacher qu'au service du Dieu vivant. »
Maxime le fit étendre sur le chevalet où on le frappa à coups de nerf de bœuf, et Maxime lui demanda s'il voulait toujours persister dans sa folie.
— « Je suis plus sage que vous, répondit Probe, puisque je ne sacrifie pas aux démons comme vous. »
— Comme on le frappait sur la poitrine, il s'écria : « Mon Dieu, secourez-moi. — Où est celui que tu appelles à ton secours? lui dit Maxime. — 11 ne m'abandonnera pas, reprit le martyr, et je compte pour rien vos supplices; plus mon corps souffre, plus mon âme reçoit de vie et de force. » — On le remit en prison et Andronic fut interrogé. 11 déclina d'abord son nom et sa famille qui était une des principales de la ville d'Éphèse. Maxime lui dit qu'il avait compassion de sa jeunesse et qu'il voulait le traiter en père ; mais Andronic répondit qu'il ne reconnaîtrait jamais pour père celui qui était enfant du démon. On le tourmenta sur le chevalet, mais il demeura inébranlable dans la foi.
Quelques jours après Maxime étant allé à Scissia, autre ville de Cilicie, on y mena les martyrs. Ils y furent encore tourmentés. Taraque fut mis sur le chevalet et frappé à coups de nerf de bœuf; on lui brisa de nouveau les mâohoires à coups de pierres ;
on le suspendit la tête en bas sur une épaisse fumée; mais il refusa constamment d'adorer les dieux. Probe et Andronic souffrirenl d'autres supplices avec la même constance, et on les remit en prison. Ils furent enfin conduits dans diverses villes pour effrayer les peuples par le spectacle de leurs tourments, et les empêcher d'embrasser la religion chrétienne. Taraque fut de nouveau interrogé et comme il ne cessa de mépriser les dieux de l'empire et de faire l'éloge du Dieu des chrétiens, on lui découpa tout le visage et surtout les lèvres et les paupières : et il dit au tyran : « Vous ne pourrez faire aucun mal à mon corps que vous ne fassiez du bien à mon âme. » — On lui enleva la peau du crâne avec un rasoir et on mit des charbons ardents sur la plaie ; le Saint se contenta de dire qu'on l'écorcherait tout entier sans pouvoir le séparer de son Dieu.
Probe fut tourmenté avec du fer rouge qu'on lui appliqua sur toutes les parties du corps et on lui perça les yeux avec des aiguilles. Andronic fut traité avec la même cruauté, mais rien ne put ébranler leur courage. Enfin Maxime les condamna à être dévorés par les bêtes féroces de l'amphithéâtre. Quand ils furent sur l'arène, on lança contre eux un ours et ensuite une lionne qui poussaient tout d'abord des rugissements affreux et venaient ensuite se coucher aux pieds des martyrs et lécher leurs plaies. Le juge en voyant cela écuma de rage et commanda aux gladiateurs de les égorger.
Réflexions pratiques.
Quand les tyrans demandaient aux saints Taraque,
Probe et Andronic de décliner leur nom, ils répondaient avec un noble orgueil : « Nous sommes chrétiens, ce seul titre renferme toutes nos autres qualités. » Quand on les mettait en demeure de choisir entre l'apostasie et la mort, ils répondaient : a Nous sommes chrétiens; un chrétien sait mourir, mais jamais apostasier. » Quand ensuite on faisait briller à leurs yeux un glaive bien affilé, une hache bien tranchante, ils répondaient encore : « Notre vie est entre vos mains, vous pouvez nous la ravir ; mais notre âme appartient à Dieu; elle lui sera fidèle jusqu'à la mort.» Voilà le langage de nos pères dans la foi! Voilà leur attitude en face des bourreaux. La vue des bûchers, l'aspect des chaudières d'huile brûlante, et toute la cruauté de leurs persécuteurs étaient impuissants à les faire apostasier. Quels moyens emploie-t-on de nos jours pour arracher les âmes à Dieu? Que fait-on pour faire des apostats ? Emploiet-on l'appareil des supplices? Fait-on briller aux yeux des fidèles des glaives étincelants? Leur montret-on des chevalets? Fait-on retentir à leurs oreilles des cris de mort ? Non, non ; on les persécute à coups de langue, à coups de phrase; aujourd'hui on aiguise un bon mot, une raillerie piquante; on emploie une fade plaisanterie; et bon nombre de chrétiens rougissent de leur titre; ils courbent ignominieusement la tête et ils deviennent apostats. Ne sommesnous pas de ce nombre? N'avons-nous jamais rougi de l'Évangile? N'avons-nous jamais craint d'imprimer à notre front le signe glorieux qui a sauvé le monde? Mon Dieu! donnez -moi le courage de braver le respect humain.
