LA SCIENCE AU SERVICE DE DIEU CHEZ LES MAURISTES
tes ont eux-mêmes plus ou moins contribué à favoriser ce jugement. Ils n'ont cessé, en effet, de se laïciser progressivement dans leurs travaux, et la laïcisation de leurs travaux a entraîné chez plus d'un une laïcisation parallèle, continue et parfois à peu près complète de leur esprit. Au lieu de rester soumis à la règle et de vivre dans la dépendance de leurs chefs, ils s'affranchiront de cette règle et n'obéiront pas toujours à leurs supérieurs. L'État se substituera à l'Église. Ils deviendront de véritables fonctionnaires de Sa Majesté, seront gagés par les États provinciaux et souvent même rétribués par des particuliers pour le classement des chartriers et l'établissement des généalogies. On en verra plus d'un, à ses heures de loisir, lire VEncyclopédie à la place des Saintes Écritures.
Telle n'est point la situation au XV1I« siècle, durant toute cette période qui commence vers i63o et se termine dans le premier tiers du XVIIP, entre la mort de Mabillon en 1707, et celle de Bernard de Montfaucon en 1741-
L' « Opus Dei », l'œuvre de Dieu, est alors la première, la fondamentale fonction du Religieux bénédictin. A cette œuvre de Dieu il collabore de toutes ses forces par ces magnificences de la liturgie dont la beauté est rehaussée par les douceurs pénétrantes du chant grégorien, par ses méditations, ses oraisons, par tous les exercices et pratiques de la piété. Il y collabore encore par l'austérité de sa vie, par sa pauvreté, par sa discipline. En même temps que pour lui-même il y a une répression des instincts, une domination des passions par la volonté, il y a aussi pour les autres un grand exemple salutaire de possession de soimême, de respect et d'amour d'un idéal humain. Il y collabore enfin, et d'une manière non moins efficace, par la science, par la science dont la religion demeure l'âme, qui l'oriente, la dirige et la règle sans l'asservir, car la science ne reste pas enfermée dans les monastères, elle se répand
au dehors dans toutes les directions, d'âme en âme, d'esprit en esprit, passant dans les élites et, de là, par lente infiltration, dans les foules.
La véritable piété ne saurait être qu'une piété intelligente, cultivée, consciente d'elle-même, de ses moyens et de ses fins, éclairée par toutes les lumières que sur elle projettent les livres saints, les œuvres des Pères de l'Église, les exemples et les écrits de l'existence des saints et aussi les actes de toutes les générations de fidèles qui, au cours des âges, au dedans et au dehors des monastères, ont parfumé les siècles de la divine odeur de Jésus-Christ. Des historiens, de même que des littérateurs, des linguistes, des humanistes au sens le plus large du mot, les Bénédictins le seront, mais non d'une manière quelconque, d'une manière profane ; ils le seront d'une manière religieuse. La science, c'est encore, c'est toujours, quand elle est de la sorte comprise, parce que l'anime le souffle du Saint-Esprit, l'œuvre de Dieu, VOpus Dei.
Ces principes, qui devaient faire entrer dans une voie nouvelle la Congrégation de Saint-Maur dès le début de son institution, étaient ceux de son principal organisateur, Dom Jean-Grégoire Tarrisse. A défaut d'in-folio et d'inquarto, Dom Tarrisse laissa plus et mieux : le plan d'un magnifique monument qu'allaient construire de remarquables ouvriers. Avant de faire passer ses idées dans les Constitutions, il les avait introduites dans sa propre conduite. Entré tard dans le ministère et dans la vie monastique, après avoir comblé à force d'intelligence et de ténacité les lacunes de son éducation première, il s'était révélé à la fois comme un scrupuleux observateur de l'ascétisme monastique et comme un esprit entreprenant et hardi dans son amour de la science. Modèle d'austérité et de piété, on l'avait vu dans le simple prieuré-cure de ses débuts pratiquant la règle dans toutes ses prescriptions, s' abstenant complète-