II. Martyre des chrétiens
SAINTE THÉRÈSE, Vierge, Fondatrice DES Carmélites déchaussées
15 octobre.
Sainte Thérèse, la merveille de son siècle et encore aujourd'hui l'admiration du monde chrétien, naquit à Avila, ville du royaume de Gastille, en Espagne, au mois de mars 1515. Son père et sa mère, aussi distingués par leurs vertus que par leur noblesse, élevèrent leurs nombreux enfants dans les sentiments de la plus tendre piété. Thérèse, en qui ils remarquaient un esprit vif et brillant, un caractère bon, généreux, affable et des inclinations très
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prononcées pour la vertu, fut l'objet de leurs soins tout particuliers. Alphonse, son père, faisait tous les jours la lecture de la vie des saints dans sa famille. La petite Thérèse y prit un goût extraordinaire. Elle lisait souvent en particulier, avec un de ses frères qu'elle aimait beaucoup, ces vies édifiantes, et surtout celle des martyrs qui avaient donné leur sang pour Jésus-Christ. Ces lectures enflammèrent tellement leur cœur du désir du martyre qu'ils s'échappent un jour de la maison paternelle afin de passer en Afrique, chez les Maures, et donner leur vie pour Jésus-Christ et le salut des âmes. Ils priaient Dieu, chemin faisant, de les pénétrer de son saint amour et d'agréer leur sacrifice quand ils furent rencontrés par un de leurs oncles qui les ramena à leur mère, déjà fort alarmée de leur évasion. Ce qui les frappait davantage et les portait à prendre une telle résolution, c'était la crainte de se perdre pour une éternité, en vivant plus longtemps sur la terre. Quoi, être toujours séparé de Dieu ! « Quoi, t'^ujours brûler dans les enfers, disait Thérèse à son frère! Qui peut soutenir une telle pensée? » Voyant qu'il leur était impossible d'arriver au martyre, les deux saints enfants résolurent de vivre en ermites. Ils élevèrent dans cette intention, comme ils purent, de petites cellules avec des branches d'arbres, dans le jardin de leur père, et ils s'y retiraient souvent pour prier. Ce n'étaient là que des actions d'enfants, mais elles marquaient la disposition de leur cœur.
Thérèse n'avait que douze ans lorsqu'elle perdit sa mère. Appréciant la portée de ce malheur, elle se jeta toute en larmes devant une image de la Vierge
Marie pour la conjurer de lui servir de mère. Cette action, faite avec simplicité, eut plus de valeur que la pauvre orpheline ne croyait lui en donner, car elle reconnut dans la suite que sa prière avait été entendue. Mais ces sentiments de piété furent bientôt effacés par des lectures dangereuses. Étant moins surveillée, elle fut moins attentive à ne lire que ce qui pouvait l'édifier, et ayant trouvé des romans dans sa propre maison, elle les lut à l'insu de son père, et y apprit tout ce qu'on a coutume d'y apprendre : l'amour de la vanité et la passion de briller, le désir d'être aimée. Une liaison qu'elle fît à l'âge de quatorze ans avec une de ses parentes, d'un esprit volage et mondain, fit croître les semences de mort que la lecture des romans avait jetées dans son cœur. Thérèse auparavant simple dans ses manières, très pure dans ses mœurs, devint comme les autres filles de son âge, dissipée, n'aimant plus que soi et le plaisir; ce dérangement serait allé plus loin si son père, qui s'en aperçut, ne l'eût mise en pension dans un couvent des Augustines. Elle y resta un an et demi, et y profita beaucoup des conversations et des exemples d'une sainte religieuse, qui la firent rentrer en elle-même. Elle résolut de quitter le monde pour s'engager dans la vie religieuse. De retour chez son père elle lui fit part de son dessein. Ce ne fut qu'après de nombreuses sollicitations et d'abondantes larmes qu'elle obtint son consentement. Victorieuse dans ce combat, elle entra avec un courage héroïque dans le couvent des Carmélites d'Avila, où elle avait une amie digne de toute sa confiance. Thérèse avait alors un peu plus