Plan de méditation.
I. Le zèle des saints martyrs Taraque, Probe et Andronic n'a rien que nous ne puissions et que nous ne devions imiter.
IL Leur martyre n'a rien qui ne puisse servir à nous instruire.
LA PENITENTE THAÏS
12 octobre.
Vers le milieu du quatrième siècle de l'ère chrétienne, vivait en Egypte une personne fort célèbre par la licence et le débordement de sa conduite ; elle se nommait Thaïs. Elle avait été élevée dans la religion chrétienne; mais les sentiments de la grâce avaient été étouffés en elle par l'amour de la volupté et par le désir d'un gain infâme. Abusant de sa beauté, de son esprit et de quelques autres qualités, elle était tombée dans un abîme de péchés, d'où il ne paraissait pas possible de la faire sortir par des moyens ordinaires. Elle était le scandale de tout le pays. Combien n'avait-elle pas causé de querelles, de jalousies et de ruines dans les familles ! Combien n'avait-elle pas vu de fois sa maison arrosée par le sang de ceux qu'attirait son extraordinaire beauté ! Mais, insensible à tout cela, elle ne songeait qu'à satisfaire la double passion qui dominait son âme. — Gomme ses désordres étaient publics, le triste état de son âme faisait couler sans cesse les larmes de
Paphnuce, anachorète de la Thébaïde. Enfin, après avoir consulté Dieu dans la prière, il résolut d'avoir recours à un pieux stratagème pour retirer cette pécheresse de ses désordres. Il quitta ses habits, et se déguisa de manière à ne pouvoir être reconnu pour ce qu'il était. Il se mit en route et vint à la maison de Thaïs. Quand il fut arrivé à sa porte il lui dit qu'il serait bien aise d'avoir un entretien particulier avec elle, mais qu'il désirait que ce fût dans un lieu solitaire où l'on fût à l'abri de tout regard. Ils se dirigent dans la campagne vers une forêt voisine. « Ici personne ne nous voit, dit Thaïs, vous pouvez me parler librement. — Non, reprit Paphnuce, allons plus loin. » Ils entrent dans les profondeurs de la forêt. « Ici nous n'avons rien à craindre, dit la pécheresse. — Allons plus loin, continua l'homme de Dieu, je sens qu'ici quelqu'un nous voit. » Ils s'avancent encore et comme Paphnuce disait toujours qu'il n'était pas encore en sûreté. Thaïs, perdant patience, lui dit enfin : « Il est certain qu'aucun regard humain ne saurait pénétrer ici; mais si vous voulez éviter l'œil de Dieu, vous ne le pourrez jamais dans quelque lieu que vous vous retiriez ! — Comment I reprend Paphnuce, vous croyez qu'il y a un Dieu? — Sans doute je le crois, répondit Thaïs étonnée ; je crois aussi qu'il existe un paradis pour les bons et un enfer réservé aux impies. — Eh ! puisque vous le croyez, reprit Paphnuce d'un ton sévère et pénétrant, comment pouvez-vous, malheureuse, mener une vie aussi criminelle sous le regard de Dieu ? Oui, Dieu vous voit et il punira vos scandales qui entraînent tant d'âmes dans l'abîme. » — Ces paroles
si simples pénètrent jusqu'au fond de son âme et lui ouvrent les yeux. Touchée et repentante, elle se jette aux pieds du Saint toute fondante en larmes et lui dit : « Mon père, imposez-moi la pénitence que vous voudrez, priez pour moi afin que Dieu daigne me faire miséricorde. Je ne vous demande que trois heures pour mettre ordre à mes affaires ; j'exécuterai ensuite ce que vous me commanderez. » Paphnuce lui indiqua le lieu de sa retraite et retourna à sa cellule.
