LA SCIENCE AU SERVICE DE DIEU CHEZ LES MAURISTES
ment de viande, usant rarement de poisson, vivant surtout de fruits et de légumes, ne renonçant à aucun jeûne, ne portant point de linge, revêtant sous ses habits un ciliée, réduisant ses heures de sommeil au minimum pour faire plus grande la part de la lecture et de la prière.
Après sa profession, placé comme prieur à la tête d*abord de la Daurade à Toulouse, puis de Nouaillé, il avait été élevé au généralat de la Congrégation par le Chapitre de Vendôme, en avril i636. Le nouveau général tint ses doubles promesses, ses promesses religieuses et ses promesses intellectuelles, les secondes encloses dans les premières, inséparables comme le recto et le verso des feuillets d'un livre.
Visitait-il un monastère — et il considérait comme un devoir de visiter tous ses monastères à l'aurore de la réforme pour en connaître tous les hôtes — , il se comportait saintement au cours de ces visites. Malgré ses nombreuses et absorbantes occupations, il assistait à l'office divin, de nuit comme de jour, participant à tous les exercices de la régularité. Mais en même temps n'échappaient à ses yeux ni les livres, ni les manuscrits. Il s'enquérait de la vie intellectuelle d'un chacun, demandait ce qu'il faisait entre les cérémonies quand s'étaient tus les psaumes et qu'avait cessé la prière. Il aimait à se rendre compte des connaissances acquises et des aptitudes naturelles de chaque moine et le conseillait, le dirigeait quant au parti à en tirer pour Dieu et pour la Sainte Église, car on ne peut toujours ni chanter ni prier, et le travail manuel, s'il occupe les mains, laisse l'esprit abandonné à lui-même. Ainsi naquirent, se précisèrent et se développèrent les directives qui devaient former les Constitutions des Bénédictins de Saint-Maur.
Le moine bénédictin, sans que sa vie spirituelle ait à souffrir de cette acquisition, doit acquérir une haute culture latine. Cette culture consiste d'abord dans la connaissance de la langue. Le latin est la langue universelle de l'Église.
lO DOM JEAN MABILLON
Il est en même temps la langue universelle de la science laïque. C'est en latin que se font, d'une extrémité à l'autre de l'Europe, tous les échanges de pensée et que s'écrivent tous les livres. Il est l'organe de la théologie, de la philosophie, de l'histoire, des Sciences et des Lettres. Gomment sans lui lirait-on par exemple saint Augustin en ne se plaçant qu'au seul point de vue religieux? Le grec et même l'hébreu s'y ajouteront, sinon pour tous, du moins pour certains, car le grec est la clef des Évangiles, des Pères de l'Église, et l'hébreu la clef des Saintes Écritures. La théologie et la philosophie sont par leur nature inséparables. Le droit canonique ne peut non plus être négligé.
Ce que le pain est au corps, le livre l'est à l'esprit, et les esprits sont exposés à périr d'inanition quand il n'y a point au monastère une bibliothèque en état de satisfaire leurs besoins essentiels. Au budget de chaque établissement sera toujours inscrit un crédit raisonnable, sous cette réserve qu'il sera employé d'une façon judicieuse à l'achat d'ouvrages non de pure curiosité, mais d'une véritable utilité. Un catalogue adressé au Prieur de chaque maison lui permettra d'opérer des choix irréprochables en lui servant de guide. Et, pour donner l'exemple, la bibliothèque de Saint-Germain des Prés s'enrichira chaque année. En une seule fois, Dom Tarrisse y introduira 900 volumes pour une somme considérable à l'époque.
Le passé de chaque monastère est un trésor à la fois pour le monastère lui-même et pour la Congrégation à laquelle appartient ce passé. C'est une faute lourde, un acte criminel de la part des Supérieurs de ne pas surveiller les archives et de laisser se détériorer dans les chartriers des documents importants. Et, pour que rien ne soit ignoré du Généralat, un religieux de Saint-Faron deMeaux est envoyé avec mission d'inspecter dans la France entière toutes les archives et toutes les bibliothèques monastiques. De son inspection, il