de vingt ans. Elle ne tarda pas d'y prendre l'habit de religion. En ce moment solennel Dieu inonda l'âme de sa pieuse servante de célestes délices. Les pratiques les plus difficiles de la vertu ne lui coûtaient rien, les fonctions les plus pénibles et les plus basses de la maison étaient pleines d'attraits pour elle. Gilices, haires, disciplines, jeûnes presque continuels, rien ne pouvait rassasier son âme. Ces mortifications altérèrent sa santé naturellement fort délicate. Il lui prit des maux de cœur si violents, des vomissements si fâcheux et des défaillances si fréquentes qu'on craignit pour sa vie. Son père, vivement inquiet, n'épargna rien pour la soulager. Après l'avoir fait sortir du couvent il consulta les médecins les plus habiles qui firent l'essai de quelques remèdes. Les médicaments la rendirent encore plus malade qu'elle n'était. Le jour de l'Assomption elle tomba dans un évanouissement si profond que pendant quatre jours on la crut morte. S'étant réveillée de cette profonde léthargie, elle s'adressa à saint Joseph, pour qui elle eut toujours une dévotion particulière, et elle n'attribua sa guérison qu'à l'intercession de ce grand Saint.
Mais, ô mystère de l'inconstance et de la fragilité humaine, Thérèse guérie miraculeusement, Thérèse élevée à un don de contemplation très sublime^ Thérèse inondée des faveurs de Dieu, tomba dans le relâchement. Les conversations trop fréquentes avec les personnes qui étaient venues la visiter pendant sa maladie lui causèrent une dissipation qui la fît relâcher de sa première ferveur ; elle y fut rappelée par la lecture des Confessions de saint Augustin, et
par une vision des tourments de l'enfer dont elle ne perdit jamais le souvenir, par la vue d'un tableau représentant la flagellation de Notre-Seigneur et par la mort de son père, qui termina sa vie dans les sentiments d'une éminente piété. Dès lors, fortifiée d'une nouvelle grâce, elle résolut de se donner, à Dieu sans réserve. Le Seigneur lui communiqua des grâces si abondantes, qu'elle s'affermit pour toujours dans les voies de la perfection, et y fit des progrès étonnants.
Les consolations divines faisaient augmenter chaque jour dans l'âme de Thérèse les brûlants désirs du Ciel. Mais comprenant le grand rôle que joue la douleur en ce monde pour nous rapprocher de Dieu et nous assimiler à Jésus-Christ, elle aspirait sans cesse à la souffrance ; c'est ce qui lui faisait répéter souvent du fond de son cœur : ou souffrir ou mourir. — Quoique d'une santé très mauvaise elle ne se dispensait point du jeûne de huit mois par année, ni des autres mortifications que prescrivait la règle. Elle obéissait à ses supérieurs avec une admirable simplicité. Dans ses rapports avec le prochain, aucun jour ne s'écoula dans sa vie sans qu'elle ne lui rendît quelque office de charité.
Le Seigneur qui l'avait choisie pour son épouse bien-aimée, permit, pour épurer de plus en plus son cœur, qu'elle eût à souffrir encore une rude épreuve. Plusieurs de ses confesseurs, peu habiles dans les voies intérieures, traitaient dillusion toutes les faveurs que Dieu lui accordait et condamnaient sa manière d'oraison. La crainte de donner dans l'illusion lui faisait souffrir le martyre. Heureuse-
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ment le père Balthazar Alvarez, de la Compagnie de Jésus, la rassura sur son état et la conduisit à la plus haute perfection.