Thaïs prend ses meubles, ses bijoux et tout ce qu'elle avait amassé par ses crimes, et en ayant fait un monceau elle y met le feu au milieu de la ville. En même temps elle crie à haute voix : « Vous tous qui avez été les complices de mes crimes, venez voir comme je brûle ce que vous m'avez donné. » Par cette action elle se proposait de réparer le scandale qu'elle avait donné, et de montrer qu'elle renonçait non seulement au péché, mais encore à tout ce qui était capable d'allumer ses passions. Elle alla ensuite trouver Paphnuce qui la conduisit dans un monastère de femme. Il la renferma dans une cellule dont il scella la porte avec du plomb, comme si ce lieu était destiné à lui servir de tombeau. Il ne lui laissa qu'une fenêtre fort étroite pour lui passer à manger, et il recommanda aux sœurs de lui porter tous les jours un peu de pain et d'eau, durant tout le reste de sa vie. Avant que Paphnuce partît, elle lui dit : «Mon père, de quelle manière dois-je prier Dieu? » Il lui répondit : « "Vous n'êtes pas digne de prononcer sont saint nom, parce que vos lèvres ont été souillées par le péché ; vous ne méritez pas non
plus d'élever vos mains vers le Ciel, parce qu'elles sont toutes remplies d'impuretés ; contentez-vous de vous tournez vers TOrient et de dire : « 0 vous qui <c m'avez créé, prenez pitié de moi ! »
Au bout de trois ans, saint Paphnuce alla trouver saint Antoine pour lui demander si Thaïs n'avait pas fait une pénitence suffisante pour être réconciliée et admise à la communion. Ils convinrent de consulter saint Paul le Simple, Dieu se plaisant à révéler ses volontés aux humbles de cœur. Ils passèrent ensemble la nuit en prière. Le matin, saint Paul dit que Dieu avait préparé une place dans le Ciel à la pénitente. Paphnuce alla donc lui ouvrir sa cellule et lui annoncer que sa pénitence était finie. Thaïs frappée des jugements de Dieu, et se jugeant indigne d'être associée à la compagnie des chastes épouses de Jésus-Christ, demandait à rester enfermée dans sa cellule jusqu'à la fin de sa vie. Mais Paphnuce ne voulut point le lui permettre. Elle protesta, que depuis trois ans qu'elle était enfermée elle avait toujours eu ses péchés devant ses yeux et qu'elle n'avait jamais cessé de les pleurer. — « C'est pour cela, lui répondît Paphnuce, que Dieu les a efTacés. » Étant sortie de sa prison, elle vécut avec les autres sœurs ; mais Dieu, satisfait de son sacrifice, la retira de ce monde quinze jours après. Dans beaucoup de pays on célèbre sa fête le 8 octobre.
Réflexions pratiques.
Dieu me regarde ! Dieu me voit ! Quel grand mot pour celui qui le comprend î Quel puissant remède contre le mal ! Quel énergique stimulant pour le
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bien ! Le Dieu tout-puissant, qui d'une seule parole a tout créé et d'un seul mot peut faire rentrer chaque chose dans le néant m'observe. En tout temps son œil clairvoyant suit toute ma personne et toutes mes démarches, en tous lieux il me voit, soit que je le serve, soit que je l'outrage ! Il faut donc que toujours et partout je me tienne dans cette parfaite réserve, dans cette décence irréprochable qui convient à une si auguste Majesté. Si le regard de ce grand Dieu fait trembler la terre, ébranle les colonnes du Ciel, saisit les anges d'une sainte frayeur, comment oserai-je sous ses yeux, me laisser aller à des légèretés coupables, à des pensées criminelles I Dieu me regarde ! Témoin de mes actions, il en sera le juge et me fera rendre compte de mes paroles trop peu mesurées, de ia licence de mes regards et de l'immodestie de mes manières. Dieu me regarde î Cette pensée a converti la coupable Thaïs. Elle nous convertira nous-mêmes. Ne la perdons jamais de vue ; elle nous animera au combat au moment de la tentation ; elle nous fortifiera dans les afflictions et nous fera acquérir de nombreux mérites chaque jour de notre vie.
Plan de méditation.
Effets que la pensée de la présence de Dieu produit en nous. Cette pensée produit sur T'âme trois impressions : l*' une impression d'humiliation et de respect ; 2° une impression de résignation et de confiance ; 3° une impression de fidélité et de crainte.
SAINT EDOUARD, Roi d'Angleterre:.
13 octobre.
