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Les tomes III et IV parus en même temps s'élendent de l'an 700 à l'an 800. Leurs préfaces contiennent en abondance des détails curieux sur l'histoire profane ou civile aussi bien que sur l'histoire ecclésiastique de ce siècle.
Les tomes V et VI portent sur le IX^ siècle. Dom Michel Germain y collabora pour la publication documentaire, mais les deux préfaces sont de Mabillon. Ils sont fort instructifs au point de vue de la connaissance de l'Ordre bénédictin et de la discipline monastique.
Un seul tome, le tome VII, est affecté au X® siècle.
Enfin, les tomes VIII et IX sont réservés au IX*" siècle. Pour leur confection Mabillon eut également un collaborateur; Dom Ruinart est l'auteur des notes et observations, mais non des préfaces qui sont réservées à son chef.
Dans l'éloge prononcé à l'Académie des Inscriptions au lendemain de la mort de Mabillon, ce prodigieux monument d'érudition sera l'objet de ce public hommage :
a On ne considérera plus à l'avenir les Vies des Saints, même des Saints Solitaires, comme des livres qui ne servent tout au plus qu'à exciter la piété et à animer la foi des fidèles. A cette utilité particulière, Dom Mabillon a su joindre de nouveaux avantages. La chronologie rétablie, l'histoire restituée, les différents usages du temps découverts et expliqués, les points les plus importants de la discipline ecclésiastique éclaircis et fixés sont de ce nombre, et tel est le sujet ordinaire des notes et des préfaces. »
Le Journal de Trévoux, le grand organe des Savants du temps, ne fera que confirmer ce témoignage d'admiration.
« On doit regarder, y lit-on, cette collection non comme un simple recueil de mémoires pour l'histoire monastique, mais comme un précieux amas de monuments anciens qui éclaircis par de savantes notes répandront un grand jour sur la partie obscure de l'histoire ecclésiastique. Les préfaces seules assureront à Fauteur une gloire immortelle. Les
mœurs et les usages de ces siècles ténébreux y sont recherchés avec soin et cent questions importantes discutées avec une critique exacte et solide, »
Les Analectes {Analecta), répartis en quatre volumes, sont, comme l'indique leur titre même, un choix de pièces portant sur des points singuliers ou inconnus. Dom Mabillon, malade alors, ne se trouvait pas en état de continuer les Acta Sanctorum et il tira de ses portefeuilles cette collection.
Le traité de la Liturgie Gallicane (Liturgia Gallicana) est un ouvrage d'une haute valeur par la lumière qu'il projette sur les cérémonies liturgiques de l'Église de France.
Au cours de son voyage en Allemagne, Dom Mabillon avait découvert en passant par l'abbaye de Luxeuil un Lectionnaire da rite Gallican écrit environ onze siècles avant en beaux caractères mérovingiens. Ce fut sa lecture qui suggéra à son esprit toujours en éveil l'idée de procéder à une reconstitution de l'ancienne Liturgie gallicane en usage en France antérieurement à Gharlemagne.
Après avoir traité de la messe et de son mode de célébration avant l'adoption de la liturgie romaine, l'auteur, élargissant son sujet, traite de la construction des églises, de leur forme, des ornements qui y sont en usage et de tout ce qui se rapporte à l'ancienne liturgie. Il termine par une éthde approfondie du Lectionnaire de Luxeuil, qui contient les Épîtres et les Évangiles lus aux fidèles à deux cents ans de là.
Telle avait été la richesse de sa moisson de documents en Italie à toutes les étapes de son expédition historique, et en particulier à Rome, que Dom Mabillon en rassembla les gerbes opulentes dans un ouvrage à part, le Musœum Italianicum (Musœum Italianicum seu coUectio veterum scriptorum ex Bibiiothecis Italicis) en deux tomes.
Le premier tome est rempli en grande partie par les détails du voyage de Mabillon et de son compagnon. On y voit les deux savants occupés à fouiller dans les bibliothè-
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ques, à copier des manuscrits, à conférer avec des érudits, à déchiffrer sur les tombeaux des épitaphes, à analyser tous les vestiges de l'antiquité susceptibles de fournir sur les Anciens des renseignements. Rien n'est oublié, sauf les honneurs rendus à Rome et dans toutes les grandes cités italiennes.
Dans le tome second est inséré un monument d'histoire religieuse d'une exceptionnelle valeur, un ancien Sacramentaire gallican écrit au VIP siècle et découvert dans l'abbaye de Bobbio.