Thérèse, voyant le relâchement où était tombé son Ordre, conçut le projet de le réformer. Pour cela elle eut à combattre les plus grandes difficultés ; au dehors, comme au dedans du couvent, il se trouva de nombreux opposants. On la traitait de visionnaire, d'extravagante et de possédée, mais la patience, la douceur et le zèle, joints à la grâce de Dieu, la firent triompher de tous les obstacles. Elle eut la consolation de voir le premier monastère de la réforme fondé dans Avila, sous le nom de Saint-Joseph, en l'an 1562. — Le nouvel institut s'accrut si rapidement que, sur la fin de la vie de la réformatrice, on comptait seize couvents de Carmélites. Elle eut la consolation de voir ses nombreux établissements approuvés par l'Église, et ses efforts couronnés par la vénération et la confiance des fidèles. Thérèse mit pour fondement de sa règle l'exercice de l'oraison et la mortification des sens. Elle établit la clôture la plus exacte, ferma les parloirs, défendit les entretiens du dehors, rendit les conversations du dedans courtes et fort rares.
Saint Jean de la Croix entreprit en même temps la réforme des religieux du même ordre, sous la direction de sainte Thérèse, qui employa les vingt dernières années de sa vie à étendre ces deux réformes par la fondation d'un grand nombre de couvents.
Les visions les plus consolantes étaient ordinaires à Thérèse. Un jour elle entendit une voix qui lui
disait ; « Ma fille, je t'ai donné mon Fils et le Saint- Esprit pour époux et la Vierge ma fille bien-aimée pour mère; que peux-tu me donner pour une telle faveur? » Elle vit un jour un Séraphin qui, avec un dard de feu, lui perçait le cœur. Cet acte l'embrasa d'un nouvel amour pour Dieu. — La charité qui consumait son âme pour l'Eucharistie est inexprimable. Elle ne craignait pas de dire qu'elle eût bravé les foudres, les tempêtes et les orages pour s'approcher du banquet divin. Au moment de la communion, sa foi était si vive, son amour si ardent, que ses cheveux se dressaient sur sa tête et son visage s'enflammait. La sainte hostie se détacha un jour des doigts de l'évêque d'Avila et s'envola dans sa bouche pour apaiser son désir ardent de s'unir à l'Époux céleste. Cette illustre amante du Sauveur, traversant un jour le monastère, rencontra un petit enfant sur son passage ; étonnée, elle lui demanda comment il avait pénétré; et comme il gardait le silence, la Sainte pensa qu'il était parent de quelque religieuse et lui demanda son nom. A cette question il répondit : « Dites-moi d'abord le vôtre, afin que vous sachiez le mien. — Bien, reprit la Sainte, je m'appelle Thérèse de Jésus. — Et moi je suis le Jésus de Thérèse, et il disparut. » Elle mourut le 4 octobre 1582, âgée de plus de soixante-sept ans. Ses écrits sont remarquables.
Qui pourrait exprimer la tendre et affectueuse dévotion de sainte Thérèse pour le mystère d'un Dieu souffrant et donnant sa viej'pour sauver les
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pécheurs ! Elle en parle sans cesse avec d'amoureux transports, elle s'en occupe continuellement avec délices. Pour être semblable à son chaste Époux qui • a tant souffert, elle veut absolument souffrir avec lui. Son unique désir est de le suivre au Calvaire à travers les plus rudes épreuves, de supporter comme lui les calomnies, les mépris; sa seule ambition est de marcher dans la voie douloureuse et de vivre sur la croix où vint mourir son divin Maître. Aussi entendez-la : 0 mon divin Époux, ou souffrir, ou mourir, La souffrance ou la mort. Dieu seul sait ce qu'elle a enduré. — Sainte Thérèse cherche la croix, et nous, les disciples d'un Dieu crucifié, nous la fuyons ! La pieuse réformatrice du Carmel ne veut vivre que pour souffrir, et nous ne voudrions vivre que pour jouir! —Quelle confusion pour nous d'avoir des sentiments si peu conformes à ceux de sainte Thérèse. Humilions-nous à la vue de notre horreur pour la souffrance.
Plan de méditation.
I. Sainte Thérèse a cherché Dieu sans réserve et sans partage.