Saint Edouard, roi d'Angleterre, troisième du nom, surnommé le Confesseur ou le PieuXy vint au monde en 1002. Il fut roi pour ainsi dire avant que de naître ; caries États du royaume avaient fait serment de reconnaître pour leur souverain l'enfant que sa mère portait dans son sein. Les Danois ayant fait une irruption en Angleterre, Edouard qui était encore fort jeune, fut obligé de se réfugier chez le duc de Normandie, son oncle. Ce fut là qu'il commença à donner les marques d'une piété qui se soutint durant tout le cours de sa vie; il était doux, modeste, et naturellement ennemi de la violence, tellement qu'on l'appelait l'ange de la Cour. Il disait souvent qu'il aimerait mieux être privé du royaume que de l'obtenir par l'effusion du sang.
Après la mort des tyrans qui avaient arraché à ses frères le sceptre avec la vie, Edouard fut rappelé en Angleterre, et monta sur le trône, au milieu de Tallégresse générale et au grand contentement de lanation.' Gomme l'irruption des Danois avait mis la religion et l'État dans un affreux désordre, il eut à rétablir l'un et l'autre. Il commença par réparer toutes les églises que les ennemis avaient ou pillées, ou ruinées ; il en bâtit de nouvelles ; il fonda plusieurs monastères nouveaux, et fit rendre les terres qu'on avait enlevées aux anciens. Il disait ouvertement que le moyen sûr de faire refleurir l'État, c'était d» faire refleurir la religion, et que le bien public dé-
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pendait toujours de l'état prospère de l'Église. Il s'appliqua ensuite à établir des lois pleines de sagesse qui font encore aujourd'hui partie du droit britannique. Le saint roi ne négligea rien pour téformer les abus, mettre le bon ordre partout et faire renaître la bonne foi, la piété et la justice. En méritant l'estime de ses sujets, il gagnait en même temps leur affection. Jamais roi ne fut plus aimé, mais aussi jamais prince ne mérita mieux de l'être. Le jour où on lui donna les marques les plus vives d'affection fut celui de son sacre qui eut lieu le jour de Pâques 1043. La joie fut universelle, et les vœux de toute la nation pour la conservation d'un si bon prince ne finirent plus.
Saint Edouard n'entreprit qu'une seule guerre qui eut pour objet le rétablissement de Malcolm, roi d'Ecosse ; et, l'ayant terminée par une victoire glorieuse, il s'appliqua tout entier à faire le bonheur de son peuple.
Les Anglais, heureux sous un si bon roi, désiraient vivement le voir marié, afin d'assurer ^u trône un successeur qui, formé par lui, fît revivre ses vertus. Les grands et le peuple se réunirent pour lui faire connaître le plus ardent de leurs vœux. Edouard ne put résister à leurs instances réunies. Il épousa la fille du plus puissant seigneur de son royaume. Cette princesse, appelée Edith, joignait à la plus éminente vertu tous les avantages du corps et de l'esprit. Le mariage fut célébré avec autant de joie que de magnificence. Les deux saints époux s'engagèrent réciproquement à conserver, au milieu de la Cour, et dans le mariage, la virginité, cette fleur dé- IV. 4
licate, qui se fane quelquefois jusque dans la solitude, et même au désert. Ils ne cessèrent de donner le bon exemple à toute la Cour et de pratiquer toutes les vertus chrétiennes qui font les bons rois. Ses courtisans ne pouvaient être témoins de son attitude, de son respect, de sa dévotion, de sa modestie devant le Saint-Sacrement sans en être vivement touchés. Un cœur si pur ne pouvait pas manquer de recevoir de Dieu quelque insigne faveur. Assistant un jour à la messe, il aperçut dans l'hostie, au moment de l'Élévation, Jésus-Christ sous une forme humaine. — Doué du don de prophétie, il connut, en entendant la messe le jour de la Pentecôte, la mort du roi de Danemark avec la perte entière de son armée navale qui était partie pour venir faire une descente en Angleterre. Il en informa les grands de sa Cour après les saints offices ; et l'événement fut confirmé.
Le Saint avait une tendre charité pour les pauvres ; et on raconte qu'ayant un jour rencontré un malheureux paralytique qui voulait se traîner à l'église, le saint roi le chargea lui-même sur ses épaules et le porta au pied des autels. Un acte de charité si héroïque fut sur l'heure même récompensé. Le paralytique se trouva subitement guéri et publia lui-môme partout le miracle visible que le saint monarque voulait cacher.
