BATAILLE ENTRE L ABBE DE RANGE ET DOM MABILLON IO
d'Henri IV s'asseoir entre deux moines, et, une fois assise entre eux, tantôt par persuasion quand il s'agissait de Rancé, tantôt par intimidation à certains moments, quand il s'agissait du représentant de Mabillon, s'efforcer d'amener un accord. Ce fut en vain. Chacun coucha sur ses positions, La réponse de Mabillon à la réponse de Rancé ne pouvait pas ne pas paraître et elle parut. Une lettre de Dom Lamy conservée à la Bibliothèque Nationale dans la Correspondance bénédictine permet d'être témoin de la scène.
« Après les premiers compliments, écrit-il alors à son Supérieur, Son Altesse Royale nous fit asseoir dans une ruelle, l'un, dit-elle, « à titre de goutte sciatique )),et l'autre « à titre de pierre », et puis elle nous obligea à entrer en matière sur le grand différend des études. M. l'Abbé commença par protester de la droiture de ses intentions dans tout ce qu'il avait écrit, et par assurer qu'il n'avait pas eu la moindre intention de blesser personne et bien moins encore la Congrégation de Saint-Maur pour laquelle il avait beaucoup d'estime non seulement en général, mais même pour les Supérieurs généraux et pour le Père Mabillon en particulier.
« Je lui répondis que j'étais chargé de ces mêmes personnes de la vénération qu'on a pour lui dans notre corps, et que la charité n'avait point été altérée par tout ce qu'il avait écrit, quoiqu'il fallût convenir qu'il y a dans sa réponse des endroits fort blessants et pour tout le monachisme en général, et pour notre corps en particulier. Il me pria de lui en citer quelques-uns. Je lui en alléguai un assez bon nombre auxquels il ne para que par de nouvelles protestations de sa droiture.
« Je lui dis que ces bonnes intentions étant cachées et que n'y ayant que ces endroits flétrissants qui parussent, ses paroles étant d'un grand poids dans le monde, et le monde ayant d'ailleurs beaucoup de penchant à croire le mal des
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religieux, ce qu'il avait écrit produisait de très mauvais effets, et qu'enfin un magistrat avait dit que si les choses se passaient dans la Congrégation de Saint-Maur comme M. de la Trappe le disait, il aimerait mieux être soldat du régiment des gardes que d'être de ce corps.
« L'abbé rougit à ce mot et se mit sur les éloges de la Congrégation de Saint-Maur. Nous battîmes bien du pays. Il faudrait un petit volume pour en faire le détail. Ce que je puis vous en dire présentement en général, c'est que si ce bon Abbé ne se défendait pas mieux par écrit qu'il fait en tête à tête, on en aurait aisément raison. »
La réponse de Mabillon parut en 1692.
Son premier soin fut d'en adresser en hommage un exemplaire à la duchesse de Guise, en se justifiant à l'avance des accusations qui l'attendaient auprès d'elle :
« Madame,
« Il faut être autant persuadé que je le suis de votre bonté pour oser présenter à Votre Altesse Royale un livre qui est écrit contre le sentiment de M. l'Abbé de la Trappe. La considération qu'elle a pour son mérite, sans parler de la vénération particulière que j'ai pour lui, m'aurait sans doute empêché de rien dire contre son dernier livre, si une juste nécessité de m'expliquer et de justifier notre ordre ne m'y avait engagé.
« Si Votre Altesse Royale prend la peine de jeter les yeux sur ces réflexions, j'espère qu'elle verra bien que c'a été malgré moi que j'ai été obligé d'écrire et que j'ai tâché de garder toute la modération qui m'a été possible...
« Je m'estimerai bien heureux. Madame, si Votre Altesse Royale étant persuadée de la disposition où je suis pour cet illustre Abbé, elle ne diminue en rien de ses bontés ordinaires pour notre Congrégation qui a ressenti en tant de rencontres les effets de sa protection. C'est la grâce que je lui demande... »