Les Annales de l'Ordre de Saint Benoît (Annales Ordinis Sancti Benedicti, occidentalium monachorum Patriarchae) débutent par un tableau de l'Église à l'heure de la naissance de saint Benoît. Les monastères existant à cette date sont passés en revue. Les débuts et les progrès de l'ordre créé par lui, du V® siècle au VHP, sont exposés. C'est l'objet du tome P^
Le tome II, d'un haut intérêt, fait assister au développement extraordinaire dont furent témoins le VHP siècle et la première moitié du IX®. Les Bénédictins, pénétrant en Allemagne et dans les pays septentrionaux, transportent avec eux leur institut monastique en même temps que la foi de Jésus-Christ. On les voit partout autour de leurs monastères défricher des terres incultes, provoquer le peuplement de régiona désertes, bâtir des villes dont les noms mêmes disent quels ont été leurs fondateurs. Leur action n'est pas seulement agricole et sociale, elle est aussi intellectuelle. C'est ainsi que Mabillon signale plusieurs académies d'origine bénédictine d'où sont sortis à la fois un grand nombre de saints et des hommes illustres.
Au cours de la seconde moitié du IX' siècle et du X® siècle tout entier, tout se désagrège dans le monde occidental, l'État laïque et l'Église. Les lois ne sont plus respectées. Pleine licence est laissée à tous de faire ce qu'ils veulent. On
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retombe dans une barbare anarchie. Les sciences sont abandonnées par les clercs et cette trahison des clercs précipite des populations entières dans l'ignorance. « Otez l'étude des asiles de la religion, il n'y a plus personne pour enseigner, exhorter et reprendre les pécheurs. Les prêtres et les religieux devenus oisifs, il n'existe plus entre le peuple et eux nulle différence. Pour réformer les mœurs, Charlemagne n'avait-il pas été obligé de commencer par un rétablissement des études? » Tel est le sujet de cet important volume où l'histoire ecclésiastique se mêle à l'histoire générale au point de se confondre avec elle.
Le tome IV met en présence d'une époque plus heureuse, de 981 à 1066. A l'occasion des faits et gestes de l'Ordre Bénédictin durant cette période, Fauteur est amené à retracer la renaissance parallèle de la piété et des études. Les grands pontifes du XI® siècle rétablissent dans sa première splendeur l'Église Romaine. Les papes, empruntés pour la plupart à l'Ordre de Saint-Benoît, honorent leur Ordre en même temps que la tiare. C'est alors que sont rebâtis d'anciens monastères et bâtis des monastères nouveaux, que s'érigent pour les peupler de jeunes congrégations et même de jeunes ordres sous la règle bénédictine.
La mort empêcha Dom Mabillon de publier personnellement le tome V. Quand il mourut, une bonne partie de la Vie de saint Bernard était déjà prête et la presque totalité de la documentation destinée à compléter ce volume qui alla de 1067 à 1116 était également réunie. Son continuateur eut à peine à faire œuvre propre en rédigeant une préface. Il tint d'ailleurs à le dire lui-même.
Quant au tome VI et dernier, Mabillon le laissait dans un état imparfait avec l'histoire de l'Ordre de 1117a 1167. Dom Martène l'acheva, mais il ne parut qu'en 1789.
Au nombre des plus enthousiastes admirateurs des Annales il faut compter Bossuet : « C'est à moi de vous remercier,
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écrivit-il à Mabillon dès leur réception, du présent précieux de vos Annales où je trouve dans l'histoire de votre saint Ordre ce qu'il y a de plus beau dans celle de l'Église; et, ce qui me fait un grand plaisir, ce que celle de mon diocèse a de plus remarquable. Il fallait un aussi profond savoir et une main aussi adroite que la vôtre pour faire un aussi beau tissu. Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce de vous le faire achever, w
Si grande qu'ait été l'admiration provoquée par de tels monuments d'érudition, elle n'est rien à côté de celle qui s'éleva dans le monde international des savants lors de l'apparition du Traité de Dlplomaiiqae, le « De Re Diplomatica w. Considéré comme un véritable chef-d'œuvre par les contemporains, il est encore regardé comme tel de nos jours par les érudits qui ont fait de l'histoire du Moyen-Age leur spécialité. Ils n'ont pas cessé de le consulter, et c'est là le meilleur hommage qu'ils puissent lui rendre.