Saint Edouard avait une dévotion particulière à saint Jean l'Évangéliste, qu'il regardait oomme le protecteur des vierges. Son amour pour ce grand Apôtre l'avait porté à s'engager à ne jamais refuser l'aumône à celui qui la lui demanderait en son nom. Saint Jean lui apparut sous la forme d'un pauvre qui
lui tendait la main, et le roi se trouvant sans argent, tira son anneau du doigt et le donna au pauvre. Peu de jours après le saint Apôtre chargea deux pèlerins anglais de rapporter cet anneau au saint roi et de lui déclarer de sa part qu'il n'avait plus que six mois à vivre. Saint Edouard reçut avec une joie bien sensible cette nouvelle. 11 redoubla de ferveur et de piété dans ses saints exercices et en 1066, le jour même de la fête de son protecteur, après une courte maladie, il rendit son âme innocente à son Créateur au milieu des pleurs de toute l'Angleterre. Quarante-six ans après sa mort on trouva son corps intact. Un homme perclus de ses membres, fut guéri en priant sur son tombeau ; six aveugles recouvrèrent la vue de la même manière.
Réflexions pratiques,
La sainteté est toujours respectable ; elle se fait admirer partout; mais elle ne brille nulle part avec plus d'éclat que sur le trône. Un roi qui la possède est un précieux trésor pour le peuple qu'il gouverne, et il fait indubitablement le bonheur de ses sujets. Mais sa vertu ne sera-t-elle point la condamnation de la plupart de ses subordonnés ? Un saint Edouard menant une vie innocente et pure au milieu des délices de la Cour ; un prince pieux à la fleur de l'âge, humble au faîte des honneurs, mortifié sous la pourpre, religieux jusque sur le trône, vierge même dans l'état du mariage, saint enfin dans la plus florissante prospérité, ne condamne-t-il pas les âmes lâches, et les cœurs dissolus qui se laissent entraîner du courant de toutes les séductions? Quelles excuses
allégueront-elles au tribunal du souverain Juge quand on leur reprochera le sot orgueil qui les dominait au moment où elles avaient tant de motifs de s'humilier ! Gomment se justifieront-elles de leur luxe effréné au sein de la médiocrité et de leur licence de mœurs dans toute leur conduite? Aurontelles bonne grâce de se retrancher derrière les dangers et les scandales de la vie ? Eh quoi ! saint Edouard sur le trône, au sein des grandeurs a triomphé de toutes les séductions et un père de famille ne pourra se sanctifier dans sa condition ? Un cultivateur dans son état? un artisan dans son travail ? un marchand dans son commerce? Un religieux dans son cloître? une jeune fille dans sa famille? un jeune homme dans le monde? Mon Dieu ! que d'illusions nous nous faisons dans les prétendues difficultés qui se rencontrent dans votre service 1
Plan de méditation.
Dieu a donné à saint Edouard : 1° un cœur véritablement royal ; 2'' un cœur parfaitement chrétien.
SAINT CALIXTE, Pape et Martyr
14 octobre»
Saint Calixte, Romain de naissance, descendait d'une ancienne famille patricienne. Tout ce qu'on sait de sa vie avant son élévation sur la chaire de saint Pierre, c'est qu'il était du clergé de Rome et
qu'il y était distingué par sa haute érudition, par sa charité et par son zèle. Après la mort de saint Zéphirin, martyrisé le 26 août de l'an 218, il fut élu pape d'une voix unanime. L'Église ne fut troublée par aucune persécution sous son pontificat. Héliogabale, successeur de l'empereur Sévère, était trop occupé de ses infâmes débauches pour songer à tourmenter les chrétiens. Quant à Alexandre, dont la mère était chrétienne, il fut un des meilleurs princes qui aient gouverné lempire romain. Il se conduisait d'après ces deux maximes qu'il avait empruntées des chrétiens : « Faites à tous les hommes ce que vous voulez que les autres vous fassent; les emplois doivent être donnés aux plus dignes. »
Calixte profita de ce repos pour fortifier l'Église et réparer les malheurs des persécutions. Sa sollicitude pastorale, soutenue par l'éciat de sa sainteté, lui fit pourvoir à tous les besoins. La foi fut ranimée par ses fréquentes exhortations et la charité excitée par ses exemples. La discipline reprit son ancienne vigueur, et de nouvelles conquêtes augmentèrent le bercail du divin pasteur. Il fit bâtir dans Rome une église en l'honneur de la Sainte Vierge et plus tard construire le célèbre cimetière qui porte son nom et où des milliers de martyrs reçurent la sépulture chrétienne. Il ordonna que le jeune des Quatre- Temps, qui était de tradition apostolique, serait universel.
