ÉDITION BÉNÉDICTINE DES ŒUVRES DE SAINT AUGUSTIN II
au commencement du XVIP, elle n'avait rien perdu de sa faveur.
Si aux yeux de l'érudition profane elle présentait de multiples défauts matériels tels que des incorrections de texte, des additions suspectes ou même absolument fausses de pages apocryphes parce qu'elle ne reposait pas sur une suffisante étude préalable des manuscrits aboutissant à une classification rationnelle, elle n'inspirait pas au point de vue supérieur de la théologie une suffisante confiance.
A ce moment naît le Jansénisme, qui dans l'Église va déchaîner une véritable tempête comparable, à l'étendue et à la durée près, à celle de la Réforme. Or pour le Jansénisme les œuvres de saint Augustin devinrent un arsenal où il va s'armer et se pourvoir de munitions. Il y a un vrai et un faux saint Augustin. Le vrai seul, l'authentique, doit être entre toutes les mains sans un mot de plus ni de moins. Ce qui jusque-là n'avait été qu'un dessein à échéance indéterminée se changea ainsi en une entreprise de première nécessité, d'extrême urgence, mais, par le fait des mêmes circonstances, elle allait provoquer de longues et pénibles hostilités. Une simple préface serait un casus belîi. Le Saint- Office, l'archevêché de Paris, Louis XIV en personne, entreraient en campagne.
Comment fut dévolue aux Bénédictins cette mission toute pacifique destinée à se transformer en périlleuse mission? Fut-ce par hasard ou par calcul, sans alliance secrèle à défaut d'alliance ouverte, qu'Antoine Arnauld, le grand champion de Port-Royal, s'adresse à eux? Une certaine sympathie de cœur, née de relations personnelles amicales, avait dû les rapprocher de lui en même temps que le rapprocher d'eux. Voici en tout cas ce qui se passa.
La Congrégation de Saint-Maur venait de naître 'ou de renaître à l'érudition. Dans ses rangs elle comptait nombre de travailleurs de premier ordre que n'égalaient les membres
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de nulle autre congrégation. Ses monastères dispersés par toutes les provinces de France regorgeaient de manuscrits. Ses représentants avaient accès partout sans nulle difficulté. Toutes les bibliothèques comme tous les chartriers jusqu'à celles et à ceux des évêchés et des collégiales s'ouvraient devant eux. Vraiment il n'y avait qu'eux pour mener à bien ce travail qui était, y compris les périls, un vrai travail d'Hercule.
Des vues préliminaires furent d'abord échangées sous la présidence du Supérieur général des Mauristes, Dom Audebert, dans une assemblée extraordinaire à laquelle prirent part les prieurs de Saint-Denis et des Blancs-Manteaux de Paris à côté du prieur de Saint-Germain des Prés, et de Dom Claude Martin. La majorité, en dépit de certaines objections tirées du danger des sorties et séjours dans le monde à l'occasion des recherches préparatoires, et des soupçons plus que possibles, probables et même presque certains de Jansénisme, se prononça pour l'acceptation de la tâche éditoriale. Finalement, toutes les formalités régulières accomplies, il n'y eut plus qu'à se mettre à la besogne.
A l'appel d'une circulaire répandue dans l'Europe entière, les manuscrits affluèrent de partout. L'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne, l'Italie apportèrent avec un vif empressement leur contribution. La Bibliothèque du Roi, dont les religieux de Saint-Germain des Prés étaient d'ailleurs les hôtes familiers, mit à leur disposition toutes ses richesses augustiniennes. Tout marchait à merveille.
Sur ces entrefaites se produisit pourtant un incident obscur qui, sans être fatal à l'œuvre, le fut du moins à deux de ses principaux artisans, Dom Delfau et Dom Robert Guérard. Par lettre de cachet le premier fut exilé au fond de la Basse-Bretagne et le second en un recoin de la Bresse. Avulso utroque, non dejecit tertius artijex. Ce fut Dom Blampin qui les remplaça comme chef de chantier. D'après des