Un peu obscur pour qui n'est pas familiarisé avec les études médiévales et devenu équivoque par l'usage que nous faisons aujourd'hui du mot « diplôme n dans un sens très restreint en l'appliquant aux certificats délivrés par l'Université à la suite de ses examens, ce mot « diplôme )) dans la langue de l'érudition a un sens infiniment plus large. Il sert à désigner les documents de toute nature, chartes, parchemins, pièces de toute origine, de toute destination, servant à établir soit des faits, soit des actes d'ordre privé ou public.
Tant valent ces pièces, tant valent les faits ou actes dont elles sont les témoins. Authentiques, elles nous mettent en présence d'une vérité historique petite ou grande; apocryphes, d'une erreur. Or, il est des erreurs qui sont susceptibles de tout dénaturer dans l'enchaînement des déductions que l'on en tire. Quand ses fondations manquent de solidité, tout l'édifice s'écroule.
Ces mêmes pièces ne sont pas d'une moindre importance pour les juges que pour l'historien, leur verdict étant sou-
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vent subordonné à la production d'un document. Si ce document est faux, abusés par lui, ils se trompent gravement.
Or, l'authenticité et l'inauthenticité des documents ne sauraient être établies à la légère par le premier venu à la suite d'un examen superficiel. Il y faut une longue expérience. Si longue et si sûre d'elle-même que soit cette expérience, elle ne vaut qu'autant qu'elle est transmissible, et elle ne devient transmissible qu'en se traduisant en formules, en règles, en principes qui seront comme autant de pierres de touche de sincérité ou d'inexactitude.
Le « De Re Diplomatica » ou Traité de Diplomatique est divisé en six livres.
Dans le premier livre on fait connaître l'antiquité, la matière et l'écriture des Diplômes et des Chartes.
Dans le second sont examinés le style, les souscriptions, les sceaux et les dates.
Dans le troisième sont passés en revue les vices de plusieurs anciens diplômes qu'un érudit hollandais avait proposés comme des modèles d'authenticité. A cette occasion sont écartées les règles que cet érudit, le Jésuite Papebrock, en avait tirées en vue du discernement des titres vrais ou supposés. Les accusations portées par lui contre les moines taxés de faussaires sont réfutées. Enfin il est traité de l'usage des notices et de l'autorité des Cartulaires.
C'est dans ces trois livres que sont énumérées les règles servant à opérer la distinction entre les titres véritables et les titres supposés.
Composé par Dom Michel Germain, le 4^ livre s'occupe des anciens palais des rois de France où leurs diplômes ont été expédiés. Ces palais ou maisons royales sont au nombre de i63.
Le 5^ livre représente sur soixante planches gravées les différentes écritures anciennes réparties en quatre classes.
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La première contient les plus anciennes écritures romaines, capitales et cursives avec les alphabets de chacune. La seconde renferme les écritures gallicane, Caroline, gothique, runique, mérovingienne ou franco-gallique, saxonne, lombardique, onciale et capitale par ordre de siècles jusqu'au XV® siècle. Dans la 3^ classe sont rangés les diplômes des rois depuis Dagobert P^ jusqu'à saint Louis avec leurs sceaux et leurs monogrammes. Dans la 4® prennent place des bulles des papes et des chartes ecclésiastiques avec un alphabet des notes de Tiron. — Enfin, dans le 6^ et dernier livre sont rassemblées 211 pièces destinées à servir de preuves au système de discrimination établi dans les trois premiers livres et présentant en elles-mêmes un réel intérêt.
Un seul érudit pouvait se flatter d'avoir devancé Mabillon dans cette œuvre colossale en abordant la question des règles d'authenticité. C'était le Jésuite Papebrock. Après une controverse où il tenta de faire prévaloir ses principes, ce dernier s'avoua lui-même vaincu en rendant un public hommage à son vainqueur.
« Je vous avoue, lui écrivit-il, que je n'ai plus d'autre satisfaction d'avoir écrit sur cette matière que celle de vous avoir donné cette occasion de composer un ouvrage si accompli. Il est vrai que j'ai senti d'abord quelque peine en lisant votre livre où je me suis vu réfuté d'une manière à ne pas répondre, mais enfin l'utilité et la beauté d'un ouvrage si précieux ont bientôt surmonté ma faiblesse et pénétré de joie d'y voir la vérité dans son plus beau jour. »