‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 19 sur 43 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'œuvre du grand ouvrier

HÉRITIÈRES des bibliothèques des ordres monastiques confisquées par la Révolution et attribuées à la Nation en même temps que les monastères, les Bibliothèques de nos grandes et de nos petites villes se sont ainsi enrichies du jour au lendemain d'inestimables trésors de livres imprimés et de manuscrits qui forment souvent le meilleur de leur fortune bibliographique. C'est là qu'aujourd'hui il faut aller chercher les œuvres de Dom Mabillon.

Rassemblées, les œuvres de Mabillon ne comprennent pas moins d'une cinquantaine de volumes, dont dix-sept grands in-folio, douze in-quarto de forte taille, quatre gros in-octavo auxquels il faut ajouter une douzaine d'autres volumes de plus petits formats. Les in-folio, magnifiquement édités sur solide papier à la forme, avec de beaux caractères nets et bien lisibles, décorés de splendides eaux-fortes sur leurs feuillets liminaires, n'ont jamais moins de 760 pages, souvent à deux colonnes. Les in-quarto, d'une moindre hauteur, mais d'une semblable épaisseur, sont également imposants par leur masse. Alignés ou superposés les uns et les autres, ils représenteraient trois ou quatre mètres en longueur ou en

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hauteur, avec un poids proportionné à leur nombre et à leurs dimensions.

De cette montagne d'érudition se détachent d'elles-mêmes plusieurs masses de première grandeur. Ce sont : Les Œuvres de Saint Bernard, les Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti, les Analecta, le De Re Diplomatica, le De Liturgia GalUcana,le Masœum Italianicum,!^ Traité des Études Monastiques, les Annales Ordinis Sancti Benedicti, Vlter Burgundicum, publié seulement après la mort de son auteur.

Les OEuvres de Saint Bernard font partie de cette grande collection des Œuvres des Pères de l'Église et de leurs successeurs, qui est un des plus beaux fleurons de la couronne religieuse et érudite des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur.

Les bibliothèques de Tordre possédaient de nombreux manuscrits de ce merveilleux entraîneur des Croisades. Dom Mabillon avait été chargé de les passer en revue, de les comparer pour en tirer une édition irréprochable. Ce travail, malgré les collaborations qui lui furent apportées, lui demanda trois années de labeur.

Non content de diviser les œuvres du Saint par ordre de matières et de les subdiviser ensuite à l'intérieur de chaque matière par ordre chronologique, il s^attacha à séparer, avec preuves à l'appui de cette séparation, les ouvrages douteux des ouvrages vrais. Une vie très étudiée de saint Bernard servait d'introduction générale. Enfin, en tête de chaque tome figurait une préface où étaient traitées à fond avec des éclaircissements les points les plus obscurs et les plus curieux de l'existence de l'illustre serviteur de Dieu et de l'Église, comme aussi ceux de l'histoire du XÏP siècle.

Les Supérieurs généraux de la Congrégation de Saint-Maur avaient estimé avec raison que les prémices de leur labeur intellectuel devaient être données par les Religieux réformés au début même de leur réforme à cet Ordre de Saint-Benoît

dont ils étaient les fils régénérés. De là la grande entreprise de la revue des Actes des Saints de l'Ordre de Saint Benoît (Acta Sanctorum Ordinis Sanctî Benedicti).

Déjà avant l'entrée de Mabillon à Saint- Germain des Prés l'entreprise était commencée. Dans les différents monastères de la Congrégation des Religieux avaient été envoyés pour procéder à la recherche de la documentation. Un grand nombre de matériaux étaient déjà réunis, et Dom Luc d'Achery était en train de les classer et de les transcrire avec le concours de Dom Claude Chantelou, mais ce dernier venait de m.ourir, et le premier, à la fois âgé et infirme, était hors d'état de poursuivre seul une pareille tâche. C'était Mabillon qui avait été désigné pour édifier le monument qui commençait seulement à sortir du sol. Il y réussit avec l'aide de Dom Thierry Ruinart.

Les Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti exigèrent neuf énormes tomes in-folio, ou plutôt dix, en y ajoutant le volume qui parut après la mort de leur rédacteur. Ces neuf tomes s'échelonnent de 1669 à 1706 à intervalles variables paraissant tantôt un à un, tantôt deux par deux.

Le tome P'^ renferme les vies des Saints du premier siècle bénédictin qui correspond au VP siècle de l'Église. La préface inaugurale est pleine d'intéressantes observations sur la discipline ecclésiastique et monastique, l'histoire et la critique. Il y est parlé en particulier des progrès de l'ordre monastique en Occident et des différentes règles observées avant saint Benoît. La règle de Saint Benoît est à son tour exposée et examinée avec des observations sur les pratiques de l'époque, notamment sur le travail des mains et sur la transcription des manuscrits dans les anciens monastères.

Le tome II est consacré aux Actes qui vont de l'an 600 à l'an 700. Sa préface fort longue est à elle seule tout un livre. Les pratiques religieuses de cette époque donnent lieu à de nombreuses remarques.

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