IV
queur du tyran Maxence, s'était hautement déclaré pour la religion chrétienne. Malgré cela, quelques magistrats païens, autorisés par certaines lois anciennes, ne laii saienl pas de persécuter les chrétiens. Pendant ce temps la Providence permit que l'empereur fut couvert de lèpre. Ayant consulté les médecins les plus habiles de l'empire, ceux-ci, qui étaient païens, lui conseillèrent de prendre un bain dans le sang de jeunes enfants, comme le remède le plus efficace. Désireux de guérir, le prince consentait à prendre ce bain sanguinaire. Déjà les bourreaux avaient amené des diverses provinces trois mille nouveau-nés, lorsque les mères, folles de douleur et de désespoir, supplièrent l'empereur d'avoir pitié d'elles et d'épargner leurs enfants. Constantin touché de tant de larmes contremanda le sacrifice. La nuit de ce même jour il vit en songe deux vieillards vénérables qui, s'approchant de lui, lui dirent d'envoyer chercher le Pontife des chrétiens, nommé Sylvestre, qui s'était retiré sur le mont Soracte, l'assurant qu'il le plongerait dans un bain plus salutaire que celui que proposaient les médecins païens, et que la lèpre du corps serait guérie aussi bien que celle de l'âme. Constantin, s'étant éveillé, appela ses officiers et leur ordonna de lui amener le pontife des chrétiens, nommé Sylvestre, qu'ils trouveraient sur le mont Soracte.
Lorsque le saint pontife parut devant lui, l'empereur, après l'avoir accueilli avec beaucoup d'honneur et de bienveillance, lui raconta la vision qu'il avait eue. « Prince, lui dit Sylvestre, cette vision vient de Dieu. Les deux vieillards que vous avez vus
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sont les deux Apôtres Pierre et Paul, les deux colonnes de l'Église. Vous les reconnaîtrez aisément à leurs portraits que je vais vous montrer. » En effet, Constantin ayant vu les portraits des Apôtres Pierre et Paul, les reconnut sans peine. Il se fit alors un grand changement dans l'âme de ce prince ; il voulut être instruit des mystères de notre religion et se fît admettre au rang des catéchumènes. La sainte impatience qu'il témoigna d'être chrétien obligea saint Sylvestre d'abréger le temps des épreuves. Constantin fut solennellement baptisé par le Saint, et à peine fut-il plongé dans les eaux du baptême que la lèpre disparut et en même temps son âme fut purifiée de toute souillure.
Dès ce jour l'empereur regarda Sylvestre comme son père ; il cassa les édits des empereurs païens contre les chrétiens et en fit de nouveaux en leur faveur. La première année de son avènement au trône pontifical, le vertueux pape envoya quatre légats pour tenir sa place au concile d'Arles, où l'on condamna l'hérésie des Donatistes. Les erreurs d'Arius sur la divinité de Jésus-Christ devinrent pour Sylvestre une nouvelle source d'inquiétudes. Il fît assembler à Nicée le premier concile général pour condamner l'hérésiarque.
Un jour qu'il montrait aux païens combien ils s'égaraient en adorant des idoles de pierre et de bois, ils lui dirent : « Donnez-nous un signe de la puissance de votre Dieu, et nous croirons en lui. — Rien n'est impossible au Dieu que je vous annonce,, répondit le pontife. Il vous accordera le signe que vous demandez, mais vous ne croirez pas encore
tous en lui. » Il y avait au pied du mont Gapitolin une grotte profonde dans laquelle habitait un horrible dragon. La superstition païenne en avait fait un dieu. Le monstre avait ses prêtres et ses vierges qui lui offraient, au milieu d'affreuses orgies, le pain et les viandes délicates que lui apportaient les Romains. Pour récompenser ses adorateurs, le dieu rassasié se traînait lourdement jusqu'à l'entrée de son repaire, ouvrait sa large gueule et soufflait sur la campagne un air impur qui répandait partout la mort.
Sylvestre promit de délivrer la contrée de ce fléau par la puissance de Jésus-Christ. Il ordonna en conséquence des prières et un jeûne de trois jours. Pendant ce temps il eut une vision du prince des Apôtres ; « Prends, lui dit saint Pierre, deux prêtres avec toi, descends près du monstre, passe un lien autour de sa gueule que tu scelleras par le signe de la croix, et la bouche restera fermée jusqu'au terrible jour du jugement. Le lendemain Sylvestre exécute fidèlement les ordres reçus d'en haut. Le monstre a beau faire retentir son repaire de ses sifflements, malgré sa rage, le fil que le signe de la croix avait rendu plus fort que l'airain, ferma à tout jamais sa gueule, depuis impuissante à nuire. On cria au prodige, et la plupart des témoins embrassèrent la religion chrétienne; mais, comme l'avait prédit saint Sylvestre, tous ne se convertirent pas.
Après avoir gouverné l'Église, avec une admirable sagesse, pendant vingt-deux ans, usé de travaux et surchargé de vertus et de mérites, il alla recevoir dans le Ciel l'éternelle récompense qu'il avait si bien méritée. C'était l'an 335.
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Réflexions pratiques.
Parmi les Papes qui ont illustré la chaire de saint Pierre, saint Sylvestre tient sans contredit un rang distingué, soit parce que son règne a été des plus longs, soit surtout parce qu'il a lutté avec autant de bravoure que d'avantages contre les ennemis de l'Église. Les trois monstres furieux qui ont sévi avec le plus de fureur contre l'Église dans les premiers siècles de son existence sont : l'idolâtrie, la persécution et l'hérésie. Or, ce grand Pape a combattu ce triple fléau avec un courage que rien n'a pu ébranler. Il s'est fortement élevé contre le paganisme, soutenu et favorisé par la force des préjugés et des passions, par la protection des empereurs et des grands de ce monde. A sa voix puissante, les divinités du paga nisme ont été ébranlées, et le christianisme a fait des progrès étonnants.
Il a bravé la haine et la fureur des persécutions, et son zèle s'est puissamment aidé à arborer la croix sur les palais des Césars. Mais c'e^î; surtout contre les hérétiques et les schismatiques que le saint Pape déploya toute la puissance de son zèle apostolique et de son infatigable activité. Il a fait condamner les Donatistes et les Ariens dans les deux conciles d'Arles et de Nicée.
Nous aussi nous devons combattre contre les ennemis de l'Église qui sont nos propres ennemis ; et les armes que nous devons employer contre eux sont celles de la prière et de nos bonnes œuvres. Outre ces ennemis communs, nous en avons de personnels qui veulent nous empêcher de faire le salut de
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notre âme. Ce sont : le démon, le monde et la concupiscence. En bons et vaillants soldats de Jésus- Christ, sachons lutter avec courage contre ces tyrans. Nous sommes assurés du triomphe si, avec la bonne volonté nous recourons à la vigilance, à la prière et aux sacrements.
Plan de méditation^
I. Luttes glorieuses de saint Sylvestre contre : 1° le paganisme ; 2° le judaïsme.