Quelque grande que fût la paix de l'Église sous un si bon empereur, elle eut cependant ses martyrs, victimes de la haine, de l'impiété, de la malignité des magistrats et du peuple païen, pendant l'absence
gg UN MODÈLE
de l'empereur : Calixte lui-même fot du nombre. Et voici ce qui donna lieu à cette persécution qui fit couler beaucoup de sang et qui fit tant d'honneur à rÉglise. L'an 224, la foudre tomba sur une partie du Capitolê, brûla une partie de ce superbe édifice.. En même temps la main gauche de la statue d'or de Jupiter, s'étant détachée d'elle-même, fut fondue dans l'incendie. Les idolâtres ne manquèrent pas de conclure que les dieux étaient irrités et qu'il fallait les apaiser par de nouveaux sacrifices. Le jeudi suivant fut choisi pour cet acte public de religion ; mais la fête fut changée en deuil. Tandis qu'on immolait des victimes aux faux dieux, il s'éleva tout à coup une si furieuse tempête, que quatre prêtres des idoles furent écrasés et consumés par la foudre et l'autel de Jupiter réduit en cendres. Dès lors les païens ne doutèrent plus que ces malheurs ne provinssent des enchantements des chrétiens et que par conséquent il fallait les contraindre de sacrifier aux dieux ou les faire mourir. Un noble romain, nommé Palmace, animé d'un zèle qui allait jusqu'à la fureur, prend un détachement de soldats -t les conduit dans un lipu où les chrétiens étaient assemblés. Mais par une permission divine ils perdent tous la vue et sont saisis de frayeur. On ne manque pas d'attribuer encore ce miracle à l'art magique des chrétiens. On court au Capitolê offrir un sacrifice à Mercure. Au milieu de cette sacrilège cérémonie, une prêtresse nommée Julienne, possédée de la fureur du démon, se met à crier : « Le Dieu des chrétiens est le vrai Dieu ! )> — Cet aven frappa si fort Palmace, qu'il alla se jeter aux pieds du pontife, confessant haute-
POUR CHAQUE JOUR DE l' ANNÉE 67
ment Jésus-Christ et demandant le baptême. Il fut instruit et baptisé avec sa famille entière, composée de quarante-deux personnes. Le sénateur Simplice, son ami, l'imita, et il reçut aussi le baptême avec soixante-huit des siens. Palmace, plein de ferveur, promet à un autre ami la guérison de sa femme malade s'il veut croire; il croit et elle est guérie. Ces merveilles, ces conversions firent grand bruit. Les prêtres des idoles ameutèrent le peuple ; une sédition s'éleva. Le gouverneur de Rome fit saisir les convertis avec le prêtre Galépode, et sans aucune forme de procès, leur fit couper la tête pour apaiser la fureur des païens. Il donna aussi des ordres pour rechercher le pape Calixte et, comme il fut trouvé, on le chargea de chaînes et on le jeta dans une obscure prison, où il passa cinq jours entiers sans aucune espèce de nourriture. Le lendemain, après avoir baptisé un soldat nommé Privât, qu'il guérit subitement de plusieurs ulcères, il fut saisi par le peuple, traîné dans les rues de la ville et précipité dans un puits. C'était le 14 octobre 222.
Réflexions pratiques.
Jésus-Christ nous recommande de confesser notre foi au risque^de tout perdre ici-bas, même la vie. A ce prix seul, le divin Maître daigne nous reconnaître et nous accueillir comme ses serviteurs dans le royaume de son Père. Saint Calixte a été un de ces grands défenseurs de la foi. Ce courageux pontife, arrêté comme chef de l'Église et jeté en prison a souffert avec une fermeté héroïque la faim, la flagellation et toutes sortes de supplices. Quel exemple de
générosité dans cet illustre martyr 1 Mais aussi, quelle honte pour ces lâches chrétiens, à qui Dieu demande, non pas l'effusion de leur sang, non pas le sacrifice de leur vie, mais la résistance à une tentation, l'éloignement d'une mauvaise compagnie, la rupture des liens coupables, l'accomplissement d'un devoir, la privation de la lecture d'un mauvais livre. Et ils n'ont pas le courage de s'imposer ce sacrifice. Quelle faihlesse I Et ils se flattent d'être chrétiens, ils font les fiers, ils font les braves; ils parlent de leur courage, et en réalité ils ne sont que des lâches. Ne trouvent-ils pas en nous de trop fidèles imitateurs?
Plan de méditation,